En Antarctique, les scientifiques entrent en « hibernation psychologique » pour supporter l’hiver


Affronté l’hiver chez moi, il faut s’adapter et profiter le plus possible du soleil, mais en Antarctique, cela n’est pas évident. Comme vivre à travers l’hiver dans une région hostile sans y perdre la tête. ?
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En Antar­c­tique, les scien­ti­fiques entrent en « hiber­na­tion psycho­lo­gique » pour suppor­ter l’hi­ver

 

par  Ulyces

 

Pour endu­rer les condi­tions extrêmes dans lesquelles ils travaillent en Antar­c­tique, les scien­ti­fiques déve­loppent un « syndrome d’hi­ver­nage », aussi connu sous le nom d’ « hiber­na­tion psycho­lo­gique ».

Ces états mentaux surviennent lorsqu’un confi­ne­ment est observé sur le long terme, comme lorsque les astro­nautes voyagent dans l’es­pace.

« Il s’agit d’un méca­nisme de protec­tion contre le stress chro­nique qui est assez logique. Si les condi­tions sont incon­trô­lables, mais que vous savez qu’à un moment, dans le futur, les choses vont s’amé­lio­rer, vous pouvez choi­sir de réduire vos efforts d’adap­ta­tion, pour préser­ver votre éner­gie », analyse Nathan Smith, l’un des auteurs de l’uni­ver­sité de Manches­ter à l’ori­gine de l’étude publiée le 4 décembre 2018.

Pour obser­ver les mani­fes­ta­tions d’un tel syndrome, l’équipe s’est inté­ressé à l’état mental des membres de la station Concor­dia, français et italiens. Leur sommeil a été contrôlé, ainsi que leur santé émotion­nelle et leurs stra­té­gies d’adap­ta­tion aux condi­tions extrêmes. Ce que les cher­cheurs ont alors observé, c’est que la qualité de leur sommeil et de leur état émotion­nel se dégra­dait lorsque l’hi­ver forçait les scien­ti­fiques à rester enfer­més. Mais ce qui a surpris Nathan Smith, c’est de consta­ter que les cher­cheurs vivant en Antar­c­tique rédui­saient aussi leurs capa­ci­tés à mettre en place des stra­té­gies d’adap­ta­tion actives, se lais­sant douce­ment aller à une passi­vité psycho­lo­gique incons­ciente.

Cette passi­vité et cette iner­tie face au stress chro­nique et au confi­ne­ment abou­tit à une forme « d’in­dif­fé­rence géné­rale et de plati­tude émotion­nelle » qui est fina­le­ment béné­fique, puisqu’elle aide les cher­cheurs à passer l’hi­ver. Nathan Smith compare ce condi­tion­ne­ment à une « fugue psycho­lo­gique modé­rée », carac­té­ri­sée par « un état de conscience altéré, ou une absence totale d’es­prit, une “dérive” de l’es­prit, une perte d’at­ten­tion et une dété­rio­ra­tion de la conscience de la situa­tion ».

Un phéno­mène qui par chance est réver­sible, puisque l’état mental des scien­ti­fiques français et italiens s’est amélioré dès les premiers beaux jours d’été.

Sources : Science Alert / Univer­sity of Manches­ter

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Le Savez-Vous ►8 mystères non résolus de la médecine


Dans le monde médical, il y a des mystères qui sont rares et difficiles à résoudre. Même les causes sont sujets à discussion entre spécialistes et il n’y a pas de traitement donc les patients doivent apprendre à vivre avec leur état.
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8 mystères non résolus de la médecine

 

Mystères non résolus: La fille qui avait arrêté le temps

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Syndrome de la sirène, allergie à l’eau ou mémoire phénoménale sont encore des mystères non résolus de la médecine moderne, qui cherche encore la solution à ces cas rares et complexes.

La fille qui avait arrêté le temps

Brooke Greenberg est morte très jeune, à 20 ans, en 2013. Mais à la différence des autres, son corps n’a pas grandi après ses cinq ans. Seuls ses cheveux et ses ongles ont continué à pousser. Elle était née prématurément et les médecins sont toujours restés perplexes face à son arrêt de croissance.

Des analyses répétées de son ADN n’ont pu établir de causes génétiques anormales pouvant expliquer le phénomène. En effet, ses parents et ses sœurs ne présentent aucune anomalie de croissance. Les chercheurs continuent à se référer à son cas comme le syndrome X métabolique qui demeure un mystère scientifique.

Mystères non résolus: Le syndrome de la sirène

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Le syndrome de la sirène

La sirénomélie est une maladie fœtale rare qui se caractérise par la fusion des jambes comparable à une queue de poisson, d’où le nom de « syndrome de la sirène ». Peu de nouveau-nés survivent à cette anomalie, mais quelques rares cas défient cette probabilité, comme Shiloh Pepin, qui a vécu jusqu’à 10 ans, ou Tiffany Yorks, qui a battu le record de longévité à 27 ans, en 2016.

La cause exacte est toujours inconnue dans le monde médical en raison de la nature imprévisible et aléatoire de cette malformation. Les scientifiques penchent vers un nouveau type de mutation génétique, ou un facteur environnemental qui pourrait engendrer cette singularité.

 

Mystères non résolus: La mémoire phénoménale des dates

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La mémoire phénoménale des dates

Si vous donnez une date à Jill Price, elle vous dira de quel jour de la semaine il s’agit, ou ce qu’elle faisait à ce moment précis. Elle est le premier cas connu de mémoire autobiographique hautement supérieure (hyperthymésie ou HSAM).

Depuis 2006 où on en a fait le diagnostic, on a repéré d’autres adultes et même des enfants qui possèdent cette faculté. Les gens qui ont ce don peuvent se rappeler dans le détail de presque tous les événements de leur vie, jusqu’aux conversations qu’ils ont tenues. Le mystère repose sur la distribution aléatoire de ce don mental exceptionnel. L’imagerie de leur cerveau a révélé certaines différences de structure en comparaison à un cerveau à mémoire normale.

On ne sait toujours pas si cette différence est à l’origine de ce potentiel phénoménal, ou s’il résulte d’une capacité supérieure à utiliser les zones cérébrales reliées à la mémoire.

 

Mystères non résolus: L’allergie à l’eau

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L’allergie à l’eau

On compte moins de 100 personnes dans le monde qui souffrent d’urticaire aquagénique, un état rare où l’exposition à l’eau provoque des éruptions et des démangeaisons. Les chercheurs n’ont cependant pas découvert la cause de cette réaction.

Selon certaines théories scientifiques, les éruptions cutanées résulteraient d’allergènes dans l’eau, ou de l’interaction entre l’eau et une substance qui se trouverait sur ou sous la peau et produirait un mélange toxique déclencheur d’urticaire. Des médecins recommandent aux patients de boire strictement de l’eau purifiée et de se laver à l’eau purifiée pour contrer toute substance allergène.

Il n’existe cependant aucun traitement reconnu par manque d’information sur cette maladie rare

 

Mystères non résolus: Le syndrome de la personne raide

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Le syndrome de la personne raide

Ce syndrome (SPR) rare et progressif peut provoquer une rigidité extrême et des spasmes musculaires très douloureux. Les contractions peuvent être si fortes qu’elles fracturent les os. Lorsque le système nerveux central – le cerveau et la moelle épinière en particulier – réduit l’inhibition de certaines cellules nerveuses, il peut en résulter une intensification de l’activité musculaire menant au syndrome de la personne raide.

Les scientifiques croient que le SPR comporte une dynamique auto-immune qui se déclenche lorsque le système immunitaire attaque par erreur le cerveau et la moelle épinière. Bien que les causes de ce syndrome soient sur le point d’être découvertes, de nombreux aspects du SPR demeurent inconnus.

Mystères non résolus: Le mal de débarquement

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Le mal de débarquement

Avez-vous déjà eu l’impression de tanguer en quittant un bateau ? On vous a probablement dit que c’était à cause de votre « pied marin ». Pour la plupart des gens, ce sentiment de roulis disparaît après quelques minutes ou quelques heures. Mais le syndrome du mal de débarquement (MDDS)est un état dans lequel le corps et la tête continuent à ressentir un mouvement d’oscillation et de balancement.

Il est difficile à traiter, mais s’effacerait au bout d’une année. En plus du bateau, il peut également se produire en avion, en train, en auto et même dans un ascenseur. Il demeure malheureusement un mystère pour les médecins.

Les gens qui souffrent de migraines et les femmes de 30 à 60 ans semblent plus sujets à ce syndrome, mais les chercheurs n’ont pu établir un lien avec les hormones ou les migraines.

Mystères non résolus: La maladie des Morgellons

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La maladie des Morgellons

Les personnes qui souffrent de cette maladie cutanée ont l’impression que quelque chose les pique ou rampe sous leur peau. La maladie des Morgellons est rare, et se caractérise par l’apparition de fibres ou de particules émergeant des lésions de la peau que la médecine moderne n’arrive pas à expliquer.

Certains docteurs croient qu’elle est psychologique et essaient une approche cognitivocomportementale, avec antidépresseurs, antipsychotiques et psychothérapie.

D’autres pensent que ces fibres pourraient résulter d’une infection à la bactérie Agrobacterium, qui provoque couramment des tumeurs sur les plantes. Dans ce cas mystérieux, il n’y a toujours pas de référence à un diagnostic ou à un traitement.

Mystères non résolus: Le garçon sans appétit

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Le garçon sans appétit

En octobre 2013, Landon Jones, un garçon de 12 ans de l’Iowa, s’est retrouvé d’un coup privé d’appétit et de soif. En un an, ce garçon en santé qui pesait 47 kilos ne faisait plus que 30 kg. Malgré de nombreuses scintigraphies cérébrales, évaluations psychiatriques et examens sur les troubles alimentaires, les médecins ne sont pas arrivés à comprendre son état.

Certains d’entre eux se demandent s’il ne souffrirait pas d’un rare dysfonctionnement cérébral touchant son hypothalamus, la glande qui contrôle la faim et la soif. En 2014, ses parents ont consulté les autorités nationales en santé aux États-Unis (NIH) pour faire son évaluation et trouver un remède à son cas rare. Mais ils n’ont toujours pas eu de réponse, ni un semblant de diagnostic.

Par Ashley Lewis, RD.com

Contenu original RD.com

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Patient hors norme : une femme aveugle voit des objets en mouvement


    Le cerveau peut avoir des capacités vraiment étonnantes. Suite à des lésions cérébrales, une dame est devenue aveugle, enfin, elle est atteinte du syndrome de Riddoch. Le cerveau a trouvé un moyen détourner pour entretenir une forme de vision. Elle voit que les choses en mouvement et rien de ce qui est inerte.
    Nuage

     

    Patient hors norme : une femme aveugle voit des objets en mouvement

     

    Marie-Céline Ray

    Journaliste

    Une Écossaise devenue aveugle suite à des lésions cérébrales présente certaines capacités visuelles surprenantes : par exemple, elle voit la pluie tomber sur une vitre mais pas le paysage. Des chercheurs canadiens ont cherché des explications dans son cerveau.

    Milena Canning (48 ans) est une patiente tout à fait étonnante : cette femme aveugle voit des objets mais seulement s’ils sont en mouvement ! En 1999, suite à une infection respiratoire et une série d’AVC, elle a perdu la vision. Elle est restée dans le coma pendant huit semaines et, quand elle s’est réveillée, elle souffrait d’une cécité corticale causée par d’importantes lésions dans les aires visuelles du cerveau.

    Mais bizarrement, elle s’est aperçue qu’elle avait quand même certaines capacités visuelles. Par exemple, elle voyait le reflet scintillant d’un sac qu’on lui avait offert : c’était comme un éclair vert ! De manière générale, elle percevait des objets en mouvement : par exemple, la queue de cheval de sa fille en train de marcher, sans pour autant voir son visage ; la pluie qui tombe sur une fenêtre, mais pas le paysage derrière ; l’eau qui coule du robinet, mais pas la baignoire pleine d’eau ; ou encore la vapeur qui s’échappe de son café chaud, mais pas sa tasse.

    Elle a consulté son ophtalmologue qui a pris au sérieux ses observations : il lui a conseillé de se balancer dans un rocking-chair pour améliorer ses performances visuelles, mais aussi de prendre des leçons d’équitation.

    Milena Canning est un cas typique du syndrome de Riddoch, qui décrit une personne aveugle capable de voir un objet uniquement s’il bouge, mais pas s’il est immobile. Le syndrome de Riddoch, ou phénomène de Riddoch, concerne des patients qui ont eu des lésions dans le cortex visuel. Une équipe de l’université Western dans l’Ontario (Canada) s’est intéressée au cas de Milena Canning et a publié deux articles à son sujet.

    Une nouvelle preuve de la plasticité cérébrale malgré de graves lésions

    Les chercheurs canadiens ont fait passer à Milena Canning une IRM fonctionnelle pour voir en temps réel comment fonctionnait son cerveau. Dans leur dernier article paru en mai 2018 dans Neuropsychologia, ils décrivent l’étendue des lésions cérébrales de la patiente, dans le cortex occipito-temporal, et dans les deux hémisphères.

    Le cortex visuel se trouve dans le lobe occipital, ce qui explique la cécité corticale de la patiente, comme l’explique Jody Culham, professeur à l’université Western :

    « Il lui manque un morceau de tissu cérébral de la taille d’une pomme à l’arrière de son cerveau – presque tous ses lobes occipitaux, qui traitent la vision. »

    Plutôt que de fermer l’ensemble de son système visuel, elle a développé des « routes secondaires »

    Pour pallier à ces graves lésions, le cerveau de Milena Canning utiliserait des chemins détournés pour voir :

    « Dans le cas de Milena, nous pensons que la « super-autoroute » pour le système visuel a atteint une impasse. Mais plutôt que de fermer l’ensemble de son système visuel, elle a développé des « routes secondaires » qui pouvaient contourner l’autoroute pour apporter de la vision – en particulier des mouvements – à d’autres parties du cerveau. »

    Les scientifiques expliquent que, lors de leurs expériences, Milena Canning percevait le mouvement et la taille de balles qu’ils faisaient rouler vers elle : elle pouvait les attraper avec sa main. Elle se déplaçait aussi dans une pièce en évitant des chaises placées sur son chemin. L’IRM a révélé le bon fonctionnement d’un complexe de l’aire temporale moyenne impliquée dans le traitement du mouvement : l’aire MT. La perception du mouvement serait donc liée au bon fonctionnement de cette aire dans les deux hémisphères.

    CE QU’IL FAUT RETENIR

  • Milena Canning a perdu la vue à cause de lésions cérébrales dues à des AVC.

  • Elle voit cependant des objets en mouvement.

  • Des chercheurs lui ont fait passer une IRM pour mieux comprendre quelles aires fonctionnaient dans son cerveau.

https://www.futura-sciences.com

Cette petite fille doit ses grands yeux noirs à une maladie génétique


Cette petite fille est magnifique avec ses grands yeux noirs, qui en fait une maladie génétique rare. Sa mère inquiète, quand elle rentrera à l’école, si elle souffrira d’intimidation. Elle sera probablement très remarquée, mais peut-être que cela lui servira d’avantages au lieu d’inconvénients.
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Cette petite fille doit ses grands yeux noirs à une maladie génétique

 

Par: rédaction
19/09/18 – 13h57

Si l’état de Mehlani est aujourd’hui stable, sa maman redoute les moqueries de ses futurs camarades de classe.

Karina Martinez a expliqué que les grands yeux noirs de sa fille qui lui valent tant de compliments sont en fait le résultat d’une maladie génétique rare.

« Chaque fois que nous sortons et qu’un inconnu me dit à quel point ses yeux sont grands et beaux, je fais face à un dilemme. Je ne sais pas si je dois mentionner sa maladie ou non. Je finis par décider que non, je souris et je dis merci. Ça me laisse toujours un sentiment étrange. J’espère simplement qu’elle n’oubliera jamais à quel point elle est belle », a écrit la maman sur Twitter. 

Mehlani, deux ans, est atteinte du syndrome d’Axenfeld-Rieger, une affection génétique rare qui se caractérise notamment par des anomalies du segment antérieur de l’oeil. Diagnostiquée un mois après sa naissance, la petite fille a subi une opération à l’âge de cinq mois dans le but de stabiliser sa vue. Aujourd’hui, elle est obligée de porter des lunettes de soleil à l’extérieur, et sa maman l’emmène régulièrement chez le médecin afin de contrôler que sa pression de l’oeil reste stable.

Mais si Mehlani vit comme n’importe quelle petite fille de son âge, Karina ne peut s’empêcher de redouter sa future rentrée scolaire. « Très inquiète », elle redoute les commentaires que pourraient faire les autres enfants. 

« Et si elle commence à détester ses yeux magnifiques et uniques? Cette seule pensée me donne envie de pleurer. Elle est si forte et si douce, et elle a déjà traversé tant de choses ». 

Face aux inquiétudes de cette maman, de nombreux internautes ont tenu à la rassurer.

« Elle est parfaite et si jamais elle en doute, rappelle-lui que tout le monde a une particularité qui le rend unique et différent des autres ».

 

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Le Saviez-Vous ► Pouvait-on faire un burn-out au Moyen Âge?


L’article est plus intéressant au 2 ème sous-titre. Le travail a évoluer au temps du Moyen-Age, alors que la plus des gens étaient dans le milieu agricole, les heures de travail ne se comptaient pas. Tout était fait de la force de l’humain et animale, sans technologie comme aujourd’hui, puis dans les villes d’autres professions ont émergé. Curieusement, ce sont les artisans qui demandaient plus de travail pour faire plus d’argent. Puis vint un jour l’horloge qui dicte les heures de travail. Les patrons n’étaient pas trop favorables aux pauses, des soulèvements ont commencé pour un 8 heures de travail et les pauses.
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Pouvait-on faire un burn-out au Moyen Âge?

 

Le mois d’Octobre. Les Très riches heures du duc de Berry, 1412-1416, musée Condé de Chantilly. Détail.

Le mois d’Octobre. Les Très riches heures du duc de Berry, 1412-1416, musée Condé de Chantilly. Détail.

Simon Hasdenteufel

 

Le syndrome d’épuisement professionnel, difficile à définir tant il recouvre des réalités différentes, pose la question de la place du travail dans nos sociétés. Une interrogation qui ne date pas d’hier.

On bosse comme des damnés!

Le mot travail n’apparaît dans le langage courant qu’à la fin du XVe siècle et son étymologie pourrait être très parlante à tout amateur de longues grasses matinées. Il viendrait en effet du mot latin tripallium qui désigne un instrument de torture à trois pieux pour punir les esclaves rebelles –difficile d’avoir une vision plus négative du travail! Cette funeste étymologie reste néanmoins sujette à débat. Elle a en effet été contestée par le chercheur André Eskénazi, tandis que Marie-France Delport, spécialiste de linguiste hispanique, en partant de l’équivalent espagnol trabajo, avait auparavant proposé de chercher les origines du mot dans le préfixe « tra » qui renvoie à l’idée d’un obstacle à tra-verser. Plusieurs articles se sont par ailleurs fait le relais médiatique de ces corrections étymologiques dans une visée politique et sociale, afin de défendre l’idée que l’on pouvait concevoir le travail autrement que comme une souffrance et plutôt comme un dépassement de soi et un bienfait.

Cette complexité conceptuelle autour du travail se retrouve aussi dans les mots du Moyen Âge. En effet, jusqu’à la fin de l’époque médiévale, le terme de «travail» n’a pas encore émergé. On utilise d’autres vocables qui se rapportent chacun à des visions très différentes du travail. Le travail peut être le labor, qui donnera le mot «labeur», c’est-à-dire une peine. Mais il peut aussi être une ars, autrement dit le métier de «l’artisan», ou encore un opus, d’où est issu le mot très noble d’«œuvre». Ces différentes conceptions peuvent ainsi tout à fait nous ramener à notre actualité où certains subissent leur travail tandis que d’autres peuvent le vivre comme une source de fierté et d’accomplissement.

Par rapport à ces deux conceptions opposées, le labor médiéval est lui-même une notion plus complexe qu’il n’y paraît. D’un côté, le travail représente le prix à payer pour le péché originel: dans la Genèse, Dieu condamne Adam au travail manuel des champs et Ève au travail de l’enfantement. De l’autre, le Moyen Âge a également fait du labor une activité valorisante. Ainsi, entre le XIe et XIIIe siècle, période de croissance économique, le travail a une véritable dimension spirituelle: le paysan travaille la terre pour l’amour de Dieu et on attend des moines qu’ils ne fassent pas que prier et méditer mais œuvrent aussi à recopier des manuscrits ou à bêcher les champs. Ces deux visions cohabitent sans que jamais l’une ne l’emporte sur l’autre, ce qui a fait du Moyen Âge une période de réflexion et de débat intense sur le travail. La figure du Christ elle-même est au centre de cette dualité: d’un côté, aucun texte du Nouveau Testament ne présente Jésus en train de travailler et ce dernier fait l’éloge des oiseaux du ciel qui «ne sèment ni ne moissonnent» (Matthieu 6 :26); de l’autre, Jésus est associé à son père humain, Joseph, travailleur par excellence car tantôt charpentier, tantôt forgeron.

Des paysans «overbookés»

Laissons un peu de côté les mots et intéressons-nous à ce «réel» du travail qu’affectionnent tant nos politiques dans leurs discours. Dans la mesure où 90 % de la population du Moyen Âge vit à la campagne, le travail est avant tout agricole. Son rythme quotidien suit celui du soleil, tandis que le calendrier obéit au défilé des saisons. Dans cette organisation, point de vacances, en revanche plusieurs jours fériés liés aux fêtes chrétiennes –jours pendant lesquels il est littéralement interdit de travailler. Les travaux sont extrêmement divers, mais tous ont pour point commun d’être particulièrement physiques: le paysan qui laboure son champ retourne environ huit tonnes d’engrais et de terre par heure, tandis que celui qui sème les graines change trente fois son sac et parcourt 15 kilomètres par jour –soit le double de la distance préconisée aujourd’hui pour être en bonne santé !

Au-delà d’une liste qui serait digne des travaux d’Hercule, les difficultés de la condition paysanne ont pu attirer le regard de certains observateurs lettrés. Ludwig, frère franciscain d’origine allemande, écrivait ainsi à la fin du XIIIe siècle que les agriculteurs «se laissent ronger et opprimer par les [seigneurs] sous le poids très lourd des corvées». Il est intéressant de noter que la condition sociale des humbles accablés par leur travail a pu susciter de véritables interrogations chez les intellectuels, notamment dans l’intervalle 1260-1400 où se développent les universités. À la fin du XIVe siècle, le poète anglais John Gower compose un immense poème de presque 30 000 vers sur la condition humaine où il prend notamment à partie les nobles en leur reprochant leur goût du luxe au mépris du paysan qui «labourt pour sa vesture et son pain» (v. 23412).

Néanmoins, ce mouvement intellectuel n’a guère de conséquences concrètes: les élites médiévales considèrent en effet que l’ordre social associant ceux qui prient (oratores), ceux qui combattent (bellatores) et ceux qui travaillent (laboratores) est voulu par Dieu et ne doit en aucun cas être bouleversé. Aussi, lorsque les paysans d’un seigneur veulent changer leurs conditions de travail, c’est par le recours à la violence et à la révolte –avec la possibilité d’un échec et d’une répression seigneuriale.

Le mois d’Octobre. Les Très riches heures du duc de Berry, 1412-1416, musée Condé de Chantilly

«Travailler plus pour gagner plus»

Les véritables questionnements et débats autour du travail émergent en fait dans le monde des villes médiévales. En milieu urbain, à partir du XIIIe siècle, la monnaie commence à circuler de manière plus abondante dans toutes les couches de la société, tandis que les métiers de l’artisanat se développent, se diversifient et s’organisent au sein de corporations qui se dotent de véritables réglementations professionnelles. Les modalités du travail changent donc progressivement en ville.

À la différence du travail des champs, l’artisanat n’obéit pas forcément aux rythmes de la journée et des saisons –c’est un travail qui peut en effet se faire de nuit, en plein hiver. Des rythmes urbains s’affirment alors à côté des rythmes traditionnels et les patrons, marchands et corporations de la ville demandent l’installation de cloches pour sonner les différents moments de la journée de travail. La messe doit en conséquence partager le monopole du son dans l’espace public. À Florence, une horloge mécanique est ainsi installée en 1354: ce sont les débuts —certes encore timides— d’une nouvelle manière de mesurer le temps, à l’aune des obligations professionnelles. Toutefois, on peut signaler un fait curieux: dans ces nouveaux rythmes urbains, ce sont les artisans eux-mêmes qui auraient d’abord réclamé des allongements de la journée de travail afin de pouvoir augmenter leur rétribution —on retrouve ici la question de nos heures «sup» ou encore du tristement célèbre «travailler plus pour gagner plus». La comparaison ne s’arrête d’ailleurs pas là, puisqu’il arrivait que les artisans cherchent à travailler et être payés davantage afin de pouvoir faire face à des montées des prix.

Cette mise en place de nouveaux rythmes urbains et professionnels entraîna de véritables tensions, au sein du monde du travail médiéval, notamment dans le secteur du textile, en pointe à l’époque. Les donneurs d’ouvrage et autorités urbaines pouvaient en effet chercher à réglementer au plus près la journée de travail en fixant des horaires de travail et en limitant les temps de pause, afin de contrôler la main-d’œuvre et mieux mesurer leur productivité, faisant par là même perdre aux artisans la maîtrise de leur emploi du temps.

À Amiens, le 24 avril 1335, le roi de France Philippe VI accéda à la requête de la municipalité qui lui avait demandé de faire une «ordonnance» fixant quand les «ouvriers» devaient aller au travail, prendre leur pause déjeuner et repartir. À nouveau, le rythme est donné par une cloche qui devient dans certains cas un sujet d’affrontement. À Commines, en 1361, il est établi que si les ouvriers venaient à s’emparer de la cloche pour sonner leur révolte, ils devraient s’acquitter de l’amende la plus lourde. Dès lors, les travailleurs se saisissent de différents moyens pour exiger des conditions décentes: ils s’arrêtent de travailler et se rassemblent devant l’Hôtel de Ville de Paris, place de Grève; ou, comme les vignerons de Sens et d’Auxerre, ils portent en procès leur lutte pour la journée de 8 heures de travail.

Le pays de Cocagne par Pieter Brueghel l’Ancien, 1567. Wikimedia

Au XIIIe siècle, en pleine période de promotion du travail qui devient l’une des grandes valeurs du monde occidental, plusieurs propos tentent de discréditer une telle vision. C’est dans les années 1250 que naît ainsi cette image utopique du «pays de cocagne» que l’on doit à un fabliau, court récit satirique destiné à faire rire, et qui évoque un monde idéal où tous les oisifs sont comblés de nourritures, de vêtements, de biens, sans aucun travail. On est bien loin de tous les impératifs de réussite sociale et personnelle qui se sont cristallisés autour du travail, au XIIIe siècle comme aujourd’hui! En tout cas, ce texte drôle et onirique contient matière à réflexion. Sans doute le travail est-il nécessaire, sans doute peut-il et doit-il parfois être difficile, en vue de se dépasser; mais il ne doit certainement pas devenir une source de souffrance et, bien évidemment, il doit s’accompagner pour chacun d’entre nous de loisir et d’évasion.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversationhttp://www.slate.fr/

Il allait euthanasier ce chien


Starfish et une petite chienne qui est arrivée dans un refuge dans un état précaire. Elle ne tenait pas sur ses pattes, et tout déplacement était pénible. Le personnel du refuge croyait qu’elle n’aurait pas de qualité de vie et on décidé que l’euthanasie était préférable. Au moment de l’injection, le responsable du refuge a refusé de l’euthanasier. Il avait pu diagnostiquer son mal, le Syndrome du chiot nageur. Heureusement, ce syndrome se soigne. C’est un travail de longue haleine, mais cela valait le coup.
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Il allait euthanasier ce chien

 

Des vétérinaires en détresse


Si on croit que la profession vétérinaire est un boulot rêver, vous allez être déçu. L’étude s’est faite au Québec, 15 suicides en 15 ans, mais c’est comparable ailleurs aussi comme aux États-Unis, en Australie et en Norvège. Il semble qu’être vétérinaire, c’est de grosses émotions qui pèsent sur les épaules et ce qui les touches le plus est l’euthanasie, que ce soit pour abandon, maladie ou vieillesse.
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Des vétérinaires en détresse

 

Au Québec, pas moins de 15 suicides ont... (PHOTO THINKSTOCK)

Au Québec, pas moins de 15 suicides ont été relevés en 15 ans par l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ).

SARA CHAMPAGNE
La Presse

Syndrome du sauveur, amour des animaux, paradoxe de l’euthanasie; le suicide chez les médecins vétérinaires est près de trois fois plus fréquent que dans la population québécoise, révèlent des données compilées par une chercheuse au doctorat de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Anne-Sophie Cardinal.

Il ne se passe pas une année sans qu’un vétérinaire se donne la mort, soutiennent plusieurs professionnels rencontrés par La Presse. Il y a les clients à satisfaire à tout prix. Comme ce propriétaire prêt à tout pour sauver son animal de compagnie, quitte à réclamer l’acharnement. Ou l’autre qui demande l’euthanasie parce que chaton n’est plus la boule de poils rêvée.

Au Québec, pas moins de 15 suicides ont été relevés en 15 ans par l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ). Dans tous les cas, la profession a joué un rôle de premier plan. Preuve que le sujet est tabou, les avis de décès de l’ordre vétérinaire provincial ont dû être épluchés par l’association pour en arriver à ce chiffre.

«On ne va pas se le cacher, le suicide est un réel problème», affirme le Dr Michel Carrier, doyen sortant de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Anne-Sophie Cardinal, du département de psychologie communautaire de l’UQAM, consacre ses travaux de doctorat à la santé mentale des travailleurs du monde animal. Selon elle, l’euthanasie pèse lourd dans la balance. Elle a comparé le taux de suicide dans la population en général avec les données chez les quelque 2500 vétérinaires du Québec, entre 1987 et 2007, pour découvrir que la proportion était 2,9 fois plus élevée.

La chercheuse explique qu’il y a très peu d’études au Québec et au Canada, mais que le phénomène est bien documenté au Royaume-Uni, avec un taux de suicide quatre fois plus élevé que dans la population. Des études ont aussi été réalisées en Australie, en Norvège, aux États-Unis, avec des idéations suicidaires rapportées chez un vétérinaire sur six.

«La vocation, le stress et le syndrome du sauveur comptent pour beaucoup, mais je crois que l’euthanasie, la mise à mort, ce qu’on appelle le « caring-killing paradox », est un élément central», avance Mme Cardinal. Dans le domaine, l’expression renvoie à des professionnels formés pour guérir, et non pour mettre un terme à la vie.

Des clients mécontents

Au Canada, le plus récent sondage mené par l’Association canadienne des médecins vétérinaires a révélé que 12% (769 vétérinaires répondants sur 3879 sondés par courriel) ont déjà reçu un diagnostic médical d’épuisement. Plus sombre encore : près d’un répondant sur cinq (19%) a confié avoir déjà pensé sérieusement au suicide, tandis que 9% ont fait une tentative de suicide. Finalement, 90% des personnes vulnérables ont indiqué que la profession contribuait largement à leur état d’épuisement.

Partant de ce constat, l’AMVQ a décidé d’en savoir plus sur le «bien-être et la détresse psychologique» en questionnant ses vétérinaires l’an dernier. La démarche, menée par la gestionnaire et vétérinaire retraitée Johanne Hamel, a permis de recueillir un questionnaire complet auprès d’un vétérinaire québécois sur quatre.

Mme Hamel a d’abord cherché à savoir s’il est vrai que les vétérinaires sont en général plus épuisés que dans les autres professions. Plus d’une femme sur dix interrogée (10,8%) et 5,6% des hommes ont affirmé souffrir sérieusement de détresse. À noter que la majorité des répondants, soit 58%, pratique auprès des animaux de compagnie.

«Notre patient, c’est l’animal, mais on a aussi un client qui est le propriétaire du patient. Ça peut mener à des conflits, explique-t-elle. Si on parle des petits animaux, la facture peut être chère. C’est donc économique, émotif, et il y a le danger de l’erreur médicale», affirme Mme Hamel.

Au Québec, 300 000 euthanasies sont effectuées chaque année, selon l’AMVQ. Les causes principales : abandon, maladie, vieillesse.

La Dre Kim Langlois a obtenu son doctorat en médecine vétérinaire il y a sept ans. Elle soigne chats, chiens et oiseaux exotiques à la Clinique vétérinaire Laval, un centre où des services d’urgence sont offerts sept jours sur sept. Elle a la vocation depuis son tout jeune âge. Elle est membre bénévole du conseil d’administration de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal. La jeune médecin venait d’euthanasier un chien quand La Presse l’a rencontrée entre deux consultations. Elle ne s’en cache pas, elle venait de pleurer avec sa cliente.

«Dans le temps, on procédait à des euthanasies à la chaîne dans les refuges. Il y a encore des euthanasies tous les jours, on ne s’habitue pas, mais on se forge une carapace. Au moins, il est possible de refuser les euthanasies de convenance. On a des mécanismes pour essayer de trouver des solutions de rechange, on a un comité d’adoption. On travaille fort avec l’équipe pour diminuer les euthanasies.»

Comme la plupart de ses collègues, la Dre Langlois a déjà sauvé un animal de la piqûre fatale. Un client s’était présenté avec un chien husky malamute dans la force de l’âge, doux avec les enfants. L’homme réclamait l’euthanasie. Le chien avait eu le museau plein d’épines de porc-épic. Au lieu de le tuer, la médecin a choisi de l’adopter.

«Les clients jouent souvent avec nos sentiments pour les animaux, affirme-t-elle. Au début, je pleurais souvent. Il y a aussi ceux qui insinuent qu’on est là juste pour l’argent.»

La Dre Langlois relève les demandes de faveurs, les demandes de traitements gratuits. Les possibilités de poursuite.

«On doit aussi gérer les cas de maltraitance. On en voit de toutes les couleurs, par exemple des chiots lancés sur des murs, des chats avec juste la peau sur les os, on a même des cas de sodomie. On doit vivre avec le paradoxe de soigner à travers ça, le don de soi, l’épuisement par compassion. On est tellement impliqués, une niaiserie peut faire sauter notre presto.»

« On culpabilise beaucoup »

 

Le chien Nico souffrait le martyre. À cause d’une mauvaise blessure à la patte, il était confiné la plupart du temps à son enclos. Prolonger sa vie aurait nécessité beaucoup de ressources. La médication ne suffisait plus. Il ne restait que l’euthanasie.

À contrecoeur, la directrice du bien-être animal de la SPCA Montréal, Amélie Martel, a dû informer son équipe qu’il était temps de lui dire adieu. Dans un message aux employés transmis à La Presse par la direction du refuge, on comprend l’impact de la décision sur le personnel.

« Vous pouvez passer du temps avec lui aujourd’hui afin qu’il sorte au maximum, explique Mme Martel aux employés. Toutefois, je ne veux pas que vous alliez pleurer dans son enclos. Comprenez qu’il ne connaît pas le futur, il vit uniquement dans le moment présent. Par conséquent, nous désirons qu’il passe vraiment du bon temps, avec ses copains canins et ses humains préférés (vous !) pour sa dernière journée. »

Le nombre d’euthanasies a chuté de moitié depuis cinq ans à la SPCA Montréal. N’empêche, selon le dernier rapport rendu public, on a effectué 2528 euthanasies en 2015, en majorité des chats. Jusqu’à 16 000 animaux sont accueillis chaque année ; des bêtes abandonnées, maltraitées, négligées, perdues ou blessées.

« C’est partout pareil »

Vétérinaire et membre de la direction de l’Association médicale vétérinaire du Québec (AMVQ), le Dr Michel Pepin a mis sur pied un « comité santé et mieux-être » après avoir dénombré 15 suicides en 15 ans dans les avis de décès. Une portion du colloque annuel de l’association des vétérinaires a porté sur la détresse. En 10 ans, une centaine de vétérinaires ont utilisé le service de soutien téléphonique. La majorité du temps, les appels à l’aide concernent la dépression, l’épuisement professionnel ou le suicide, explique-t-on.

L’euthanasie n’est évidemment pas le seul facteur de détresse, mais le Dr Pepin reconnaît qu’elle pèse dans la balance. 

« Le nombre de suicides chez nos vétérinaires serait anecdotique si c’était juste au Québec, mais c’est partout pareil. On a un grand privilège de pouvoir mettre fin à des souffrances, mais on culpabilise beaucoup », explique le Dr Pepin.

Dans certaines cliniques, comme celle où pratique la docteure Kim Langlois, une salle vouée à l’euthanasie avec éclairage tamisé a été aménagée. Les clients ont l’espace pour passer un dernier moment avec leur animal. Les vétérinaires ont la possibilité de confier la procédure à un collègue.

14$ l’heure

Stéphanie Aubry pensait « donner un coup de volant » afin d’en finir avec sa vie quand elle s’est traînée chez le médecin. Elle a obtenu trois mois pour épuisement professionnel. La technicienne en santé animale a accepté de dévoiler son identité, contrairement à des vétérinaires joints par La Presse qui ont réclamé l’anonymat pour préserver leur réputation. Mme Aubry a démissionné. Elle est en congé de maternité et travaille pour une autre clinique.

« Je ne prendrai pas une retraite de technicienne en santé animale. Je vais bien, mais je n’ai pas retrouvé ma fougue. Je n’ai plus envie de gérer le réveil agressif d’un chien après une anesthésie, et les risques de morsure », raconte la jeune maman dont la carrière a commencé avec passion, dans un refuge, comme bénévole.

La technicienne d’expérience se rappelle avoir pleuré après une 11e euthanasie en 12 heures en refuge. Mais ce n’est pas ça qui lui a coûté la santé, enchaîne-t-elle. Elle parle plutôt de son ancienneté qu’on ne pouvait plus lui garantir, du jour de l’instauration d’un système « d’employé du mois », de ce nouveau vétérinaire. De ce salaire « minable » de 14 $ l’heure.

Mme Aubry fait une pause en caressant Roméo, l’un de ses chats, un autre rescapé de l’euthanasie.

« Je n’arrêtais pas de dire que ça n’allait pas bien, je cherchais de l’écoute, des solutions. Je faisais de l’insomnie, je pleurais dans l’auto, je prenais des Gravol pour dormir. J’avais des idées morbides, comme celle de me casser une jambe en glissant sur le plancher. »

Au Québec, le salaire moyen d’un médecin vétérinaire après 15 ans de pratique chez les petits animaux de compagnie est de 76 500 $, et de 130 000 $ chez les grands animaux.

« Un changement de culture à effectuer » dès l’université

Les toilettes de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal sont placardées d’affiches en couleur avec une main tendue pour prévenir le suicide. C’est nouveau. L’installation découle d’une consultation avec les étudiants et du déploiement, à terminer, d’un plan stratégique qui s’articule autour de 12 actions concrètes.

« Le bien-être de nos étudiants est un souci constant chez nous », a assuré le doyen sortant de la faculté, le Dr Michel Carrier, lors d’un entretien avec La Presse.

À partir de juin, la professeure titulaire Christine Theoret sera la première femme à diriger, pour un mandat de cinq ans, les cohortes constituées en majorité d’étudiantes.

« C’est vrai que plusieurs d’entre nous ont en mémoire le suicide d’un membre de la profession. Je me rappelle un confrère de classe qui s’est enlevé la vie quelques années après la fin de nos études. Je me souviens aussi d’un étudiant d’une autre classe, c’était dans les années 80. »

À l’instar des facultés de médecine humaine, celles vouées à la santé animale ont pour tradition de retenir les candidats les plus performants sur le plan scolaire. Chaque année, environ 1000 personnes font une demande d’admission. De ce nombre, à peine 96 ont été admis cette année, soit un candidat sur dix.

« À la base, ils veulent tous performer, ce sont des performants. Par définition, ce sont donc des perfectionnistes anxieux. C’est à nous d’y voir. Personnellement, je leur dis au début de chaque année qu’ils ont traversé le goulot d’étranglement, qu’ils n’ont plus à se faire compétition. Mais, vous savez, plusieurs pensent déjà à aller chercher des spécialités aux États-Unis. » – Le Dr Michel Carrier, doyen sortant de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal

Afin d’équilibrer les classes, les facultés du domaine de la santé de l’Université de Montréal vont maintenant soumettre les candidats à des tests psychométriques. Un moyen qui permettra de ne pas miser seulement sur l’acquisition de connaissances, mais aussi sur la gestion des compétences, espère-t-on.

Encore récemment, le doyen de la faculté a été interpellé par une nouvelle publication du Journal of the American Veterinary Medical Association (JAVMA) décortiquant le taux de suicide chez 11 620 vétérinaires morts aux États-Unis de 1979 à 2014. Les chercheurs ont conclu que le suicide était en moyenne près de trois fois plus élevé que dans la population en général.

GESTION DU STRESS

« L’idéal, ce serait d’avoir un psychologue, comme dans certaines écoles, qui effectue des rondes dans les couloirs. Un professionnel qui aurait un bureau sur place, mais un peu à l’écart afin que les étudiants puissent le consulter sans se faire remarquer », estime M. Carrier.

À l’heure actuelle, les futurs vétérinaires ont droit à un cours sur la gestion du stress et à une série d’ateliers dépassant le cadre des actes sur l’animal, comme les relations avec les clients, comment parler d’argent, l’aspect émotif de l’euthanasie et la méditation.

La majorité des étudiants de la faculté n’ont pas connu l’échec, fait remarquer M. Carrier.

 « Il faut leur apprendre à relativiser, ajoute-t-il. Avoir de l’empathie, c’est une chose, prendre un fardeau sur ses épaules, c’est autre chose. Il y a un changement de culture à effectuer. Nous en sommes conscients. »

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