Malade d’être malade


Il existe beaucoup de maladie qui ont des symptômes similaires. Il y a des gens qui ont tellement peur d’être malade, qu’ils croient avoir des symptômes des pires maladies, même si après examen médical tout semble normal. Inventent-ils vraiment ou bien leur problème est réel ? C’est personnes ont vraiment besoin d’aide, car ils s’isolent souvent et leur vie est assez compliqué si en plus ils ont des phobies en rapport avec la santé
Heureusement, au pays, il existe des thérapies et des groupes d’entraide.
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Malade d’être malade

 

Jade Gauthier passe un nombre incalculable d'heures à... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

Jade Gauthier passe un nombre incalculable d’heures à lire sur les maladies sur son téléphone.

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JANIE GOSSELIN

La Presse

La peur d’être malades les empêche de vivre. Au point, parfois, de leur donner envie de mourir. Si la crainte de la maladie est normale, et même saine, elle peut devenir un trouble mental envahissant. Témoignages sur des difficultés qui n’ont rien d’imaginaire.

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Danielle Moulin

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Radiographies, tests d’urine, prises de sang, tests de selles, gastroscopie: au fil des ans, Danielle Moulin a passé de nombreux examens médicaux. Résultat: rien d’anormal

«Je me disais: ils ont manqué un cours à l’université, ça ne se peut pas», dit la femme de 56 ans.

C’est que sa douleur au ventre était si vive qu’elle la «pliait en deux». Son coeur s’emballait. Même l’eau lui donnait l’impression de brûler son estomac. Elle était convaincue d’être gravement malade.

Son anxiété est devenue envahissante lorsqu’elle était dans la vingtaine.

En riant, la volubile retraitée s’identifie comme «all-dressed»: elle a souffert au cours de sa vie de troubles paniques, d’agoraphobie, d’hypocondrie, de claustrophobie… notamment.

Pendant longtemps, elle a évité les endroits où l’ambulance ne pourrait pas l’atteindre rapidement. L’autoroute Métropolitaine, les ascenseurs. Elle s’est confinée à un périmètre de Montréal bien défini, à proximité des hôpitaux.

L’hypocondrie

En 2013, avec la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, l’Association américaine de psychiatrie a revu sa façon d’évaluer différents troubles. La catégorie remaniée de «troubles à symptomatologie somatique ou apparentés» met l’accent sur les préoccupations ou comportements excessifs d’une personne face à la maladie. Le terme «hypocondrie», jugé péjoratif, a disparu. Le nombre de critères a été réduit.

Il est trop tôt pour savoir si ces changements ont entraîné une hausse du nombre de cas diagnostiqués, comme des critiques l’appréhendent.

On estimait à moins de 1% le nombre d’hypocondriaques, alors que la catégorie plus vaste de «trouble somatoforme» aurait touché environ 19 % des gens.

«Donc on peut penser que c’est probablement intermédiaire, autour de 7%», dit la Dre Judith Brouillette, psychiatre et chercheuse au département de psychosomatique de l’Institut de cardiologie de Montréal, soulignant l’absence d’études récentes.

Pression sur le système médical

La pression est tout de même importante sur le système médical. Une étude publiée en 2010 dans le General Hospital Psychiatry estimait que 40% des patients consultant un médecin pour des palpitations souffraient en fait d’un trouble anxio-dépressif. Les gens avec un trouble anxieux utilisent environ deux fois plus les soins de santé que les autres.

«Deux fois plus de visites, c’est plus de sous, plus d’investigations», note la Dre Brouillette.

Elle souligne qu’il est difficile pour un médecin de ne rien faire, même s’il «vaudrait mieux traiter de façon proportionnelle au risque, pour le bien-être du patient et du système».

C’est d’autant plus problématique lorsque les patients consultent différents médecins.

«L’hypocondrie est une maladie du doute : la personne a besoin de chercher une autre source pour se rassurer», dit Frédéric Langlois, directeur du département de psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui distingue ceux qu’on appelle encore couramment les hypocondriaques, qui sont persuadés d’être gravement malades, des autres ayant une crainte moins intense.

«C’est comme une drogue: la personne consulte et ça apporte une baisse de l’anxiété momentanément.»  Frédéric Langlois, directeur du département de psychologie à l’UQTR

Les médecins de famille et la psychothérapie sont la clé, selon lui. « Il faut que la personne ait un seul médecin et qu’il détermine à partir de quand c’est urgent, qu’il y ait une entente pour dire : « OK, on va attendre trois semaines et voir avant de passer à la prochaine étape. » »

Groupes de soutien

Il existe des organismes de soutien pour les gens anxieux, tous troubles confondus. C’est grâce à Phobies-Zéro, où elle a mis les pieds pour la première fois en 2002, en plus d’une démarche en psychothérapie et beaucoup de travail sur elle-même, que Danielle Moulin a pris du mieux.

Phobies-Zéro offre une ligne d’aide et des rencontres de groupe, où les proches sont bienvenus.

« Souvent, il y a de l’impuissance par rapport à la personne qui en souffre, les gens ont du mal à saisir le pourquoi », explique Debbie Lyons, coordonnatrice au développement à l’organisme.

Bruno Collard, directeur clinique de Revivre, précise que les services offerts par des organismes comme le sien – ateliers, ligne de soutien – ne « remplacent pas une aide médicale ou la psychothérapie ». Ils peuvent toutefois aider les gens à « se doter de stratégies ».

Danielle Moulin insiste : il y a «moyen de s’en sortir». «Je ne suis pas un trouble anxieux, je suis un être humain qui a des troubles anxieux», illustre-t-elle en agitant un éventail la proclamant fan no1 de Céline Dion.

Qu’elle est allée voir deux fois à Las Vegas, bien loin de son périmètre d’autrefois.

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Émélie Hébert Poulin

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Plutôt mourir que vomir

Émélie Hébert Poulin est sortie de chez elle trois fois entre novembre et fin mars. «C’est le temps de la gastro», explique-t-elle.

La femme de 31 ans a la phobie de vomir et de voir quelqu’un vomir.

Si cette peur est assez commune, l’émétophobie peut devenir aliénante.

La jeune entrepreneure a perdu des emplois en raison de son absentéisme. Elle retarde le projet d’avoir des enfants. Elle refuse de prendre des médicaments si les risques de vomir sont trop élevés. Elle craint d’avoir une maladie comme le cancer : faire de la chimiothérapie, avec ses effets secondaires, n’est pas envisageable.

Elle ressent ce malaise depuis l’enfance. Mais dans les dernières années, il est devenu de plus en plus envahissant.

Au plus fort de son trouble, en 2013-2014, elle estime avoir perdu environ 130 lb. La nourriture ne passait pas.

Elle a reçu un diagnostic d’anorexie. Même si elle n’était pas d’accord avec cette conclusion, elle a fini par accepter un traitement dans une clinique spécialisée en troubles alimentaires pour se remettre à manger.

Elle dit avoir «cogné à toutes les portes» pour trouver de l’aide. «Je me suis présentée énormément de fois à l’hôpital. Il y a des soirées où j’en visitais plusieurs, j’étais épuisée, confie-t-elle dans une entrevue par Skype – pour des raisons pratiques, même si elle admet que la rencontre en personne d’abord convenue aurait été anxiogène. J’étais très frustrée, je me disais : comment ça se fait qu’ils ne peuvent pas me prendre en charge ? Ils me disaient : ce n’est pas grave, vomir.»

Suicidaire, elle a déjà appelé le 9-1-1.

«J’étais sûre que j’allais vomir, je leur ai demandé d’envoyer quelqu’un, j’allais me tuer. Les ambulanciers et des policiers sont venus.» – Émélie Hébert Poulin

Le psychiatre absent, elle est rentrée chez elle. La nausée partie, la crise était passée. Mais sa voix reflète toujours colère et étonnement d’avoir été « laissée sans surveillance », malgré ses idées sombres.

Émélie Hébert Poulin a souvent eu l’impression d’être traitée différemment en raison de son historique médical.

«Quand tu as une maladie mentale et que tu te présentes aux urgences, tout est lié à ta maladie mentale…», déplore-t-elle.

 Ses pierres aux reins ont déjà été confondues avec un trouble panique, dit-elle.

Il est parfois difficile pour les médecins de départager les symptômes de santé mentale et de santé physique.

«C’est sûr qu’à un moment donné, ces gens [qui ont peur d’être malades] vont mourir», dit la psychiatre Judith Brouillette, pour expliquer que même les gens anxieux par rapport à la maladie peuvent avoir des maux causés par une réelle affection. Et l’inverse est aussi vrai.

Émélie Hébert Poulin offre maintenant, à travers le site internet de son entreprise Visages de la santé mentale (VDSM), témoignages et information pour aider d’autres personnes et combattre la stigmatisation. Le premier salon VDSM a eu lieu l’an dernier à Laval.

Grâce à une combinaison de médication, de psychothérapie à distance et de moyens alternatifs, elle apprend peu à peu à gérer ses troubles.

«L’anxiété, c’est beaucoup une job de reprogrammation du cerveau», dit-elle.

Avec l’hiver et les maux qui lui sont associés terminés, elle recommence à sortir.

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Jade Gauthier

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À un clic du diagnostic

Blogues et forums sur la santé, liste des symptômes à avoir à l’oeil, tests pour s’autodiagnostiquer des maux : le web regorge d’information sur les maladies. La tendance à se tourner vers l’internet au moindre bobo a même engendré un néologisme dans le langage populaire: cybercondrie.

Comme bien des jeunes de 18 ans, Jade Gauthier ne se départit jamais de son téléphone. Elle estime s’en servir la moitié du temps pour les réseaux sociaux. Et les 50% restants? Elle lit sur des maladies.

«Si j’ai mal à la tête, sur les tempes, je regarde sur l’internet, dit l’élève en arts et lettres. C’est peut-être un cancer. Je regarde les symptômes à longueur de journée.»

Assise dans un café, les jambes croisées, elle se tord les mains et sourit nerveusement.

«Ici, je regarde les gens et j’appréhende que quelqu’un fasse une crise cardiaque, confie-t-elle. Je n’ai pas juste peur de ce qui est contagieux, j’ai autant peur pour mon corps que pour les autres.»

Jade Gauthier a reçu un diagnostic de trouble de l’anxiété généralisée et de trouble d’adaptation en février dernier.

La préoccupation de la maladie est telle que la cégépienne évite certains lieux.

«Je ne vais pas dans les bars, les lieux publics. Je ne suis pas allée à mon après-bal, j’avais peur de voir des gens vomir.»– Jade Gauthier

Les transports collectifs sont aussi un cauchemar et elle se lave les mains fréquemment.

Une information toujours accessible

C’est  «impossible» pour la jeune femme de ne pas parcourir les listes de symptômes, maladies ou solutions préventives sur l’internet. Elle dit consulter plusieurs sites depuis sa 2eou 3e secondaire, «même quand ce n’est pas vraiment fiable, au cas où c’est vrai».

Autrefois, note le psychologue Frédéric Langlois, les gens souffrant d’hypocondrie ou de peur de la maladie cherchaient tout de même des réponses, dans les livres de médecine. Maintenant, l’information est beaucoup plus accessible, plus facilement.

«Internet, ça peut brouiller ces personnes, dit-il. Si l’hypocondriaque a peur du cancer et lit sur les effets négatifs, il va se mettre à avoir peur des traitements, ça va semer encore plus de doutes et compliquer les choses. »

Mais, selon lui, la présence de nombreux sites sur la santé ne peut pas pousser une personne vers un trouble mental sans prédispositions.

«Ça prend plusieurs ingrédients», note-t-il.

«L’internet peut être un catalyseur important de l’anxiété [en général], souligne Bruno Collard, de Revivre. Le fait d’être accroché aux réseaux sociaux, ça peut être plus anxiogène qu’apaisant. Pour certaines personnes, la solution est de diminuer ou couper la présence en ligne.»

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Néophobie alimentaire: terrorisés de goûter


Parmi les troubles alimentaires, la néophobie alimentaire, cette phobie est très peu connu et ceux qui en souffre sont souvent mal jugé pour le refus de manger certains aliments. Il semble que les aliments les plus redoutés soient les fruits, légumes et viandes. Imaginez le stress dans des restaurants ou à un repas de famille. Il y a plusieurs thérapies qui peuvent aider à élargir leur choix d’aliments.
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Néophobie alimentaire: terrorisés de goûter

Notre alimentation n'a jamais été aussi variée. Les médias ne cessent de nous... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

MARIE-EVE FOURNIER
La Presse

Notre alimentation n’a jamais été aussi variée. Les médias ne cessent de nous faire découvrir de nouveaux ingrédients. Les foodies courent les restaurants pour tester leur menu. À l’opposé, des personnes ne mangent que deux ou trois fruits, car elles ont peur de goûter aux autres. D’autres évitent des catégories entières d’aliments. Incursion dans le monde intime et méconnu des adultes souffrant du trouble de l’alimentation sélective et évitante.

Plus que des caprices

Des pommes et des bananes. Des petits pois, du brocoli et des pommes de terre. Du poulet et du boeuf. Deux fromages. Des féculents. Aucun condiment. Aucune sauce. Aucun fruit de mer. Des oeufs, seulement s’ils sont cuits d’une certaine manière. Voilà de quoi se compose essentiellement l’alimentation de Julie Dawson. Qui, pourtant, n’est pas difficile. Ni capricieuse.

Pourquoi ne mange-t-elle pas de fraises, de bacon, de sauce BBQ? Elle n’y a jamais goûté. Et l’idée de le faire l’effraie, comme d’autres ont peur des araignées, des foules ou de l’avion. Sa phobie porte un nom: néophobie alimentaire, un trouble qui touche une bonne proportion d’enfants d’âge préscolaire et certains adultes. Une réalité méconnue, taboue, peu documentée.

«Ce n’est pas juste « je n’aime pas ça, ça me lève le coeur ». Ça va beaucoup plus loin que ça. […] Ce n’est pas que tu ne veux pas goûter. C’est que tu n’es pas capable de le faire. Il se passe quelque chose dans ton corps», explique la psychologue Chantal Bournival, directrice de la Clinique des troubles de l’alimentation. La personne peut paniquer, recracher, vomir…

Malgré les préjugés et l’incompréhension, Julie Dawson a accepté de témoigner pour venir en aide à d’autres néophobes en démystifiant ce trouble. Car s’il existe de nombreux écrits sur les enfants qui refusent de goûter les légumes, la science n’a rien à dire ou presque sur les plus grands.

En fait, la recherche sur le sujet est tellement embryonnaire que le taux de prévalence chez l’adulte, même approximatif, est inconnu, rapporte la Dre Mimi Israël, spécialiste de la question à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Le trouble de la restriction ou évitement de l’ingestion d’aliments (une nomenclature qui regroupe divers troubles, dont la néophobie) n’est entré dans la bible des troubles mentaux, le fameux DSM-5, qu’en 2013.

Incompréhension de l’entourage

«Les amis que j’ai depuis longtemps et ma famille comprennent, confie Julie Dawson. Mais si je rencontre quelqu’un de nouveau, c’est dur d’expliquer pourquoi je ne mange pas quelque chose. Ça me fait toujours angoisser.»

Ainsi, au lieu d’admettre qu’elle n’a jamais goûté à un aliment, elle dit qu’elle ne l’aime pas, pour simplifier.

Malgré tout, on lui pose parfois des questions aux réponses évidentes.

«Mon père me demande encore si je veux du ketchup! Je ne sais pas s’il oublie ou s’il a espoir», raconte la femme de 40 ans qui a déjà goûté au condiment une fois «par accident dans un hamburger».

La psychologue Chantal Bournival constate qu’il y a «beaucoup d’incompréhension chez l’adulte», et précise que la néophobie peut engendrer des tensions dans les couples – lorsque vient le temps d’aller souper dans la belle-famille, par exemple – ainsi qu’à l’arrivée d’un enfant. Les néophobes pourront se faire accuser d’être responsables de la néophobie de leur progéniture pourtant normale dans leur développement. Ils vont aussi se mettre beaucoup de pression pour que leur enfant mange de tout.

«C’est très complexe, plus chez l’adulte que chez l’enfant. Et ça provoque de l’isolement social. La personne se sent jugée, ce qui crée de l’anxiété à manger avec d’autres personnes.»

«C’est pire de manger chez des gens qu’au restaurant, où on peut faire un choix», poursuit la psychologue, en ajoutant que le trouble provoque aussi des carences nutritionnelles.

Hypersensibilité aux odeurs et aux textures

Louise Nadeau n’est pas très attirée par les fruits, elle non plus. Elle mange des fraises, des framboises, des pêches. Pas de porc, d’agneau, de veau, de gibier, d’abats, de fruits de mer. Le boeuf ne doit présenter aucun gras, aucun os, idem pour le blanc de poulet.

«Tout le monde est pâmé sur les sushis. Moi, vous ne réussirez jamais à me faire manger ça. Je ferais une syncope. Pourquoi ? Je ne le sais pas», explique la femme de 60 ans qui n’a pris conscience de son trouble que l’an dernier, et qui rêve de «retrouver sa liberté alimentaire».

Louise Nadeau refuse divers aliments en raison de leur texture ou de leur température, ce qu’on appelle le trouble de l’alimentation sélective (TAS).

«Je ne peux pas manger de pain avec des graines. Je ne peux pas mélanger le mou et le dur.» La crème glacée, c’est non. «Je n’aime pas le froid.» La variété d’une seule marque de yogourt passe le test. «Du grec, ce serait impossible: c’est granuleux!»

«Le pire, c’est la pomme»

Robin Belley est encore plus sensible à l’acidité des fruits. Il n’en a jamais mangé un seul. Même bébé, sa mère ne réussissait pas à lui en faire manger en purée.

«Je criais, je pleurais, je vomissais, je ne voulais rien savoir», relate-t-il.

Adulte, il a réussi à intégrer le jus d’orange à son alimentation. Mais c’est tout.

Quel fruit le rebute le plus?

«Le pire, c’est la pomme. Je ne suis pas capable. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas investigué.»

 Il n’est pas dégoûté, mais les fruits lui font faire «des faces». C’est comme si sa langue était trop sensible, le goût trop intense pour être supportable, décrit-il.

Les odeurs (poissons, fromages, oeufs) et des aversions provoquées par un événement anxiogène sont également à l’origine de certains TAS, explique Chantal Bournival, qui précise que deux troubles – néophobie et TAS – se confondent facilement et que plusieurs personnes souffrent des deux à la fois.

«Moi, je me considère comme quelqu’un de joyeux, qui aime la vie et qui est ouvert d’esprit. Et je me retrouve avec un secret comme celui-là… Ça clashe!», lance Louise Nadeau.

L’angoisse au menu

À l’université où Julie Dawson travaille, ses collègues sont des foodies qui se précipitent chaque jour de paie dans un resto à la recherche d’expériences culinaires excitantes. Julie les accompagne «pour parler», pour faire partie du groupe. Mais chaque fois, «c’est difficile».

«Mes amis ne me jugent pas. Mais ils me poussent un peu. L’autre jour, j’ai pris un taco. Seulement la coquille et le boeuf dedans.»

Lorsque nous lui avons parlé, ses collègues venaient de lui apprendre que leur prochaine destination était le LOV, un resto végétarien à la mode à Montréal.

«Je vais prendre des frites et manger autre chose en revenant au bureau», prévoyait-elle.

Car évidemment, elle regarde toujours les menus d’avance pour voir si elle pourra commander quelque chose (en demandant un changement, généralement) ou si elle devra s’organiser en mangeant avant ou après. Un comportement que la psychologue Chantal Bournival voit chez tous ses patients néophobes ou souffrant d’un TAS.

«En regardant d’avance le menu, je sais ce que je vais manger. J’ai l’air relaxe et personne ne se doute de rien», explique Louise Nadeau, atteinte de néophobie alimentaire.

La Dre Israël, qui a traité depuis cinq ans une cinquantaine de cas extrêmes (des personnes présentant un important sous-poids et des carences nutritionnelles), dit que ses patients «ne vont jamais au restaurant» tant cela les angoisse.

Le confort italien

Comme bien d’autres néophobes, Julie Dawson ne fréquenterait dans un monde idéal que les restaurants italiens.

«La vie serait plus simple s’il y avait juste des restaurants italiens et du blanc de poulet», concède Louise Nadeau, qui se limite généralement à manger de la soupe ou des salades au resto.

Évidemment, pour un néophobe, les repas chez les connaissances ou la famille éloignée, ainsi que les cocktails dînatoires avec de petites bouchées composées de plusieurs ingrédients (fruits de mer, poisson, fromages, sauces) et les buffets gastronomiques sont de véritables sources de stress. Et de mise en place de stratégies: manger avant ou après, prétendre ne pas avoir faim, se bourrer de pain en cachette, s’inventer des allergies, etc.

«On a un problème si l’anxiété est assez présente pour être en anticipation», note la Dre Israël.

Et les voyages?

Tandis que Mme Nadeau s’empêche de voyager à certains endroits comme le Mexique et l’Asie parce qu’elle sait qu’elle n’aimera pas la nourriture, Julie Dawson, elle, ne s’en priverait pas même si son niveau d’angoisse «serait très élevé».

«En France, il y a des Subway et des McDo partout. Je ne suis pas foodie, alors je me fiche de ce que je mange. Je veux juste trouver quelque chose pour survivre.»

La question des voyages lui rappelle une anecdote survenue en Australie.

«Je mange des Cheerios ordinaire tous les matins. Mais en Australie, ça goûtait un peu différent, un peu plus le miel. Je ne pouvais pas en manger.»

Louise Nadeau est encore marquée par un repas en France.

«À Lyon, quand j’ai vu la carte d’un restaurant gastronomique avec du cerveau, de la langue et des rognons, je ne pouvais pas croire que des humains mangeaient ça!»

Qu’est-ce qu’un bon resto?

«Un resto qui sert quelque chose que j’aime», répond Julie Dawson.

Merci à Anderson Cooper

Le journaliste vedette de CNN Anderson Cooper a beaucoup contribué à faire connaître la néophobie alimentaire chez l’adulte en abordant le sujet sur diverses tribunes. Il a déjà dit à un magazine qu’en voyage, il commande sa nourriture dans le menu pour enfants des hôtels puisqu’il a «le palais d’un jeune de 7 ans». Il a aussi révélé à Jerry Seinfeld qu’il n’avait jamais goûté à une gaufre, même s’il aime les crêpes.

Des féculents du matin au soir

Certains blogues tenus par des néophobes et des études menées sur des enfants rapportent que ce sont les fruits qui provoquent le plus d’angoisse. Viendraient ensuite les légumes et les viandes. Ainsi, certaines personnes racontent n’avoir mangé que des féculents toute leur vie.

La Dre Mimi Israël, de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, ne peut dire si ce palmarès est véridique ou pas, faute d’études sérieuses sur le sujet. De son côté, la psychologue Chantal Bournival a déjà effectivement rencontré des patients qui ne mangent que des féculents et constate dans sa pratique que les fruits, les légumes et la viande sont les trois catégories d’aliments les plus souvent rejetées par ses patients. C’est le cas de l’auteure du site phobie-alimentaire.fr, Marie Perchey, une jeune femme de 29 ans qui travaille à Paris. Pendant 20 ans, raconte-t-elle, elle n’a mangé pratiquement que des frites, du riz, des pâtes au beurre, des pommes de terre, du pain et des bananes. Elle a réussi à varier son alimentation au moyen de diverses stratégies qu’elle détaille et explique sur son site rempli de références intéressantes.

Les caractéristiques du trouble de la restriction ou évitement de l’ingestion d’aliments selon le DSM-5

– Perte de poids importante

– Carences nutritionnelles importantes

– Dépendance envers les suppléments nutritionnels

– Perturbation du fonctionnement psychosocial (incapacité à manger avec d’autres, anxiété à aller au restaurant ou chez des amis)

– Aucune volonté de perdre du poids, aucun lien avec l’image corporelle

Les problèmes nutritionnels ne s’expliquent pas par un accès insuffisant aux aliments ou une pratique culturelle (tel le jeûne religieux)

Il n’est pas nécessaire d’avoir tous les symptômes pour avoir un diagnostic. La perturbation du fonctionnement psychosocial, par exemple, suffit, note la Dre Mimi Israël.

Source: Programme canadien de surveillance pédiatrique

Les solutions

Il y a de l’espoir pour les adultes qui rêvent de varier leur alimentation et d’être capables de manger n’importe quels entrée et plat principal au restaurant.

La thérapie cognitivo-comportementale

Cette thérapie expose graduellement la personne à ce qui lui fait peur. Ce traitement permet d’obtenir «de bons résultats», dit la psychologue Chantal Bournival. On commence par faire la pyramide des aliments angoissants en plaçant les plus phobiques au sommet. Et on apprivoise d’abord ceux à la base.

«Certaines personnes ne peuvent même pas s’imaginer ouvrir un pot de yogourt, alors on ne leur en donnera pas une bouchée!», dit Mme Bournival.

L’exposition progressive peut commencer par le fait de regarder une image de l’aliment, l’entrer dans la pièce, le toucher, le couper et finalement y goûter. Souvent, le thérapeute mange l’aliment avec le patient.

L’enchaînement alimentaire

Cette méthode consiste à essayer de nouveaux aliments similaires à ceux qui sont déjà aimés. Par exemple, une personne qui mange des pâtes et des pommes de terre bouillies pourrait tester les gnocchis. Les pépites de poulet pourraient mener aux poitrines de poulet, la trempette au yogourt. Le rapprochement avec les aliments jugés sûrs peut se faire en se basant sur la couleur, la texture, la forme ou l’odeur. Pensez aussi à piger dans le même groupe alimentaire. Il peut être astucieux de tester l’aliment sous différentes formes et textures : râpé, en tranches, en cubes, bouilli, grillé.

Le pairage des aliments

Cette technique consiste à s’habituer à un aliment non toléré en l’associant à un autre qui est aimé. Par exemple, une personne qui n’aime pas le fromage pourrait en mettre un peu sur du pain.

«Il faut éviter l’évitement, explique la Dre Mimi Israël, de l’Institut Douglas. Il faut réentraîner le cerveau à ne pas avoir peur en lui montrant qu’il n’y aura pas les conséquences désagréables auxquelles il croit.»

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Vivre en pensant être infecté d’insectes, un mal d’origine inconnue


Une maladie qui n’est pas reconnue par le corps médical et pourtant elle a fait des ravages. Juste aux États-Unis, il y a plusieurs milliers de personnes qui souffrent de la maladie de Mogellons. Cette maladie a plusieurs symptômes dont certains sont invisibles pour les autres et a pour conséquence d’une automutilation.
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Vivre en pensant être infecté d’insectes, un mal d’origine inconnue

 

Mais pourquoi ça gratte? | It's Okay To Be Smart via Youtube License by

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Repéré par Aurélie Rodrigues

Ces personnes souffrent de Morgellons, une maladie (encore) non reconnue par le corps médical.

 

Lésions cutanées, fatigue, problème de concentration, violentes démangeaisons et une impression que des insectes grouillent sous la peau… Ces symptômes sont associés à la maladie des Morgellons, non reconnue par le corps médical. Cette pathologie divise les médecins, qui n’arrivent pas à s’accorder sur son origine: phénomène psychologique ou maladie de peau?

Des chercheurs à la Mayo Clinic (fédération hospitalo-universitaire) estiment que plusieurs dizaines de milliers d’Américains et Américaines pourraient en souffrir.

«C’est comme si leur peau était infectée par des aliens. Certaines maladies mentales comme la schizophrénie et la démence ou encore la consommation d’amphétamines peuvent la déclencher», avance Mark Davis, auteur d’une étude publiée en avril 2018 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).

Cas extrêmes, solutions extrêmes

En 2004, une étude réalisée par l’académie de médecine ANNALS à Singapour décrivait la détresse ressentie par les malades: certains en venant à s’automutiler pour extraire «les parasites», en se rongeant les ongles jusqu’au sang ou en utilisant une lame de rasoir. Newsweek explique que le diagnostic posé sur le mal qui les hante ne libère pas toujours les malades, et ce, même quand leurs résultats des analyses sont normaux.

La majorité des cas recensés par la division de dermatologie du National University Hospital à Singapour était des femmes de plus de cinquante ans. Certains médecins ont traité ces malades avec des neuroleptiques, estimant pour leur part qu’il s’agissait d’un «délire parasitaire» aussi appelé syndrome d’Ekbom.

«Une femme s’est aspergée les cheveux de kérosène et s’est ouvert la tête en espérant se débarrasser des insectes. Elle avait l’habitude de porter un bonnet de douche car elle craignait que les petites bêtes pénètrent son crâne. Un autre patient avait arraché ses ongles et ses acrochordons pour les montrer aux médecins et prouver la présence d’insectes», expliquent les auteurs de l’étude.

Théories du complot

Il suffit d’effectuer une simple recherche Google pour découvrir plusieurs théories conspirationnistes autour de la maladie des Morgellons. Parmi elle, celle des chemtrails, très populaire: les trainées blanches formées par la condensation d’eau produite par les moteurs d’avion seraient en fait des produits chimiques déversés à haute altitute. Pour les complotistes, ces épandages seraient à l’origine de la maladie.

En 2012, une étude publiée par le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a été établi qu’il n’y avait pas cause infectieuse ni environnementale. À l’époque, le San Francisco Chronicle rapportait le témoignage de Cindy Casey, quarante-neuf ans:

«Nous voulons être reconnus. Ce mal n’est pas une illusion».

Pour les dermatologues de la Mayo Clinic, de nouvelles études sont nécessaires: «Il est crucial de trouver l’origine de cette maladie».

Car s’il est (pour l’instant) impossible de déterminer la source de ce mal, la souffrance reste belle et bien réelle.

http://www.slate.fr/

Il faut apprendre à être seul avec soi-même


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Avez-vous toujours besoin d’avoir quelque chose pour tromper la solitude ainsi fuir l’ennui ? La solitude, ne rien faire, sauf communiquer avec nous-même est un besoin essentiel.
Nuage

 

Il faut apprendre à être seul avec soi-même

 

Enfin seul! | Simon Migaj via Unsplash License by

Enfin seul! | Simon Migaj via Unsplash License by

Repéré par Aurélie Rodrigues

Repéré sur Fast Company

Et accepter l’ennui.

 

Nous vivons dans un monde hyper-connecté. La technologie nous rapproche des autres mais nous éloigne un peu plus de nous-même. En France, deux millions de jeunes souffrent de solitude. Ce mal est souvent qualifié de «maladie du siècle». Et si la solution était de se reconnecter avec soi-même?

La télévision, internet et les smartphones nous permetent d’être toujours plus proches du monde extérieur et des autres. Il suffit de quelques clics sur son ordinateur pour se «téléporter» dans un autre pays via Skype. Une recherche Google permet de se tenir au courant de l’actualité dans le monde entier.

Blaise Pascal écrivait que «tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre».

Pour Zat Rana, journaliste à Fast Company, si nous sommes incapables de rester seul ou seule, c’est tout simplement parce que nous avons accès à une myriade de distractions. Pourquoi choisir d’être seul ou seule quand il est possible de ne plus jamais l’être?

Toutefois, il est important de souligner que si la technologie permet de se sentir plus connecté aux autres, cela ne veut pas dire que le sentiment de solitude disparaît. Selon Fast Company, le fait d’ignorer sa solitude crée une addiction aux nouvelles technologies car elles simulent une interaction humaine.

Ne pas fuir l’ennui

Selon Blaise Pascal, si nous fuyons la solitude c’est parce que nous fuyons l’ennui. En somme: notre addiction aux nouvelles technologies vient de notre souhait de ne jamais s’ennuyer. Si nous binge-watchons une série pendant des heures, c’est parce que nous craignons de nous retrouver seul ou seule avec notre ennui et donc nous-même.

«La peur de ne rien faire nous habite: on cherche constamment à se distraire et à ne pas se retrouver seuls.C’est pourquoi nous nous sentons seuls. On s’ignore et l’hyper-connexion aux autres ne suffit plus. Comme pour toute autre peur, pour la surpasser, il faut l’affronter», souligne Fast Company.

Si l’on accepte l’ennui, il devient une distraction: les moments de solitude et de calme permettent alors de mieux se familiariser avec son propre environnement. Même si ces moments d’introspection peuvent parfois conduire à des pensées négatives, il est important de les accepter pour mieux se rendre compte de qui nous sommes.

Le journaliste Zat Rana boucle la boucle: selon lui, pour mieux interagir et s’ouvrir au monde extérieur, «il faut d’abord se connaître soi-même. Personne ne nous apprend à être seuls. Pourtant, c’est essentiel. Si la solitude n’est pas la réponse à tout mais c’est un début».

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Les cauchemars ont une vraie utilité


Même si nous n’aimons pas faire des cauchemars, il se peut qu’il soit utile pour le rêveur. Ces rêves peuvent être le reflet de ce que nous vivons et c’est une façon de gérer le stress de la journée. Par contre ceux qui font souvent des cauchemars devraient consulter
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Les cauchemars ont une vraie utilité

 

© Getty.

Par: Deborah Laurent

Vous vous réveillez en sursaut la nuit et vous pensez qu’à part vous angoisser inutilement, les cauchemars ne servent à rien? Détrompez-vous.

Les cauchemars, quand ils se répètent, peuvent être pénibles et avoir une influence sur notre vie quotidienne. Les gens qui cauchemardent toutes les nuits peuvent notamment éviter d’aller dormir. Le manque de sommeil chronique a des implications immédiates sur la santé: ça peut mener à la dépression et être à l’origine de certaines maladies cardiaques.

Mais les cauchemars, aussi effrayants qu’ils soient, ne sont pas toujours une mauvaise chose. Selon un professeur de psychiatrie de l’Université de Montréal spécialisé dans les troubles du sommeil, faire des cauchemars permet à certaines personnes de mieux gérer leur stress en journée.

« Nous savons depuis Freud que nos préoccupations actuelles se reflètent dans nos rêves », analyse Tore Nielsen.

Il y a souvent un lien entre le cauchemar et ce qu’on vit pendant la journée. L’analyse de nos rêves n’a rien d’idiot: ça permet de relier nos cauchemars à nos émotions et de mieux les comprendre.

Les cauchemars qui surviennent après un événement traumatisant peuvent également permettre à la personne de revivre l’événement et de le dépasser.

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Le «trouble du jeu vidéo», un problème de santé mentale


Jouer à tous les jours à des jeux vidéo même si c’est quelques heures par jours n’est pas une addiction. Cependant, quand le jeu devient la principale occupation jour et nuit, cela serait peut-être considéré comme un trouble de jeu vidéo qui demande des traitements comme toute autre dépendance
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Le «trouble du jeu vidéo», un problème de santé mentale

 

L'OMS a expliqué que la classification du «trouble... (Photo Kamil Zihnioglu, archives Associated Press)

L’OMS a expliqué que la classification du «trouble du jeu» en tant que condition distincte «servira un objectif de santé publique pour que les pays soient mieux préparés à identifier ce problème».

PHOTO KAMIL ZIHNIOGLU, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

JAMIE KEATEN, MARIA CHENG
Associated Press
Genève

Jouer compulsivement aux jeux vidéo se qualifie désormais comme une nouvelle maladie mentale, a annoncé lundi l’Organisation mondiale de la Santé.

L’agence onusienne de la santé a décidé d’inclure le «trouble du jeu vidéo» à la 11e révision de la Classification internationale des maladies (CIM-11).

Si cette décision risque de confirmer les craintes de plusieurs parents, de nombreux experts préviennent qu’elle risque aussi de stigmatiser les jeunes joueurs.

L’OMS a expliqué que la classification du «trouble du jeu» en tant que condition distincte «servira un objectif de santé publique pour que les pays soient mieux préparés à identifier ce problème».

Le directeur du département de santé mentale de l’OMS, le docteur Shekhar Saxena, a expliqué que l’agence accepte la proposition selon laquelle le trouble du jeu devrait être répertorié comme un nouveau problème en raison des preuves scientifiques, en plus «du besoin et de la demande pour des traitements dans de nombreuses régions du monde».

Une porte-parole de la Société britannique de psychologie, la docteure Joan Harvey, précise toutefois que seule une minorité de joueurs seront affectés par le trouble et craint que la nouvelle désignation ne cause des inquiétudes inutiles aux parents.

«Les gens doivent comprendre que cela ne signifie pas que chaque enfant qui passe des heures dans sa chambre à jouer à des jeux est un toxicomane, sinon les médecins vont être inondés de demandes d’aide »  a-t-elle dit.

D’autres se sont félicités de la nouvelle classification de l’OMS, affirmant qu’il était essentiel d’identifier rapidement ceux qui ont une dépendance aux jeux vidéo, car ce sont généralement des adolescents ou des jeunes adultes qui ne cherchent pas d’aide eux-mêmes.

«Nous rencontrons des parents qui sont désemparés, non seulement parce qu’ils voient leur enfant abandonner l’école, mais parce qu’ils voient s’effondrer toute une structure familiale», a déclaré la docteure Henrietta Bowden-Jones, une porte-parole du Royal College of Psychiatrists du Royaume-Uni qui n’était pas impliquée dans la décision de l’OMS.

La docteure Bowden-Jones a indiqué que les dépendances au jeu étaient généralement mieux traitées avec des thérapies psychologiques, mais que certains médicaments pourraient également fonctionner.

L’Association américaine de psychiatrie ne considère pas pour le moment que le trouble du jeu vidéo est un nouveau problème de santé mentale.

Dans une déclaration précédente, l’association expliquait c’était «une condition justifiant plus de recherches cliniques et d’expériences avant d’être considérée pour l’inclusion» dans son propre manuel de diagnostic.

Le groupe a noté qu’une grande partie de la littérature scientifique sur les joueurs compulsifs est basée sur des preuves provenant de jeunes hommes en Asie.

«Les études suggèrent que lorsque ces individus sont absorbés dans des jeux en ligne, certaines portions dans leur cerveau sont activées de la même manière directe et intense que le cerveau d’un toxicomane est affecté par une substance particulière, a expliqué l’association en 2013. Le jeu provoque une réponse neurologique qui influence les sentiments de plaisir et de récompense, et le résultat, à l’extrême, se manifeste comme un comportement addictif.»

Le docteur Mark Griffiths, qui étudie le concept du trouble du jeu vidéo depuis 30 ans, est d’avis que la nouvelle classification aidera à légitimer le problème et à renforcer les stratégies de traitement.

«Le jeu vidéo est une sorte de pari non financier d’un point de vue psychologique, a dit le docteur Griffiths, qui enseigne à l’Université de Nottingham Trent. Les joueurs utilisent l’argent comme un moyen de garder le score alors que les joueurs utilisent des points.»

Il croit que le pourcentage de joueurs de jeux vidéo ayant un problème compulsif serait inférieur à 1 pour cent et que plusieurs de ces joueurs auraient probablement d’autres problèmes sous-jacents, comme la dépression, le trouble bipolaire ou l’autisme.

Cependant, le docteur Saxena, de l’OMS, a estimé que deux à trois pour cent des joueurs pourraient être touchés.

Le docteur Griffiths a rappelé que les jeux vidéo, pour la grande majorité des gens, sont une question de divertissement et de nouveauté, comme en témoigne la popularité écrasante de jeux comme Pokemon Go.

«Vous avez ces explosions courtes et obsessionnelles, et oui, les gens jouent beaucoup, mais ce n’est pas une dépendance», a-t-il dit.

Le docteur Saxena croit que les parents et les amis des amateurs de jeux vidéo devraient toujours être conscients d’un problème potentiellement dangereux.

«Restez à l’affût, a-t-il dit, notant que des inquiétudes devraient être soulevées si l’habitude du jeu semble prendre le dessus. Si [les jeux vidéo] interfèrent avec les fonctions attendues de la personne – que ce soit des études, que ce soit la socialisation, que ce soit le travail – alors vous devez être prudent et peut-être demander de l’aide.»

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En Suède, il existe une maladie qui touche les jeunes réfugiés. Elle s’arrête aux frontières


Ce n’est pas la première fois que je mets un billet sur le syndrome de résignation en 2017 et mars 2018 des enfants migrants venant d’URSS et de l’ex Yougoslavie et toujours à la frontière de la Suède. Cette fois, c’est pour essayer de comprendre cette maladie. Certains croient que ces enfants le font exprès pour avoir l’asile, quoique ne pas manger, dormir tout le temps pendant des mois, me parait difficile de faire semblant. Cependant, un philsophe parle de certaines maladies étranges dans différents pays apparait et disparait et peut se répandre à d’autres endroits, en préférant une catégorie sociale. Le fait d’en parler pourrait faire ressortir ce syndrome d’après un psychiatre. Sauf que la journaliste le souligne si cela arrive, elle est prête à écouter ce genre de communication pour se faire entendre.
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En Suède, il existe une maladie qui touche les jeunes réfugiés. Elle s’arrête aux frontières

 

 

Le syndrome de résignation touche des jeunes demandeurs d’asile. Ils tombent dans une inertie totale, pendant des mois.

 

Par Nolwenn Le Blevennec

Début avril, le New Yorker a publié une géniale enquête sur l’« Uppgivenhetssyndrom » ou « syndrome de résignation ». Une maladie psychique qui touche, en Suède, les enfants d’immigrés dont la demande d’asile n’est pas encore accordée ou sur le point d’être refusée.

Ce sont des jeunes gens, en général entre 8 et 15 ans, qui se mettent intégralement en veille pendant des mois : ils restent en position allongée, sont nourris par intraveineuse, ne réagissent plus à aucun stimuli (même  à une grande douleur). Et personne ne peut dire s’ils nous entendent :

« Ces enfants apathiques incarnent leur blessure psychique : comme ils se sentent complètement impuissants, ils le deviennent littéralement. »

C’est en lisant le magazine qu’on a découvert, comme beaucoup de monde, une maladie qui fait parler d’elle en Suède depuis 20 ans (aucune entrée sur le Doctissimo français, qui montre ainsi ses faiblesses). Pourquoi n’a-t-elle pas traversé les frontières ? Va-t-elle le faire un jour ? Sa petite surface d’action doit-elle la rendre moins crédible ?

Le corps se liquéfie

En Suède, cette maladie fait partie des meubles. Entre 2000 et 2005, plus de 400 enfants sont tombés dans cet état. Et si aujourd’hui, l’épidémie apthatique est passée, des enfants continuent chaque année d’entrer en léthargie. Tout le monde sait de quoi il s’agit.

Pour son article, la journaliste Rachel Aviv, a rencontré la famille de deux sœurs Roms, Djeneta et Ibaneta, qui ont obtenu un permis de séjour de treize mois le 8 mars dernier, mais étaient encore endormies mi-mai, selon nos informations (une photo d’elles publiée par le New Yorker a reçu le prix World Press). L’aînée n’a pas bougé depuis deux ans et demi.

Elle a aussi rencontré celle de Georgi, jeune russe sorti de son sommeil profond après avoir perdu plusieurs mois de sa vie dans un lit.

En décembre 2015, après avoir lu une lettre du bureau d’asile refusant le titre de séjour de sa famille, ses parents n’étant pas capables de déchiffrer le suédois, Georgi est allé s’affaisser dans sa chambre :

« Il dit que son corps a commencé à se liquéfier, que ses membres sont devenus mous et poreux. Il voulait simplement fermer les yeux. Même avaler sa salive lui demandait un effort qu’il n’était pas sûr de pouvoir faire. Il a senti une pression importante à l’intérieur de sa tête et de ses oreilles. Le matin, il a refusé de sortir de son lit et de se nourrir. Son frère Savl a essayé de lui faire ingérer du Coca à la petite cuillère, mais le soda a coulé sur son menton. »

Ce n’est que quelques semaines après l’obtention de l’asile permanent, en juin 2016, que Georgi est sorti de sa « prison de verre ». En ce printemps 2018, tout est revenu dans l’ordre, nous écrit par mail la docteure suédoise qui suit la plupart de ces enfants malades.

« Georgi s’en sort bien à l’école et en sport. »

Est-ce une vraie maladie ?

Près de 20 ans après les premiers cas du syndrome de résignation, et après qu’une multitude d’articles scientifiques a été publiée sur le sujet, plus personne en Suède ne conteste la réalité de cette maladie qui s’arrête (si bizarrement) aux frontières du pays. Mais pendant un temps, les enfants d’immigrés ont été soupçonnés, notamment par l’extrême-droite suédoise, de faire semblant d’être malades pour obtenir l’asile.

Il était difficile de croire à une maladie aussi premier degré.

« Comme je ne veux pas être expulsé du pays, je me couche dans un lit. »

Pourtant, comme l’explique très bien le New Yorker, il arrive souvent que la maladie psychique s’exprime avec des symptômes très démonstratifs. Dans les années 1980, en Californie, 150 femmes cambodgiennes, qui avaient vu leurs familles torturées par le régime de Pol Pot, ont perdu la vue, rappelle le journal.

« Le trouble est un langage », nous dit de son côté l’anthropologue et psychiatre Richard Rechtman. Et il se met à exister dans l’espace public quand ce dernier s’est mis en ordre pour l’écouter. C’est ce qui explique que les maladies puissent rester confinées en un lieu :

« Pour qu’un phénomène tel que ce syndrome apparaisse, il faut trois choses selon moi. Il faut que des patients le présentent, que des cliniciens le diagnostiquent et qu’il y ait un dispositif de reconnaissance qui lui donne un sens social. Pour le moment, en France, nous n’avons aucun de ces ingrédients-là, mais cela arrivera si cela devient le mode d’expression plausible d’une souffrance. »

Aucun cas en France

Le syndrome de résignation n’a pas « encore » été observé sur le territoire français, confirme Thierry Baubet, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis).

« J’ai suivi les publications suédoises de loin en me disant ‘tiens donc’. Nous avons échangé avec mes collègues, ils n’en ont pas observé non plus. »

Le médecin dit lui aussi que la « mise en forme » d’une maladie mentale « se fait par la société ».

La souffrance trouve, à un moment, un canal d’expression commun, grâce à un phénomène de médiatisation (journaux, publications médicales, réseaux sociaux ou bouche à oreille).

Thierry Baubet raconte que dans les années 1980, une épidémie de personnalités multiples a eu lieu aux Etats-Unis. Des femmes pouvaient se mettre tout d’un coup à parler comme des petites filles de six ans. C’était leur manière impressionnante d’exprimer un trauma (souvent lié à des abus importants dans la petite enfance).

« Cela a eu un début et une fin. C’était la fin du XXe siècle dans la société nord-américaine. On connaît ce phénomène-là. » 

Et il ajoute, concernant le syndrome de résignation :

« Malgré cela, il ne faut surtout pas minimiser la gravité du tableau. Cela provoque une situation délétère puisque ces enfants arrêtent de réfléchir, d’aimer et de communiquer pendant plusieurs mois. »

Maladies mentales transitoires

Dans son œuvre, le philosophe canadien Ian Hacking, crée une catégorie spécifique pour ces troubles mentaux, de crise ou opportunistes, qui sont attachés à un lieu et à un moment. C’est ce qu’il appelle « les maladies mentales transitoires » :

« J’entends par là une maladie qui apparaît à un moment donné et dans un endroit, et qui disparaît par la suite. Elle peut se répandre d’un endroit à un autre, réapparaître dans certains contextes, et préférer une catégorie sociale ou un genre. Elle provoque des débats pour savoir si elle est réelle ou socialement construite. »

L’anorexie et l’hyperactivité comptent parmi elles, dit-il.

« Nous sommes toujours profondément déroutés devant ces symptômes qui semblent à la fois alimentés et naturels, moraux et neurologiques. »

Albert Dadas

Ian Hacking s’est particulièrement intéressé aux fugues qui ont eu lieu en Europe, au début du XXe siècle. Dans son livre, « Les Voyageurs fous », paru à la fin des années 1990, le philosophe décrit le cas d’Albert Dadas, ouvrier bordelais, qui devint un patient célèbre dans la communauté médicale pour son statut de précurseur et ses périples spectaculaires (Algérie, Moscou, Constantinople).

A huit ans, Albert est tombé du haut d’un arbre. La chute a entraîné une commotion cérébrale accompagnée de vomissements et de migraines. A 12 ans, il a disparu pour la première fois, avant de reprendre conscience dans un train pour Paris. Après cela, Albert n’a plus pu entendre le nom d’un lieu dans une conversation sans s’y sentir appelé.

A quoi ressemble Albert ? Quand il se tient tranquille, l’homme travaille dans une entreprise de gaz :

« Dans son état normal, à la maison, à l’usine, ou comme cuisinier à l’armée, il est un bon travailleur, timide, respectueux, et peu entreprenant avec les femmes. Il ne boit jamais. A la maison, il a une vie routinière et sans surprise (« uneventful »). Puis, viennent trois jours de maux de tête insupportables, d’anxiété, de sueurs, d’insomnies, au cours desquelles il se masturbe cinq ou six fois la nuit. Et après avoir bu plusieurs verres d’eau, il s’en va. Il est parti. »

L’épidémie de fugues a pris fin vingt ans plus tard, autour de l’année 1907.

Pour Ian Hacking, ces « maladies transitoires » se situent toujours sur un axe vertu/vice « entre deux éléments de la culture ».

Par exemple, la fugue a acquis son statut pathologique alors que le tourisme de masse prenait son essor en Europe (ce qui a pu lui donner un aspect désirable), et que le vagabondage était une pratique courante et condamnable.

Vraies et fausses maladies

Selon le philosophe, il faut faire la différence entre les « maladies biologiques » (comme la schizophrénie ou la bipolarité) et ces « maladies mentales transitoires » (qui n’ont pas de causes biologiques connues).

« La structure globale [de la schizophrénie], la façon dont la maladie se déclare chez un jeune homme à la fin de la puberté, cet élément central est clairement biologique, et le choix des symptômes n’est pas libre. Dans les maladies mentales transitoires au contraire, les gens sont très malheureux, mais le choix des symptômes est très libre. Aujourd’hui, quelqu’un comme Albert aurait des problèmes mentaux, mais ses symptômes seraient tout à fait différents. »

Ou alors c’est le diagnostic qui serait tout à fait différent ?

« Aujourd’hui, la fugue pourrait être englobée dans le diagnostic plus large de la bipolarité comme indicateur de l’entrée dans la phase maniaque », écrit Ian Hacking.

De nouveaux véhicules

C’est le repérage clinique qui est transitoire, pas la maladie, pense le psychiatre et psychanalyste Richard Rechtman qui refuse de faire la différence entre des « vraies » et des « fausses » maladies mentales (qui seraient l’expression du trauma). Pour lui, aucune maladie n’échappe au langage social qui l’enrobe.

« A chaque fois, et tout autant pour la schizophrénie ou la bipolarité, des configurations particulières se mettent en place entre des cliniciens, des patients, des associations de patients, des intérêts politiques et journalistiques. »

Puis :

« Vous êtes en mesure, en tant que journaliste, de faire émerger un phénomène comme le syndrome de résignation. »

Un jour, en France, parce que la nouvelle s’est diffusée, des jeunes demandeurs d’asile pourraient entrer dans ce sommeil paralytique qui fait penser à « La Belle au bois dormant ».

Ce qui met la journaliste du New Yorker, dont l’article a fait le tour du monde, face à une grande responsabilité (et nous aussi mais dans une moindre mesure). Richard Rechtman :

« Oui, c’est une responsabilité, mais ce n’est pas mal. Ce n’est pas inintéressant de trouver des nouveaux véhicules pour dire le traumatisme qu’on a pris l’habitude de ne plus entendre. Si de nouvelles formes émergent pour dire l’horreur, je serai le premier à me mettre dans des dispositifs pour les entendre. »

Nolwenn Le Blevennec

Journaliste

 

 

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