Pourquoi inviter les femmes à dire « moi aussi » pose problème


Vous avez sans doute entendu parler de #MeToo ou #MoiAussi depuis la descente en enfer d’un homme très bien placé dans le cinéma américain. D’autres femmes dénoncent le harcèlement et les agressions sexuelles qu’elles ont elles-mêmes vécues.. Les blagues douteuses, les sous-entendues sont une entrée vers le harcèlement et les agressions sexuelles. Oui cela peut déranger, mais c’est un moyen pour réveiller les gens d’un problème de société face au sexe. Aucune femme, aucun homme ne devrait être une victime
Nuage

 

Pourquoi inviter les femmes à dire « moi aussi » pose problème

 

Il revient aux hommes de mettre un terme à leur comportement prédateur.

 

Angelina Chapin 

Depuis dimanche soir, les fils d’actualités Facebook sont remplis de « moi aussi » publiés par des femmes souhaitant démontrer à quel point le harcèlement et les agressions sexuelles sont répandus dans notre société.

« Dois-je commencer par le type qui se masturbait dans sa voiture et faisait mine d’embrasser les joueuses de tennis de notre école alors que nous revenions d’un tournoi? », se demande une de mes amies. «

Alors que je passais la soirée dans une discothèque avec mes colocataires, un homme m’a regardée dans les yeux et a agrippé mon sexe », écrit une autre.

L’effet cumulatif de ces signalements est absolument épuisant. Or, en tant que femmes, nous savions déjà que les hommes considèrent nos corps comme une marchandise jetable.

Si chaque femme de votre entourage a été agressée ou harcelée, cela signifie que chaque homme de votre entourage a possiblement rendu une femme insécure.

Les mots-clics #MeToo et #MoiAussi sont devenus viraux lorsque l’actrice Alyssa Milano a recommandé aux victimes d’agression et de harcèlement de les utiliser afin de sortir du placard. Il est évident que son message Twitter et les milliers qui l’ont suivi avaient pour objectif d’interpeller les hommes. Si chaque femme de votre entourage a été agressée ou harcelée, cela signifie que chaque homme de votre entourage a possiblement rendu une femme insécure.

Or, bien que cette campagne ait un effet cathartique, au moment où éclate un autre scandale impliquant un prédateur haut placé, je crois qu’elle aura peu d’influence sur les comportements masculins à l’origine de tant d’accusations.

En effet, les hommes n’ont pas besoin de comprendre que chaque femme a été sexuellement rabaissée ou violée. Ils doivent reconnaître un fait encore plus fondamental : les victimes de ces histoires sont avant tout des femmes.

Nous aurons beau transformer l’Internet en une longue litanie de « moi aussi », cela ne fera aucune différence tant et aussi longtemps que les hommes – tous les hommes – ne reconnaîtront pas leur rôle dans la perpétuation de la misogynie et ne s’engageront pas à changer les choses.

Il y a trop longtemps que les hommes ignorent ou réduisent au silence les femmes osant dénoncer la violence sexuelle.

Il y a trop longtemps que les hommes ignorent ou réduisent au silence les femmes osant dénoncer la violence sexuelle. La tendance à blâmer la victime continue de prévaloir au sein même de nos plus importantes institutions. Les policiers écartent un grand nombre de plaintes de viol sans même ouvrir une enquête. Des juges rendent des verdicts de non-culpabilité sous prétexte qu’une femme « devrait garder les genoux serrés » ou que « même une femme saoule peut donner son consentement ».

Dans le cas du viol perpétré récemment à l’Université Stanford, Brock Turner a purgé seulement trois mois d’une peine de six mois d’emprisonnement, parce qu’une longue peine aurait eu un « impact sérieux » sur sa vie. Comme si son bien-être était le premier de nos soucis. Bref, les femmes sont constamment invitées à ravaler leurs traumatismes, parce qu’elles seules sont à blâmer. Il va sans dire que nous devrons changer d’attitude si nous voulons que les hommes respectent enfin nos corps.

Les hommes sont rarement incités à changer leur comportement prédateur.

Les hommes sont rarement incités à changer leur comportement prédateur. Les conversations au sujet des agressions et du harcèlement sont toujours classées dans la catégorie « condition féminine ». Les magazines pour hommes sont remplis de conseils sur les whiskys ou la meilleure manière de griller un steak, mais ils abordent rarement les problèmes liés à la misogynie ou les méthodes à employer pour ramener à l’ordre un ami sexiste.

Par ailleurs, les études scientifiques présentent toujours leurs données sous l’angle du nombre de femmes ayant été agressées plutôt que du nombre d’hommes ayant commis des violences sexuelles, avec pour résultat que les hommes croient n’avoir aucune responsabilité de changer leurs propres comportements sexistes et illégaux. Les hommes restent passivement accoudés au bar pendant que leurs amis font des commentaires déplaisants envers les femmes. Ils s’abstiennent d’intervenir lorsque les blagues de mauvais goût passent au stade de l’agression véritable. Et lorsque des allégations de violences sexuelles font les manchettes, ils ne discutent pas entre eux afin de trouver des solutions.

Ce sont toujours les femmes qui doivent aborder le problème entre elles, l’exposer publiquement, inventer des mots-clics comme #MyHarveyWeinstein et publier des histoires d’horreur dans Facebook afin de sortir les hommes de leur torpeur. Comme s’il n’était pas déjà assez difficile de subir du harcèlement constant, nous devons aussi expliquer aux hommes pourquoi leurs gestes sont problématiques et souvent illégaux.

Les hommes doivent reconnaître que les « discussions de vestiaire » contribuent à faciliter les agressions sexuelles.

Nous aurons beau transformer l’Internet en une longue litanie de « moi aussi », cela ne fera aucune différence tant et aussi longtemps que les hommes – tous les hommes – ne reconnaîtront pas leur rôle dans la perpétuation de la misogynie et ne s’engageront pas à changer les choses. Les hommes doivent reconnaître que les « discussions de vestiaire » contribuent à faciliter les agressions sexuelles. Plus de journaux et d’organisations doivent se mobiliser afin de promouvoir un modèle masculin progressiste, et mettre au rancart les stéréotypes machistes, dangereux et désuets. Les hommes doivent lancer eux-mêmes des campagnes Facebook dans lesquelles ils admettent avoir été sexistes et s’engagent à changer leur attitude.

Heureusement, il y a de l’espoir. Hier soir, une amie a demandé aux hommes d’identifier un geste concret permettant de mettre fin à la culture du viol. Son message a recueilli 54 réponses, dont « Je prendrai la parole dans les lieux où je suis privilégié et influent », et « Il vaut mieux écouter que rester sur la défensive ». D’autres hommes ont tout simplement publié « Je te crois » en réponse aux témoignages publiés dans leur réseau. Voilà autant de pas dans la bonne direction.

Si la campagne « Moi aussi » vous rend plus confiantes, n’hésitez pas à y participer. Mais soyez conscientes de ses limites.

Si la campagne « Moi aussi » vous rend plus confiantes, n’hésitez pas à y participer. Mais soyez conscientes de ses limites. Aucune femme ne devrait se sentir obligée de partager des moments douloureux. En revanche, chaque homme doit assumer la responsabilité de mettre fin aux comportements pouvant mener à du harcèlement ou à des agressions.

Ce billet de blogue a d’abord été publié sur le HuffPost américain.

http://quebec.huffingtonpost.ca/

La tragédie des 100 000 enfants envoyés de force au Canada


    Une enquête publique au Royaume-Uni sur les 100 000 enfants envoyés de force au Canada et d’autres enfants ont connu le même sort un peu partout dans le monde, après la Deuxième Guerre Mondiale. Leur crime était la pauvreté, et ou être orphelin. La majorité des enfants ont subi des sévices psychologiques, physiques et sexuels. En ce temps-là, le gouvernement britannique et Canadien, avaient fermé les yeux devant cette abomination …
    Nuage

ENQUÊTE PUBLIQUE AU ROYAUME-UNI

La tragédie des 100 000 enfants envoyés de force au Canada

 

Plus de 100 000 enfants pauvres anglais ont été envoyés de force au Canada de la fin de XIXe siècle jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Souvent traités comme des esclaves, ils ont souffert d’agressions et de violences sexuelles, rappelle une enquête qui vient de s’ouvrir cette semaine au Royaume-Uni.

NICOLAS BÉRUBÉLA PRESSE

FAIT MAL CONNU

Ils étaient des enfants de familles pauvres, des enfants de la rue et des orphelins. Dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, le gouvernement anglais a décidé de les envoyer, souvent de force, aux quatre coins de l’Empire britannique, où ils pourraient travailler. Plus de 100 000 enfants non accompagnés ont ainsi « émigré » dans des fermes canadiennes, dont plus de 8000 au Québec.

« Pour la quasi-totalité, ils ont travaillé dans des champs, dans des conditions d’esclavagisme », explique Lori Oschefski, présidente de l’Association canadienne des « Home Children » anglais. « Les agressions physiques, psychologiques et sexuelles qu’ils ont subies étaient courantes et sont bien documentées. »

LE GOUVERNEMENT A FERMÉ LES YEUX

Les enfants ne recevaient souvent aucune éducation et habitaient à l’écart de la maison familiale de la ferme.

« À cette époque, la pauvreté était vue comme une maladie infectieuse, alors ces enfants étaient souvent isolés, dit Mme Oschefski. Certains dormaient dans des granges non chauffées, même durant l’hiver. Les enfants étaient transportés d’une ferme à l’autre, ils pouvaient déménager des dizaines de fois. Ma tante Mary était une de ces enfants. Elle a été battue, fouettée, violée. Elle a donné naissance à un enfant mort-né à l’âge de 14 ans. Quand ma tante est morte, on pouvait encore voir les cicatrices des coups de fouet sur son dos. »

LOI DU SILENCE

Au début du programme, ces histoires étaient peu connues.

 « Mais durant les années 1890, le gouvernement britannique et le gouvernement canadien savaient que le programme envoyait les enfants dans une vie de misère et d’abus, et ils ont continué à le soutenir », dit Lori Oschefski.

Cette semaine, le gouvernement britannique a lancé une enquête publique sur les enfants qui ont émigré de force, un phénomène qui a continué jusqu’en 1974, notamment en Australie. David Hill, qui a été envoyé de force et violé en Australie à l’âge de 12 ans, a témoigné qu’il voulait que les responsables soient « nommés sur la place publique ». Ce mois-ci, la Chambre des communes à Ottawa a reconnu « la souffrance et l’abus » des enfants qui ont émigré de force au Canada. Mme Oschefski aimerait désormais entendre le premier ministre Trudeau s’excuser au nom du Canada auprès des familles de ces enfants.

GILLES DUCEPPE, PETIT-FILS D’ENFANT ÉMIGRÉ

Des enfants émigrés ont éventuellement eu des familles, et leurs descendants sont nombreux au pays. Parmi eux, l’ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, dont le grand-père paternel, John James Rowley, est arrivé à Montréal en 1906.

John James Rowley, grand-père de Gilles Duceppe

« Mon grand-père a été chanceux, car il a été adopté par une bonne famille, qui voulait un enfant, à Saint-Benoît-du-Lac. Personne ne parlait anglais, alors mon grand-père allait parler avec les autochtones de la réserve de Kanesatake. »

La pièce Ne m’oublie pas, actuellement présentée au Théâtre Jean-Duceppe, salle nommée en l’honneur du père de Gilles Duceppe, raconte justement l’histoire d’un « Home Child » envoyé en Australie. M. Duceppe dit souhaiter que cet épisode difficile et peu glorieux de l’histoire du Québec et du Canada soit mieux enseigné.

« Nous, les descendants des British Home Children, on représente entre 3,5 et 4 millions de personnes à travers le Canada. Ce n’est pas rien, et pourtant, c’est une histoire qui est inconnue. »

http://plus.lapresse.ca

A Kavumu, petite ville du Congo, des dizaines de petites filles se font violer


C’est épouvantable que la justice est si différente d’un endroit à l’autre, différente entre les riches et les pauvres. Comment peut-on violer des enfants et rester impuni ? Pourquoi il y a autant de viol dans une ville du Congo ? La sorcellerie, les croyances que cela porte chance ? Et quelle imbécilité encore ? Comment un procureur peut dormir la nuit en acceptant de l’argent pour ne pas poursuivre ces crimes. Pourquoi tant de lenteur pour venir en aide a ses petites filles dont plusieurs sont mortes à cause de la violence de l’agression sexuelle ? Comment des policiers, un gouvernement peuvent-ils fermer les yeux ?
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A Kavumu, petite ville du Congo, des dizaines de petites filles se font violer

 

Des femmes victimes de violences sexuelles, à hôpital Panzi, en 2007. REUTERS/James Akena

Des femmes victimes de violences sexuelles, à hôpital Panzi, en 2007. REUTERS/James Akena

Lauren Wolfe

Les sévices qu’elles subissent sont affreux. Sur place, on spécule sur les explications à donner à ces drames. Et si c’était la sorcellerie? Ou, plus prosaïquement mais tout aussi tragiquement, si les coupables étaient d’anciens soldats, détruits, des victimes devenues bourreaux.

Les hommes viennent en pleine nuit. Ils jettent leur dévolu sur une maison, en défoncent un mur et enlèvent une petite fille pour lui faire des choses atroces. Puis, au matin, ils la ramènent dans son lit ou la laissent gisante devant la porte ou dans le jardin. Si l’enfant a survécu, il faut la conduire en urgence chez un médecin parce qu’un pénis ou un objet quelconque aura écrasé ses organes tout au fond de son corps.  

Des petites filles, parfois encore bébés

En 2014, lorsque je me suis rendue à Kavumu, une ville misérable de l’est du Congo, j’ai entendu de telles histoires racontées à bout de murmures. Kavumu se situe au bord du lac Kivu, en face du Rwanda, non loin d’un bureau de la Monusco, la mission de stabilisation de l’ONU en République démocratique du Congo. Parmi ses habitants, on compte plusieurs représentants des Twa, une minorité ethnique et marginalisée (mieux connue sous le nom de Pygmées), des individus qui ont dû quitter leurs petits villages dans des régions aujourd’hui sous contrôle des milices, et une proportion significative de soldats démobilisés.

Selon des militants des droits de l’homme, Kavumu cumule un taux de criminalité très élevé et un taux d’alphabétisation au plus bas. La ville traîne aussi une effroyable réputation: ces deux dernières années, elle a été le théâtre de plusieurs dizaines de viols de petites filles, parfois encore bébés.

Plusieurs survivantes ont reçu des premiers soins dans des cliniques locales, où on les a souvent lavées et, malheureusement, désinfectées des éventuelles preuves que leur corps pouvait révéler, avant de les envoyer à l’hôpital de Panzi, situé dans la ville voisine de Bukavu. L’établissement est dirigé par le Dr. Denis Mukwege, pionnier de la prise en charge et de la réparation des victimes de violences sexuelles.

Depuis l’an dernier, au moins 35 petites filles de Kavumu ont eu besoin d’une «chirurgie lourde» à leur entrée à l’hôpital, a précisé Mukvege lors de sa visite au Parlement européen en mars. Certaines de ces enfants, âgées de 6 mois à 11 ans, ont dû passer des mois à Panzi à cause de très graves traumatismes. Sur le terrain, une source m’a parlé d’une petite fille obligée de rester allongée sur le ventre, et incapable de refermer les jambes à cause de la douleur.

A l’heure actuelle, personne n’a encore pu identifier les responsables de ces viols. Ce qui, en grande partie, est imputable à un système judiciaire défaillant.

Très peu de ces agressions ont fait l’objet d’un examen spécifique –seuls sept dossiers étaient en cours fin 2014, selon l’organisation humanitaire Physicians for Human Rights (PHR). Des experts de cette organisation, et d’autres, font valoir la nécessité d’ouvrir une enquête formelle sur ces viols, et de les considérer comme les éléments d’un unique crime de masse.

Une justice peu réactive

Mais sur le terrain, des sources estiment que le procureur de Kavumu, la plus haute autorité judiciaire de la ville, traîne des pieds pour des raisons inconnues. Parallèlement, la police argue qu’elle ne peut travailler sans l’autorisation du procureur. Et même si la police pouvait mener de telles procédures, des experts judiciaires de la Monusco et de PHR affirment qu’elle devrait refermer les dossiers après dix jours faute de preuves concluantes –en collecter est une gageure dans un endroit où les ressources des enquêteurs sont réduites aux portions congrues et où les forces de l’ordre se font graisser la patte au quotidien. Plusieurs militants des droits de l’homme et spécialistes du droit m’ont dit que le procureur était surnommé «Monsieur Cent Dollars», tant il est connu qu’il accepte d’abandonner des poursuites pour une telle somme

Denis Mukwege, prix Sakharov 2014n pendant son discours au Parlement européen à Strabourg, le 26 novembre 2014.REUTERS/Vincent Kessler

Karen Naimer, la directrice du programme de PHR contre les violences sexuelles en zones de conflit, détaille comment son organisation, la Monusco, la police de l’ONU, l’hôpital de Panzi et des représentants de la société civile locale ont proposé leur assistance technique afin de retrouver les coupables, notamment dans l’organisation de formations à la collecte de preuves –le tout en vain.

«L’arsenal est prêt et attend d’être déployé, mais personne n’a l’air de vouloir s’y mettre», précise Naimer.

Le 6 avril, le bureau de Jeanine Mabunda Lioko, la Représentante personnelle du chef de l’Etat chargée de la lutte contre les violences sexuelles et le recrutement d’enfants soldats en RDC –une responsable nommée par le président– annonçait

«travailler avec les autorités nationales pour ouvrir une enquête sur les allégations de violences sexuelles» à Kavumu.

Un pas en avant opportun, mais reste à voir comment ces promesses seront mises en pratique. A Kavumu, les militants sont nombreux à être sceptiques.

En attendant, en l’absence de procédures judiciaires, ceux que ces viols bouleversent en sont réduits à spéculer sur l’identité des criminels et leurs motivations. Et certaines réponses sont bien plus étranges qu’on pourrait a priori le penser.

L’hypothèse de la sorcellerie

Parmi les locaux, une rumeur lancinante pointe du doigt la sorcellerie. Croire au surnaturel, et notamment à la magie noire, n’est pas un phénomène rare au Congo. Des enfants sont parfois accusés d’être des sorciers, certains se font même exorciser. Dans d’autres cas, faire du mal à des enfants est considéré comme un moyen pervers de s’attirer la fortune.

Stefano Severe, le responsable régional de l’UNHCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, mentionne ainsi

le kabanga, une pratique consistant à «étrangler un bébé avec une corde et à vendre ensuite la corde».

A Kavumu, Georges Kuzma, ancien conseiller de PHR sur les violences sexuelles basé à Bukavu, explique que, selon certains locaux, les auteurs des viols nocturnes font du mal aux enfants afin de se porter bonheur.

«Ils pensent que les bourreaux veulent retirer les organes génitaux ou reproductifs des bébés ou des petites filles, dit Kuzma. Pour avoir davantage de chance.»

Neema Namadamu, militante pour les droits des femmes vivant à Bukavu, parle quant à elle d’une croyance superstitieuse voulant que

«si vous couchez avec des vierges, vous serez couverts de diamants rouges». 

Une interprétation que partagent l’Unicef et la Monusco, ou du moins partageaient au début. En juin 2013, lorsque les premiers viols ont été signalés –et après la mort de deux victimes– les organisations publiaient un communiqué commun dénonçant ces violences sexuelles extrêmes et citant des «pratiques traditionnelles préjudiciables».

Les soldats, «bourreaux-victimes»?

Une autre explication est peut-être plus prosaïque, mais tout aussi tragique. Les soldats démobilisés de l’armée congolaise ou de diverses milices ne sont jamais soumis, ou presque, à un suivi psychologique. La violence est souvent ancrée au fond d’eux.

«Même s’ils reviennent à une vie civile et normale, ils sont dans l’incapacité de s’adapter totalement et commettent, de temps en temps, des actes barbares, des atrocités», a pu expliquer le Dr. Mukwege devant le Parlement européen.

Il s’est aussi récemment adressé à l’AFP et a souligné l’importance de ne pas oublier que ces hommes ont aussi été soumis à des violences:

«Nous avons tous ignoré que ces gens étaient eux-mêmes détruits, [que] c’étaient des bourreaux-victimes.»

En mars 2014, je me suis entretenue avec un représentant du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) qui faisait état d’une augmentation dramatique des viols civils depuis 2011, du fait de la démobilisation des soldats. Plus de 77% des agressions répertoriées en 2013 ont été perpétrées par des civils, m’avait-il expliqué.

A Kamuvu, certains pensent que ce sont bien des soldats démobilisés qui violent la nuit les petites filles. Selon Stefano Severe, des rumeurs font même état d’un réseau ou d’un groupe d’hommes se faisant de l’argent en vendant à d’autres la possibilité de violer ces enfants, ce qui signifie que ces agressions ne cesseront qu’en «arrêtant les vrais auteurs et leurs “clients” potentiels».

Mais quelle que soit l’explication de ces crimes, une question difficile reste en suspens: si ce sont bien de petites maisons qui sont attaquées pour enlever les enfants, est-ce que les familles voient ou entendent les agresseurs? Si oui, est-ce qu’elles essayent de les arrêter? Des membres de PHR se sont entretenus avec des familles de victimes.

«Ce n’est pas clair, on ne sait pas trop ce qui se passe», précise Karen Naimer. Elle se demande, comme d’autres sources à qui j’ai eu affaire, si les familles ne sont pas quelque part impliquées dans les agressions. Ou peut-être, pour des raisons inconnues, qu’elles ont peur de parler ou de s’interposer. «J’ai l’impression qu’il nous manque beaucoup d’informations», ajoute-t-elle.

La difficulté des parents à dénoncer les crimes

Selon Alejandro Sánchez, ancien coordinateur de l’unité de la Monusco luttant contre les violences sexuelles dans le Sud-Kivu, les familles ne sont pas impliquées. Ce sont elles qui amènent leurs enfants à l’hôpital après les agressions.

«Et franchement, ajoute Alejandro Sánchez, quand vous voyez la taille et l’âge des petites, il est assez irréel de penser qu’une mère pourrait permettre qu’on fasse des choses aussi bestiales à son enfant.»

Reste que dénoncer de tels agissements est une autre paire de manches. Il est possible que les parents aient peur de parler, explique Alejandro Sánchez.

«Au [Congo], s’en remettre à la justice comporte toujours certains risques pour les victimes ou les témoins», précise-t-il. «Les programmes de protection n’existent pas ou sont très inefficaces.» Et si les coupables se sont pas incarcérés, «ils reviendront traîner dans la communauté».

La douleur et la peur n’instillent pas seulement les habitants de Kavumu, mais aussi ceux qui œuvrent à stopper les viols.

«Cela devient de plus en plus traumatique, même pour les premiers secours» –c’est-à-dire le personnel médical– «d’avoir affaire à ce genre de cas», affirme Karen Naimer.

Certains humanitaires internationaux m’ont ainsi expliqué avoir quitté le Congo à cause de l’inaction qui entoure ces viols.

«Nous ressentons leur frustration, ajoute Karen Naimer Ils voudraient pouvoir en faire tellement plus.»

En novembre 2014, une délégation de PHR s’est rendue à Kinshasa, la capitale, afin de rencontrer plusieurs dignitaires du gouvernement et leur parler des viols de Kavumu. Les membres de la délégation ont exhorté à l’ouverture d’une enquête nationale. Au mieux, ils se sont heurté à de l’incompréhension –personne n’en avait entendu parler.

Comment faire avancer la justice?

Jeanine Mabunda, récemment nommée par le président Représentante sur la question des violences sexuelles, faisait partie des officiels en présence. Après la rencontre, PHR lui a envoyé des informations sur les viols pour qu’elle puisse mettre à profit ses responsabilités et faire quelque chose, n’importe quoi. Son silence allait durer des semaines.

La promesse d’une enquête nationale arrive «très très tard»

Enfin, dans les derniers jours de mars, Jeanine Mabunda traversait les 1.500 kilomètres séparant la capitale de Bukavu pour venir s’entretenir avec des membres de la société civile luttant contre les viols de Kavumu. Le 6 avril, elle annonçait que son bureau sollicitait une enquête auprès du ministère de l’Intérieur. En d’autres termes, ce que PHR et d’autres attendent depuis si longtemps –une procédure judiciaire coordonnée au niveau national– devrait se réaliser d’ici peu.

«La population est en colère. Nous allons travailler ensemble et faire tout ce que nous pourrons pour détenir et traduire en justice quiconque a commis ces actes horribles», a déclaré Jeanine Mabunda lors d’une conférence de presse.

Pour davantage de justice, il serait aussi possible de faire venir un tribunal mobile à Kavumu. L’idée serait, une fois les preuves collectées dans le cadre de l’enquête nationale annoncée début avril, de recourir à ce tribunal pour le procès des auteurs présumés. Des experts d’ONG de Bukavu font part de leur ambivalence: l’efficacité d’un tel tribunal dépendra de l’expérience et de l’intégrité des personnes qui y siégeront. Par le passé, au Congo, des tribunaux mobiles ont obtenu des succès relatifs face aux auteurs de violences sexuelles.

Alejandro Sánchez se méfie: en fin de compte, un tribunal mobile pourrait très bien se contenter de traduire en justice des gens, sans suffisamment de preuves, histoire uniquement de «montrer des résultats» à la communauté internationale.

Alejandro Sánchez précise aussi que si la promesse d’une enquête nationale est la bienvenue, elle arrive «très très tard». Son expérience au Congo dans la région de Kavumu lui a montré que si les coupables ne sont pas appréhendés sur la scène de crime, les obstacles empêchant de les traduire en justice sont énormes. En outre, dans les 29 cas de viols dont il s’est occupé, aucun témoin ne s’est fait connaître, et les victimes sont trop jeunes pour identifier leurs agresseurs.

«Il faut que l’enquête nationale se dote d’une stratégie très claire», ajoute Alejandro Sánchez qui, comme PHR et d’autres, estime que les viols doivent être traités comme les éléments d’un crime unique, et pas comme des cas isolés les uns des autres.

«Dans le cas contraire, cette enquête, comme le reste, ne mènera à rien.»

 

http://www.slate.fr/

Mexique: La police recherche une justicière de femmes violées


Je suis d’accord qu’on ne peut pas faire justice soi-même, cependant, il est choquant de voir comment d’effectif de police qu’ils mettent pour trouver cette justicière alors qu’il aurait pu faire la même chose pour protéger les femmes victimes de violences sexuelles
Nuage

 

Mexique: La police recherche une justicière de femmes violées

 

Un policier en civil patrouille dans une rue de Ciudad Juarez, dans l'Etat de Chihuahua,au Mexique

Un policier en civil patrouille dans une rue de Ciudad Juarez, dans l’Etat de Chihuahua,au Mexique JESUS ALCAZAR AFP

MONDE – Elle a déjà tué deux chauffeurs de bus…

 

Les autorités mexicaines sont à la recherche d’une justicière de femmes violées à Ciudad Juarez, à la frontière avec les Etats-Unis, ayant revendiqué les assassinats de deux conducteurs d’autocar, a annoncé le ministère public de l’Etat de Chihuahua.

Les deux conducteurs ont été abattus d’une balle dans la tête la semaine dernière à Ciudad Juarez, ville connue pour avoir été le théâtre d’une vague de crimes sans précédent contre des femmes ces dernières décennies. Dans les deux cas, des témoins ont identifié le tueur comme étant une femme.

Les autorités judiciaires du Chihuahua avaient dans un premier temps suivi la piste d’une «vengeance ou d’un crime passionnel», a indiqué à l’AFP son porte-parole Arturo Sandoval.

«Diana, chasseuse de chauffeurs»

Mais samedi, plusieurs organes de presse de l’Etat ont reçu un message anonyme revendiquant ces deux assassinats signé par «Diana, chasseuse de chauffeurs».

Les conducteurs d’autocar ont souvent été visés par des accusations d’agressions sexuelles, notamment de femmes faisant des horaires de nuit dans les «maquiladoras», les manufactures américaines installées le long de la frontière.

«Mes camarades et moi avons souffert en silence, mais nous ne pouvons plus nous taire, nous avons été victimes des violences sexuelles de conducteurs qui assuraient les liaisons nocturnes des « maquilas » ici à Juarez, mais même si les gens connaissent notre souffrance, personne ne nous défend ni ne fait rien pour nous protéger», explique cette lettre.

«Ils croient que nous sommes faibles parce que nous sommes des femmes (…) Je suis un instrument de vengeance», ajoute le texte, prévenant de nouveaux assassinats à venir.

Perruque blonde

Selon Arturo Sandoval, les autorités ont dressé un portrait-robot de cette femme, qui selon des témoins serait une brune d’une cinquantaine d’années, mesurant environ 1,65 m et utilisant une perruque blonde. Des policiers en civil ont également été déployés sur les lignes d’autocar concernées et 12 cas de viols perpétrés par des conducteurs d’autobus sont actuellement étudiés par la police pour tenter d’établir si la suspecte fait partie des victimes.

A Ciudad Juarez, quelque 200.000 ouvrières travaillent jour et nuit, par roulement, dans les usines d’assemblage de produits manufacturés ensuite exportés vers les Etats-Unis ou le Canada.

Dans les années 1990 et au début des années 2000, cette municipalité voisine d’El Paso (Texas) avait été le théâtre d’une vague sans précédent de meurtres de femmes accompagnés de violences sexuelles. Cette situation, mêlée à la violence liée au trafic de drogue, avait valu à la ville le titre peu envié de capitale mondiale du meurtre.

http://www.20minutes.fr

Oui, nous vivons dans une culture du viol


Une opinion d’une sexologue sur le viol, les agressions sexuelles, les viols collectifs qu’après se retrouve sur Internet, l’intimidation, les insultes face aux victimes qui certaines, ont choisi d’en finir en se suicidant. Alors qu’on parle de respect face aux femmes, la mentalité ne semble pas vraiment changée. Non, ce n’est pas tous les hommes qui pensent que les femmes, les adolescentes, les petites filles sont des objets a satisfaire leurs pulsions, heureusement mais, il semble que cela n’est pas suffisant … Pourquoi qu’on traite de pute une femme alors que des hommes ont plusieurs conquêtes sans avenir a leur actif, comment doit-on les traité ?
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Oui, nous vivons dans une culture du viol

Rehtaeh Parsons

Jocelyne Robert

Auteure, sexologue et sexosophe

Huit des mille raisons pour écrire ce texte…

Pendant un an et demi, elle a subi de l’intimidation, s’est faite traiter de salope et de pute sur internet, a revécu en boucle via le web, le viol collectif ( quatre garçons) dont elle avait été victime. Pendant un an et demi, elle a échoué à obtenir l’aide et le support de la collectivité et des autorités, aide dont elle avait un besoin vital .

Je l’écris aussi en pensant Amanda Todds cette jeune fille qui s’est elle aussi enlevé la vie l’an dernier, à 15 ans, n’en pouvant plus de voir ses seins se promener sur le web, servant d’avatar à un salopard.

Je l’écris en pensant à Marjorie Raymond cette adolescente, morte en 2011 d’avoir subi trop d’intimidation…

Je l’écris en pensant à cette adolescente de 16 ans violée par de six ou sept hommes lors d’une fête à l’est de Vancouver. Son agression a été immortalisée en vidéo et photos prises dans le champ où la jeune fille avait été traînée, et ont elles aussi été diffusées sur le web.

Je l’écris en pensant à cette jeune fille de 14 ans, sauvagement battue, violée et laissée pour morte dans les eaux glaciales du fleuve, à Sainte-Catherine , il y a une dizaine d’années. Dans un reportage sur ce drame, diffusé sur Radio-Canada, son principal agresseur (18 ans) avait dit, substantiellement, qu’il croyait que « les filles aimaient se faire agresser comme dans les films… » alors que l’autre évoquait que, « comme elle s’était déjà laissée embrasser, ça voulait dire que c’était ok de la violer»

Je l’écris en pensant à la fille d’une amie qui, à 14 ans, a accepté, pour faire plaisir à son amoureux de partager un moment d’intimité à trois, avec lui et une copine. Le tout avait été filmé à son insu et quelques mois plus tard, après la rupture, l’ex fit parvenir les images de ces scènes aux parents de l’adolescente puis les étala sur le web. Cinq ans plus tard, malgré l’aide et le soutien indéfectibles de sa famille, elle ne s’en est pas remise, a décroché de l’école, et surmonte tant bien que mal ses idées fortement dépressives.

Je l’écris en pensant à une ado que j’ai aidée alors que je travaillais auprès de jeunes en difficulté. Elle avait subi un viol collectif ( une dizaine de gars), en plein jour, dans le gymnase de son école d’une région montréalaise. Parce qu’elle était belle, sexy, pulpeuse, il fallut surtout l’aider à surmonter sa haine d’elle-même, sa culpabilité, son sentiment de responsabilité…

Je l’écris en pensant à toutes ces filles et femmes, celles que j’ai croisées comme celles que je ne connais pas; celles qui ont porté plainte pour agression sexuelle et celles, bien plus nombreuses, qui ne l’ont pas fait; celles dont personne ne parle, dont personne n’a envie d’entendre le récit…

J’affirme que nous vivons dans une culture du viol et de la violence sexuelle parce que :

  • Moins de la moitié des agressions sexuelles sont rapportées
  • Seulement 3% des hommes et garçons qui commettent des agressions sexuelles passent ne serait-ce qu’un jour en prison (ÉU)
  • Le GHB (drogue du viol) est en nette hausse et propension sur les campus et dans les bars. Les signalements à cet égard ont doublé durant les derniers mois et ce, malgré que les traces de cette substance s’effacent après quelques heures dans l’organisme
  • La popularité du GHB montre bien que le viol ne survient pas « spontanément » comme le prétendent certains et qu’il est, est au contraire, planifié et organisé
  • Le nombre d’agressions sexuelles signalées n’a pas diminué sur les campus collégiaux et universitaires au cours des 20 dernières années (ÉU)

 

  • L’hostilité prévaut encore bien souvent à l’égard des victimes et les justificatifs abondent du côté des agresseurs

  • Il y aurait 2 à 8% de faux signalements d’agressions sexuelles sur les campus alors les étudiants pensent que 50 % des plaintes pour viol sont fausses (ÉU)

  • La plupart des images et scènes sexuelles en libre circulation, et surtout dans la pornographie sur Internet, mettent en scène des femmes et jeunes filles qui subissent cette violence et semblent s’en délecter ( agressions, agressions de groupe… ) ou « au mieux », qui sont des choses, objets sexuels instrumentalisés

  • C’est à ces images que les enfants et les adolescents se réfèrent, à un âge où ils ont aussi malléables que de la cire chaude, pour assouvir leur légitime curiosité sexuelle

  • C’est à ces modèles d’hommes et de femmes qu’ils s’identifient et c’est à partir de ces images et messages qu’ils construisent leur personnalité érotique et qu’ils consolident leur perception de ce qu’est être un vrai homme et agir comme tel, ou être une vraie femme et « subir » comme tel

  • Il se vend sur Amazon des jeux « simulateurs de viol »

  • De plus en plus de firmes et marques ( esthétique, vêtements, parfum, coiffure, chaussures) mettent en scène des scénarios publicitaires, à peine voilés, d’agression sexuelle

  • La violence et l’exploitation sexuelles sont devenues des dispositifs « naturels » de la culture pop. Elles sont banalisées, voire érotisées dans la chanson et les clips et on badine à leur égard dans des sitcoms…

  • Le viol collectif est en nette augmentation partout dans le monde et ce, pas juste en Inde ou dans de lointaines contrées en guerre
  • Ce matin, comme presque chaque jour, j’ai lu sur Facebook que celle-ci « est une pute car elle couché » et ensuite, que celle-là « est aussi une pute car elle a refusé de coucher »

  • D’ignares ou imbéciles personnages politiques disent « que des femmes ne peuvent être enceintes suite à un viol… » alors que 32 000 femmes sont, chaque année, enceintes de leur agresseurs (ÉU)

  • La planète féminine nourrit en ce moment son imaginaire érotique dans un livre à méga succès, 50 shades of grey, sorte de remake porno combiné de Cendrillon, La belle au bois dormant et Blanche-Neige dans lequel «he is the master and she is the slave»…
  • Cesserons-nous de nous aveugler?

    Quand cesserons-nous de nous raconter que la violence sexuelle est anecdotique ? Sur quel ton faut-il interpeller nos décideurs, nos politiques et les différents acteurs de notre communauté, non pas pour que les lois soient plus coercitives et plus punitives mais pour que soient mis en place de vrais programmes de prévention et d’éducation à la dignité humaine et sexuelle ?

    Il n’y avait qu’un seul programme, au menu scolaire, qui visait à développer la fierté et la dignité, la réciprocité et la compréhension de la notion de consentement, de respect et de pleine et vraie liberté sexuelle. À l’heure où nos jeunes avaient, plus que jamais, besoin d’images, d’un message et d’un discours qui viennent rivaliser avec le message ambiant, pourri et avilissant, il a été sacrifié.

    Finirons-nous par comprendre que l’éducation sexuelle à l’école ne vise pas strictement à apprendre aux jeunes à enfiler un préservatif ou à utiliser un moyen de contraception ? Que sa finalité première est de développer l’estime et le respect de soi et d’autrui, comme fille ou comme garçon ?

    À part nous indigner, ponctuellement, quand un drame comme celui de Rehtaeh nous ébranle et fait le tour de la planète, que faisons-nous, concrètement, pour annihiler cette croyance plus ou moins consciente, virale chez certains, à l’effet qu’une fille est un mouchoir tiré au hasard, dans lequel un gars peut se secouer, et le jeter ensuite dans la poubelle intersidérale ?

    À quand des publicités, bien orchestrées, pour dénoncer cette culture du viol et de la violence sexuelle comme on le fait pour contrer l’homophobie ?

    À quand le retour à l’école d’une éducation à la sexualité, à l’affectivité et à la dignité humaine ?

    À quand une réelle concertation des différents acteurs et décideurs ( instances politique, culturelle, sociale, éducative, santé, famille etc) de notre société?

    Attendrons-nous que chacune de nos maisons compte une adolescente victime d’intimidation, victime de violence sexuelle, victime d’un viol collectif diffusé sur le web, suicidaire (ou pire encore…) pour réagir, pour proposer une réponse limpide et structurée à cette misère humaine, identitaire et sociale?

    Je suis certaine que les jeunes se jetteraient sur un modèle rival de comportement sexuel, joyeux et érotique, comme des prisonniers sur une fenêtre ouverte. Si seulement nous osions le leur proposer…

    http://quebec.huffingtonpost.ca

 

Héroïnes De Guerre


Novembre est le mois ou l’on se souvient de nos morts du moins en Occident, on souligne le départ de nos êtres chers et ceux qui ont combattus a la guerre et y sont mort .. mais les victimes de la guerres qui sont mutilés, violés, abandonnés, orphelins et en subissent encore des séquelles car eux vivent encore ne peut-on pas souligner leur courage d’affronté la vie ? Prendre conscience des malheurs que vivent ces gens dont les femmes qui ont encore moins de ressources parce qu’elles sont des femmes ne nous montre pas qu’a coté d’elles nos problèmes ne sont qu’illusoires .. ?
Nuage

Héroïnes De Guerre

Entrevue - Héroïnes De Guerre

«Ce matin, nous n’avions rien à manger, alors nous avons mangé de l’herbe», explique Mah Bibi, chef de famille à 10 ans. (Afghanistan)

© Photo courtoisie Nick Danziger

Isabelle Maher
Le Journal de Montréal

Parfois violées ou mutilées, elles perdent tout, mais continuent de nourrir et protéger leurs enfants. En temps de guerre, parmi les civils, les femmes sont les plus vulnérables. Leur histoire passionne le photographe Nick Danzigner, qui raconte en images, dans un livre coup-de-poing, le drame de celles à qui on n’accorde jamais la parole.

Les enjeux politiques des conflits, les chefs d’État et les soldats n’intéressent pas Nick Danziger. Ce qui fascine ce photographe aventurier, inspiré de son héros Tintin, c’est la vie quotidienne des gens ordinaires dans les zones de guerre. Dans son dernier ouvrage, Onze femmes face à la guerre, celui qui parcourt le monde depuis l’âge de 13 ans a braqué son objectif sur les femmes, ces véritables héroïnes de guerre, tranche-t-il.

Nous avons rencontré Nick Danziger lors de son passage à Montréal.

. Vous êtes retourné voir dix ans plus tard ce que sont devenues ces femmes que vous aviez photographiées. Sur la page couverture de votre livre, on voit cette fillette orpheline afghane qui s’occupait seule de ses deux jeunes frères. Où en est-elle maintenant ?

Elle s’appelait Mah Bibi et elle avait 10 ans. À son âge et chef de famille en Afghanistan, je doutais qu’elle survive. On me dit qu’elle est décédée, il y a cinq ans, peut être en accouchant. Mais je continue de la chercher. J’aime prendre des nouvelles de ces gens. Je travaille comme ça, depuis 1984. Le plus important est de leur donner la parole, créer des liens et de passer du temps avec eux.

. Vos images les plus choquantes sont celles d’une enfant de 13 ans à qui on a coupé les mains pour l’empêcher de voter au Sierra Leone. Qu’est-elle devenue ?

À 13 ans, elle ne savait même pas ce qu’était un président. Quand les rebelles sont venus lui couper les mains, elle les a suppliés de la tuer, ils ne l’ont pas écoutée. De la folie. Elle s’appelle Mariatu, et elle vit maintenant heureuse à Toronto. Elle me donne des nouvelles par Skype. Elle a une vie normale, elle cuisine, étudie et se maquille… sans ses mains.

. D’où est venue cette idée de vous intéresser aux femmes dans les pays en conflit ?

On voulait savoir de quoi les femmes avaient besoin en temps de guerre, c’était d’abord une commande du Comité international de la Croix-Rouge, en 2001, puis c’est devenu un livre.

. Et de quoi ont-elles besoin ?

Dans les conflits, 90 % des personnes affectées sont des civils, c’est eux qui m’intéressent, pas les combattants. Les femmes sont particulièrement vulnérables. Pour elles, la guerre ne finit jamais, elles ont des flashbacks, elles subissent des violences sexuelles ou ne peuvent faire leur deuil parce que les corps de leur mari ou de leurs enfants ne sont pas retrouvés. Celles qui sont violées sont stigmatisées et exclues de leur communauté et de leur famille. La société refuse de les voir comme des victimes.

. Il faut donc mieux protéger les femmes ?

Absolument. Elles ont besoin de protection dans les conflits, les lois qui les protègent ne sont pas respectées. On doit faire plus dans l’après-guerre pour les aider, souvent elles n’ont pas d’aide psychologique, ni même accès à leur maison parce que les titres sont au nom du mari. En Serbie, Olja est critiquée parce qu’elle veut refaire sa vie et ne s’habille pas en noir. Pourtant, elle souffre au quotidien.

. Vous dites que ce livre est un hommage aux femmes.

Oui, parce qu’elles ont une force inouïe. Ce sont elles, les vrais héros. Nous avons beaucoup à apprendre d’elles. Ces femmes sont beaucoup plus intéressantes pour moi que les hommes politiques.

. Que pensez-vous de la couverture des conflits internationaux par les grands médias d’information.

Ça me frustre. On affiche le nombre de morts et de blessés. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Les gens sont devenus des experts, ils sont passifs, ils reçoivent tout et ils commentent. Mais si c’était votre mère, votre fille, votre soeur qui vivait en zone de guerre, diriez-vous la même chose ? Ces femmes n’ont pas eu le choix de se retrouver là. On ne leur demande jamais leur avis, aux femmes, et on ne les écoute pas. Pensez-vous qu’une seule femme en Afghanistan souhaite le retrait des soldats occidentaux pour revenir au régime taliban ? C’est leur garantie de sécurité pour l’avenir.

. Vous avez adopté trois enfants afghans, dans quel contexte ?

À 10 et 11 ans, mes filles ne savaient ni lire, ni écrire. Mon fils de 10 ans n’avait jamais vu une école de sa vie. J’ai demandé à tout le monde de les aider, personne ne voulait d’eux. Les adopter n’était pas un choix, je devais le faire même si j’étais père célibataire, j’aurais regretté de ne pas l’avoir fait.

. La plupart des gens ont l’impression d’être impuissants face aux conflits.

Là-bas avec très peu on peut faire énormément de choses. On est allé trop loin dans l’autre direction et personne ne fait plus rien.

. Laquelle de ces onze femmes vous a le plus marqué ?

Mariatu et Mah Bibi parce qu’elles étaient très jeunes. Je me demandais ce qu’elles allaient devenir. Mais il y a Amanda, Olja, Sarah, Dzida… Elles sont toutes mes héroïnes.


11 Femmes en zones de conflit

Kosovo

1999, année tragique pour la minorité serbe chassée par la majorité albanaise.

Sierre Leone

La guerre civile, entre 1991 et 2002, avait comme principal enjeu le contrôle des zones de diamants.

Bosnie-Herzégovine

1992, attaque de l’armée yougoslave contre la Bosnie qui vient de déclarer son indépendance. Parmi les nombreux massacres, celui de Srebrenica, en juillet 1995.

Colombie

Un conflit interne, depuis les années 1960, oppose les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération nationale (ELN).

Israël

Ce conflit débute, le 14 mai 1948, jour de la création de l’État d’Israël. Il oppose les Palestiniens et l’État d’Israël.

Afghanistan

Ce territoire marqué par les guerres, depuis plus de trois décennies, est occupé par les Occidentaux depuis les attentats de septembre 2001, pour lutter contre le terrorisme et le régime taliban.

Cisjordanie

Région du Proche-Orient qui constitue, depuis 1967, un enjeu du conflit israélo-palestinien.

Gaza

De nombreux Palestiniens ont trouvé refuge à Gaza, devenue la cible des attaques sanglantes, menées par les forces d’occupation israélienne, contre la population civile.


Onze femmes face à la guerre. Photos de Nick Danziger, textes Frédéric Joli. Publié aux Éditions du Passage

Nick Danziger a notamment collaboré avec Time, Newsweek, Vanity Fair, Paris Match, Le Monde et Le Figaro. En 2004, on lui décerne le World Press Award pour son reportage sur George Bush et Tony Blair lors du déclenchement du conflit en Irak, en avril 2003.

http://fr.canoe.ca