La vérité répugnante sur la viande synthétique


La façon que la viande synthétique est fabriquée, je me sens moins coupable de manger du boeuf de manière conventionnel, mais sans pour autant que l’élevage soit dans des meilleures conditions, quoique je mange moins de viande qu’avant .. Bref, c’est quasi un film d’horreur de la façon que la viande synthétique est fabriquée
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La vérité répugnante sur la viande synthétique

 

CHARLY TRIBALLEAU / AFP

CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Nick Thieme, traduit par Peggy Sastre

Sa matière première: du fœtus de vache vidé de son sang.

La société Hampton Creek, spécialisée dans les aliments à base de végétaux, a récemment annoncé son projet de commercialiser de la viande synthétique d’ici l’année prochaine. Le plan est ambitieux, et les raisons d’en douter nombreuses –le fabricant de mayonnaise végétarienne a souvent été critiqué, que ce soit parce que son dossier scientifique ne tient visiblement pas la route, que ses étiquettes sont trompeuses ou encore parce que certains de ses employés ont été forcés d’acheter des pots en nombre pour faire monter artificiellement ses ventes. Hampton Creek espère venir à bout de ses concurrents d’ici deux ans, malgré une entrée tardive sur le marché de la «viande in vitro» –une cible audacieuse, qui ajoute au scepticisme général.

L’intérêt de la viande synthétique est de pouvoir créer un produit alimentaire plus écologique, qui n’exige pas tous les tracas de l’élevage –la viande est cultivée en laboratoire, pas sur la carcasse d’un être vivant. Si Hampton Creek gagne (et, jusqu’à présent, la marque a réussi à évacuer la plupart des scandales), son avantage concurrentiel sera certain, vu que la «viande» sera conçue à partir de nutriments végétaux, et non pas de sang de veau mort-né.

Saigné à mort

Oui, en l’état actuel de nos connaissances, produire de la viande artificielle exige d’utiliser du sérum fœtal bovin. Qu’est-ce que le sérum fœtal bovin (FBS)? D’où vient-il? À quoi sert-il d’autre? En réalité, le FBS est un produit assez courant, auquel nous devons de nombreuses innovations médicales. Voyons un peu.

Le FBS, comme son nom l’indique, est un sous-produit du sang de fœtus bovin. Si une vache arrive à l’abattoir enceinte, la vache est tuée et son fœtus prélevé, avant d’être amené dans un centre de prélèvement sanguin. Le fœtus est gardé vivant pendant toute la procédure, pour s’assurer de la bonne qualité de son sang. On insère une seringue dans son cœur et on le saigne jusqu’à sa mort, ce qui prend environ cinq minutes. Ensuite, le sang est raffiné pour en extraire le FBS.

Chaque année, dans le monde, des millions de fœtus sont tués à cet effet. Si les vaches et les taureaux sont en général séparés pour éviter les accidents de pâture, les vaches laitières doivent tomber enceintes de temps en temps pour garantir leur production de lait, et finissent un jour ou l’autre à l’abattoir. On estime le nombre de vaches laitières pleines au moment de l’abattage entre 17 et 31%.

Organismes en développement

Pourquoi le sérum fœtal bovin sert-il à fabriquer de la viande in vitro? Revenons aux fondamentaux: la viande synthétique est produite en laboratoire à partir de cellules bovines cultivées dans des boîtes de pétri pour, au final, arriver à une substance suffisamment proche de la vraie viande pour en faire des steaks hachés –et pour cause, elle contient exactement les mêmes cellules. Et ces cellules, la base de cette substance, sont connues pour être suicidaires.

En temps normal, c’est une bonne chose: pour que différentes parties du corps puissent se développer et fonctionner normalement, il faut que ces cellules soient capables de se zigouiller si jamais elles se rendent compte qu’elles ne sont pas à leur place. Dans un corps, c’est super, mais lorsque vous mettez ces cellules en culture (ce qui se passe en laboratoire quand vous cherchez à produire de la viande artificielle), ces cellules font tout leur possible pour crever. Le FBS empêche cette mort parce qu’il contient des facteurs de croissance, des substances qui se lient aux cellules et les persuadent qu’elles sont à la bonne place.

Le FBS n’est pas le seul sérum utilisé dans la culture de viande, mais c’est le plus courant, y compris parmi d’autres produits sanguins bovins. Jan van der Valk, chercheur en sciences biomédicales à l’Université d’Utrecht, explique que les fœtus de vache sont des «organismes en développement». Ce qui signifie que leur sang contient davantage de facteurs de croissance que celui d’animaux plus âgés. Leur sérum est donc meilleur pour la culture cellulaire et donc pour produire de la viande synthétique.

Pas un produit végétarien

L’autre qualité du FBS, c’est qu’il est un support de croissance universel. Vous pouvez quasiment y coller n’importe quel type de cellules, les mettre dans une boîte pétri et ces cellules vont pousser. Les autres sérums n’ont pas cette universalité. Ils sont au contraire spécifiques à un type de cellule: si vous voulez faire pousser des cellules musculaires, il vous faudra utiliser un sérum de tissu musculaire, des cellules cérébrales, un sérum de tissu cérébral, et ainsi de suite. Dès lors, si le FBS pourrait un jour servir à récréer tout l’étal d’une boucherie-charcuterie, si vous voulez faire du pâté, du foie de veau ou des saucisses à partir d’autres produits, il vous faudra des sérums spécialisés.

Sauf que si le FBS est très pratique, il n’est d’aucune utilité pour réaliser l’objectif principal de la viande in vitro: cesser de tuer des animaux. Pourquoi ne pas tout simplement manger de la viande de vache, plutôt que d’en passer par un processus fastidieux visant à créer des cellules bovines à partir de cellules bovines? À l’heure actuelle, la viande synthétique n’est pas végétarienne, ce qui signifie qu’elle ne pourra pas être vendue à des végétariens ou des végans, qui pour beaucoup ne consomment pas de viande à cause de la cruauté ou des coûts environnementaux de l’élevage industriel. De la viande in vitro conçue à partir de FBS ne résout en rien ces problèmes –en réalité, pour bien des sensibilités, savoir que votre viande provient d’un animal mort-né qu’on a vidé de son sang pourrait être encore plus perturbant.

Des substituts existent

Reste que le FBS ne sert pas qu’au développement de viande synthétique, loin de là. Son utilisation est endémique dans la recherche médicale, avec plus de 10.000 études qui en font mention, un nombre bien supérieur à d’autres produits sanguins bovins. Ces articles concernent des sujets très variés. Le FBS a servi à développer des vaccins contre de nombreux cancers, la grippe, le VIH et l’hépatite, et a aussi contribué à une meilleure connaissance des tissus cérébraux et musculaires. D’aucuns cherchent cependant à réduire son utilisation dans le développement des vaccins, à la fois pour des raisons éthiques, mais aussi de santé publique.

Les vaccins conçus à partir du FBS pourraient transmettre la maladie de la vache folle, et si le risque est extrêmement faible, avec environ une chance sur 40 millions, l’agence de sécurité du médicament américaine, la FDA, décourage fortement son usage depuis vingt-cinq ans. Selon Van der Valk, ce risque est particulièrement inquiétant avec la viande synthétique.

«Si vous produisez de la viande à partir d’un sérum infecté, vous pouvez transmettre la maladie aux gens», m’a-t-il dit.

Malgré les recommandations de la FDA, FBS est toujours très couramment utilisé parce qu’il est très pratique. Il existe des alternatives –la Peta a dressé une liste de 74 substituts, mais quasiment tous sont spécifiques à un type de cellules. Parmi les substituts universels, le lysat plaquettaire est ce dont van der Valk se sert le plus, mais la substance est fixée à ses propres tissus –du moins, si vous voulez en faire de la viande in vitro.

Vers une vraie alternative?

Les lysats plaquettaires sont produits à partir des plaquettes sanguines prélevées dans le sang humain. Du fait des restrictions très strictes attachées au sang utilisé dans les transfusions sanguines, la FDA détermine leur péremption à cinq jours après le prélèvement. Fréquemment, quand une poche de sang expire, au lieu de la gâcher en la jetant à la poubelle, un laboratoire va la récupérer pour produire des lysats plaquettaires et les vendre comme sérum pour la culture cellulaire. Les lysats plaquettaires sont donc un excellent substitut du FBS dans la recherche biomédicale humaine.

Mais difficile de s’en servir pour produire de la viande synthétique car, comme l’explique van der Valk avec un merveilleux sens de l’euphémisme, les gens pourraient avoir du mal à manger de la viande produite à partir de sang humain.

Les lysats plaquettaires pourraient cependant annoncer une «étape intermédiaire» entre l’utilisation de produits animaux et des sérums parfaitement végans.

Hampton Creek va essayer de fabriquer de la viande synthétique à partir de substances végétales, sans en passer par le FBS ou d’autres produits humains comme les lysats plaquettaires. Trouveront-ils des clients pour en manger?

Comme le soulignait Daniel Engber il y a quatre ans, si la viande synthétique n’a pas bon goût, elle fera un flop –et comme elle n’aura jamais le goût de la vraie viande, c’est une perte de temps que de vouloir en produire. L’autre obstacle majeur sur la route de la viande in vitro, c’est la psychologie humaine: les gens ont en général du mal avec les trucs conçus en laboratoire. Reste qu’une viande synthétique qui n’a jamais vu de sang de fœtus de vache pourrait compter sur un bon argument de vente.

http://www.slate.fr/

Que mangerons-nous dans 30 ans?


Plus les années avancent, plus l’ouverture vers les pays, l’immigration des étrangers, l’alimentation changent. Par la nourriture, souvent adapter a notre propre cuisine nous fait voyager dans les 5 continents
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Que mangerons-nous dans 30 ans?

 

Par Isabelle Sevigny

Les articles de prédictions sur le futur piquent toujours ma curiosité. Et quand il s’agit du futur de la nourriture, je suis toujours un peu inquiète de découvrir ce qui nous attend… Je suis tombée sur l’article américain Que mangerons-nous dans 30 ans?, dans lequel des experts présentent cinq aliments ou tendances alimentaires que nous consommerons dans le futur. Voici un résumé de l’article:

1. Le cobia: ce poisson peu connu est, selon l’aquaculturiste Daniel Benetti, le prochain tilapia. Comme ce dernier, le cobia gagnera rapidement en popularité et sera la vedette de nos comptoirs de poisson.

2. La viande in vitro: vous avez peut-être entendu parler de la fameuse boulette artificielle produite en éprouvette à partir de cellules souches de muscles de bœuf? Le résultat de ce projet qui a coûté 290 000 euros a été présenté le 5 août 2013. Même si ça ne nous semble pas du tout appétissant, ce procédé ne nécessitera qu’une seule cellule souche pour créer de la viande artificielle et pourra ainsi offrir un moyen durable et écologique de nourrir la population grandissante.

3. Le Purslane (nom anglophone) : cette herbe, que certains confondent avec de la mauvaise herbe, devient de plus en plus populaire dans les marchés fermiers américains. Délicieuse dans nos salades, elle serait également pleine de bêta-carotène et d’oméga-3.

4. La cuisine d’Afrique subsaharienne: quand on parle de cuisine ethnique, on pense immédiatement à la cuisine asiatique, indienne ou sud-américaine. Heureusement, les frontières culinaires ne cessent de s’élargir et elles feront place à des plats comme la soupe d’egusi, la pizza zanzibar et le jus de baobab.

5. Dernier et non le moindre… les insectes! 80% de la population mondiale consommerait des insectes. Pour nous convaincre, rappelons-nous qu’ils sont riches en protéines et pauvres en matières grasses. D’ailleurs, le chef américain Jose Andrés adopte déjà cette nouvelle tendance et offre dans son restaurant de Washington un surprenant taco de sauterelles.

Et vous, êtes-vous prêts à les consommer?

http://www.coupdepouce.com

Vous reprendrez bien un peu de viande de labo?


La viande en laboratoire est une fiction ou une réalité dans un futur rapproché. Personnellement, ce n’est pas une question de peur de l’inconnu que j’hésiterais a manger ce type de nourriture s’il serait abordable mais bien que quand on joue avec la nature cela fini toujours par provoquer des réactions non désirables. Alors si un jour cette nourriture in vitro deviendrait une réalité, devenir végétarien voir végétalien serait une option envisageable
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Vous reprendrez bien un peu de viande de labo?

 

Des bandelettes de cellules musculaires.... (Photo: fournie par l'Université de Maastricht)

Des bandelettes de cellules musculaires.

PHOTO: FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ DE MAASTRICHT

MARIE ALLARD

La Presse

Le boeuf contaminé par l’E. coli vous a enlevé le goût du steak? Mark Post, chercheur néerlandais, propose une solution: de la viande «élevée» en laboratoire, loin de tout abattoir. Il promet de dévoiler bientôt son premier hamburger invitro, créé à partir de cellules souches bovines. Future bonne chère ou chimère?

Le premier hamburger fait de viande in vitro sera cuit bientôt. C’est le chercheur néerlandais Mark Post qui l’a annoncé.

«Nous sommes en voie de valider le concept selon lequel des burgers de boeuf peuvent être cultivés en laboratoire, à partir d’un petit nombre de cellules souches bovines», a indiqué le physiologiste lors d’une présentation à Montréal, en août.

Prévue ce mois-ci, la présentation de ce burger futuriste est remise à plus tard.

«La date de lancement du hamburger n’est pas confirmée, mais ce ne sera pas en octobre», précise Agnish Ray, porte-parole du chercheur.

Incroyable mais vrai, le projet est réalisable, à condition d’oublier le boeuf AAA et de plutôt rêver au… Paris Pâté de synthèse.

«La technologie de base n’est pas nouvelle, observe Nicholas J. Genovese, du département des sciences animales de l’Université du Missouri. En laboratoire, on crée des tissus d’espèces animales d’intérêt agronomique depuis 20 ans. Mais ce n’est que récemment qu’on s’est mis à en produire pour consommation humaine.»

«La viande in vitro est une possibilité sérieuse», confirme par courriel Morgaine Gaye, consultante londonienne autoproclamée «futurologiste alimentaire». «C’est une vraie réponse aux problèmes auxquels nous faisons face, comme la cruauté envers les animaux, leurs impacts négatifs sur l’environnement et les pénuries de céréales.»

Plus mince qu’un carpaccio

Brigitte Picard, de l’Institut national de recherche agronomique de France, ramène ces espoirs sur le plancher des vaches.

«Pour l’instant, ce qu’on sait faire in vitro, c’est une monocouche de cellules qui n’a même pas l’épaisseur d’un carpaccio, explique-t-elle. On est très, très loin de la viande, qui a une architecture tridimensionnelle, avec différents composants.»

Gabor Forgacs, physicien et biologiste à l’Université du Missouri, a été le premier à manger devant public une bandelette blanchâtre de porc de labo, à San Diego, il y a un an. Longue de 3 cm, sa «viande» était large de 1 cm, pour 1 mm d’épaisseur.

«On n’est pas rendus à ouvrir un buffet à volonté, mais on espère y arriver», a-t-il blagué avant de cuire sa création à la poêle.

Son rival, M. Post, calcule qu’il lui faudra 3000 bandelettes de boeuf in vitro pour créer une seule boulette à hamburger, sorte d’agglomérat de cellules musculaires et de gras.

«Des procédés technologiques acceptés en alimentation seront utilisés pour assurer un goût et une texture satisfaisants», précise un communiqué de l’Université de Maastricht.

Coût d’un seul hamburger? Quelque 380 000$.

«J’estime que cette viande pourra être produite à grande échelle d’ici 10 à 20 ans», a dit M. Post au quotidien anglais The Guardian.

«Ça ne sera jamais compétitif»

«Il ne faut jamais dire que c’est impossible: il y a 20 ans, on n’avait pas de téléphones intelligents», rappelle Serge Pommier, conseiller scientifique chez Olymel.

Il a assisté à la présentation de M. Post au Congrès international des sciences et technologies des viandes, à Montréal, en août.

«L’auditoire était intéressé, mais sceptique», résume-t-il.

Si le SPAM de labo s’en vient, le chemin vers un vrai steak-éprouvette sera plus long.

«On peut facilement produire des cellules musculaires, convient M. Pommier. Mais leur conférer une certaine structure, en créant des échafaudages de différents matériaux, pour tenter de reproduire la texture de la viande naturelle? Ça demandera beaucoup de travail.»

François Auger, directeur du Laboratoire d’organogénèse expérimentale de Québec, n’y croit pas. «Ça ne sera jamais compétitif, jamais, jamais, jamais, tranche-t-il. Je ne vois pas ça dans les 30, 40 ou 50 prochaines années. Ça va faire des steaks d’un quart de livre à 50 000$! On va obliger ces cultures à être absentes de virus, et quand vous mettez le mot stérile, vous décuplez le prix. C’est chimérique.»

«Nous devrons travailler énormément pour réussir à produire de la viande de haute qualité à un coût avantageux, mais la plupart des étapes qu’il reste à franchir sont d’ordre technique, a souligné M. Post en février. Avec suffisamment d’efforts et de ressources, nous réglerons ces problèmes.»

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La viande de labo peut-elle…

Être appétissante?

Il faut outrepasser son dégoût initial pour songer à manger de la viande in vitro, reconnaît Élise Desaulniers, conférencière en éthique alimentaire.

«Mais si le goût est là et qu’elle est plus accessible que la vraie viande, les consommateurs devraient suivre, prédit-elle. Après tout, ce n’est pas plus dégoûtant ou moins naturel que le Pink Slime [un amalgame de viande traité à l’ammoniaque utilisé dans les hamburgers de McDonald’s aux États-Unis, jusqu’à récemment].»

Alain Girard, sociologue à l’UQAM, en est moins sûr.

«On touche à un des points les plus fondamentaux de notre rapport aux aliments et aux animaux, analyse-t-il. On remet en question le fait de savoir ce qu’est un aliment, d’où viennent ses propriétés gustatives et son aspect, même son « supplément d’âme », puisque c’est un animal vivant.»

Sauver la planète?

Il faut jusqu’à 15 000 litres d’eau pour produire 1 kg de boeuf.

«Nos pratiques actuelles de production de viande ne sont tout simplement pas durables, a dit Mark Post, un chercheur qui travaille à créer de la viande de labo, dans un communiqué. Il faut trouver des solutions de rechange.»

Faire pousser de la viande invitro exigerait 99% moins de terres, 45% moins d’énergie, 96% moins d’eau et émettrait 96% moins de gaz à effet de serre que produire du boeuf de façon courante, selon une étude de l’Université d’Oxford.

Greenpeace «n’a pas de position très développée au sujet de la viande in vitro, parce qu’il s’agit pour l’instant d’un prototype de recherche en laboratoire, assez loin de la commercialisation», indique Éric Darier, directeur de l’organisme au Québec.

Nourrir 9 milliards d’humains?

La production de viande devra doubler d’ici 2050 pour satisfaire la demande mondiale grandissante, selon la FAO. Déjà, les pâturages couvrent 26% des terres de la planète et le tiers des terres arables sert à faire pousser du fourrage. Le boeuf in vitro permettra de fournir des protéines aux neuf milliards de Terriens de 2050, qui ne pourront pas tous se payer de la vraie viande, prédit Mark Post.

«Il serait plus efficace de diminuer notre consommation de viande et, surtout, de réduire les pertes de produits alimentaires», observe Alain Girard, de l’UQAM. Le tiers des aliments produits chaque année dans le monde est gaspillé, d’après la FAO.

Être meilleure pour notre santé?

Pas de risque d’être infecté par l’E. coli en mangeant un steak-éprouvette. Pour qu’il soit meilleur pour la santé qu’un steak ordinaire, on pourrait même l’enrichir en acides gras polyinsaturés, suggère Mark Post.

Mais cette viande ne serait peut-être pas si saine. Un cocktail d’antibiotiques, d’antifongiques et d’hormones doit être donné aux cellules musculaires pour qu’elles croissent sans contamination.

«On reproche aux éleveurs, surtout en Amérique du Nord, de faire grand usage d’hormones de croissance et d’antibiotiques sur leurs animaux, souligne Alain Girard. Avec la viande in vitro, on n’est pas plus avancés.»

Réduire la souffrance animale?

PETA offre 1 million de dollars américains au premier laboratoire qui créera du poulet in vitro viable commercialement.

«Les Américains mangent un million de poulets par heure, ce million les représente», explique Ingrid Newkirk, présidente et cofondatrice du groupe de défense des animaux.

Beaucoup de gens refusent de devenir végétariens.

«On pourra leur dire: O.K., tu peux manger de la chair animale produite éthiquement, sans souffrance», souhaite-t-elle.

Christian Dauth, porte-parole des Éleveurs de volailles du Québec, dit suivre le dossier «de près».

Au lieu de faire du poulet, pourquoi ne pas cultiver de la viande de panda, de zèbre ou de koala en labo?

Aider les malades et les athlètes?

Cultiver de la viande in vitro est intéressant, «pour toute l’information fondamentale sur la physiologie du muscle qui peut en découler», avance Linda Saucier, professeure-chercheuse au département des sciences animales de l’Université Laval.

Cela pourrait faire émerger des hypothèses scientifiques sur le traitement de la dystrophie musculaire, un meilleur développement de la masse musculaire par la nutrition par opposition au dopage, etc.

«L’inconnu nous fait souvent peur, alors qu’il devrait nous fasciner, observe-t-elle. Si on est capables de produire des médicaments, des vaccins, des aliments de façon sûre, je n’anticipe pas de problèmes pour la viande invitro. Mais c’est vrai que là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.»

Être abordable?

Cultiver en laboratoire de la peau humaine artificielle pour les grands brûlés, c’est ce que fait François Auger, directeur du Laboratoire d’organogénèse expérimentale, à Québec.

«Cela coûte de 140 000$ à 150 000$ pour couvrir quelqu’un qui a été brûlé à 85%, indique-t-il. On nous donne la permission de le faire parce qu’il n’y a rien d’autre qui peut sauver le patient.»

Mais comment justifier de créer un hamburger in vitro à 380 000$, comme le fait Mark Post?

«Il y a des races d’animaux qui donnent une viande qui est abondante, dit le Dr Auger. Tout a été optimisé pour les alimenter le mieux et le moins possible. La recherche en laboratoire ne pourra jamais concurrencer ça.»

Les travaux de M. Post sont financés par le gouvernement néerlandais et un bailleur de fonds privé anonyme.

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Comment faire de la viande de labo?

1 Des cellules souches musculaires de boeuf sont prélevées par biopsie.

2 Elles sont placées dans une boîte de Petri, dans du sérum foetal de veau.

«Plus tard, le milieu de culture devrait être entièrement synthétique», a écrit le chercheur Mark Post dans Meat Science.

3 Les cellules se multiplient (prolifération), puis acquièrent les caractéristiques de fibres musculaires (différenciation).

4 Elles sont étirées entre deux points d’ancrage de Velcro, pour leur faire faire de l’exercice. Leur tendance innée à se contracter les fait gagner de la masse.

5 Les cellules sont aussi stimulées avec de l’électricité.

6 Elles deviennent peu à peu de minces bandelettes de cellules musculaires, incolores. Mark Post estime qu’il lui faut 3000 de ces bandelettes de cellules pour faire une seule boulette à hamburger.

Sources: Brigitte Picard, Isabelle Cassar-Malek, Université de Maastricht, Meat Science

http://www.lapresse.ca