Je hais les pharmacies!


J’ai bien aimé ce billet de Monsieur Frédéric Metz sur les pharmacies .. Il est bien vrai que nos pharmacies ont bien changés a comparer a aujourd’hui,. Jean Coutu est devenu une entreprise florissante, Bravo pour lui. Mais n’est pas avant tout une pharmacie ??? Et je trouve que de plus en plus … aller chercher sa prescription est devenu un fardeau car on a vraiment l’impression qu’ils nous font attendre pendant que nous regardons les tablettes Il est vrai qu’on peut toujours appeler avant .. ainsi ne pas être tenter d’acheter plus Sauf que …
Nuage

 

Je hais les pharmacies!

 

Je hais les pharmacies

© iStockphoto.com

 

Par Frédéric Metz , AGI, professeur et directeur du programme de design graphique Université du Québec à Montréal , Montréal, Canada

Les pharmacies: un antre horrible qui regorge de bébelles n’ayant aucun lien avec notre santé.

Punis pour nos excès, nous y passons tous un jour, une ordonnance au bout des doigts: la pharmacie. Ce sera rapide, se dit-on. Erreur! Le génial Jean Coutu, le vrai, a trouvé l’astuce: nous faire poireauter dans son antre horrible qui regorge de bébelles n’ayant aucun lien avec notre santé.

 

Presque tous l’ont imité: Brunet, Familiprix,Proxim et Uniprix se concurrencent pour vendre croustilles, savon à lessive, mascottes, casseroles, casquettes, horloges, albums de photos, timbres… Pendant qu’un aide-pharmacien recompte vos pilules en les transvasant de leur emballage original à d’insipides «vials», anonymes et difficiles à ouvrir, on est coincé dans de minuscules allées tellement encombrées qu’elles en sont dangereuses. Supports-crochets limitant le passage. Paniers métalliques qui heurtent nos tibias. Tourniquets antivol qui nous coincent les «amourettes».

Terrifiantes pour les yeux, perturbantes pour la psyché, ces cavernes d’Ali Baba vouées à notre santé nous anéantissent avant de nous faire «passer au cash». «Cash» tant convoité par ces empoisonneurs de bonne santé, qu’ils nous mettent tous dans le panier des voleurs en série: serrures, alarmes, tout est en place pour anéantir les timides acheteurs.

Et pour souligner les rabais, des cartons fluo, rouges ou verts, de mauvais goût, sont installés n’importe comment à côté des produits-vedettes. Les dépliants, amputés de leurs précieux coupons-rabais qui jonchent le sol, donnent cet air de carnaval à longueur d’année. Pour couronner le tout, on y ajoute cette touche subtile de sons «Musak» au fil des «Fêtes joyeuses» à souligner.

Quelle agression. Aïe! Je me sens tout étourdi.

Antithèse idéologique? Certaines chaînes de pharmacies poursuivent leurs excès sur le terrain de la médecine alternative: «pétries» de respect pour notre santé, elles proposent produits naturels, bio, voire homéopathiques. Mais que font des produits santé dans la cour des plus violents poisons?

Pas en bas de la ceinture!

L’exception, la pharmacie où le design a sa place, se nomme Pharmaprix. Quel calme. On y respire. Respect de normes «humaines». Plafond dégagé, larges allées aérées où sont disposés les produits maison Life, impeccablement conçus, graphiquement intéressants et placés juste à la bonne hauteur pour les yeux. Car notre oeil balaie tout, inconsciemment.

Les tests d’Eliot Young effectués pour Perception Research Service(PRS)ont démontré depuis belle lurette et avec grande précision que notre regard «suit son chemin», en dehors de toute volonté de notre part. Notre vision balaie les produits et s’arrête sur un détail qui retient notre attention. Ce n’est pas à la hauteur des yeux que les produits ont la meilleure visibilité, mais au niveau des bras. Étonnant, non? Les produits placés plus haut que les yeux ont moins de visibilité (30%). Tout ce qui est en bas de la ceinture est peu vu, car plus c’est bas, moins on regarde. Savez-vous que 85% des nouveaux produits sont retirés des étagères parce qu’ils ne sont jamais vus?

Optimiser la visibilité d’un produit

Bien entendu, tout manufacturier veut que les regards convergent vers son produit chéri, situé au niveau idéal. La guerre est donc déclarée entre concurrents. C’est la ruée vers le niveau idéal. Dans les «supermarchés pharmaceutiques», tous envient cette place de choix garantissant le plus de ventes possible. Et on est prêt à tout promettre pour l’obtenir.

Ce problème n’existe plus au Mexique. Dans les grandes surfaces, on fait appel à la théorie scientifique de la perception visuelle pour donner la même visibilité à tous les produits, plaçant ingénieusement, ceux de la même marque sur un axe vertical plutôt qu’horizontal. La même bouteille de shampoing se retrouve ainsi en colonne, le client le plus grand prenant le produit sur l’étagère du haut, et le plus petit, sur celle du bas. Tout le monde est content. Visuellement magnifique, verticalement malin, simple et efficace. Et le commerçant n’est plus obligé de louer au rabais les tablettes qui ne font pas partie du champ visuel idéal.

La chaîne de magasins d’alimentation Métro n’est pas en reste: elle a réussi un bon coup par son côté attractif. Chaque rayon possède un puissant éclairage au néon. De loin, les tubes de dentifrice, les bouteilles de shampoing ou les pots de crèmes corporelles brillent! Mais le consommateur qui s’en approche est ébloui par leur blancheur qui rend la lecture des étiquettes pratiquement impossible. Bel exemple d’anti-design qu’on pourrait qualifier d’«over design».

Bouillie pour consommateurs

Dans le monde des grandes surfaces de vente au détail, on sait que rien, absolument rien, n’est laissé au hasard. On se demande alors pourquoi aspirines, sparadraps et couches trônent-ils au milieu des salades et de la «bouffe à chiens»?

Cette réunion de produits disparates dans le même magasin me fait penser aux populaires sandwiches jambon-fromage. Quant à moi, je préfère manger un sandwich au jambon le lundi et un sandwich au fromage le mardi, plutôt que de manger le lundi et le mardi le même sandwich jambon-fromage. Pourquoi désirer deux fois de suite le même repas?

Et que dire de l’odeur d’une pharmacie – une vraie -? Dans ces boutiques d’apothicaire, les émanations de mixtures à l’ancienne possèdent ce quelque chose de rassurant, d’auréolé: on se sent «pris en charge». À Montréal, j’apprécie beaucoup le pharmacien Jean-François Boyer, rue Amherst. Il nous attend, comme dans le bon vieux temps, derrière son simple comptoir. Devinant notre malheur, par la magie des posologies il conseille, fier de ses potions, comme un vrai libraire qui a lu tous les livres qu’il vend. Et si l’onguent n’est pas disponible, il nous le livre personnellement à la maison, avec un sourire en plus. Ça fait du bien. Serait-ce çà la bonne prescription?

Grâce aux pharmaciens, on a vaincu la variole. Bravo. Mais doit-on absolument payer cette victoire en supportant la vue de ces monstrueuses enseignes criardes et de tous ces artifices ? Prend-on les gens pour des demeurés?

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