Elle refuse de voir les cendres d’un inconnu finir à la poubelle


Moi, je ne veux pas me faire incinérer …. Cependant, qu’on met les cendres d’une personne dans la terre, ou dans une rivière, mer …. est acceptable mais de les retrouver dans des poubelles ou des centres des recyclages, il y a toujours des limites
Nuage

 

Elle refuse de voir les cendres d’un inconnu finir à la poubelle

 

Pascale Lauzon

Photo Le Journal de Montréal, Baptiste Zapirai

Une résidente de Châteauguay est révoltée après avoir récupéré une urne funéraire contenant les cendres d’un homme décédé en décembre, qui avait été expédiée dans un centre de recyclage.

Pascale Lauzon n’en revenait pas lorsqu’un ami lui a proposé de recueillir l’urne trouvée dimanche dernier dans un centre de tri de Châteauguay.

«Il m’a demandé: “Ça te dérange si je t’amène Raymond?”», relate-t-elle.

«J’ai accepté de garder les cendres. Sinon, Raymond aurait été trié et envoyé en Chine avec le recyclage», s’indigne la jeune mère de 30 ans.

Pascale Lauzon ne connaissait pourtant rien de Raymond Jr Maisonneuve. Elle a appris son nom en lisant le papier glissé dans l’urne par l’entreprise funéraire qui l’a incinéré.

La jeune femme a agi par pure empathie.

 «J’imagine si c’était mon grand-père qui avait fini comme ça. Ça m’a insultée pour cette personne, que ses cendres se ramassent là».

Elle espère maintenant retrouver un proche du défunt qui voudra récupérer l’urne.

Famille introuvable

Selon les informations recueillies par Le Journal, Raymond Jr Maisonneuve est décédé le 11 décembre 2013. Il avait 49 ans et habitait rue de l’Aviateur, à Saint-Lin-deseLaurentides. Lors de notre passage, un avis de livraison daté du 13 juin était accroché à la porte.

«Les ambulanciers l’ont sorti du garage cet hiver, a raconté une voisine. Et la télé est restée allumée pendant des mois, alors qu’il n’y avait personne.»

La mort de M. Maisonneuve a été signalée au bureau du coroner, mais le rapport n’a pas encore été publié.

Il a été incinéré le 9 janvier 2014 par Urgel Bourgie / Athos, qui souhaite récupérer l’urne après avoir appris où elle avait été trouvée.

«On veut lui donner une sépulture dans l’un de nos cimetières. Une urne dans un centre de tri, ça n’a pas de bon sens», peste Yvan Rodrigues, président d’Urgel Bourgie.

Selon lui, les employés ont remis les cendres à la famille le lendemain de sa crémation. Les proches sont partis sans payer l’urne dont le coût avoisine 700 $, souligne l’entreprise, qui a perdu leur trace.

«Tout ça ressemble à un acte volontaire. Ça fait ordinaire», résume Yvan Rodrigues.

Dans le garde-robe

Pascale Lauzon n’a rien contre l’idée de rendre l’urne à la compagnie de pompes funèbres, mais voudrait s’assurer de ce qu’on compte faire des cendres.

«Je ne veux pas les garder, mais je n’ai pas fait tout ça pour qu’il retourne aux poubelles», prévient-elle.

Pour l’instant, elle conserve l’urne chez elle.

«La plupart du temps, je la mets dans ma garde-robe. Hier, j’ai dormi avec Raymond sur mon bureau», dit-elle en


Dans les morgues du coroner, 335 corps attendent toujours que quelqu’un les réclame depuis 2007, soit une moyenne de 47 morts abandonnés par an.

Les familles font ce qu’elles veulent des cendres

Le président d’Urgel Bourgie / Athos déplore que la refonte du Code civil ait donné le pouvoir aux familles de disposer des urnes funéraires comme bon leur semble depuis une vingtaine d’années.

On ne retrouverait pas aujourd’hui d’urnes funéraires dans les centres de tri ou au bord des routes sans cette réforme, insiste Yvan Rodrigues.

«Ce sont des situations qu’on déplore depuis 1994. Avant, les corps et les cendres allaient obligatoirement dans les cimetières ou dans les columbariums», regrette-t-il.

«On ne sait pas toujours ce qui se passe. Avant, il y avait une certaine morale», dit-il.

Désolée, dégoûtée

«J’hésite entre la désolation et le dégoût», a réagi Nathalie Samson, directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec en apprenant le sort réservé aux cendres de Raymond Jr Maisonneuve.

«Une fois par an, les policiers m’appellent parce qu’ils ont retrouvé une urne au bord d’une berge, dit-elle. Malheureusement, il n’y a pas grand-chose à opposer à ces familles.»

Cependant, dans un rare cas de jurisprudence pour des causes de ce genre, une certaine Denise McDuff a été déclarée coupable d’outrage à des restes humains en décembre 2011, au palais de justice de Granby.

Elle avait déterré les cendres de sa belle-sœur pour les jeter dans la rivière Yamaska. Mme McDuff ne voulait pas que son père et sa belle-soeur partagent le même lieu de sépulture. Elle a été condamnée à 100 heures de travaux communautaires.

Non réclamés

Il arrive aussi que les familles ne réclament pas les urnes.

«C’est sûr, un emplacement pour une urne peut coûter au moins 700 $, et cela peut monter à 5000 $ pour un corps», précise Yvan Rodrigues.

Chaque année, Urgel Bourgie donne une sépulture à une dizaine de cendres non réclamées, précise-t-il.

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