Quand le culte du corps tourne au cauchemar


Le culte du corps ne concerne pas juste les filles, les hommes aussi sont touchés et c’est important de ne pas prendre cela à la légère
Nuage

 

Quand le culte du corps tourne au cauchemar

 

Égoportrait d’Hugo Gauthier Photo : Hugo Gauthier

L’obsession du corps parfait chez les jeunes hommes intéresse de plus en plus les psychiatres. Ce trouble de santé mentale, connu sous le nom de bigorexie, incite les gens qui en sont atteints à s’entraîner de longues heures, à se sous-alimenter et à utiliser des suppléments alimentaires. Ce décalage entre la réalité et la perception de son corps touche majoritairement les hommes.

Hugo Gauthier souffre de bigorexie. En mars dernier, le jeune homme de 18 ans a traversé une période de profonde tristesse après une rupture amoureuse.

Pour y remédier, il a décidé de se mettre en forme et de sculpter son corps.

L’étudiant du Cégep de Victoriaville s’adonne alors à la course à pied de façon intensive et modifie son alimentation. Le plaisir de l’entraînement devient petit à petit une fixation.

La transformation de son corps n’a pas l’effet escompté sur son estime de lui-même.

« Quand j’ai remarqué mes abdos, les fameux abdos, j’en voulais plus. Là, j’ai réduit mes portions et je courais tous les jours et c’est devenu l’enfer. » – Hugo Gauthier

Hugo avant d’entamer une psychothérapie.

Changement d’attitude

En six mois, Hugo passe de 68 à 54 kg (150 à 120 lb). Il ne mange plus que du blanc de poulet et des légumes. Son corps lui plaît, il se sent valorisé par ses muscles, mais ne se trouve pas encore assez « découpé ». Le pèse-personne est son meilleur ami, mais aussi son pire ennemi.

« Je ne faisais plus rien, je ne voyais plus d’amis, ma famille. J’étais vraiment faible, j’avais de la difficulté à marcher après l’entraînement. » – Hugo Gauthier

La mère d’Hugo observe les changements dans la vie de son fils. Celui-ci ne veut plus voir ses amis et s’isole. En août, les démarches de sa mère permettent d’établir un diagnostic de bigorexie.

Un trouble mental dans la mire

Récemment ajouté dans l’ouvrage de référence de l’Association américaine de psychiatrie, le « dysmorphisme musculaire », ou bigorexie, se manifeste plus tard que l’anorexie, vers le début de la vingtaine.

La psychologue Nathalie Saint-Amour de Lévis se spécialise dans le traitement de cette maladie. Hugo Gauthier l’a consultée pour obtenir de l’aide, même s’il habite à Victoriaville, à plus de 100 kilomètres de la clinique.

La psychothérapeute observe que les gens touchés sont souvent des perfectionnistes, animés d’un désir de plaire.

« Dans notre société, la perfection par rapport au corps est très importante. Les idéaux de beauté masculine rattrapent ceux des filles. »

Mme Saint-Amour ajoute que l’utilisation du corps masculin dans les publicités n’est pas étrangère à la recrudescence des cas de bigorexie.

Il ne faut pas se laisser berner par l’apparence de santé de ces jeunes hommes, affirme la spécialiste.

« Si on ne traite pas, il peut y avoir de graves conséquences sur le foie, les reins et le système cardiovasculaire. »

http://quebec.huffingtonpost.ca/

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