Les bonobos préfèrent les tyrans


Les bonobos sont pacifiques, sauf qu’il semblerait qu’ils se rallient plus facilement à celui qui est agressif, même si cela veut dire qu’il soit injuste, ce qui logiquement serait le dominant
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Les bonobos préfèrent les tyrans

 

Photo : iStock/guenterguni

Alors que les humains préfèrent généralement un leadership consensuel, les singes bonobos (Pan paniscus) – nos cousins les plus proches sur le plan génétique dans règne animal avec les chimpanzés –, sont plus attirés par les chefs dominateurs.

Un texte d’Alain Labelle

Les primatologues américains Christopher Krupenye et Brian Hare de l’Université Duke ont été surpris par leurs observations en raison du caractère habituellement pacifique des bonobos, et ce, particulièrement lorsque leurs comportements sont comparés à ceux des chimpanzés.

En outre, les bonobos sont aussi considérés comme des animaux très sociaux, disposés à la coopération.

Selon les auteurs, ces observations permettent donc de penser que l’humain est la seule espèce qui évite le leadership d’individus oppresseurs.

Le saviez-vous?

Un enfant humain montre une capacité à distinguer les personnes gentilles des méchantes dès l’âge de trois mois. Il préfère aussi interagir avec des individus disposés à aider les autres.

La réalité du bonobo

L’équipe américaine de chercheurs a effectué une série de tests avec des bonobos adultes du sanctuaire Lola Ya en République démocratique du Congo afin de déterminer si ces grands singes partagent cette caractéristique sociale avec les humains.

Dans leurs expériences, les scientifiques ont notamment montré à 24 bonobos un dessin animé dans lequel un personnage tente avec difficulté de gravir une colline. Arrivent ensuite deux autres personnages : l’un cherche à l’aider et l’autre le pousse pour le faire reculer. MM. Krupenye et Hare ont ensuite placé un morceau de pomme sous une représentation imprimée de chacun des deux protagonistes, pour voir vers lequel les bonobos se dirigeraient en premier.

Ils ont aussi montré une vidéo d’un humain jetant une peluche trop loin pour pouvoir la récupérer. Une deuxième personne intervient pour lui rendre le jouet, mais un troisième individu s’en empare et l’emporte avec lui.

Un autre choix s’offrait aux singes : accepter le morceau de pomme du voleur ou celui du bon samaritain.

Les observations montrent que, contrairement aux humains, ces primates se dirigent toujours vers les sujets agressifs et asociaux.

Un rapport avec le statut social?

Les primatologues avancent que les bonobos pourraient voir dans la rudesse un signe de statut social élevé et chercheraient tout simplement à se ranger du côté des individus dominants.

En outre, le fait de se ranger du côté des individus dominants pourrait aussi signifier un meilleur accès à la nourriture ou aux compagnons, ou d’autres avantages, comme un risque moins élevé d’être intimidés.

Chez les humains, la mise à l’écart de ceux qui brutalisent les autres contribue à la cohésion sociale et permet d’éviter les mauvais partenaires. Elle permet aussi aux humains de travailler ensemble en grand nombre, et ce, même avec des étrangers, d’une manière différente de celle des autres espèces.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Current Biology.

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Meurtre d’un mâle alpha chez des chimpanzés


On dit que le singe ressemble à l’homme, il semble qu’eux aussi en certaines occasions ont recours aux meurtres pour se débarrasser d’un singe gênant. Alors la raison, n’est pas tout à fait claire. Une vengeance contre un dominant tyrannique, le manque de femelles à cause du braconnage ?
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Meurtre d’un mâle alpha chez des chimpanzés

 

Photo : iStock

Les humains sont-ils les seuls à destituer violemment leurs dirigeants? La mort d’un chimpanzé, tué par le groupe qu’il tyrannisait 5 ans auparavant, fait planer le doute sur l’origine de notre violence.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

C’est un phénomène rare qui a été observé par des primatologues américains pendant une mission au Sénégal. Un groupe de chimpanzés a assassiné son ancien dirigeant alors qu’il tentait de reprendre le pouvoir. Les chercheurs ont publié leurs résultats dans l’International journal of primatology.

Pour comprendre la portée du geste, il faut d’abord savoir que les cas de chimpanzés tués par leur propre groupe sont extrêmement rares. On n’a répertorié que 9 cas confirmés dans toute la littérature scientifique.

L’intérêt des chercheurs va plus loin que ce simple « fait divers » : un meurtre de chimpanzé pourrait nous donner plus d’informations sur notre propre violence. Est-ce quelque chose que l’on a en nous et qu’on réprime en société, ou est-ce venu avec la vie en société?

Un règne difficile

Dans leur publication, les chercheurs décrivent l’histoire de Foudouko, le mâle alpha du groupe. Au cours de son règne, Foudouko se comportait en tyran et était très agressif avec les membres de la colonie. Il dirigeait le groupe avec l’aide de son bras droit, un mâle bêta que les chercheurs ont baptisé Mamadou. Les colonies de primates sont toujours dirigées par des jeux d’alliances entre mâles avec l’alpha qui trône au sommet.

Un jour, Mamadou a disparu pendant plusieurs semaines et, quand il est revenu, il était blessé et faible. Les autres mâles plus jeunes et inférieurs dans la hiérarchie en ont profité pour chasser Foudouko du groupe. Pendant 5 ans, l’ancien mâle alpha est resté en périphérie, jamais accepté, mais jamais bien loin.

Puis en 2013, Foudouko a réintégré la colonie. Il a rapidement tenté de regrimper les échelons de la hiérarchie, atteignant le rang de mâle bêta, le bras droit du nouveau chef, malgré de fréquentes altercations avec des mâles de rangs inférieurs.

Puis, un matin, les chercheurs sont alertés par des cris provenant de la colonie. Ils ont retrouvé le corps de Foudouko, couvert de blessures et de marques de dents. En étudiant la « scène de crime », les chercheurs en sont venus à la conclusion qu’il a été tué par un groupe de ses congénères.

Coup de tête ou coup d’État?

Ce qui a dérouté les chercheurs, c’est que plusieurs singes continuaient de s’en prendre au cadavre après sa mort. Seul Mamadou, son ancien bras droit, tentait de protéger le corps, mais il a rapidement été expulsé du groupe.

Dans leur analyse de la situation, les chercheurs ont émis l’hypothèse que des tensions dans le groupe étaient survenues à la suite de la baisse du nombre de femelles, victimes de braconnage. Des combats liés à la reproduction pourraient donc être la cause du meurtre.

Toutefois Foudouko n’a pas été vaincu par le mâle dominant, il a été tué par la base… les chercheurs n’excluent donc pas la vengeance pour son attitude lors de son règne et le refus des autres singes de le voir reprendre son rang de mâle alpha.

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