Au tribunal, l’interprétation des émojis n’est pas une mince affaire


Il faut être prudent avec les émojis et les émoticônes, car cela peut nous amener au tribunal. Bien que ces textes imagés peuvent avoir plusieurs interprétations dépendant qui le reçoit et dans quel contexte, il peut s’avérer que les émojis soient des preuves en cas de harcèlement sexuel, diffamation ou même de menace. Dans certains documents numériques ou contrats certains vont aussi employé des émojis, mais personnellement, je trouve que ce n’est pas leur place
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Au tribunal, l’interprétation des émojis n’est pas une mince affaire

Les affaires de diffamation comportant des émojis ressembleraient de très près à leurs homologues sans émojis. | Bernard Hermant via Unsplash

Les affaires de diffamation comportant des émojis ressembleraient de très près à leurs homologues sans émojis. | Bernard Hermant via Unsplash

Stephen Harrison— Traduit par Bérengère Viennot

En 2019, des dizaines d’émojis ont fait leur apparition dans des contextes judiciaires. Petit tour d’horizon de la manière dont ils ont été utilisés.

La couverture par les médias de l’arrivée d’émojis dans les tribunaux laisse penser que nous devrions tous et toutes faire cette tête-là: .

«Peut-on aller en prison pour avoir utilisé un émoji?» s’interroge Fox News. «Les émojis font leur apparition à la barre de façon exponentielle, et les tribunaux n’y sont pas préparés» avance the Verge. Quant à CNN, il a prévenu que «les tribunaux ont le plus grand mal à évaluer la valeur de preuve qu’apportent les nuances des émojis».

Le nombre d’affaires signalées impliquant des émojis ou des émoticônes servant de preuves a augmenté de plus de 50% cette dernière année aux États-Unis, passant de 33 en 2017 à 53 en 2018, selon Eric Goldman, professeur de droit à Santa Clara. Lorsqu’il a commencé à compter, en 2004, il n’a découvert qu’un seul cas. En 2019, ce chiffre pourrait avoir dépassé la centaine.

Cette invasion de nos tribunaux obéit à une certaine logique. Les émojis et leurs prédécesseurs, les émoticônes, servent à donner un ton et une personnalité à du texte, fonctionnalité qui s’est avérée extrêmement populaire. 92% de la population connectée utilisent des émojis, et au moins 2.300 milliards de messages de téléphones portables incluent des émojis chaque année selon les chiffres de 2016. Rien d’étonnant qu’un certain pourcentage de ces communications se retrouve dans des procès.

Mais le fait que les émojis apparaissent à la barre doit-il nous rendre aussi paranoïaques que le suggèrent la plupart des journaux? Les cours de justice elles-mêmes ne savent pas encore trop quoi en faire pour le moment. Que communiquent les émojis, et est-ce que l’intention de la personne qui en envoie correspond à l’interprétation de la personne qui en reçoit? Les émojis sont-ils un mode d’expression, et à ce titre, doivent-ils être protégés?

À mesure qu’ils apparaissent dans toutes sortes d’affaires, ils posent ces questions essentielles en matière de langage et de communication –sans oublier l’importance de l’habileté numérique, même dans les plus hautes juridictions.

Affaires criminelles

Les émojis sont souvent considérés comme des symboles mignons, rigolos et fantaisistes. Mais les affaires qui les associent à des menaces de violences ne sont rien de tout cela –et malheureusement, il en existe beaucoup.

En France, un tribunal a condamné un homme de 22 ans à trois mois de prison pour avoir envoyé un émoji de pistolet par texto à son ex-petite amie, considéré comme une «menace réelle» par la cour. Aux États-Unis, les procureurs d’une affaire de meurtre dans le Massachusetts ont argumenté avec succès que l’usage par l’accusé d’un émoji avec des croix à la place des yeux, associé au nom de la victime, suggérait un homicide prémédité et non une mort accidentelle comme le plaidait l’accusé.

Dans les affaires criminelles, la question des preuves acceptables par le tribunal se pose souvent. Le principe directeur est que la preuve n’est acceptable que si elle est pertinente, ce qui signifie qu’elle participe à prouver ou à réfuter un élément de l’affaire; l’intention criminelle, par exemple.

Si quelqu’un vous envoie les émojis suivants, dans cet ordre: , alors ils peuvent être interprétés comme une expression de l’intention criminelle de vous agresser et de vous envoyer à l’hôpital (pour ne pas que vous pensiez que c’est un exemple caricatural, il s’agit de l’exact message envoyé par deux hommes placés en garde à vue à la suite d’accusations de harcèlement en Caroline du Sud).

La question du mobile apparaît souvent dans les affaires criminelles, qu’elles impliquent des émojis ou pas. Mais dans ces cas de figure, il y a un hic, qui les distingue des autres: la manière dont un émoji est affiché par une plateforme peut changer tout le sens du message. Prenons un scénario hypothétique où l’utilisateur tape le message , disons pour exprimer qu’une ambulance est en chemin pour aider quelqu’un qui s’est blessé à la main. Dans ce cas imaginaire, le téléphone du destinataire inverse le dessin du doigt, qui devient pointé vers l’ambulance. Comme dans l’affaire de Caroline du Sud, le message est désormais interprété comme une menace criminelle.

La raison pour laquelle l’émoji pourrait théoriquement être inversé est que des plateformes comme celles d’Apple, Google et Microsoft ont le droit d’afficher différents émojis comme bon leur semble. En outre, Unicode ne peut obliger les plateformes à afficher les émojis de la même façon. Par conséquent, l’expéditeur et le destinataire voient des messages différents sans le savoir.

Si cette hypothétique méprise se retrouvait devant les tribunaux, la cour ne devrait pas seulement considérer le texto tel qu’il a été reçu mais également les preuves de ces différences entre les plateformes.

Mais comme l’écrit Goldman, ce type de situation nécessite que des recherches soient faites pour déterminer à quoi ressemblaient les émojis à l’époque où ils ont été envoyés.

En d’autres mots, à la fois les juges et les avocats doivent être mis au courant de la manière dont l’environnement technologique affecte l’interprétation des émojis.

Harcèlement sexuel

Aujourd’hui, l’usage à caractère sexuel des émojis aubergine, pêche et gouttelettes de sueur est devenu monnaie courante, en tout cas dans la culture occidentale

«Quand votre patron se met à vous envoyer des “aubergines” et des “pêches” par texto, un (mauvais) juge pourrait penser qu’il est seulement en train de suggérer une recette, mais vous, vous savez exactement ce dont il s’agit» écrit Elie Mystal pour le site Above the Law.

L’émoji en forme de trace de rouge à lèvre est devenu une pomme de discorde dans une affaire d’accusation de harcèlement sexuel en Californie, raconte le Wall Street Journal. Un homme d’une quarantaine d’années aurait envoyé des textos suggestifs à une potentielle employée. La femme aurait répondu à l’un de ces messages par une marque de rouge à lèvres, ce qui a soulevé la question de savoir si ce baiser signifiait qu’elle accueillait favorablement ses avances, question centrale lorsqu’une affaire de harcèlement sexuel est portée devant la justice.

Dans certains cas, les juges décident d’écarter les émojis des preuves et se contentent de lire la retranscription du texto au jury. Mais selon Goldman, ce n’est pas la bonne approche. Tout le sens d’un texto peut changer lorsqu’une phrase est ponctuée, par exemple, par un smiley qui fait un clin d’œil. Omettre les émojis empêche les juré·es de prendre une décision éclairée au sujet de ce que les messages mis en cause signifient en contexte.

Diffamation

La décision d’un tribunal britannique dans l’affaire McAlpine v. Bercow en 2013 pourrait un jour être considérée comme le précédent fondateur au Royaume-Uni pour savoir si un émoji engage la responsabilité dans un cas de diffamation sur les réseaux sociaux. Voici un petit aperçu de la chose pour celles et ceux qui n’ont pas passé le barreau: la diffamation consiste à faire une fausse déclaration qui porte atteinte à la réputation de quelqu’un. Si cette déclaration est faite à l’écrit et qu’elle est publiée, le droit anglo-saxon la qualifie de «libel». Si elle est orale, elle est appelée «slander».

L’affaire de diffamation Bercow impliquait un homme politique reconnu, Lord Alistair McAlpine, et une personnalité politique populaire, Sally Bercow. En 2012, la BBC a expliqué que l’un des agresseurs, dans une récente affaire de pédocriminalité, était un «éminent homme politique conservateur des années Thatcher».

La BBC n’avait pas explicitement nommé McAlpine mais sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont publié des posts sur lui en relation avec cette histoire, faisant émerger son nom dans les tendances sur Facebook et Twitter. C’est alors que Bercow a publié ce tweet, à l’intention de ses plus de 56.000 followers:

«Pourquoi Lord McAlpine est-il soudain tendance? *visage innocent*».

Note: Les mots «*visage innocent*» n’étaient pas un véritable émoji. Mais la cour n’en a pas moins déduit que les utilisateurs et utilisatrices de Twitter étaient susceptibles d’interpréter ces mots «comme une indication scénique, ou une émoticône»en d’autres termes, comme un émoji. Finalement, le tribunal a jugé que l’expression «*visage innocent* était dénué de sincérité et ironique» et participait de la diffamation. Le tribunal s’est prononcé contre Bercow, ce qui a conduit à un aveu de culpabilité de sa part et lui a coûté plus de 20.000 dollars.

Même si l’Angleterre et les États-Unis n’ont pas les mêmes critères juridiques en matière de diffamation, Nicole Pelletier, étudiante en droit, avance qu’un tribunal américain pourrait tout à fait décider qu’un émoji engage la responsabilité dans le cadre d’une affaire de diffamation s’il estime que l’émoji en question signale une implication factuelle.

En d’autres termes, les affaires de diffamation comportant des émojis ressembleraient de très près à leurs homologues sans émojis, en influençant la manière dont le public interprète la déclaration.

Contrats

Les émojis et les émoticônes n’ont pas encore joué de rôle significatif dans des affaires américaines concernant des contrats. Mais un certain jugement israélien de 2017 a de bonnes chances de faire figure d’exemple dans des articles de droit universitaires ou dans d’autres cas. L’affaire concernait un candidat à la location qui répondait à un bailleur par le biais d’un texto (les explications des émojis ont été rajoutées) :

Bonjour [smiley joyeux, aux yeux qui sourient] L’appartement m’intéresse [femme qui danse] [personnes arborant des oreilles de lapin] [comète] [bouteille de champagne qui s’ouvre]… il faut juste discuter des détails… Quel moment vous irait?

Sur la base de ce message, le bailleur a retiré l’appartement du marché. Peu après, les candidats à la location ont cessé de répondre à ses messages. Et ils ont loué un autre logement.

Le tribunal israélien n’a pas jugé que le texto avait créé un contrat liant les parties. Mais en Israël, un texte de loi exige que les parties agissent de bonne foi et le tribunal a accordé 2.200 dollars au bailleur en se basant sur le principe que les candidats à la location avaient fait preuve de mauvaise foi.

Plus particulièrement, le juge a déclaré que «les symboles envoyés […] communiquaient un grand optimisme» et que le message conduisait naturellement le bailleur à se fier au désir de l’accusé de louer son appartement.

De futures affaires impliquant des contrats et des émojis dans les systèmes de common law se tourneront sans doute vers le principe légal ancestral selon lequel, pour qu’un contrat soit formé, il faut qu’il y ait eu accord des volontés. Si deux parties qui négocient s’envoient l’image d’un pouce dressé après avoir discuté des termes d’un contrat, c’est sans doute qu’elles sont parvenues à un accord (en tout cas aux États-Unis).

Encore une fois, d’autres émojis sont plus ambigus, surtout entre différentes cultures mais même parfois à l’intérieur. Une étude révèle qu’environ 25% du temps, les gens ne sont pas d’accord sur la connotation positive ou négative d’un même émoji. L’ambiguïté est dangereuse dans des discussions contractuelles, ce qui explique pourquoi le barreau de la Caroline, la South Carolina Bar Association, a expressément rappelé à ses membres en mars que les émojis «ne devaient pas être utilisés dans des textes juridiques ou dans des communications commerciales».

Premier amendement et liberté d’expression

La Cour suprême des États-Unis a longtemps soutenu que l’idée «d’expression», telle qu’elle est évoquée dans le premier amendement de la constitution américaine, ne se limitait pas au mot écrit ou parlé. Des précédents ont montré que porter un brassard pour protester contre la guerre du Vietnam ou brûler le drapeau américain étaient protégés par le premier amendement. Mais le cas fondateur majeur sur la protection de la liberté d’expression par des émojis n’existe pas encore.

Il semble que la Cour suprême ne soit pas passée loin de se pencher sur la question dans l’affaire Elonis v. United States. Il s’agissait des publications Facebook d’Anthony Douglas Elonis, écrites sous le pseudonyme «Tone Dougie», dans lesquelles il diffusait des paroles prétendument de rap contenant un langage et une imagerie violentes à propos de sa femme et de ses collègues. Elonis a protesté en assurant que ses messages étaient fictifs et protégés par le premier amendement. Il a avancé que son recours à l’émoticône qui tire la langue «:-P» suggérait qu’il plaisantait et qu’il ne s’agissait pas de menaces sérieuses.

La Cour suprême a rejeté l’affaire à cause d’une instruction erronée donnée au jury, mais a malheureusement refusé de rendre un verdict sur la question du premier amendement ou de l’émoticône elle-même, au grand dam des professeures de droit Elizabeth Kirly et Marilyn McMahon.

«La Cour a ainsi raté l’occasion de se prononcer sur la valeur de preuve des émojis en tant que discours numérique», ont-elles écrit.

De futures affaires impliquant des émojis et la protection de la liberté d’expression s’occuperont sans doute du problème qualifié d’expression de «valeur moindre», qui aurait également pu se poser dans l’affaire Elonis si la Cour suprême l’avait envisagée sous l’angle du premier amendement. Bien que la doctrine légale varie en fonction des juridictions américaines et européennes, le principe général est que la forme d’expression considérée comme désinvolte, conversationnelle ou grossière par nature n’est généralement pas protégée au titre de la liberté d’expression à la hauteur d’un discours considéré comme ayant une plus grande valeur publique.

Mais comme toutes les normes, celles des émojis ont changé au fil du temps. Si les émojis étaient autrefois un signe d’amateurisme et d’irresponsabilité, aujourd’hui ils sont régulièrement utilisés par des responsables politiques et des chef·fes d’entreprises (pour le meilleur comme pour le pire). Disqualifier les communications par émojis des protections que procure la liberté d’expression sous prétexte que le discours en est de «valeur moindre» n’est pas une position raisonnablement tenable à long terme.

«La loi doit être stable, mais elle ne doit pas être figée», a écrit Roscoe Pound, un des juristes américains du début du XXe siècle les plus cités. Les pictogrammes numériques sont peut-être des nouveautés pour certain·es juges, mais cela ne les empêche pas d’être compris et évalués à travers le prisme de principes juridiques préexistants, des intentions criminelles au discours de «valeur moindre».

Et ils n’ébranlent certainement pas tout le système judiciaire, contrairement à ce qu’ont voulu faire entendre certains médias.

Pour en revenir à Pound, peut-être le plus grand défi pour les tribunaux qui ont à gérer des affaires comprenant des émojis n’est-il pas l’instabilité mais le retranchement. À l’instar du langage corporel ou du ton de voix, le grand bénéfice des émojis, c’est leur capacité à humaniser le texte. C’est pourquoi il est peu judicieux que des juges à l’ancienne décident que les émojis doivent être évincés des preuves ou refusent d’envisager qu’ils soient versés aux dossiers. Ignorer ces nouveaux moyens d’expression numériques n’est pas seulement un échec à être de son temps, mais un refus d’envisager les faits dans leur contexte humain.

http://www.slate.fr/

170.000 textos de la Saint-Valentin ont été reçus avec neuf mois de retard aux USA



Il a dû avoir des malentendus, des surprises surprenantes pour tous ceux qui ont reçu des sms 9 mois après que l’auteur l’a envoyé.
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170.000 textos de la Saint-Valentin ont été reçus avec neuf mois de retard aux USA


Une bonne excuse pour ne pas répondre | Alex Ware via Unsplash 

Une bonne excuse pour ne pas répondre | Alex Ware via Unsplash

Repéré par Nina Pareja

Repéré sur NBC News

Ce n’est pas une histoire de fantômes.

La flèche de cupidon a été retenue pendant neuf mois avant de dégainer des textos en pleine nuit à des milliers de personnes aux États-Unis. Sur les réseaux sociaux, le phénomène a rapidement été qualifié de ghost texts, «textos fantômes». Certain.es ont reçu des messages de leur ancien crush à qui ils ou elles n’adressent plus la parole, d’autres de leurs parents, une jeune femme a reçu un texto de son père décédé des mois plus tôt.

Utilisant des opérateurs mobiles différents, beaucoup ont d’abord cru à un gigantesque hack ou à un vol de numéros. Finalement, il s’agit simplement d’un bug à retardement dû à un fournisseur de réseau tiers, Syniverse, l’un des nombreux intermédiaires du complexe réseau américain de téléphonie mobile chargés d’assurer la transmission dans les zones où la couverture réseau est défaillante.

Dans la nuit du 14 février 2019, l’un des serveurs utilisés par Syniverse s’est éteint et a gelé l’envoi de 168.000 messages. Quand le serveur a été réactivé dans la nuit du 6 novembre 2019, les anciens textos ont été envoyés automatiquement.

L’entreprise Syniverse est employée par des opérateurs équivalents à Orange ou Bouygues en France pour organiser et faciliter l’envoi des 18 milliards de SMS échangés quotidiennement aux États-Unis. Elle fonctionne donc avec un système de stockage des données mais, en principe, les messages ne sont pas conservés plus de 72 heures.

Ce bug de la Saint-Valentin est en fait un parfait révélateur de la complexité des réseaux de téléphonie dans le monde.

http://www.slate.fr/

Les smartphones empêchent notre cerveau de comprendre les sciences


Avec la rentrée qui s’en vient, il est intéressant de savoir les effets des appareils électroniques chez les étudiants. En 2017, il a été démontré que ces appareils tels que le téléphone portable, tablette etc, nuirait à la compréhension des textes scientifiques. Voilà que grâce à l’IRM, cela est confirmé que ceux qui utilisent beaucoup comme les textos, lire sur la tablette, semblent avoir des difficultés en science.
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Les smartphones empêchent notre cerveau de comprendre les sciences


Nathalie Mayer
Journaliste
 

Depuis la rentrée 2018, les portables et autres smartphones sont interdits d’usage dans l’enceinte des écoles et des collèges de France. Une plutôt bonne nouvelle si l’on en croit les derniers résultats d’une étude menée aux États-Unis. L’usage de ces appareils électroniques rendrait en effet difficile la compréhension des textes à caractère scientifique.

En 2017, une étude avait montré que les personnes utilisatrices de smartphones et autres équipements électroniques connaissaient des difficultés à comprendre les textes au contenu scientifique qui leur étaient donnés de lire. Aujourd’hui, de nouveaux travaux viennent le confirmer et donner une possible explication du phénomène.

Des chercheurs de l’université de l’État de Pennsylvanie (États-Unis) ont eu recours à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour explorer l’activité cérébrale de leurs volontaires. Ils ont découvert que l’envoi fréquent de textos avec un smartphone ou la lecture sur tablette sont corrélés négativement avec l’activité de zones du cerveau essentielles à l’intégration de textes complexes tels que les textes scientifiques.

L’usage fréquent d’appareils électroniques semble réduire l’activité de certaines régions de notre cerveau : le cortex insulaire gauche et le gyrus frontal inférieur. Deux zones parmi les plus importantes pour le traitement de l’information, car elles permettent, entre autres, de prêter attention et de comprendre le langage. © geralt, Pixabay License

L’usage fréquent d’appareils électroniques semble réduire l’activité de certaines régions de notre cerveau : le cortex insulaire gauche et le gyrus frontal inférieur. Deux zones parmi les plus importantes pour le traitement de l’information, car elles permettent, entre autres, de prêter attention et de comprendre le langage. © geralt, Pixabay License

Un lien de cause à effet qui reste à confirmer

Les textes à contenu scientifique, en effet, contiennent généralement des informations interconnectées. Qui doivent être liées les unes aux autres par le lecteur afin qu’il en comprenne le sens général

Or « ceux qui utilisent quotidiennement et de manière excessive leur smartphone semblent développer des difficultés à hiérarchiser et à structurer les concepts scientifiques », explique Ping Li, professeur à l’université de l’État de Pennsylvanie.

Les chercheurs soulignent malgré tout que des travaux supplémentaires devront être menés pour établir un lien de cause à effet. Cependant, ces travaux pourraient dès à présent avoir des implications pour l’éducation.

« À l’heure actuelle, nous n’avons en effet que peu de connaissances sur la manière dont le cerveau d’un collégien réagit face à des concepts scientifiques fondamentaux », conclut Ping Li.

https://www.futura-sciences.com/

L’étrange phénomène provoqué par notre usage excessif du smartphone


Certains jeunes sont touchés par un trouble du sommeil relié au smartphone. C’est le fait d’envoyer des textos incompréhensibles sans s’en souvenir le lendemain. Ce genre phénomène devrait alerter l’utilisateur d’éloigner leur téléphone hors accès.
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L’étrange phénomène provoqué par notre usage excessif du smartphone

© getty.

D’après une récente étude, près de 25% des étudiants auraient déjà envoyé des SMS dans leur sommeil. Parmi ceux-ci, ils sont près de 72% à ne pas s’en souvenir du tout. Ce phénomène aurait fait son apparition à cause de notre usage démesuré du smartphone et toucherait plus particulièrement les jeunes.

Vous est-il déjà arrivé de découvrir que vous aviez envoyé un SMS alors que vous êtiez en train de dormir? Si oui, sachez que vous n’êtes pas seul. D’après une récente étude menée par des chercheurs de l’Université de Villanova, en Pennsylvanie, le fait d’envoyer des textos pendant son sommeil serait en hausse, en particulier chez les jeunes. Après avoir étudié les habitudes de 372 étudiants avec leur téléphone portable, ils ont en effet découvert que 25% d’entre eux avaient déjà envoyé des messages en dormant. Et parmi ceux-ci, 72% ont déclaré ne pas s’en souvenir. Mais rassurez-vous, contrairement aux messages envoyés lorsqu’on a bu un verre de trop, et qu’on fini généralement par regretter le lendemain matin, les SMS nocturnes consistent généralement en un charabia incompréhensible.

Un trouble du sommeil

Selon Angela, experte en sommeil chez Nectar Sleep, ce phénomène est une forme de « parasomnie », qui englobe un certain nombre de troubles du sommeil, comme le somnambulisme ou encore l’hyperphagie nocturne [manger dans son sommeil, NDLR] et qui survient pendant la phase de sommeil paradoxal », a-t-elle expliqué au site britannique Metro.

Son apparition serait principalement due à notre utilisation démesurée du smartphone. D’après une étude menée par la Mutualité libérale, près d’un adolescent sur deux se dit « accro » à son téléphone et aux réseaux sociaux

Conséquences néfastes

Le fait d’envoyer des messages noctures peut également avoir des conséquences sur la qualité de notre sommeil.

« La sonnerie ou la vibration du téléphone portable indiquant qu’un appel est arrivé réveille le dormeur qui répond instinctivement au message. Cette action peut se produire une ou plusieurs fois au cours du cycle du sommeil, affectant ainsi la qualité et la durée du sommeil de l’individu », peut-on lire ainsi dans le Journal of American College Health.

Comment l’éviter?

La seule solution pour éviter d’utiliser votre smartphone dans votre sommeil – et risquer d’envoyer n’importe quoi à votre boss – consiste évidemment à ne pas garder votre téléphone dans votre chambre. Si vraiment vous ne pouvez pas vous en passer, veillez alors à le déposer dans un endroit difficilement accessible depuis votre lit et à le mettre en silencieux ou en mode avion. De cette façon, vous ne risquerez pas d’être réveillé par une éventuelle sonnerie et de vous en emparer pour y répondre dans la foulée en mode pilotage automatique

.https://www.7sur7.be

L’univers des zombies sociaux


Êtes-vous un zombie ? Du genre a marcher, conduire, et même pédaler en textant? Où aller au restaurant avec des amis, en famille et texter pendant le repas sans vraiment communiquer avec les gens qui nous accompagne ? Ce policier à la retraite expose vraiment la réalité qui se passe aujourd’hui dans la société.
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L’univers des zombies sociaux

 

Essayez ça une fois: regardez les gens, dites «bonjour» et laissez votre cerveau portatif dans votre poche.

SIRINAPA WANNAPAT / EYEEM VIA GETTY IMAGES

Claude Aubin

Policier à la retraite, chroniqueur et auteur

Il est tellement intéressant de regarder l’attitude vide de ces êtres privés de cerveau, qu’il m’arrive de m’asseoir dans un parc juste pour en constater l’ampleur.

Essayez ça une fois: regardez les gens, dites «bonjour» et laissez votre cerveau portatif dans votre poche.

Depuis quelques années, et c’est encore plus vrai maintenant, notre société se peuple de plus en plus de zombies sociaux. L’humain communique de plus en plus que par les textos, les réseaux sociaux et les blogues. Ne plus se parler devient lentement la norme.

Il est tellement intéressant de regarder l’attitude vide de ces êtres privés de cerveau, qu’il m’arrive de m’asseoir dans un petit parc près de chez moi juste pour en constater l’ampleur.

Nombreuses sont les personnes traversant les rues sans même lever les yeux de leur cerveau portatif. Pire, plusieurs portent même des écouteurs pour être sûrs de ne pas s’engager dans cette société réelle. La société virtuelle est tellement plus enivrante. Plusieurs conducteurs ne sont guère mieux, ils textent en conduisant, croyant qu’on ne peut les voir baisser la tête, relever les yeux un instant et retourner à l’écran. Nous avons créé la peur de manquer quelque chose d’important.

Communiquer oralement? Hein? Ouais… quand on en est obligé.

Communiquer oralement? Hein? Ouais… quand on en est obligé. Au resto avec la serveuse et dans un minimum de mots. Il y a quelques jours, nous étions, mon épouse et moi, dans un restaurant assez chic, presque romantique, et autour de nous quelques couples de jeunes zombies textaient l’un et l’autre sans se dire un traitre mot. Drôle, bouteille de vin, repas cinq étoiles et pas un mot, sauf quelques «Hum…» ou un petit hochement de tête.

Puis, en sortant du resto, juste au coin de la rue, je pointai à ma femme mon habituel zombie habillé de noir, traversant la rue, cerveau au bout des mains, sans même jeter un œil aux voitures faisant des miracles pour ne pas le frapper.

Oui, nous entrons avec plaisir dans l’ère du zombitisme.

Oui, nous entrons avec plaisir dans l’ère du zombitisme. Ton téléphone cellulaire contrôle ta vie, il contrôle tes pensées, tes actions et ton sens civique. En fait, ta vie passe par ce filtre.

Il y a des siècles de ça, mon petit-fils vous dirait dans l’ancien temps, nos parents nous disaient:

«Quand tu traverses la rue, tu regardes des deux côtés et tu traverses s’il n’y a pas de voitures».

Ils devaient être totalement rétrogrades, voyons, ce n’est pas à nous de faire attention, c’est aux voitures qu’il faut dire ça. MOI… zombie, je n’ai pas à me préoccuper de ces détails. Et, c’est connu… les automobilistes ne doivent pas être distraits par leurs cellulaires, c’est dangereux un cellulaire au volant. Donc, MOI le zombie, je suis déchargé de toute responsabilité.

Le hic, c’est qu’il y a aussi des zombies conducteurs textant avec passion, sur des kilomètres. Ces zombies conducteurs ont marché jusqu’à leur voiture de la même façon que les zombies piétons. Pourquoi deviendraient-ils tout à coup plus responsables?

Je ne parlerai pas des cyclistes qui font exactement la même chose; il semblerait que les lois ne s’appliquent pas aux zombies à pédales. S’il fallait que la police serre la vis et sévisse tout comme pour les conducteurs, nos gouvernants n’auraient pas de déficit.

Une voiture qui vous rentre dedans, ça fait mal. Ce bolide n’est pas virtuel, il est en métal et il n’y a pas de bouton «recommencez le jeu».

Des gens se sont plaints à moi, dernièrement, des mesures plus fermes, visant à faire cesser les textos au volant. Moi j’irais plus loin: j’y ajouterais les texteurs traversant les rues sans même regarder. Je sais, comme la faute incombe aux autres et que «vous avez le droit». C’est une belle phrase vide de sens, permettant aux zombies de ne pas avoir à se responsabiliser. Je vous le dis de la part de la génération des responsabilités individuelles. Une voiture qui vous rentre dedans, ça fait mal. Ce bolide n’est pas virtuel, il est en métal et il n’y a pas de bouton «recommencez le jeu».

Juste dans la dernière fin de semaine, cinq piétons ont été heurtés. Pour quatre d’entre eux, il s’agirait de zombies traversant sans regarder; l’autre est une vieille dame de 87 ans, peut-être un peu perdue.

À tous mes amis zombies… Essayez ça une fois: regardez les gens, dites «bonjour» et laissez votre cerveau portatif dans votre poche.

https://quebec.huffingtonpost.ca/

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route


Il y a des gens qui n’ont aucun sens des responsabilités en conduisant une voiture. Bon, on parle surtout des téléphones et textos. L’hiver, ceux qui ne déneigent pas leur voiture mettent des vies en danger. J’ai vu une fois, une batterie chargeant la batterie de la voiture qui roulait dans la rue. Et il y a d’autres comportements inacceptables et irresponsables.
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30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

 

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

On a tous déjà vu au moins un message d’intérêt public sur les dangers de texter en conduisant, mais où sont les avertissements concernant la trompette en conduisant (les personnes qui font ça sont tout aussi dangereuses).

Oui, il y a des gens qui sont distraits par des activités vraiment scandaleuses et heureusement pour nous, ils ont été filmés et photographiés en flagrant délit. Les personnes sur les photos ci-dessous pourraient assurément apprendre une chose ou deux en lisant un livre sur la façon de conduire en toute sécurité. Cependant, contrairement au gars sur l’une des photos, on ne recommande pas de le lire en conduisant.

Cette liste, dressée par ipnoze, est un rappel de garder les yeux bien ouverts sur la route puisque vous pourriez apercevoir les choses les plus bizarres en conduisant – vous ne savez jamais ce que vous verrez sur l’autoroute !

(source)

1. Cher foin, regarde où tu vas !

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

2. 120-130 km/h avec une assiette, une fourchette et un couteau… tout en parlant au téléphone.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

3. Je l’ai surprise en train de lire un livre en conduisant.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

4. Comment perdre ton matelas, te briser le bras et faire un accident de voiture en même temps.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

5. Mon chauffeur de taxi lit « Apprendre à conduire » en conduisant.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

6. Conduire une moto en tenant un bébé est une très mauvaise idée.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

7. Une voiture à arbre roue motrice.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

8. Conduire sans les mains, les pieds ou le cerveau ?

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

9. Je suis sans mots.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

10. Elle se frise les cheveux avec un fer à friser en conduisant sur l’autoroute à 90 km/h.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

11. Je pensais que c’était un sac à dos au début.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

12. Une corde ou un élastique aurait été trop compliqué.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

13. Mon ami a pris cette photo hier. Oui, c’est un policier qui texte en conduisant une moto.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

14. J’ai vu ce gars plusieurs fois avec une chaussure… dans la bouche.

30 conducteurs stupides qui ne devraient pas être autorisés sur la route

15. Le prix de l’idiote de la semaine va à cette femme.

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16. J’ai aussi vu un homme jouer de la trompette en conduisant.

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17. Seulement au Vietnam.

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18. Une ceinture de sécurité à 5 points.

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19. Ils sont probablement homophobes.

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20. Oui, elle mange dans une casserole en conduisant.

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21. Vraiment ? Même pas de casque ?

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22. C’est arrivé aujourd’hui.

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23. Qu’est-ce qui pourrait bien mal tourner ?

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24. La télé ne va pas retourner à la maison par elle-même voyons.

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25. Un homme qui conduit avec des pare-soleil sur l’autoroute.

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26. Combien de sièges y a-t-il dans cette voiture ?

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27. Une guitare et un micro en conduisant.

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28. C’est juste dangereux.

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29. Quand les camions de remorquage sont trop chers et qu’une nouvelle peinture et d’autres réparations mineures ne le sont pas.

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30. Je dois avoir de magnifiques cils.

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Vous effacez le numéro de téléphone de vos morts ? Eux n’y arrivent pas


Si vous garder le numéro de téléphone d’un disparu sur votre mobile, vous n’êtes pas les seuls. Moi, j’ai encore celui de ma mère qui est décédée et je sais bien que cela ne sert à rien et que si j’appellerai, ce serait probablement une autre personne. Elle n’est plus là un point c’est tout. Pourquoi on garde les numéros des morts virtuellement ? J’essaie de comprendre pour moi, et je pense que je ne l’accepte pas encore de la façon qu’elle est décédée et non sa mort elle-même
Nuage

 

Vous effacez le numéro de téléphone de vos morts ? Eux n’y arrivent pas

 

Pour entendre sa voix, pour éviter de le tuer une deuxième fois, ils conservent le numéro d’un proche décédé.

Par Emilie Brouze

Que faites-vous des numéros de vos morts ? Vous les effacez de la mémoire de votre téléphone ? Vous n’y touchez pas jusqu’à ce que le destin s’en charge (téléphone dérobé, données évaporées) ?

Sophie Calle, artiste plasticienne, interroge les visiteurs du Musée de la chasse et de la nature, à Paris. Son exposition s’ouvre sur le thème du deuil et de l’absence.

Quand son père, « Bob », cancérologue et collectionneur d’art, est mort au printemps 2015, elle a conservé son numéro. « Pas facile », de le retirer. Fâcheuse conséquence : dans une œuvre en forme de pierre tombale, elle écrit l’avoir un jour appelé par mégarde… Elle a raccroché aussitôt.

« Peu après, son portrait et son nom se sont affichés sur l’écran. Bob m’envoyait un message. »

De l’au-delà ? Le numéro de son père a visiblement été réattribué à un être vivant laconique. Sur son téléphone, trois lettres :

« C ki »

L’œuvre « C ki ? » de Sophie Calle, Paris, 2017. (Sophie Calle/ADAGP, Courtesy Perrotin)

Comme Sophie Calle, Emmeline, 30 ans, ne se résout pas à supprimer le numéro de son père, décédé en juillet 2012. L’étudiante infirmière a beau savoir que l’alignement de chiffres lui ayant appartenu n’est qu’un identifiant qui lui permettait d’entendre sa voix derrière un boîtier, le geste est inenvisageable.

C’est « irrationnel », admet-elle, d’autant qu’elle connaît encore cet alignement par cœur. Il y a une « idée un peu folle » derrière :

« Tant que je garde le numéro, le lien est maintenu. »

« Petite trace mémorielle »

Pour beaucoup de ceux qui ont répondu à notre appel à témoignages, l’action de suppression matérialise la perte, la séparation, l’éviction de leur monde.

« Cela me donnerait le sentiment de le supprimer volontairement et définitivement, d’entériner sa mort officiellement », développe Laetitia, 40 ans, journaliste, au sujet de son père, parti il y a trois ans et demi.

« Il y a un symbole qui échappe à ma raison. Le laisser dans un coin de la mémoire de mon iPhone, voir apparaître parfois son nom dans la liste de mes contacts, c’est une façon de le laisser exister un peu, une petite trace mémorielle me donnant l’illusion que je peux toujours le joindre. »

Ce serait le « tuer une deuxième fois », opine Marie, 32 ans.

Jérôme (un pseudo) imagine que son ancienne petite amie, qui s’est suicidée il y a quelques années, lui en voudrait si elle le voyait, de là où elle se trouve, supprimer son numéro. Il se sentirait coupable, également :

 « Ce serait comme l’effacer de ma mémoire. »

S’il est récemment parvenu à se séparer d’un pull qui lui appartenait, il garde encore son « 06 ».

« Pourquoi l’effacer ? »

Isabelle, 47 ans, juriste en entreprise, nous retourne la question : pourquoi effacerait-elle le numéro de son mari, décédé il y a sept ans ? 

« En général, ce sont les numéros des ‘indésirables’ que l’on efface. Parfois je regarde la liste de mes contacts et j’efface aussi ceux dont le nom n’évoque plus aucun souvenir pour moi. Mon mari n’est pas un ‘indésirable’. Mon mari est encore tellement présent dans mon souvenir. Alors pourquoi l’effacer ? »

Elle le garde près d’elle, de la même façon que l’on conserve des photos, des lettres ou une alliance. Isabelle précise que cela ne l’a pas empêchée de faire son deuil.

Le téléphone symbolise aussi le lien avec la voix, « la première chose qui s’efface de la mémoire », note Isabelle.

Julien paie encore l’abonnement du téléphone de sa compagne, décédée il y a près de trois ans. Il ne peut pas concevoir que son numéro revienne à quelqu’un d’autre et il veut pouvoir appeler de temps en temps son répondeur, pour entendre encore le son de sa voix.

Lien virtuel

Le téléphone, c’est un numéro personnel, une pièce de l’identité. « Une extension de la personne », formule une interviewée.

« Il nous lie virtuellement à la personne en question », ajoute Laura, 24 ans.

« Les rares fois où je me suis dit ‘tiens, je vais faire un tri dans mon répertoire’, ça c’est soldé à garder les morts et effacer les vivants », résume Marijke, 25 ans, étudiante en sciences du langage.

« Impossible de le faire, il y avait comme un blocage physique plus qu’émotionnel. »

Marijke dit que le numéro de ses proches décédés est « un code à travers lequel un contact était possible sans qu’ils soient, eux, matérialisés ».

Pour certains, cette possibilité de connexion immatérielle donne à la conservation du numéro un geste quasi mystique.

« Si jamais mon mari me rappelait, je serai là pour lui répondre… », écrit Isabelle.

Comme s’il n’était pas mort

Conserver le numéro d’un proche peut aussi être une « tentative de faire comme si le mort n’était pas mort », pour reprendre les mots du sociologue Tanguy Châtel.

C’est en substance ce qu’écrit une lectrice, en conclusion de son message et du « 06 » d’un amour de lycée, décédé :

« Il me manque terriblement et pourtant il vit au travers de ce numéro. Comme si un jour il allait revenir. »

Les outils numériques offrent à l’angoisse universelle de la disparition une compensation virtuelle. Les notifications Facebook ou la présence d’un numéro dans un répertoire peuvent rendre plus réaliste encore le mirage dont parle Tanguy Châtel dans « Télérama » :

« Pendant un temps, les endeuillés savent que la personne est décédée, mais une partie d’eux-mêmes veut croire qu’elle est encore vivante. »

Certains des endeuillés interviewés admettent d’ailleurs n’être pas encore arrivés au bout des cinq phases du deuil (le déni, la colère, la négociation, la dépression, l’acceptation).

Bien que son ventre se tord quand elle tombe sur son nom, Isabelle, 43 ans, n’arrive pas à effacer le numéro de son compagnon, décédé brutalement à l’automne 2016. L’effacer, ce serait le faire disparaître une seconde fois ; elle s’y refuse.

Parce qu’il voyageait beaucoup pour son travail, le couple communiquait énormément au téléphone, d’où l’affect particulier qui résonne autour de l’objet. Supprimer le numéro, ce serait perdre « une espèce de lien » qui les unit encore.

« C’est complètement irrationnel, c’est comme si le fait de ne pas effacer son numéro pouvait potentiellement me permettre de… rester en contact avec lui. »

Des s de regret

Quelques jours avant notre appel, Marie, 32 ans, en formation dans le social, discutait avec sa mère de la présence dans son téléphone du numéro de son père, emporté par un cancer il y a quatre ans. Elle est arrivée seule à la conclusion que son deuil n’était pas digéré.

Le ticket de livraison du bouquet de fleurs qu’il lui avait envoyé pour ses 20 ans a eu le temps de blanchir complètement. Le gilet râpé de son père n’est plus sur la chaise de la salle à manger – il est resté là des mois, telle une relique. Son numéro est lui toujours dans son répertoire :

« Cela me permet de rester dans l’illusion que je ne suis pas orpheline de père. »

Les quelques mois suivant les funérailles, « la période où les émotions sont à vif », Marie lui a envoyé des textos. Elle savait bien que le téléphone à clapet était rangé dans un panier-tiroir, chez ses parents, et pas dans la poche de son père« il ne l’a pas amené avec lui ». Elle a eu besoin de lui écrire :

« Je lui ai dit que c’était injuste, qu’il aurait pu plus se battre, qu’il nous avait laissés sans nous y préparer. Je lui envoyais des messages de regret également – notre relation était complexe. »

Puis la fréquence des messages s’est espacée. Elle n’en a plus envoyé (« l’au-delà n’a pas de réseau »).

« Putain, je t’aime ami »

Comme la jeune femme, Vincent a envoyé un dernier SMS à un ami qui s’est donné la mort en décembre 2016. Le réalisateur de 44 ans s’en veut de ne pas avoir pris le temps de l’appeler ou de le voir, les deux dernières années avant le suicide. Leur relation s’était « laissée aller ».

Une semaine après la cérémonie, Vincent lui a envoyé un long message, retrouvé au fond de son téléphone. Il n’en a jamais parlé à personne.

« Mec. Ami. Je ne m’y résous pas. Je t’écris après plus de deux ans mais il est trop tard. Je t’écris quand même. Parce qu’après, je vais enlever ce contact. […]
J’aimerais être vers toi, faire le con. Imiter Golum. Te parler de nouveaux projets musique. Te dire ‘pardon d’avoir tant tardé’. J’ai pourtant tellement pensé à toi. Mais je te savais là. A côté. […]
Putain de merde. Je t’aime ami. Dis à Prince que je pense à lui aussi et mets le au pop fm, je me réjouis de voir ce que ça donne. Rage profonde de ne pas t’avoir appelé.
Asta la vista bébé. vince. »

Un an s’est écoulé depuis ce SMS, Vincent n’est toujours pas arrivé à appuyer sur la touche « supprimer ».

Ça le rendait « trop vivant »

A l’inverse de Marie ou Vincent, ceux qui ont besoin de rayer un numéro parlent de la nécessité d’acter le décès. Pour se « protéger », Sandrine, 35 ans, a effacé le numéro et le profil Facebook de son père, quelques jours après son enterrement.

« Je ne supportais pas qu’il ait une vie ‘digitale’ alors qu’il n’était plus là. Je ne voulais plus voir apparaître son nom, ça le rendait justement trop ‘vivant’. »

Bryan, 20 ans, étudiant en école de commerce, a perdu il y a deux ans une amie dans des « conditions horribles » – elle a été tuée par son conjoint, qui s’est ensuite donné la mort. La première réaction de l’étudiant, quand il a appris le décès depuis Singapour, où il résidait, a été d’appeler et d’envoyer des messages à son amie, pour « vérifier par [lui-même] qu’elle n’était plus parmi nous ».

Loin de son groupe d’amis, et de leur ville natale, « le téléphone était la seule chose qui [le] reliait plus ou moins à elle ». Bryan a supprimé son numéro en pleine nuit – à 4 heures du matin, 10 heures heure locale en France. L’enterrement était en train d’avoir lieu.

« Je savais qu’il fallait faire une coupure pour faire le deuil », explique-t-il.

Réincarnation (téléphonique)

Laetitia, qui conserve le numéro de son père défunt dans son téléphone, s’est souvent demandé qui pouvait bien avoir récupéré ses dix chiffres. Il n’existe pas d’obligation légale encadrant la ré-attribution d’une ligne après sa résiliation. En pratique (et quelle que soit la raison de la fin du contrat), les opérateurs l’attribuent à un nouvel abonné dans les trois à six mois qui suivent.

« Je me suis imaginé appeler pour entendre, en quelque sorte, la nouvelle voix de mon père », poursuit Laetitia. Qui est au bout du fil aujourd’hui ? Un ado prépubère ? Un éleveur de brebis ? Elle réfléchit :

« Quand on y pense, il y a quelque chose de l’ordre de la réincarnation. »

Le remplacement d’une voix familière par celle d’un inconnu horrifie Isabelle, 43 ans, qui n’a jamais effacé le numéro de son compagnon.

« Ce serait terrible de tomber sur quelqu’un d’autre. »

Elle imagine le choc qu’elle n’est pas prête à affronter :

« Ça non plus, ça ne lui appartient plus… »

« Un jour, je n’ai plus résisté »

Et puis il y a ceux qui un jour appellent, au risque de casser le « fantasme » du fantôme au bout de la ligne. Blandine, 42 ans, fonctionnaire, a « essayé de lutter » pour ne pas rappeler sa grand-mère adorée…

« Ne plus faire son numéro a été presque insupportable », décrit la quadragénaire, qui imagine encore la sonnerie retentir dans la maison de sa grand-mère et son vieux téléphone fixe faire « ding » au moment où elle décroche…

« Un jour, je n’ai plus résisté. »

« Bien que c’était stupide », elle a composé le numéro et une femme a répondu. Blandine lui a fait croire à une erreur, après avoir hésité à se confier. Elle n’a pas retenté d’entrer en contact avec sa grand-mère.

Grâce à un chatbot, elle parle à son ami mort

Amar (son prénom a été changé), 35 ans, commis de cuisine, a lui aussi composé le numéro de son père, toujours dans son téléphone. Presque un an s’était écoulé depuis l’enterrement. Chez ses parents, c’est comme si le temps s’était arrêté.

Amar était dans la voiture, à l’arrêt. Dehors, on entrait dans l’automne. « Spontanément, je l’ai appelé », dit-il – il se ressaisit et rectifie – « j’ai appelé ». Au loin, il a entendu un bip rassurant. « Tit tit tit tit. »

Personne au bout du fil.

A l’autre bout de la ligne, il y a des vivants qui ignorent que leur numéro apparaît dans le répertoire d’inconnus. Le vôtre s’y trouve peut-être. Aucun lien n’unit ces personnes, si ce n’est le hasard et une série de chiffres.

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