Pourquoi les images 3D sont déconseillées aux enfants


Les images des télévisuelles ont évolué, le HD, puis le 3D sont disponibles depuis plusieurs années. Le 3D pourrait être un mauvais choix avec des jeunes enfants. Leurs yeux n’ont pas encore atteint la maturité et cela pourrait entraîner divers maux
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Pourquoi les images 3D sont déconseillées aux enfants

 

76310847/Tyler Olson – Fotolia

Immatures jusqu’à 8-10 ans, les yeux des enfants sont extrêmement sensibles aux stimuli extérieurs, à la 3D en particulier. La modération s’impose.

L’avertissement, publié début 2015, est clair: trop de 3D nuit aux yeux des enfants. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) déconseille ainsi l’utilisation des technologies audiovisuelles en trois dimensions «aux enfants de moins de 6 ans, l’usage devant rester modéré jusqu’à 13 ans». L’agence avait été saisie en 2011 par l’association Robin des Bois, qui souhaitait qu’elle analyse toutes les données scientifiques sur les risques liés à l’utilisation des consoles de jeux 3D. Il faut dire qu’à l’époque Nintendo avait inquiété en déconseillant sa console 3DS aux enfants de moins de 6 ans. L’Anses décida alors de répondre à cette demande et d’aller plus loin en enquêtant surtoutes les sources d’images 3D, au cinéma, sur téléviseurs et téléphones…

Quatre ans ont passé. Si la mise en garde est posée, l’agence reconnaît toutefois qu’elle manque de données scientifiques irréfutables prouvant que les images 3D sont dangereuses pour les yeux. Le Pr Béatrice Cochener, chef du service d’ophtalmologie du CHU de Brest et présidente de l’Académie française d’ophtalmologie, confirme:

«Il n’existe pas d’évidences scientifiques de dangerosité. Mais un faisceau d’éléments laisse penser que les images 3D peuvent être une source d’inconfort et de fatigue visuelle spécifique, avec l’apparition de brûlures et de sécheresse des yeux, de troubles de la vision mais également des maux de tête, voire une sensation de malaise général. Certaines personnes à risque sont particulièrement gênées, notamment celles présentant un dysfonctionnement de la vision binoculaire ou une tension importante de l’accommodation visuelle. Car le système de convergence-accommodation est très sollicité par ces images».

Naturellement hypermétropes

En quoi les enfants présentent-ils un risque particulier? C’est tout d’abord une question de maturité. Chez un enfant, la vision n’est mature qu’à 8 ans en moyenne. Avant, elle s’affine, se «cale», devient plus précise. Les enfants, par exemple, sont naturellement hypermétropes: leurs yeux, trop petits, ne peuvent projeter les rayons lumineux sur la rétine qu’au prix d’un effort d’accommodation important. Or, la 3D exacerbe cet effort et amplifie les complications associées, céphalées et autres désagréments. Par ailleurs, 4% des enfants souffrent de strabisme. L’un de leurs yeux dévie de la direction normale du regard, ils voient double et perçoivent mal relief et profondeur. Bien évidemment, chez ces enfants, les images 3D peuvent interférer avec les mécanismes d’adaptation ou de rééducation mis en place. Bref, jusqu’à l’adolescence, la 3D pourrait induire une fatigue visuelle plus importante et avoir un impact sur le développement du système visuel.

Le principe de précaution prôné par l’Anses a, dès lors, toute sa raison d’être.

«Mais il y a 3D et 3D, nuance le Pr Cochener. Fixer son regard sur un écran vidéo de petite taille a plus d’impact que de regarder un film sur grand écran, où l’on est immergé dans les trois dimensions. Dans le premier cas, la perception de l’environnement interfère avec la mise au point sur la projection 3D et induit probablement davantage d’effort visuel. Enfin, certaines images 3D génèrent plus de fatigue visuelle que d’autres:parexemple, plus le procédé de jaillissement de l’image a été exagéré, moins l’œil va la tolérer».

Pour l’ophtalmologue, compte tenu de cette hétérogénéité des contenus, il faudrait inciter les producteurs d’images à en améliorer la qualité.

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