On a identifié l’assassin des tournesols de Van Gogh !


C’est normale que des vieilles toiles prennent de l’âge, même avec toutes les précautions pour sauvegarder les oeuvres, cela peut changer a cause du temps. Certains aspects de ces changements vont plus vite que d’autres, mais quand on sait la cause, il est plus facile de prévenir pour retarder la dégradation
 
 
On a identifié l’assassin des tournesols de Van Gogh !

La couleur jaune utilisée par le peintre tournant au sombre, on cherchait le coupable. On le tient, c’est le pigment blanc !
 
On a identifié l'assassin des tournesols de Van Gogh !
 
L’évolution du pigment jaune dans une toile de Van Gogh. © ESRF/Antwerp University/Van Gogh Museum
Par Frédéric Lewino
C’est l’aboutissement d’une très longue enquête qui a débuté voilà un siècle, quand on a constaté un vieillissement précoce du jaune de chrome employé par de nombreux peintres du XIXe siècle, particulièrement par Vincent Van Gogh.
 
Quel est le coupable de ce crime de lèse-chef-d’oeuvre ? Sa nature exacte vient d’être élucidée par une équipe internationale rassemblant des experts français, italiens, néerlandais et belges, grâce aux technologies les plus sophistiquées.

Les artistes eux-mêmes, tels Georges Seurat, Turner, Constable, Cézanne, Pissarro et Ensor s’étaient déjà rendu compte du phénomène et avaient fini par cesser d’utiliser ce pigment jaune mis au point par l’industrie de l’époque.
 
Le mercredi 11 avril 1888, Vincent Van Gogh écrit à son frère : « Toutes les couleurs que l’impressionnisme a mises à la mode sont changeantes, raison de plus de les employer hardiment trop crues, le temps ne les adoucira que trop. »
 
Dans une autre lettre, il note encore : « Il fallait être Delacroix pour oser cela, le jaune de chrome s’altérant plus que l’or et verdissant avec le temps. »
 

Le jaune vire chocolat !
 

Ce que le peintre hollandais n’avait pas prévu, c’est que ses jaunes vieilliraient encore plus mal que ceux de ses confrères. Qu’ils s’assombriraient au point d’en perdre tout éclat. Depuis plusieurs années, les spécialistes supposent que cette mutation des jaunes est liée à un changement d’état de l’atome de chrome sous l’action des ultraviolets : le Cr VI devient du Cr III. Les chimistes nomment cela une réduction. Les experts de cette étude publiée dans la revue Analytical Chemistry viennent de confirmer définitivement cette hypothèse après avoir organisé une reconstitution.

Pour cela, ils se sont procuré trois tubes de peinture datant du XIXe siècle. Ils y ont prélevé des échantillons qu’ils ont soumis à un vieillissement accéléré en les exposant durant cinq cents heures d’affilée à des UV. Tous ont légèrement terni, mais, plus que les autres, celui provenant d’un tube ayant appartenu au peintre flamand Rik Wouters, un fauviste mort en 1916. Son jaune, plus clair que les autres, a carrément pris une teinte chocolat.
Premier constat, donc : tous les jaunes de chrome de l’époque ne réagissent pas de la même manière. Apparemment, plus ils sont clairs et vifs, plus ils se dégradent. Restait à confirmer le phénomène chimique. À cette fin, les enquêteurs ont fait appel au summum de la technologie moderne : le synchrotron européen de Grenoble, qui leur a permis de constater que la décoloration est bien la conséquence d’une réduction du chrome.

Le soufre et le baryum, coupables
 
Mais pourquoi les jaunes clairs, largement utilisés par Van Gogh, réagissent-ils davantage que les autres ? Les experts ont donc décidé d’analyser deux de ses tableaux victimes du mal : Berges de Seine, datant de 1887, et Vue d’Arles avec iris, datant de 1888. Ils en ont prélevé de microscopiques éclats dans les zones concernées pour les passer également aux rayons X. Ils ont alors découvert que la réduction du chrome était amplifiée en présence de deux composés chimiques contenus dans le pigment blanc utilisé par le peintre pour rendre ses jaunes plus lumineux : le soufre et le baryum.
 
Les deux coupables du fort assombrissement des jaunes de Van Gogh sont donc identifiés, mais les enquêteurs comptent encore poursuivre leurs investigations après la publication de ce premier rapport. Des zones d’ombre restent encore à éclaircir. Mais déjà les conservateurs des musées possédant ces peintures savent combien il est indispensable de mettre leurs chefs-d’oeuvre à l’abri des ultraviolets pour enrayer le phénomène.

Reste à savoir s’il est possible d’effacer le crime, de redonner aux tournesols de Van Gogh et à tous ses tableaux utilisant du jaune leur éclat original ? Nous avons posé la question à Marine Cotte, du Centre de recherche et de restauration des musées de France (CNRS UMR171), qui a participé à l’enquête. Elle reste très prudente :
 
« Pour l’aspect rajeunissement, c’est beaucoup plus délicat, car les traitements chimiques de « restauration » peuvent, à la longue, se révéler parfois plus néfastes que ce que l’on aurait espéré… Je ne pense pas que ce soit d’actualité dans le cas présent. »
 
 C’est Van Gogh qui rit jaune. Oui, je sais, le jeu de mots est facile…

 
http://www.lepoint.fr 

2 réponses à “On a identifié l’assassin des tournesols de Van Gogh !

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