Des mauvaises herbes récalcitrantes poussent au Québec


A force de vouloir combattre ce qui est naturelle, a force de vouloir changer la nature, nous sommes au prise avec des problèmes plus important qu’avant
Nuage

 

Des mauvaises herbes récalcitrantes poussent au Québec

 

Ce plant de grande herbe à poux, qui a poussé en Ontario, a survécu à l’épandage de l’herbicide Roundup.

FOURNIE PAR PETER SIKKEMA, UNIVERSITÉ DE GUELPH

Marie Allard
La Presse

La présence de mauvaises herbes résistantes aux herbicides a été confirmée dans cinq localités du Québec l’été dernier, contre une seule en 2010. En Montérégie et dans les Laurentides, des plants de petite herbe à poux – dont le pollen cause le rhume des foins -, mais aussi de morelle noire de l’Est et d’amarante à racine rouge ont survécu à l’épandage d’herbicides dits du groupe 2.

«La résistance à ces herbicides passe souvent sous le radar, mais ça peut causer des problèmes aux producteurs agricoles», a expliqué à La Presse François Tardif, professeur au département de phytologie de l’Université de Guelph. C’est l’équipe de M. Tardif qui a formellement identifié ces plantes récalcitrantes à l’occasion de tests effectués en laboratoire, l’hiver dernier.

Dans la province, un total de six espèces résistantes à différents herbicides a été répertorié au fil des ans, a indiqué Danielle Bernier, agronome-malherbologiste au ministère de l’Agriculture (MAPAQ).

Le Québec n’est pas encore officiellement touché par la résistance au glyphosate, très populaire désherbant utilisé avec les semences génétiquement modifiées Roundup Ready de Monsanto, mais cela ne saurait tarder.

Deux mauvaises herbes résistantes au glyphosate ont été détectées en Ontario, soit la grande herbe à poux en 2009 et la vergerette du Canada en 2010.

«Dans le cas de la vergerette du Canada résistante au glyphosate, ç’a été comme une explosion, a illustré M. Tardif. On est passé d’un seul cas en 2010 à au moins une centaine de champs documentés présentement.»

Probablement déjà des cas au Québec

Chaque plant de vergerette produit «de 10 000 à 100 000 semences, qui peuvent se répandre par le vent à plus de 500 km», a indiqué le professeur.

L’arrivée au Québec de plants résistants venant de l’Ontario ou des États-Unis est donc prévisible, si ce n’est déjà fait.

«Cela nous préoccupe beaucoup, a confirmé Mme Bernier. Personne ne m’a encore envoyé de plant pour confirmation, mais ça ne m’étonnerait pas qu’il y en ait déjà. Les risques sont très élevés.»

Les pesticides agricoles les plus vendus au Québec en 2009 ont été les acides phosphoriques et leurs dérivés, ce qui comprend le glyphosate, avec 41,6% des ventes.

Ailleurs au Canada, l’émergence d’une troisième espèce résistante au glyphosate, le kochia, a été confirmée en janvier en Alberta par Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Sommet sur les plantes résistantes à Washington

Les États-Unis sont plus durement touchés par la propagation des mauvaises herbes résistantes aux herbicides, au point où la National Academy of Sciences a organisé un sommet national sur la question à Washington, le 10 mai. Plus de 380 mauvaises herbes résistantes sont répertoriées chez nos voisins du Sud.

«La résistance est devenue assez grave pour que les législateurs s’y intéressent, a dit M. Tardif, qui s’est rendu au sommet. Cela a un impact sur le déficit commercial des États-Unis, puisque les exportations de blé, de soya et de maïs sont importantes. Dans certains États du Sud, des producteurs ont perdu leur ferme parce qu’ils n’étaient plus capables de contrôler les mauvaises herbes et que les prêts leur ont été coupés.»

Pour mater les plantes résistantes, les agriculteurs font appel à d’autres herbicides ou à des cocktails d’herbicides, ce qui inquiète aussi.

«Dans le Midwest américain, certaines mauvaises herbes sont maintenant résistantes à quatre ou cinq groupes d’herbicides différents», a expliqué le professeur.

«La résistance des mauvaises herbes démontre que l’utilisation des herbicides a ses limites, a affirmé Christine Gingras, agronome et présidente de Vigilance OGM. Il serait franchement temps d’utiliser adéquatement la rotation des cultures et de revenir aux bonnes pratiques agro-environnementales.»

En chiffres

Localités québécoises où la présence de mauvaises herbes résistantes aux herbicides a été confirmée en 2011 et en 2012.

En Montérégie

-Upton: morelle noire de l’Est

-Saint-Mathieu: petite herbe à poux

-Saint-Valentin: petite herbe à poux

-Saint-Jean-sur-Richelieu: morelle noire de l’Est, petite herbe à poux

-Saint-Alexandre: petite herbe à poux et amarante à racine rouge

Dans les Laurentides

-Argenteuil: petite herbe à poux

Source: MAPAQ

Les cultures génétiquement modifiées au Québec, en 2011:

– 52% du soja, soit 157 500 hectares

– 74% du maïs-grain, soit 263 000 hectares

– 85% du canola, soit 14 450 hectares

Les cultures génétiquement modifiées dans le monde, en 2011:

– 26% du canola

– 32% du maïs

– 76% du soja

– 83% du coton

Un total de 160 millions d’hectares de cultures GM ont été recensés dans le monde en 2011, en hausse de 8% par rapport à 2010.

Source: OGM.gouv.qc.ca

http://www.lapresse.ca

OGM: trois lettres qui font peur


Avez vous peur des OMG. Personnellement ce n’est pas la peur d’en manger, mais plutôt c’est de changer la génétique de l’aliment pour se protéger des insectes perdant ainsi ses défenses naturelles qui avec le temps … je pense faiblira .. d’ailleurs il y avait eu une étude allant dans ce sens ..
Nuage

 

OGM: trois lettres qui font peur

 

PHOTOTHÈQUE LE SOLEIL

 

Claudette Samson

(Québec) Trois petites lettres qui enflamment les esprits. Honnies par certains, présentées par d’autres comme LA révolution technologique en agriculture. Et entre les deux, un public qui cherche à comprendre quels sont les enjeux. Bienvenue dans le merveilleux monde des OGM.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont mauvaise presse. Spontanément, on imagine des créatures étranges, monstrueuses. Pourtant, dans la vraie vie, rien ne les distingue de leur modèle «régulier». Un épi de maïs GM ressemble tout à fait à celui que l’on cultive depuis des lunes. En fait, il est probable que la sélection et les croisements traditionnels ont davantage modifié son apparence que l’ajout d’un gène le rendant tolérant à un herbicide ou aux insectes.

Plus encore: des études révèlent qu’un grand nombre d’aliments transformés que nous consommons et dont on sait qu’ils contiennent des ingrédients transgéniques n’en révèlent aucune trace  Pourquoi s’inquiéter alors?

Pour Dominique Michaud, biochimiste et professeur au Département de phytologie de l’Université Laval spécialisé dans ce champ de recherche, cette réaction est normale, car il y a un petit côté «Frankenstein» qui émane de ces productions. Et comme cela touche à ce que l’on mange, l’effet symbolique et émotif est grand. On l’a bien vu la semaine dernière lorsqu’on a appris que du maïs sucré GM, destiné à l’alimentation humaine et commercialisé par la compagnie Monsanto, serait cultivé pour la première fois au Québec.

Jeudi, le réseau Vigilance OGM a annoncé qu’il réalisera des tests génétiques aléatoires pour débusquer les variétés qui seront commercialisées; les résultats de ces tests seront publicisés, et les consommateurs invités à s’informer avant d’acheter du maïs. L’ACEF de Québec a de son côté appelé les producteurs «non OGM» à s’inscrire sur une liste au bénéfice des consommateurs voulant être certains d’acheter des aliments non manipulés génétiquement.

Pour l’heure, ce sont surtout des plantes qui sont l’objet de recherches et de commercialisation. Le site Internet du gouvernement du Québec (www.ogm.gouv.qc.ca) dresse le portrait de l’état des cultures ici et ailleurs dans le monde. Bien que la plupart soient destinées à l’alimentation animale, plusieurs se retrouvent dans notre assiette à titre d’ingrédients, notamment les huiles (canola, maïs, soja). Selon les informations disponibles, 52% du soja, 74% du maïs et 85% du canola cultivés en 2011 au Québec étaient GM.

Le code PLU

Selon le Conseil québécois de l’horticulture, plus de 25% du maïs sucré cultivé sur la côte est des États-Unis ainsi qu’une grande proportion des courges importées des États-Unis sont issues des biotechnologies, c’est-à-dire des OGM. Bien qu’ils ne soient pas étiquetés comme tels, il est en principe possible de le vérifier à partir du code PLU qui permet chez les détaillants de distinguer les fruits et légumes cultivés de façon conventionnelle (quatre chiffres), biologique (cinq chiffres commençant par un 9) ou transgénique (cinq chiffres commençant par un 8).

Il n’y a par ailleurs aucun animal génétiquement modifié présentement au Canada.

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L’avenir du maïs sucré entre les mains des détaillants

L’avenir du nouveau maïs sucré génétiquement modifié de Monsanto qui sera cultivé cet été au Québec repose entre les mains des grands détaillants.

Cette analyse est celle du chercheur Dominique Michaud, spécialiste des cultures génétiquement modifiées. La semaine dernière, deux sources ont déclaré au Soleil que des détaillants avaient dit aux agriculteurs ne pas être intéressés par le nouveau maïs sucré résistant à plusieurs insectes et à l’herbicide Roundup. Or, les choses ne sont pas si claires, a constaté Le Soleil par la suite.

Aucune décision n’a en effet été prise, selon Nathalie Saint-Pierre, du Conseil canadien du commerce de détail. Bien que Le Soleil ait communiqué avec chacun des trois grands détaillants présents au Québec, c’est Mme Saint-Pierre qui a rappelé, preuve que le sujet est jugé délicat. L’article du Soleil a cependant ouvert les discussions, a-t-elle mentionné.

Les agriculteurs sont pragmatiques, avance M. Michaud. Si le marché est là, plusieurs en cultiveront. Mais pas de marché, pas de culture. Si les grands de l’alimentation ne posent pas de questions à leurs fournisseurs, il croit donc que les quantités cultivées iront en augmentant avec le temps. S’ils leur envoient au contraire un message clair disant qu’ils n’en veulent pas, il arrivera à ce maïs la même chose qu’à la pomme de terre GM à la fin des années 90, quand la compagnie McCain a dit qu’elle n’en achèterait pas. Elle a cessé d’être cultivée.

http://www.cyberpresse.ca