L’accumulation compulsive: bien plus qu’une simple «collection»


Le trouble d’accumulation compulsive est une vraie prison pour ceux qui en souffre. Il est possible de les soigner, mais cela demande du temps et de la patience ..
Nuage

 

L’accumulation compulsive: bien plus qu’une simple «collection»

 

Au Québec, entre 165 000 et 420 000 individus pourraient être touchés par cette problématique.

CARLOS CIUDAD PHOTOGRAPHY VIA GETTY IMAGES

L’accumulation commence avec un doute, une idée intrusive liée à une potentielle utilisation de l’objet dans le futur, qui amène généralement le besoin de le conserver.

François Bilodeau
Psychologue clinicien

Au Québec, entre 165 000 et 420 000 individus pourraient être touchés par cette problématique.

«J’en aurai peut-être besoin un jour, on ne sait jamais!», «Cela pourrait être utile à quelqu’un d’autre!», «Il pourrait y avoir un objet de valeur que je n’ai pas remarqué!», «Il me semble irresponsable de jeter cet objet!», «Peut-être qu’il y a de l’information utile! Mes biens sont une partie de moi!»

Le trouble d’accumulation compulsive, aussi connu par son nom anglais «hoarding», entraine l’encombrement de l’espace de vie d’un individu à un point tel que la qualité de vie et l’environnement de celui-ci en est affecté.

Ce trouble touche autant les hommes que les femmes. La prévalence dans la population varie entre 2% et 5%.

Au Québec, entre 165 000 et 420 000 individus pourraient être touchés par cette problématique.

Des émotions négatives sont souvent générées par l’accumulation et le désencombrement. L’accumulateur est également dans l’incapacité de se débarrasser d’objets, indépendamment de leur valeur réelle. L’accumulation entraine une souffrance importante et se répercute habituellement sur le fonctionnement social, professionnel et relationnel.

Plusieurs types d’objets peuvent être cumulés: journaux, livres, nourriture, vêtements, contenants vides, meubles, appareils électroniques, factures, sacs, animaux. Certaines personnes accumulent seulement des biens de même nature, d’autres n’ont pas de préférence et accumulent tout ce qui leur tombe sous la main.

Les objets forment souvent des piles désorganisées disposées de manière aléatoire. Dans bien des cas, ces piles d’objets sont à la vue de tous et sont rarement rangées dans des espaces prévus à cette fin. Lorsque les espaces sont désencombrés, c’est souvent en raison d’interventions de tiers (ex.: membres de la famille, nettoyeurs, autorités).

MUSLIANSHAH MASRIE / EYEEM VIA GETTY IMAGESLes objets forment souvent des piles désorganisées disposées de manière aléatoire.

    Accumuler, ce n’est pas collectionner!

    Il est important de différencier l’accumulation de la collection. L’accumulateur compulsif n’est pas un collectionneur. L’accumulateur vit dans l’embarras et la honte face à ses possessions, s’isole, tente de cacher le plus que possible les pièces encombrées, oublie les objets ou ceux-ci demeurent introuvables.

    À l’opposé, le collectionneur est fier de ses possessions qui sont une réalisation positive amenant un sentiment de fierté. Les collectionneurs cherchent également à partager leur passion avec les autres et les objets collectionnés sont souvent organisés et en nombre limités.

    Le doute, l’élément central à l’accumulation

    L’accumulation commence avec un doute. Une idée intrusive liée à l’utilisation potentielle de l’objet dans le futur amène généralement le besoin de le conserver. La prise de décision de l’accumulateur, face à un objet à acquérir ou à jeter, se trouve souvent affectée par cette intolérance au doute (ex.: j’en aurai peut-être besoin un jour, on ne sait jamais!).

    Cette intolérance au doute contribue ensuite au développement d’un motif d’accumulation:

  • Vouloir sauver les objets brisés,

  • Accumuler pour aider les autres ou donner à une noble cause

  • Vouloir être écologique (ex.: accumuler les objets pour leur donner une deuxième vie),

  • Vouloir se garder informé en accumulant (ex.: les journaux),

  • Avoir peur de jeter quelque chose par inadvertance,

  • Vouloir maintenir un souvenir d’enfance vivant,

  • Combler un besoin de sécurité.

JIÉ CHÉNG ZHEN WU / EYEEM VIA GETTY IMAGESL’accumulateur vit dans l’embarras et la honte face à ses possessions.

Un aperçu des stratégies d’intervention

À ce jour, les écrits scientifiques montrent que la thérapie cognitive et comportementale est celle qui réussit le mieux à traiter le trouble d’accumulation compulsive. Il s’agit d’une approche proactive et axée sur les solutions concrètes.

Lors de la thérapie, le psychologue visera à identifier le cycle lié à l’accumulation et aidera la personne à modifier ses croyances liées au besoin d’accumuler et au désencombrement.

    La gestion des émotions est également au centre de la thérapie: l’accumulateur doit parvenir à développer une meilleure tolérance au doute afin de se départir de ses biens, mais également pour réduire l’accumulation. Le désencombrement se fait graduellement: l’individu doit se départir de ses biens en ordre croissant de difficultés.

    Quand devrais-je consulter?

    N’attendez surtout pas que votre fonctionnement global se détériore ou que des pièces de votre logement ne soient plus accessibles.

    Plusieurs manifestations peuvent indiquer le besoin de consulter en psychothérapie:

  1. Ne plus oser ou refuser de recevoir des gens à la maison en raison d’un fort sentiment de honte lié à l’état du logement,

  2. Présence d’un sentiment de culpabilité lié à l’accumulation,

  3. Présence de compulsions de rituels de tri ou d’évitement menant à l’incapacité de se départir d’objets,

  4. Difficultés à contrôler son envie d’acquérir ou d’accumuler des objets,

  5. Présence d’un doute persistant lié à l’utilisation potentielle d’un objet,

  6. Acheter plusieurs fois le même item,

  7. Ne pas déballer ou utiliser les objets achetés,

  8. Présence d’un attachement émotionnel irrationnel aux objets.

Conseil aux proches

Évitez surtout de vous débarrasser des objets de l’individu en son absence. Cela pourrait être hautement déstabilisant pour la personne accumulatrice. Évitez également de tenir des propos menaçants ou contraignants visant à inciter la personne à jeter ses objets. Cela pourrait contribuer à renforcer le sentiment de honte et d’échec auprès de la personne. Optez plutôt pour un soutien actif et aidez la personne à trouver des ressources psychologiques ou communautaires.

Si vous voulez en apprendre plus sur la question, une lecture incontournable au sujet du trouble d’accumulation compulsive est le manuel de traitement Entre monts et merveilles: comment reconnaitre et surmonter l’accumulation compulsive. Par ailleurs, un groupe de soutien pour les personnes accumulatrices se tient une fois par mois et est organisé par le Groupe de parole sur l’accumulation compulsive au CLSC de Verdun.


Références:

– O’Connor, K., Delorme, M.E., Koszegi, N. (2013). Entre monts et merveilles: comment reconnaître et surmonter l’accumulation compulsive. Éditions Multimondes inc.
– Tolin, D., Frost, R. O., & Steketee, G. (2013). Buried in treasures: Help for compulsive acquiring, saving, and hoarding. Oxford University Press.
– Tolin, D. F., Frost, R. O., Steketee, G., & Muroff, J. (2015). Cognitive behavioral therapy for hoarding disorder: A meta‐analysis. «Depression and Anxiety», 32(3), 158-166.

https://quebec.huffingtonpost.ca/

L’enfer du trouble d’accumulation compulsive


C’est un trouble du comportement qui est vraiment désastreux pour une personne souffrant du trouble d’accumulation compulsive. L’isolation, l’accumulation d’objets trop souvent inutile. Il y a de l’aide, mais j’imagine que c’est un long processus pour aller vers la guérison
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L’enfer du trouble d’accumulation compulsive

 

Une femme vêtue de noir tient l'un des nombreux objets qui sont éparpillés dans son appartement.

Francine (nom fictif) est atteinte du TAC. Photo : Radio-Canada

Francine (nom fictif) a tellement d’objets de toutes sortes accumulés devant les plinthes électriques de son appartement qu’elle n’a pas de chauffage en plein hiver. Bienvenue dans l’univers de cette femme de 62 ans atteinte du trouble d’accumulation compulsive (TAC).

Un texte de Pascal Robidas

À nos yeux, l’endroit est bordélique. Mais pour Francine, chaque objet parmi la centaine qui sont empilés chez elle a une valeur. Se départir d’une seule de ces choses serait un supplice.

La sexagénaire n’a plus de vie sociale. Sa maladie mentale l’a isolée au fil du temps.

Ce n’est pas pour rien que je suis habillée [tout en noir] comme ça. Bien sûr qu’on a honte… On n’accepte pas que les gens viennent chez nous. Qui vas-tu laisser entrer, à part une équipe de tournage comme vous? Francine, atteinte du trouble d’accumulation compulsive

Tout son appartement est encombré. C’est le résultat de dizaines d’années à être incapable de se départir de biens matériel n’ayant aucune utilité, la plupart du temps.

J’ouvre un tiroir et il y avait des cuillères pour nettoyer les bols quand on fait un gâteau… Et il y en avait 42. Francine, atteinte du TAC

Cela fait des années qu’elle n’a pas pris un seul repas sur sa table de cuisine. Dans ce fouillis, il ne lui reste donc qu’un seul endroit pour s’asseoir et déposer une assiette : sur le bureau où se trouve son ordinateur, déjà enseveli sous une montagne de paperasse.

Une femme couverte de noir est assise devant une table d'ordinateur ensevelie sous une montagne de papiers.

Cette table d’ordinateur ensevelie sous une montagne de paperasse est le seul endroit qui reste à Francine pour s’asseoir et manger. Photo : Radio-Canada

Elle dispose à peine de l’espace nécessaire pour dormir dans son lit qui est aussi recouvert de vêtements et d’objets de toute sorte.

« Il y a tellement de choses ici. Tu fais un lavage et tu sais que tu vas devoir forcer pour le rentrer entre deux choses… (elle pointe le garde-robe). La vérité, c’est qu’il n’y en a plus, d’espace. Donc, tu arrêtes de mettre de l’ordre et tu empiles où tu peux le faire », ajoute-t-elle.

1,4 million de Canadiens atteints du trouble d’accumulation compulsive

Au Canada, c’est 4 % de la population, soit 1,4 million de Canadiens, qui est atteinte du TAC.

C’est deux fois plus que le trouble de la bipolarité et quatre fois plus que la schizophrénie.

L’anxiété est très présente dans le portrait clinique. La dépression peut être présente quand la personne est dans une impasse, qu’elle ne sait plus quoi faire… Qu’elle sait que le propriétaire va venir. Natalia Koszegi, psychologue

Le trouble d’accumulation compulsive est diagnostiqué dans toutes les classes sociales, peu importe le niveau d’éducation.

« Une personne atteinte du TAC va souffrir d’acquisition compulsive. C’est-à-dire de l’envie irrésistible d’acheter des choses à rabais, même s’il n’y a pas de besoin particulier », ajoute la psychologue Natalia Koszegi.

Des experts se sont donc réunis à Montréal pour démystifier cette maladie mentale apparentée au trouble obsessif-compulsif. Depuis cinq ans, le TAC est reconnu comme un trouble distinct dans le DSM-5, le manuel des troubles mentaux. Dans la moitié des cas, le TAC est intergénérationnel.

Toujours selon ces experts, cette maladie mentale, pratiquement invisible en société, n’empêche pas forcément une personne qui en souffre de fonctionner normalement à l’extérieur de son domicile. Pour en détecter les symptômes, il faut aller directement dans sa résidence.

On veut outiller les gens qui sont déjà sur le terrain. Les policiers, les pompiers qui découvrent des maisons qui sont encombrées. Dr Pierre Rondeau, médecin en santé mentale

La thérapie

À Montréal, tous les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) offrent des programmes de groupe pour des personnes malades qui souhaitent reprendre le contrôle de leur vie.

Selon plusieurs psychologues, il est possible de désamorcer les éléments déclencheurs qui mènent à l’obsession. Il faut de la volonté et beaucoup de courage.

Francine fait partie du nombre. Elle est déjà inscrite dans un programme, dans l’est de l’île de Montréal.

Elle en a assez de se sentir prisonnière de sa maladie mentale.

Pourtant, la vie m’intéresse vraiment beaucoup. Mais ça me tient toujours en entre-deux. Francine, atteinte du TAC

http://ici.radio-canada.ca/