Il allait euthanasier ce chien


Starfish et une petite chienne qui est arrivée dans un refuge dans un état précaire. Elle ne tenait pas sur ses pattes, et tout déplacement était pénible. Le personnel du refuge croyait qu’elle n’aurait pas de qualité de vie et on décidé que l’euthanasie était préférable. Au moment de l’injection, le responsable du refuge a refusé de l’euthanasier. Il avait pu diagnostiquer son mal, le Syndrome du chiot nageur. Heureusement, ce syndrome se soigne. C’est un travail de longue haleine, mais cela valait le coup.
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Il allait euthanasier ce chien

 

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Des vétérinaires en détresse


Si on croit que la profession vétérinaire est un boulot rêver, vous allez être déçu. L’étude s’est faite au Québec, 15 suicides en 15 ans, mais c’est comparable ailleurs aussi comme aux États-Unis, en Australie et en Norvège. Il semble qu’être vétérinaire, c’est de grosses émotions qui pèsent sur les épaules et ce qui les touches le plus est l’euthanasie, que ce soit pour abandon, maladie ou vieillesse.
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Des vétérinaires en détresse

 

Au Québec, pas moins de 15 suicides ont... (PHOTO THINKSTOCK)

Au Québec, pas moins de 15 suicides ont été relevés en 15 ans par l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ).

SARA CHAMPAGNE
La Presse

Syndrome du sauveur, amour des animaux, paradoxe de l’euthanasie; le suicide chez les médecins vétérinaires est près de trois fois plus fréquent que dans la population québécoise, révèlent des données compilées par une chercheuse au doctorat de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Anne-Sophie Cardinal.

Il ne se passe pas une année sans qu’un vétérinaire se donne la mort, soutiennent plusieurs professionnels rencontrés par La Presse. Il y a les clients à satisfaire à tout prix. Comme ce propriétaire prêt à tout pour sauver son animal de compagnie, quitte à réclamer l’acharnement. Ou l’autre qui demande l’euthanasie parce que chaton n’est plus la boule de poils rêvée.

Au Québec, pas moins de 15 suicides ont été relevés en 15 ans par l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ). Dans tous les cas, la profession a joué un rôle de premier plan. Preuve que le sujet est tabou, les avis de décès de l’ordre vétérinaire provincial ont dû être épluchés par l’association pour en arriver à ce chiffre.

«On ne va pas se le cacher, le suicide est un réel problème», affirme le Dr Michel Carrier, doyen sortant de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Anne-Sophie Cardinal, du département de psychologie communautaire de l’UQAM, consacre ses travaux de doctorat à la santé mentale des travailleurs du monde animal. Selon elle, l’euthanasie pèse lourd dans la balance. Elle a comparé le taux de suicide dans la population en général avec les données chez les quelque 2500 vétérinaires du Québec, entre 1987 et 2007, pour découvrir que la proportion était 2,9 fois plus élevée.

La chercheuse explique qu’il y a très peu d’études au Québec et au Canada, mais que le phénomène est bien documenté au Royaume-Uni, avec un taux de suicide quatre fois plus élevé que dans la population. Des études ont aussi été réalisées en Australie, en Norvège, aux États-Unis, avec des idéations suicidaires rapportées chez un vétérinaire sur six.

«La vocation, le stress et le syndrome du sauveur comptent pour beaucoup, mais je crois que l’euthanasie, la mise à mort, ce qu’on appelle le « caring-killing paradox », est un élément central», avance Mme Cardinal. Dans le domaine, l’expression renvoie à des professionnels formés pour guérir, et non pour mettre un terme à la vie.

Des clients mécontents

Au Canada, le plus récent sondage mené par l’Association canadienne des médecins vétérinaires a révélé que 12% (769 vétérinaires répondants sur 3879 sondés par courriel) ont déjà reçu un diagnostic médical d’épuisement. Plus sombre encore : près d’un répondant sur cinq (19%) a confié avoir déjà pensé sérieusement au suicide, tandis que 9% ont fait une tentative de suicide. Finalement, 90% des personnes vulnérables ont indiqué que la profession contribuait largement à leur état d’épuisement.

Partant de ce constat, l’AMVQ a décidé d’en savoir plus sur le «bien-être et la détresse psychologique» en questionnant ses vétérinaires l’an dernier. La démarche, menée par la gestionnaire et vétérinaire retraitée Johanne Hamel, a permis de recueillir un questionnaire complet auprès d’un vétérinaire québécois sur quatre.

Mme Hamel a d’abord cherché à savoir s’il est vrai que les vétérinaires sont en général plus épuisés que dans les autres professions. Plus d’une femme sur dix interrogée (10,8%) et 5,6% des hommes ont affirmé souffrir sérieusement de détresse. À noter que la majorité des répondants, soit 58%, pratique auprès des animaux de compagnie.

«Notre patient, c’est l’animal, mais on a aussi un client qui est le propriétaire du patient. Ça peut mener à des conflits, explique-t-elle. Si on parle des petits animaux, la facture peut être chère. C’est donc économique, émotif, et il y a le danger de l’erreur médicale», affirme Mme Hamel.

Au Québec, 300 000 euthanasies sont effectuées chaque année, selon l’AMVQ. Les causes principales : abandon, maladie, vieillesse.

La Dre Kim Langlois a obtenu son doctorat en médecine vétérinaire il y a sept ans. Elle soigne chats, chiens et oiseaux exotiques à la Clinique vétérinaire Laval, un centre où des services d’urgence sont offerts sept jours sur sept. Elle a la vocation depuis son tout jeune âge. Elle est membre bénévole du conseil d’administration de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) de Montréal. La jeune médecin venait d’euthanasier un chien quand La Presse l’a rencontrée entre deux consultations. Elle ne s’en cache pas, elle venait de pleurer avec sa cliente.

«Dans le temps, on procédait à des euthanasies à la chaîne dans les refuges. Il y a encore des euthanasies tous les jours, on ne s’habitue pas, mais on se forge une carapace. Au moins, il est possible de refuser les euthanasies de convenance. On a des mécanismes pour essayer de trouver des solutions de rechange, on a un comité d’adoption. On travaille fort avec l’équipe pour diminuer les euthanasies.»

Comme la plupart de ses collègues, la Dre Langlois a déjà sauvé un animal de la piqûre fatale. Un client s’était présenté avec un chien husky malamute dans la force de l’âge, doux avec les enfants. L’homme réclamait l’euthanasie. Le chien avait eu le museau plein d’épines de porc-épic. Au lieu de le tuer, la médecin a choisi de l’adopter.

«Les clients jouent souvent avec nos sentiments pour les animaux, affirme-t-elle. Au début, je pleurais souvent. Il y a aussi ceux qui insinuent qu’on est là juste pour l’argent.»

La Dre Langlois relève les demandes de faveurs, les demandes de traitements gratuits. Les possibilités de poursuite.

«On doit aussi gérer les cas de maltraitance. On en voit de toutes les couleurs, par exemple des chiots lancés sur des murs, des chats avec juste la peau sur les os, on a même des cas de sodomie. On doit vivre avec le paradoxe de soigner à travers ça, le don de soi, l’épuisement par compassion. On est tellement impliqués, une niaiserie peut faire sauter notre presto.»

« On culpabilise beaucoup »

 

Le chien Nico souffrait le martyre. À cause d’une mauvaise blessure à la patte, il était confiné la plupart du temps à son enclos. Prolonger sa vie aurait nécessité beaucoup de ressources. La médication ne suffisait plus. Il ne restait que l’euthanasie.

À contrecoeur, la directrice du bien-être animal de la SPCA Montréal, Amélie Martel, a dû informer son équipe qu’il était temps de lui dire adieu. Dans un message aux employés transmis à La Presse par la direction du refuge, on comprend l’impact de la décision sur le personnel.

« Vous pouvez passer du temps avec lui aujourd’hui afin qu’il sorte au maximum, explique Mme Martel aux employés. Toutefois, je ne veux pas que vous alliez pleurer dans son enclos. Comprenez qu’il ne connaît pas le futur, il vit uniquement dans le moment présent. Par conséquent, nous désirons qu’il passe vraiment du bon temps, avec ses copains canins et ses humains préférés (vous !) pour sa dernière journée. »

Le nombre d’euthanasies a chuté de moitié depuis cinq ans à la SPCA Montréal. N’empêche, selon le dernier rapport rendu public, on a effectué 2528 euthanasies en 2015, en majorité des chats. Jusqu’à 16 000 animaux sont accueillis chaque année ; des bêtes abandonnées, maltraitées, négligées, perdues ou blessées.

« C’est partout pareil »

Vétérinaire et membre de la direction de l’Association médicale vétérinaire du Québec (AMVQ), le Dr Michel Pepin a mis sur pied un « comité santé et mieux-être » après avoir dénombré 15 suicides en 15 ans dans les avis de décès. Une portion du colloque annuel de l’association des vétérinaires a porté sur la détresse. En 10 ans, une centaine de vétérinaires ont utilisé le service de soutien téléphonique. La majorité du temps, les appels à l’aide concernent la dépression, l’épuisement professionnel ou le suicide, explique-t-on.

L’euthanasie n’est évidemment pas le seul facteur de détresse, mais le Dr Pepin reconnaît qu’elle pèse dans la balance. 

« Le nombre de suicides chez nos vétérinaires serait anecdotique si c’était juste au Québec, mais c’est partout pareil. On a un grand privilège de pouvoir mettre fin à des souffrances, mais on culpabilise beaucoup », explique le Dr Pepin.

Dans certaines cliniques, comme celle où pratique la docteure Kim Langlois, une salle vouée à l’euthanasie avec éclairage tamisé a été aménagée. Les clients ont l’espace pour passer un dernier moment avec leur animal. Les vétérinaires ont la possibilité de confier la procédure à un collègue.

14$ l’heure

Stéphanie Aubry pensait « donner un coup de volant » afin d’en finir avec sa vie quand elle s’est traînée chez le médecin. Elle a obtenu trois mois pour épuisement professionnel. La technicienne en santé animale a accepté de dévoiler son identité, contrairement à des vétérinaires joints par La Presse qui ont réclamé l’anonymat pour préserver leur réputation. Mme Aubry a démissionné. Elle est en congé de maternité et travaille pour une autre clinique.

« Je ne prendrai pas une retraite de technicienne en santé animale. Je vais bien, mais je n’ai pas retrouvé ma fougue. Je n’ai plus envie de gérer le réveil agressif d’un chien après une anesthésie, et les risques de morsure », raconte la jeune maman dont la carrière a commencé avec passion, dans un refuge, comme bénévole.

La technicienne d’expérience se rappelle avoir pleuré après une 11e euthanasie en 12 heures en refuge. Mais ce n’est pas ça qui lui a coûté la santé, enchaîne-t-elle. Elle parle plutôt de son ancienneté qu’on ne pouvait plus lui garantir, du jour de l’instauration d’un système « d’employé du mois », de ce nouveau vétérinaire. De ce salaire « minable » de 14 $ l’heure.

Mme Aubry fait une pause en caressant Roméo, l’un de ses chats, un autre rescapé de l’euthanasie.

« Je n’arrêtais pas de dire que ça n’allait pas bien, je cherchais de l’écoute, des solutions. Je faisais de l’insomnie, je pleurais dans l’auto, je prenais des Gravol pour dormir. J’avais des idées morbides, comme celle de me casser une jambe en glissant sur le plancher. »

Au Québec, le salaire moyen d’un médecin vétérinaire après 15 ans de pratique chez les petits animaux de compagnie est de 76 500 $, et de 130 000 $ chez les grands animaux.

« Un changement de culture à effectuer » dès l’université

Les toilettes de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal sont placardées d’affiches en couleur avec une main tendue pour prévenir le suicide. C’est nouveau. L’installation découle d’une consultation avec les étudiants et du déploiement, à terminer, d’un plan stratégique qui s’articule autour de 12 actions concrètes.

« Le bien-être de nos étudiants est un souci constant chez nous », a assuré le doyen sortant de la faculté, le Dr Michel Carrier, lors d’un entretien avec La Presse.

À partir de juin, la professeure titulaire Christine Theoret sera la première femme à diriger, pour un mandat de cinq ans, les cohortes constituées en majorité d’étudiantes.

« C’est vrai que plusieurs d’entre nous ont en mémoire le suicide d’un membre de la profession. Je me rappelle un confrère de classe qui s’est enlevé la vie quelques années après la fin de nos études. Je me souviens aussi d’un étudiant d’une autre classe, c’était dans les années 80. »

À l’instar des facultés de médecine humaine, celles vouées à la santé animale ont pour tradition de retenir les candidats les plus performants sur le plan scolaire. Chaque année, environ 1000 personnes font une demande d’admission. De ce nombre, à peine 96 ont été admis cette année, soit un candidat sur dix.

« À la base, ils veulent tous performer, ce sont des performants. Par définition, ce sont donc des perfectionnistes anxieux. C’est à nous d’y voir. Personnellement, je leur dis au début de chaque année qu’ils ont traversé le goulot d’étranglement, qu’ils n’ont plus à se faire compétition. Mais, vous savez, plusieurs pensent déjà à aller chercher des spécialités aux États-Unis. » – Le Dr Michel Carrier, doyen sortant de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal

Afin d’équilibrer les classes, les facultés du domaine de la santé de l’Université de Montréal vont maintenant soumettre les candidats à des tests psychométriques. Un moyen qui permettra de ne pas miser seulement sur l’acquisition de connaissances, mais aussi sur la gestion des compétences, espère-t-on.

Encore récemment, le doyen de la faculté a été interpellé par une nouvelle publication du Journal of the American Veterinary Medical Association (JAVMA) décortiquant le taux de suicide chez 11 620 vétérinaires morts aux États-Unis de 1979 à 2014. Les chercheurs ont conclu que le suicide était en moyenne près de trois fois plus élevé que dans la population en général.

GESTION DU STRESS

« L’idéal, ce serait d’avoir un psychologue, comme dans certaines écoles, qui effectue des rondes dans les couloirs. Un professionnel qui aurait un bureau sur place, mais un peu à l’écart afin que les étudiants puissent le consulter sans se faire remarquer », estime M. Carrier.

À l’heure actuelle, les futurs vétérinaires ont droit à un cours sur la gestion du stress et à une série d’ateliers dépassant le cadre des actes sur l’animal, comme les relations avec les clients, comment parler d’argent, l’aspect émotif de l’euthanasie et la méditation.

La majorité des étudiants de la faculté n’ont pas connu l’échec, fait remarquer M. Carrier.

 « Il faut leur apprendre à relativiser, ajoute-t-il. Avoir de l’empathie, c’est une chose, prendre un fardeau sur ses épaules, c’est autre chose. Il y a un changement de culture à effectuer. Nous en sommes conscients. »

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En Suède, il existe une maladie qui touche les jeunes réfugiés. Elle s’arrête aux frontières


Ce n’est pas la première fois que je mets un billet sur le syndrome de résignation en 2017 et mars 2018 des enfants migrants venant d’URSS et de l’ex Yougoslavie et toujours à la frontière de la Suède. Cette fois, c’est pour essayer de comprendre cette maladie. Certains croient que ces enfants le font exprès pour avoir l’asile, quoique ne pas manger, dormir tout le temps pendant des mois, me parait difficile de faire semblant. Cependant, un philsophe parle de certaines maladies étranges dans différents pays apparait et disparait et peut se répandre à d’autres endroits, en préférant une catégorie sociale. Le fait d’en parler pourrait faire ressortir ce syndrome d’après un psychiatre. Sauf que la journaliste le souligne si cela arrive, elle est prête à écouter ce genre de communication pour se faire entendre.
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En Suède, il existe une maladie qui touche les jeunes réfugiés. Elle s’arrête aux frontières

 

 

Le syndrome de résignation touche des jeunes demandeurs d’asile. Ils tombent dans une inertie totale, pendant des mois.

 

Par Nolwenn Le Blevennec

Début avril, le New Yorker a publié une géniale enquête sur l’« Uppgivenhetssyndrom » ou « syndrome de résignation ». Une maladie psychique qui touche, en Suède, les enfants d’immigrés dont la demande d’asile n’est pas encore accordée ou sur le point d’être refusée.

Ce sont des jeunes gens, en général entre 8 et 15 ans, qui se mettent intégralement en veille pendant des mois : ils restent en position allongée, sont nourris par intraveineuse, ne réagissent plus à aucun stimuli (même  à une grande douleur). Et personne ne peut dire s’ils nous entendent :

« Ces enfants apathiques incarnent leur blessure psychique : comme ils se sentent complètement impuissants, ils le deviennent littéralement. »

C’est en lisant le magazine qu’on a découvert, comme beaucoup de monde, une maladie qui fait parler d’elle en Suède depuis 20 ans (aucune entrée sur le Doctissimo français, qui montre ainsi ses faiblesses). Pourquoi n’a-t-elle pas traversé les frontières ? Va-t-elle le faire un jour ? Sa petite surface d’action doit-elle la rendre moins crédible ?

Le corps se liquéfie

En Suède, cette maladie fait partie des meubles. Entre 2000 et 2005, plus de 400 enfants sont tombés dans cet état. Et si aujourd’hui, l’épidémie apthatique est passée, des enfants continuent chaque année d’entrer en léthargie. Tout le monde sait de quoi il s’agit.

Pour son article, la journaliste Rachel Aviv, a rencontré la famille de deux sœurs Roms, Djeneta et Ibaneta, qui ont obtenu un permis de séjour de treize mois le 8 mars dernier, mais étaient encore endormies mi-mai, selon nos informations (une photo d’elles publiée par le New Yorker a reçu le prix World Press). L’aînée n’a pas bougé depuis deux ans et demi.

Elle a aussi rencontré celle de Georgi, jeune russe sorti de son sommeil profond après avoir perdu plusieurs mois de sa vie dans un lit.

En décembre 2015, après avoir lu une lettre du bureau d’asile refusant le titre de séjour de sa famille, ses parents n’étant pas capables de déchiffrer le suédois, Georgi est allé s’affaisser dans sa chambre :

« Il dit que son corps a commencé à se liquéfier, que ses membres sont devenus mous et poreux. Il voulait simplement fermer les yeux. Même avaler sa salive lui demandait un effort qu’il n’était pas sûr de pouvoir faire. Il a senti une pression importante à l’intérieur de sa tête et de ses oreilles. Le matin, il a refusé de sortir de son lit et de se nourrir. Son frère Savl a essayé de lui faire ingérer du Coca à la petite cuillère, mais le soda a coulé sur son menton. »

Ce n’est que quelques semaines après l’obtention de l’asile permanent, en juin 2016, que Georgi est sorti de sa « prison de verre ». En ce printemps 2018, tout est revenu dans l’ordre, nous écrit par mail la docteure suédoise qui suit la plupart de ces enfants malades.

« Georgi s’en sort bien à l’école et en sport. »

Est-ce une vraie maladie ?

Près de 20 ans après les premiers cas du syndrome de résignation, et après qu’une multitude d’articles scientifiques a été publiée sur le sujet, plus personne en Suède ne conteste la réalité de cette maladie qui s’arrête (si bizarrement) aux frontières du pays. Mais pendant un temps, les enfants d’immigrés ont été soupçonnés, notamment par l’extrême-droite suédoise, de faire semblant d’être malades pour obtenir l’asile.

Il était difficile de croire à une maladie aussi premier degré.

« Comme je ne veux pas être expulsé du pays, je me couche dans un lit. »

Pourtant, comme l’explique très bien le New Yorker, il arrive souvent que la maladie psychique s’exprime avec des symptômes très démonstratifs. Dans les années 1980, en Californie, 150 femmes cambodgiennes, qui avaient vu leurs familles torturées par le régime de Pol Pot, ont perdu la vue, rappelle le journal.

« Le trouble est un langage », nous dit de son côté l’anthropologue et psychiatre Richard Rechtman. Et il se met à exister dans l’espace public quand ce dernier s’est mis en ordre pour l’écouter. C’est ce qui explique que les maladies puissent rester confinées en un lieu :

« Pour qu’un phénomène tel que ce syndrome apparaisse, il faut trois choses selon moi. Il faut que des patients le présentent, que des cliniciens le diagnostiquent et qu’il y ait un dispositif de reconnaissance qui lui donne un sens social. Pour le moment, en France, nous n’avons aucun de ces ingrédients-là, mais cela arrivera si cela devient le mode d’expression plausible d’une souffrance. »

Aucun cas en France

Le syndrome de résignation n’a pas « encore » été observé sur le territoire français, confirme Thierry Baubet, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Avicenne (Seine-Saint-Denis).

« J’ai suivi les publications suédoises de loin en me disant ‘tiens donc’. Nous avons échangé avec mes collègues, ils n’en ont pas observé non plus. »

Le médecin dit lui aussi que la « mise en forme » d’une maladie mentale « se fait par la société ».

La souffrance trouve, à un moment, un canal d’expression commun, grâce à un phénomène de médiatisation (journaux, publications médicales, réseaux sociaux ou bouche à oreille).

Thierry Baubet raconte que dans les années 1980, une épidémie de personnalités multiples a eu lieu aux Etats-Unis. Des femmes pouvaient se mettre tout d’un coup à parler comme des petites filles de six ans. C’était leur manière impressionnante d’exprimer un trauma (souvent lié à des abus importants dans la petite enfance).

« Cela a eu un début et une fin. C’était la fin du XXe siècle dans la société nord-américaine. On connaît ce phénomène-là. » 

Et il ajoute, concernant le syndrome de résignation :

« Malgré cela, il ne faut surtout pas minimiser la gravité du tableau. Cela provoque une situation délétère puisque ces enfants arrêtent de réfléchir, d’aimer et de communiquer pendant plusieurs mois. »

Maladies mentales transitoires

Dans son œuvre, le philosophe canadien Ian Hacking, crée une catégorie spécifique pour ces troubles mentaux, de crise ou opportunistes, qui sont attachés à un lieu et à un moment. C’est ce qu’il appelle « les maladies mentales transitoires » :

« J’entends par là une maladie qui apparaît à un moment donné et dans un endroit, et qui disparaît par la suite. Elle peut se répandre d’un endroit à un autre, réapparaître dans certains contextes, et préférer une catégorie sociale ou un genre. Elle provoque des débats pour savoir si elle est réelle ou socialement construite. »

L’anorexie et l’hyperactivité comptent parmi elles, dit-il.

« Nous sommes toujours profondément déroutés devant ces symptômes qui semblent à la fois alimentés et naturels, moraux et neurologiques. »

Albert Dadas

Ian Hacking s’est particulièrement intéressé aux fugues qui ont eu lieu en Europe, au début du XXe siècle. Dans son livre, « Les Voyageurs fous », paru à la fin des années 1990, le philosophe décrit le cas d’Albert Dadas, ouvrier bordelais, qui devint un patient célèbre dans la communauté médicale pour son statut de précurseur et ses périples spectaculaires (Algérie, Moscou, Constantinople).

A huit ans, Albert est tombé du haut d’un arbre. La chute a entraîné une commotion cérébrale accompagnée de vomissements et de migraines. A 12 ans, il a disparu pour la première fois, avant de reprendre conscience dans un train pour Paris. Après cela, Albert n’a plus pu entendre le nom d’un lieu dans une conversation sans s’y sentir appelé.

A quoi ressemble Albert ? Quand il se tient tranquille, l’homme travaille dans une entreprise de gaz :

« Dans son état normal, à la maison, à l’usine, ou comme cuisinier à l’armée, il est un bon travailleur, timide, respectueux, et peu entreprenant avec les femmes. Il ne boit jamais. A la maison, il a une vie routinière et sans surprise (« uneventful »). Puis, viennent trois jours de maux de tête insupportables, d’anxiété, de sueurs, d’insomnies, au cours desquelles il se masturbe cinq ou six fois la nuit. Et après avoir bu plusieurs verres d’eau, il s’en va. Il est parti. »

L’épidémie de fugues a pris fin vingt ans plus tard, autour de l’année 1907.

Pour Ian Hacking, ces « maladies transitoires » se situent toujours sur un axe vertu/vice « entre deux éléments de la culture ».

Par exemple, la fugue a acquis son statut pathologique alors que le tourisme de masse prenait son essor en Europe (ce qui a pu lui donner un aspect désirable), et que le vagabondage était une pratique courante et condamnable.

Vraies et fausses maladies

Selon le philosophe, il faut faire la différence entre les « maladies biologiques » (comme la schizophrénie ou la bipolarité) et ces « maladies mentales transitoires » (qui n’ont pas de causes biologiques connues).

« La structure globale [de la schizophrénie], la façon dont la maladie se déclare chez un jeune homme à la fin de la puberté, cet élément central est clairement biologique, et le choix des symptômes n’est pas libre. Dans les maladies mentales transitoires au contraire, les gens sont très malheureux, mais le choix des symptômes est très libre. Aujourd’hui, quelqu’un comme Albert aurait des problèmes mentaux, mais ses symptômes seraient tout à fait différents. »

Ou alors c’est le diagnostic qui serait tout à fait différent ?

« Aujourd’hui, la fugue pourrait être englobée dans le diagnostic plus large de la bipolarité comme indicateur de l’entrée dans la phase maniaque », écrit Ian Hacking.

De nouveaux véhicules

C’est le repérage clinique qui est transitoire, pas la maladie, pense le psychiatre et psychanalyste Richard Rechtman qui refuse de faire la différence entre des « vraies » et des « fausses » maladies mentales (qui seraient l’expression du trauma). Pour lui, aucune maladie n’échappe au langage social qui l’enrobe.

« A chaque fois, et tout autant pour la schizophrénie ou la bipolarité, des configurations particulières se mettent en place entre des cliniciens, des patients, des associations de patients, des intérêts politiques et journalistiques. »

Puis :

« Vous êtes en mesure, en tant que journaliste, de faire émerger un phénomène comme le syndrome de résignation. »

Un jour, en France, parce que la nouvelle s’est diffusée, des jeunes demandeurs d’asile pourraient entrer dans ce sommeil paralytique qui fait penser à « La Belle au bois dormant ».

Ce qui met la journaliste du New Yorker, dont l’article a fait le tour du monde, face à une grande responsabilité (et nous aussi mais dans une moindre mesure). Richard Rechtman :

« Oui, c’est une responsabilité, mais ce n’est pas mal. Ce n’est pas inintéressant de trouver des nouveaux véhicules pour dire le traumatisme qu’on a pris l’habitude de ne plus entendre. Si de nouvelles formes émergent pour dire l’horreur, je serai le premier à me mettre dans des dispositifs pour les entendre. »

Nolwenn Le Blevennec

Journaliste

 

 

https://www.nouvelobs.com/

Atteinte d’un rare syndrome, elle rit frénétiquement quand quelqu’un d’autre est chatouillé


Cela peut être drôle, mais à la longue, c’est sûrement difficile à vivre. Cette dame rit quand elle voit quelqu’un se faire chatouiller La synesthésie est curieuse, c’est un trouble de la perception des sensations et il en existe au moins au moins 150 formes différentes.
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Atteinte d’un rare syndrome, elle rit frénétiquement quand quelqu’un d’autre est chatouillé

 

Crédits : pixabay

par  Mehdi Karam

Racontée par le New Scientist le 16 mai, l’histoire invraisemblable d’une femme qui a souhaité conserver l’anonymat a fait l’objet d’une étude par les chercheurs de l’université de Californie à San Diego. Elle se met à rire de manière incontrôlable (et flippante) lorsqu’une personne située à proximité se fait chatouiller. Là où certains y voient de l’amusement par procuration (au point d’être frénétiquement hilare, tout de même), les scientifiques voient un rare cas de synesthésie – un phénomène neurologique de déformation et d’association de plusieurs sens, ici la vue et le toucher.

Derrière cette situation à priori cocasse se cache une réelle souffrance. Le dysfonctionnement extrêmement rare dans des cellules cérébrales dont souffre cette femme l’a poussée à chercher de l’aide.Elle explique que lorsqu’elle observe une autre personne se faire chatouiller, elle ressent la même sensation sur sa propre peau. Au point, donc, de rire de façon incontrôlable jusqu’à ce que l’autre personne ne soit plus chatouillée.

Après l’avoir pris sous leur aile, les chercheurs ont découvert que la femme ne faisait pas seulement une fixette sur les chatouilles. Lorsqu’elle regarde une autre personne toucher quoi que ce soit, elle ressent leur sensation par procuration. Quand quelqu’un trempe sa main dans un seau d’eau, elle ressent l’humidité – mais pas le froid. C’est ce qui a poussé les scientifiques à lui diagnostiquer une rare forme de synesthésie, au même titre que la jeune Népalaise qui est capable de reconnaître les couleurs en les reniflant.

La forme de dysfonctionnement dont souffre la patiente s’appelle « tactile-miroir », car causée par des neurones miroirs, connecteurs cérébraux qui réagissent de la même manière lorsqu’un événement est vécu ou juste observé. Chaque humain en possède, au sein de son cortex prémoteur, notamment. Simplement, certains sont plus prononcés que d’autres. Quand une personne se dit que « ça doit faire mal » en voyant une personne se cogner le petit doigt de pied contre un pied de table, d’autres (entre 1,6 % et 2,5 % des êtres humains) ont la sensation de s’être eux-mêmes détruit l’orteil. Mieux vaut les chatouilles.

Source : New Scientist

http://www.ulyces.co/

Être différent ► La « fille sirène »


Shiloh Pepin est née 1999, à Kennebunkport, dans le Maine, aux États-Unis. Elle a immédiatement attiré l’attention mondiale à la suite d’une malformation inhabituelle constatée à la naissance. Shiloh est née avec un syndrome de la sirène, ou sirenomelia, une complication extrêmement inhabituelle qui implique la malformation des jambes. La petite fille est née avec l’apparence d’une sirène des pieds à la taille. Elle n’avait pas de petit intestin, de parties génitales qu’un seul rein qui fonctionnait. Généralement, les médecins optent pour séparer les 2 jambes par chirurgie. Sauf que pour cette petite fille cela était impossible. Elle a continué à vivre dans sa famille. Elle a même fréquenté l’école et semblait heureuse. Malheureusement, elle est décédée en octobre 2009. Elle s’était battue pendant 10 ans pour survivre. Son passage dans cette vie, a été une source d’inspiration pour ceux qui l’ont rencontré.
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La « fille sirène »

 

Le piment le plus fort du monde pour des migraines d’anthologie


Ce n’est pas moi qui vais oser essayer juste pour voir le piment le plus fort au monde. Je ne sais pas si ma fille qui mange très épicée serait capable, mais pas moi ! En plus, le Carolina Reaper est reconnu pour donner des problèmes cardiaques et dernièrement un homme a eu une migraine qu’il appelle la migraine d’anthologie (syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible) Heureusement, l’homme a pu guérir. Cela ne vaut pas la peine de courir les concours pour prouver quelque chose
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Le piment le plus fort du monde pour des migraines d’anthologie

 

Le piment le plus fort du monde pour des migraines d'anthologie

Le piment le plus fort du monde pour des migraines d’anthologie © AFP/Archives / SAEED KHAN

Des médecins ont averti mardi des effets dévastateurs du piment le plus puissant du monde, qui a provoqué des migraines d’anthologie chez un Américain qui l’avait mangé à l’occasion d’un concours.

Le cas, rapporté par la revue BMJ Case Reports, est celui d’un homme de 34 ans « après sa participation à un concours de piment où il a ingéré un Carolina Reaper » en 2016.

Ce piment dont le nom signifie Faucheuse de la Caroline, spécialement sélectionné pour être le plus agressif possible, est reconnu par le Guinness des records comme le plus haut sur l' »échelle de Scoville ».

L’homme a d’abord fait des convulsions pour vomir. Puis « dans les jours suivants », il a ressenti des douleurs à la tête et au cou, en particulier des épisodes de migraine fulgurante, extrêmement douloureuse de quelques secondes.

S’étant rendu aux urgences, il a subi des tests neurologiques qui n’ont montré aucune pathologie. Pas d’anévrisme notamment.

Plus tard a été diagnostiqué un syndrome de vasoconstriction cérébrale réversible, consistant en un rétrécissement temporaire des vaisseaux sanguins de la tête.

C’est la première fois qu’un piment a eu cet effet, d’après les auteurs. Ce syndrome, souvent à l’origine de migraines terribles, survient d’habitude après la prise de certains médicaments ou de drogues.

« Ç’a été une grande surprise pour tout le monde », a commenté l’un des auteurs de l’article, Kulothungan Gunasekaran médecin à l’hôpital Henry Ford de Détroit.

Les symptômes se sont résorbés d’eux-mêmes, et une radio de contrôle cinq semaines après le concours a montré que les artères avaient repris leur taille normale.

Un Carolina Reaper atteint en moyenne plus de 1,6 million sur l’échelle de Scoville, selon des tests réalisés par l’université de Winthrop en Caroline du Sud (États-Unis). Le piment d’Espelette par exemple n’est qu’aux alentours de 2.000.

Le record du monde, réalisé à l’Arizona Sauce Expo de 2016, est de 120 grammes de Carolina Reaper en une minute. Le BMJ Case Reports ne précise pas si c’est son détenteur qui a eu ces problèmes.

Un effet connu jusque-là des piments forts était le risque d’attaque cardiaque, ont rappelé les auteurs.

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