«Nous déclarons (…) que la planète Terre est confrontée à une urgence climatique», disent 11 000 scientifiques


À chaque fois qu’on parle d’un hiver froid au Québec à la météo sur les réseaux sociaux, il y a toujours des septiques sur les changements climatiques, comme si le Québec a froid, alors tout est normal ailleurs. Ce n’est pas le cas. Malheureusement, il est trop tard pour un virement notable au climat, sauf que ne rien faire n’aidera pas non plus. Cela ne ferait qu’empirer au présent et dans les années futurs.
Nuage


«Nous déclarons (…) que la planète Terre est confrontée à une urgence climatique», disent 11 000 scientifiques

La lettre comprend 29 graphiques simples illustrant tout, de la concentration atmosphérique de...

THANAPOL SINSRANG VIA GETTY IMAGESL

a lettre comprend 29 graphiques simples illustrant tout, de la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre aux données sur le bétail en passant par les phénomènes météorologiques extrêmes et les pertes dues aux incendies de forêt.

«Nous devons changer notre façon de vivre», ajoutent-ils dans une lettre ouverte.

Une lettre ouverte signée par des milliers de scientifiques du monde entier est peut-être la démonstration la plus claire de leur accord quasi unanime sur la crise climatique.

Publiée mardi dans la revue «BioScience», la lettre comprend 11 258 signatures de 153 pays — dont 409 du Canada.

«Nous déclarons (…) clairement et sans équivoque que la planète Terre est confrontée à une urgence climatique», indique la déclaration liminaire de la lettre.

C’est un autre exemple de la volonté croissante des scientifiques de quitter leurs laboratoires pour tenter de persuader le public de prendre au sérieux ce que la recherche leur dit.

«Les (chercheurs) universitaires s’impliquent davantage dans l’activisme visible: assister à des rassemblements, manifester pacifiquement», a souligné Lonnie Aarssen, un biologiste de longue date à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, et signataire de la lettre. «Ça a certainement pris plus d’ampleur, surtout dans la dernière année.»

La crise climatique est étroitement liée à la consommation excessive issue d’un mode de vie riche. Extrait de la lettre

Les scientifiques en début de carrière ont le même sentiment, a déclaré Alina Fisher, signataire et doctorante de l’Université de Victoria.

«Les gens comprennent (les changements climatiques), mais ils ne voient pas en quoi cela les affecte. Il est important pour nous, scientifiques, de combler ce fossé.»

La lettre est franche sur les conséquences.

«La crise climatique est étroitement liée à la consommation excessive issue d’un mode de vie riche», indique le rapport. «Nous devons changer notre façon de vivre.»

Les sources d’énergie doivent aller au-delà du carbone. L’alimentation doit inclure moins de viande.

«L’extraction excessive de matériaux et la surexploitation des écosystèmes, entraînées par la croissance économique, doivent être rapidement réduites (…) Nous devons protéger et restaurer les écosystèmes de la Terre.»

Un ton sans compromis

La lettre comprend 29 graphiques simples illustrant tout, de la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre aux données sur le bétail en passant par les phénomènes météorologiques extrêmes et les pertes dues aux incendies de forêt. Tout vient appuyer les demandes de la lettre.

Bill Ripple, un écologiste de l’Université d’État de l’Oregon, qui est derrière la lettre avec l’Alliance of World Scientists, ne s’excuse pas pour son ton sans compromis.

«Je suis prêt à prendre le risque de parler des implications de la science que nous observons et de la manière dont cela pourrait affecter les citoyens de la Terre», a-t-il déclaré.

«Je pense que nous avons cette obligation. Je pense que c’est une tendance majeure.»

Samantha Andrews, doctorante en biologie marine à l’Université Memorial de Terre-Neuve, admet qu’il est difficile de briser la vieille image du scientifique qui ne fait que fournir des données de manière neutre — et silencieuse.

«La science dans une tour d’ivoire ne fait aucune différence», a-t-elle avancé. «Et si vous avez à vous occuper de choses importantes, alors nous devons parler et ne pas avoir peur.»

Je ne sais pas comment il est possible d’être neutre à propos de quelque chose comme ça.Samantha Andrews, doctorante en biologie marine à l’Université Memorial de Terre-Neuve

Elle souligne que la plupart des sciences sont financées par des fonds publics et que les gens ont parfaitement le droit de savoir ce que leur argent a révélé.

Des dizaines de scientifiques canadiens ont déjà apposé leur nom sur au moins six lettres ouvertes liées au changement climatique depuis 2015. Ils ont appelé à un moratoire sur les nouvelles mines de sables bitumineux, à des modifications de la Loi sur les pêches, à la fin du développement du gaz naturel, entre autres.

https://quebec.huffingtonpost.ca

Le sable, autant indispensable que surexploité


On s’inquiète avec raison de l’eau potable, de nos forêts, de l’air bref, de nos ressources naturelles. A t’on pensé au sable ? C’est une ressource naturelle qui semble inépuisable et tellement utilisée, voir surexploiter. On utilise le sable dans beaucoup d’objets courant ainsi que dans la construction. Juste 1 km d’une autoroute prend 30 000 tonnes de sable et de granulats. C’est le sable de près des côtes, des plages qui ont le plus utilisé provoquant l’érosion des côtes. C’est une ressource qu’il va falloir gérer avec parcimonie dans l’avenir.
Nuage

 

Le sable, autant indispensable que surexploité

 

Un travailleur dans une carrière de sable.

Le sable est perçu à tort comme une ressource inépuisable, alors que l’utilisation qu’on en fait dirige le monde vers une pénurie. Photo : Associated Press/Brett Coomer

Si vous pensiez que le sable était une ressource inépuisable, détrompez-vous. Une pénurie est même annoncée, au rythme où l’humain maximise son utilisation au détriment de l’environnement.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Après l’air et l’eau, le sable est la ressource naturelle la plus exploitée sur la planète.

Bâtiments, routes, bouteilles de verre, écrans d’ordinateur, puces électroniques, cosmétiques, détergents… Le sable se trouve dans plus de 200 objets et activités industrielles au quotidien. Même le délavé de votre jean est obtenu grâce au sable.

C’est cependant le secteur de la construction qui en engloutit la majorité.

« Le béton est le matériau synthétique le plus utilisé au monde », confirme le directeur général de l’Association béton Québec, Luc Bédard.

Les 6 milliards de mètres cubes de béton produits annuellement par cette industrie mondiale sont composés d’eau, mais surtout de sable et de granulats.

Il en faut, par exemple, 200 tonnes pour construire une maison. Chaque kilomètre d’autoroute nécessite pour sa part 30 000 tonnes de sable et de granulats.

Qu’est-ce que le sable?

Le sable se définit en granulométrie par toute particule comprise entre 0,063 mm et 2 mm. Le granulat, pour sa part, est un fragment de roche dont la taille est inférieure à 125 mm.

Notre consommation de sable est aussi astronomique que semblent l’être nos réserves. On estime qu’il y a plus de 120 millions de milliards de tonnes de sable sur la planète.

La majeure partie de ce sable n’est cependant pas exploitable.

« Le désert du Sahara, par exemple, a une quantité de sable immense. Mais c’est un sable trop fin, qui ne convient pas au béton », explique Luc Bédard.

Des grains de sable vus de près.

Il existe différents types de sable. Celui du désert, par exemple, est inutilisable en construction. Photo : iStock

Il faut donc faire une distinction entre le sable du désert, plus arrondi, et le sable marin, dont les propriétés angulaires font qu’il s’agrège bien. C’est celui-là qui est prisé par l’industrie.

Environ 75 millions de tonnes de sable marin sont donc extraites chaque année à même les rivages.

La demande surpasse la nature

Un enjeu majeur pour notre utilisation du sable est que la nature en génère très peu et à un rythme très lent.

« À l’échelle humaine, le sable n’est pas renouvelable, car il faut des milliers d’années à des centaines de milliers d’années pour le former », explique Éric Chaumillon, professeur en sciences de la Terre à l’Université de La Rochelle.

Le sable découle d’un processus naturel d’érosion. La roche, altérée par des intempéries, notamment, se fragmente en plus petites particules, qui sont ensuite transportées par les rivières jusque dans les lacs et les océans.

Or, l’humanité consomme environ 40 milliards de tonnes de sable et de granulats par an, soit le double de ce que l’ensemble des fleuves mondiaux exporte vers les océans.

L’humain est devenu une force géologique aussi importante que l’érosion planétaire. Éric Chaumillon, Université de La Rochelle

Les carrières de sable vidées, les berges et les anciens lits de rivières exploités à leur plein potentiel, il a fallu se tourner vers les océans pour combler les besoins.

De l’excès à la démesure

L'immense tour pointe vers le ciel.

La plus grande tour du monde, Burj Khalifa, a nécessité l’importation de quantités prodigieuses de sable à Dubaï pour assurer son édification. Photo : Getty Images/Robert Hoetink

« On s’oriente aussi de plus en plus vers la mer en raison du développement démographique », explique Éric Chaumillon.

Des pays à petite surface, ayant de moins en moins de place pour développer leurs infrastructures, préfèrent ne pas sacrifier leurs terres pour ouvrir de nouvelles carrières de sable ou de granulats à ciel ouvert.

C’est le cas de l’Angleterre et de la Belgique, cite en exemple l’expert européen. Mais la surutilisation de sable a aussi entraîné des dérives ailleurs dans le monde.

Singapour a même gagné une partie de son territoire sur la mer. L’archipel asiatique s’est étendu de plus de 20 % en 40 ans, passant de 580 à 720 kilomètres carrés en important de grandes quantités de sable des pays voisins pour les étendre dans la mer. Le petit pays d’une superficie à peine plus grande que celle de Toronto est le plus grand importateur de sable du monde.

Une visualisation de Singapour de la NASA.

Singapour s’est étendue sur la mer en l’espace de 40 ans.  Photo : NASA

La dérive s’illustre aussi à Dubaï, qui a importé d’énormes quantités de sable de l’Australie après avoir épuisé les siennes pour construire gratte-ciel et îles artificielles. L’aménagement de ces îles aux formes distinctives dans le golfe Persique a nécessité plus d’un demi-milliard de tonnes de sédiments.

Un visualisation de Dubaï par la NASA.

L’image de Dubaï est maintenant associée à ces îles artificielles sorties de nulle part.  Photo : NASA

La demande croissante en sable au Moyen-Orient et en Asie a même contribué au développement d’un marché noir et à l’émergence d’une mafia documentée en Inde.

C’est aussi dans cette région du monde que les conséquences ont commencé à être observées : des plages et des îles entières ont disparu après un pillage massif de sable.

Quel cadre législatif pour le sable?

Il est difficile d’évaluer la réelle problématique du sable, puisque son utilisation est peu répertoriée dans certaines régions du monde.

L’absence de législation est aussi un problème. Des gouvernements ont discrètement commencé à réglementer son exploitation, en interdisant le dragage dans les rivières et les océans ou les exportations massives vers l’étranger. Aucune convention internationale ne régule cependant l’extraction, l’utilisation ou les échanges de sable.

Augmenter le prix du sable et taxer l’exploitation des carrières font partie des solutions proposées par les Nations unies pour s’attaquer au problème.

Des conséquences à court et à long terme

Une dame ramasse des coquillages sur la plage.

Les plages du monde entier se vident de leur sable. Ici, sur l’un des atolls des îles Marshall, les arbres tombent dans l’océan Pacifique en raison de l’érosion côtière. Photo : Associated Press/Rusty Middleton

Prendre le sable des plages ou le pomper dans l’océan fragilise la défense naturelle des côtes.

Chaque trou créé par le pompage au fond de la mer est comblé par les vagues, qui vont chercher le sable des plages. Vidées de leur sable, les plages ne jouent plus leur rôle de frein de l’érosion côtière.

Avec le réchauffement climatique, la montée des eaux devient donc de plus en plus problématique.

« La barrière sédimentaire, soit l’ensemble plage sous-marine, plage et dune, est la meilleure protection contre les assauts de l’océan », prévient Éric Chaumillon.

« Appauvrir les barrières dans un contexte d’élévation du niveau marin est une erreur qui coûtera très cher, puisque la moitié de l’humanité vit à proximité des côtes », poursuit-il.

Sans une prise de conscience rapide du problème, plusieurs villes côtières risquent gros en raison de l’érosion et de la submersion appréhendées dans les prochaines décennies.

https://ici.radio-canada.ca/