Événement traumatique: quand les mots des proches font tout aussi mal


Avez-vous remarqué quand une personne subit un évènement traumatique, les gens ont tendance a essayer de trouver une responsabilité de cette personne. Des commentaires du genre Je te l’avait dit, tu aurais dût m’écouter etc … Malheureusement, ce genre de commentaire est plutôt nuisible envers la victime, qu’elle pourra finir par croire que c’est de sa faute. Nous devrions faire des efforts pour réfléchir aux mots que l’ont dit.
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Événement traumatique: quand les mots des proches font tout aussi mal

 

Plus de 70% des individus seront exposés à un événement traumatique au cours de leur vie.

AARON NETT / EYEEM VIA GETTY IMAGES

Plus de 70% des individus seront exposés à un événement traumatique au cours de leur vie.

François Bilodeau Psychologue clinicien

Insidieux et dévastateurs, les commentaires peuvent profondément bouleverser une victime et contribuer à aggraver les symptômes.

«Voir que tu as décidé de te baigner là, c’est évident que c’était dangereux!»; «Moi, je me serais défendu!»; «T’avais qu’à lui remettre l’argent et ça aurait évité bien des problèmes!»; «Évidemment, quand tu sors à cette heure de la nuit, tout peut arriver!»; «Il ne veut pas s’en sortir, il n’essaie même pas de retourner travailler!»; «Me semble que j’aurais essayé de crier plus fort!» ou même «Quand on est imprudent, c’est ça qui arrive!»…

Un événement est considéré comme traumatique lorsqu’il implique une menace de mort, une menace grave à son intégrité physique ou encore lorsqu’il s’agit de violences sexuelles. Le potentiel traumatique peut émerger lorsque l’individu est la victime principale ou le témoin direct de l’événement traumatique ou bien lorsqu’il apprend que cela est arrivé à un proche.

Plusieurs événements peuvent être catégorisés comme étant traumatique: les actes de violence interpersonnels (exemples: les agressions physiques, les agressions sexuelles, les vols à main armée, les séquestrations, les guerres), les accidents (quasi noyade, les incendies, les accidents de voiture, les accidents de travail ou de sport, les explosions) ou les catastrophes naturelles (les ouragans, les inondations, les tempêtes, les tremblements de terre, les feux de forêt, les tornades).

La probabilité d’être exposé un jour à un événement traumatique est relativement élevée. Une récente enquête canadienne révèle que près de 76% des individus feront l’expérience d’au moins un événement traumatique au cours de sa vie. De ces personnes, entre 25% et 35% développeront un état de stress post-traumatique.

Il existe plusieurs facteurs de risque lié au développement d’une problématique anxieuse après avoir été exposé à un événement traumatique. Parmi ceux-ci se trouvent les réactions indésirables de l’entourage (et celle de la société) face à la victime. Insidieux et dévastateurs, les commentaires peuvent profondément bouleverser une victime et contribuer à aggraver les symptômes. Il s’agit des blessures secondaires.

Les réactions et le soutien de l’entourage

Le soutien de l’entourage est souvent crucial dans la convalescence après avoir été exposé à un événement traumatique. La victime peut se sentir fragile, démunie et confuse. Malheureusement, il arrive parfois que les réactions de l’entourage exacerbent les symptômes post-traumatiques de la victime.

Les réactions négatives de l’entourage peuvent être multiples telles que le fait de ne pas croire ou de minimiser l’expérience de la victime: «Tu exagères! Ce n’est pas possible!»

Il est également probable que les proches portent des commentaires visant à blâmer la personne traumatisée: «C’est ce qui arrive quand on sort tard le soir!» Des commentaires peuvent aussi être portés dû à un manque de compréhension concernant les conséquences liées à un trauma: «Bien voyons, pourquoi ne veux-tu pas te baigner, tu es bien peureux.»

Ce manque de soutien et ces réactions de la part de l’entourage peuvent mener la victime à vivre un sentiment de peine, de honte, de culpabilité, de colère ou un sentiment d’injustice.

C’est normal de réagir ainsi.

Pourquoi mon entourage réagit-il ainsi?

D’abord, ce n’est pas de votre faute. Vous n’êtes pas responsable de ce qui vous arrive et vous n’êtes surtout pas responsable des comportements de vos proches. Les gens qui n’ont jamais vécu un événement traumatique peuvent avoir de la difficulté à comprendre la réalité d’une victime. Parfois, il est plus facile pour l’entourage de nier la réalité que d’accepter de faire face à la détresse que cela a pu causer. Pourquoi? Comment expliquer que les autres me blâment ou minimisent ce que j’ai vécu?

Blâmer la victime a une fonction souvent protectrice pour les autres: cela permet de garder intactes ses croyances fondamentales en un monde sécuritaire.

En ce sens, affirmer que ce sont les comportements de la victime qui sont responsables du traumatisme, permet de préserver l’illusion qu’une telle chose ne peut pas nous arriver.

Pour la société, il est aussi malheureusement plus sécurisant de croire que la victime a fait quelque chose qui a provoqué l’événement, afin de garder intacte la croyance en un monde juste et bon au sein duquel les événements positifs sont plus fréquents que les événements négatifs.

NOEL HENDRICKSON VIA GETTY IMAGESUn manque de soutien de l’entourage ou des comportements négatifs à l’égard de la victime aggravent les symptômes post-traumatiques.

Conseils aux victimes et aux proches

À la suite d’un événement traumatique, il est essentiel que la victime soit soutenue, comprise et entendue. Pour les proches, offrez un soutien émotionnel: écouter la personne, essayer de la comprendre, donner de lui de l’affection et de la tendresse. Plus encore, offrez également un soutien technique: donnez des conseils, rendez service, préparez un repas ou aidez financièrement la personne.

Pour les victimes, n’hésitez pas à communiquer vos besoins à votre entourage et de vous affirmer lorsqu’un commentaire négatif vous est porté.

Il est également important de bien saisir les processus psychologiques associés à un trauma. À cet égard, une lecture incontournable pour mieux comprendre les blessures secondaires et les symptômes post-traumatiques est le livre intitulé: Se relever d’un traumatisme: réapprendre à vivre et à faire confiance.


RÉFÉRENCES

– Brewin, C. R., Andrews, B., & Valentine, J. D. (2000). «Meta-analysis of risk factors for posttraumatic stress disorder in trauma-exposed adults». Journal of consulting and clinical psychology, 68(5), 748.
– Brillon, P. (2013). «Comment aider les victimes souffrant de stress post-traumatique: guide à l’intention des thérapeutes». Les Éditions Québec-Livres.
– Van Ameringen, M., Mancini, C., Patterson, B., & Boyle, M. H. (2008). «Post‐traumatic stress disorder in Canada». CNS neuroscience & therapeutics, 14(3), 171-181.

https://quebec.huffingtonpost.ca

L’EMDR, la gymnastique de l’oeil, efficace contre le stress des urgences


Il reste à démontrer cette expérience étonnante à plus grande échelle, mais il semble qu’une technique de gymnastique à l’oeil peut permettre de diminuer de beaucoup les effets négatifs de stress post-traumatique ou le syndrome post-commotionnel aux urgences.
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L’EMDR, la gymnastique de l’oeil, efficace contre le stress des urgences

 

La gymnastique de l'oeil, efficace contre le stress des urgences

L’EMDR est une technique de « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires » qui permet de « reprogrammer » le cerveau.

CREATIVE COMMONS

Par Sciences et Avenir avec AFP

Un passage aux urgences laisse des traces psychologiques. Une simple séance de gymnastique de l’œil dans les heures qui suivent l’admission pourrait éviter les troubles post-traumatiques que cela engendre pendant plusieurs mois.

Une simple séance de stimulation des mouvements de l’oeil (EMDR) dans les six heures qui suivent l’admission aux urgences pourrait permettre d’éviter des troubles post-traumatiques pendant plusieurs mois, suggère une étude menée en Gironde. Maux de tête, difficultés à se concentrer, irritabilité, troubles sensoriels :

« un passage aux urgences n’est pas anodin. Quelle que soit la raison pour laquelle une personne s’y présente, environ un sur cinq souffrira pendant plusieurs mois de symptômes divers », résume dans un communiqué l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) qui a piloté cette étude, publiée dans The Journal of Psychiatric Research.

Une technique qui diminue de 75% les troubles de « stress post-traumatique »

Pour prévenir ce « syndrome post-commotionnel » ou un « stress post-traumatique », les chercheurs du centre de recherche « Bordeaux Population Health Center » et de l’hôpital psychiatrique de Cadillac (Gironde) ont mené depuis 2007 une expérience visant à évaluer sur 130 sujets la faisabilité aux urgences d’une approche thérapeutique reconnue,

l’EMDR, une technique de « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires » qui permet de « reprogrammer » le cerveau.

Ce protocole a démontré son « efficacité à diminuer jusqu’à 75% » les troubles de « stress post-traumatique » et de « syndrome post-commotionnel ».

Il s’agit d’effectuer des séries de stimulations bilatérales alternées, consistant en des mouvements oculaires (balayage horizontal ou vertical). Ou lorsque l’état clinique du patient ne le permet pas, des tapotements alternés des genoux ou des épaules.

Les 130 patients de l’étude avaient été répartis aléatoirement en trois groupes : le premier bénéficiant d’une séance d’EMDR de 60 minutes, le deuxième d’un entretien de 15 minutes avec un psychologue, le troisième n’ayant reçu aucune prise en charge. Trois mois plus tard, la proportion de sujets souffrant de « syndrome post-commotionnel » dans chacun des groupes était respectivement de 15%, 47% et 65%. Celles de patients présentant un trouble de « stress post-traumatique » étaient de 3%, 16% et 19%.

Ce premier essai mondial « montre qu’une intervention EMDR brève et ultra-précoce est d’une part réalisable dans le contexte des urgences et d’autre part potentiellement efficace”, conclut Emmanuel Lagarde, directeur de recherche Inserm.

Ces conclusions restent à confirmer par une nouvelle étude de plus grande ampleur, initiée en janvier 2018 par la même équipe aux CHU de Lyon et de Bordeaux, auprès de plus de 400 patients. Les résultats seront connus avant la fin de l’année 2018.

https://www.sciencesetavenir.fr

Maladies mentales : tous concernés ?


En Nouvelle-Zélande, ils ont fait une étude très intéressante sur la maladie mentale, ils ont suivi pendant 50 ans une génération, environs 1041 individus, tous nés dans la même ville. Le résultat est édifiant que 80 % ont souffert à un moment ou un autre une maladie mentale, certains étaient passager d’autres non, et seulement 17 % semble immuniser contre les maladies mentales. Il serait judicieux de faire un dépistage comme certaines autres maladies
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Maladies mentales : tous concernés ?

 

Une nouvelle étude révèle que nous souffrirons presque tous d’une maladie psychiatrique à un moment de notre vie. Heureusement, ce sera souvent temporaire.

Aaron Reuben et Jonathan Schaefer.

 

Nous connaissons presque tous quelqu’un dans notre entourage qui a déjà fait face à une dépression, un stress post-traumatique ou un autre trouble psychologique. Malgré leur banalité, cependant, ces épisodes sont souvent considérés comme exceptionnels et même honteux.

De nouvelles études, de notre laboratoire et d’ailleurs dans le monde, montrent que les maladies mentales sont si communes que presque tout le monde développera au moins un de ces troubles à une période de sa vie. Cependant, la plupart de ces personnes ne recevront jamais de traitement, alors que leur vie sociale, professionnelle ou familiale sera perturbée. Et que dire des individus jamais malades ? Ces individus « anormaux » durablement en bonne santé mentale permettront peut-être aux chercheurs de trouver les clés du bien-être, en tout cas de la stabilité mentale.

Selon les études épidémiologiques, environ 20 à 25 % de la population souffrent d’une maladie mentale à un instant donné. Mais une vaste enquête conduite du milieu des années 1990 au début des années 2000 aux États-Unis a suggéré que ce pourcentage était beaucoup plus élevé : près de la moitié de la population serait concernée. Cette étude impliquait des milliers d’Américains représentatifs de la population générale selon l’âge, le sexe, la classe sociale et l’origine ethnique. Elle était aussi rétrospective : on demandait aux sujets de se souvenir de leurs émotions et comportements des derniers mois, années, voire décennies. Mais la mémoire humaine est faillible et la science a montré que nous sommes particulièrement mal placés pour parler de notre propre santé mentale. En outre, jusqu’à un tiers des personnes contactées par l’institut chargé de l’enquête avaient refusé de participer. Un interrogatoire plus poussé avait alors révélé que ces non-répondants avaient plus tendance à souffrir d’un trouble trouble mental.

Pour notre étude, publiée cette année dans le Journal of Abnormal Psychology, nous avons donc utilisé une approche différente, dite longitudinale, afin d’estimer la proportion de personnes souffrant de maladies psychiatriques. Plutôt que d’interroger les sujets sur leurs souvenirs, nous avons suivi pendant 50 ans une génération de Néo-Zélandais rassemblant 1041 individus, tous nés dans la ville de Christchurch, et nous avons régulièrement vérifié s’ils souffraient d’une maladie mentale.

Avec cette méthode, le résultat est surprenant : le pourcentage de personnes qui développe un trouble psychique durant une période de sa vie bondit à plus de 80 %. Seuls 17 % des sujets de notre étude semblaient épargnés toute leur vie. Mais comme quelques années s’écoulaient entre chaque évaluation psychique, nous ne sommes même pas certains que ces personnes n’aient jamais eu de maladies psychiatriques. La proportion pourrait être encore plus élevée…

En d’autres termes, notre travail montre que vous avez plus de chances d’être victime d’un trouble psychiatrique que de développer un diabète, une maladie cardiovasculaire ou n’importe quelle forme de cancer. Un résultat confirmé par l’étude d’autres populations en Nouvelle-Zélande, en Suisse et aux États-Unis.

Si vous avez déjà développé un trouble psychique, vous savez certainement que beaucoup de personnes pensent que vous l’aurez à vie.

« Pourtant, les troubles mentaux sont souvent de courtes durées et peu graves », explique John Horwood, épidémiologiste et directeur de l’étude longitudinale Christchurch sur le développement et la santé en Nouvelle-Zélande.

D’ailleurs, Horwood a aussi mis en évidence que près de 85 % des participants de cette étude ont connu une maladie mentale avant l’âge de 50 ans.

C’est peut-être une information utile à diffuser : selon Jason Siegel, professeur de psychologie sociale à l’université de Claremont aux États-Unis,

« les gens ont tendance à être plus sympathiques et serviables quand ils croient que les problèmes de santé de leur ami ou collègue de travail sont temporaires ».

Et les individus souffrant d’un trouble mental ont besoin de soutien. Même des maladies de courtes durées ou peu graves ont parfois des conséquences dramatiques sur la vie d’une personne.

Pourtant, pour être reconnu comme « malade », « un individu doit présenter des symptômes assez précis et un dysfonctionnement psychologique assez important », signale Horwood.

Néanmoins, pour certains, ces nouvelles statistiques sur la proportion de maladies mentales ne reflètent qu’une « surmédicalisation » de l’être humain. Ce que réfutent les « défenseurs » des patients atteints de troubles psychiques.

« Je ne suis pas du tout surpris par cette découverte », commente Paul Gionfriddo, président du Mental Health America, une association américaine de défense des malades.

Cette organisation considère les maladies mentales comme communes, « bien qu’elles ne durent parfois pas longtemps ».

Il y a trois ans, elle a lancé un outil en ligne qui permet aux individus de déterminer s’ils souffrent de troubles psychologiques. Depuis, 2 millions de personnes se sont « autodiagnostiquées » et 3 000 se connectent chaque jour pour déterminer si elles remplissent les conditions nécessaires pour bénéficier d’un traitement.

Une autre conséquence de ces études longitudinales concerne la façon dont nous étudions et traitons les maladies psychiatriques.

Pour Gionfriddo, ancien législateur qui a vu son fils finir sans abri et incarcéré à cause d’une schizophrénie non diagnostiquée, « une implication de ces nouvelles études est que les sociétés tireraient avantage à ce que le dépistage des troubles psychiques soit systématique ».

Bien que les services de prévention américains recommandent actuellement un dépistage régulier de la santé mentale pour toutes les personnes de plus de 11 ans, c’est loin d’être le cas.

Gionfriddo précise : « À partir du moment où nous avons reconnu l’importance de la prévention pour le diabète, les cancers et les maladies cardiaques, pourquoi devrions nous dire : « bien, pour les maladies mentales, nous n’allons pas faire de dépistage ni de prévention ». Nous devrions pourtant les dépister chez les adultes aussi systématiquement que l’on vérifie la tension artérielle. Mettre la tête dans le sable et attendre une catastrophe n’est pas une politique de santé. »

Autre résultat remarquable de ces études : certains individus ne développeraient jamais de maladies psychiatriques. Ils sont en quelque sorte les équivalents en santé mentale des centenaires en pleine forme : des personnes qui, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ont de la chance et vivent sans maladie plus longtemps que prévu. Peut-être qu’étudier ces sujets nous donnerait une idée de la façon dont nous pourrions aider plus de gens à vivre sans troubles psychiques.

Qui sont donc ces personnes hors du commun ? Dans notre étude menée en Nouvelle-Zélande, nous avons constaté que les individus ayant une bonne santé mentale ont tendance à présenter ces deux caractéristiques : premièrement, ils ont peu ou pas du tout d’antécédents de maladies mentales dans leur famille, et deuxièmement, ils ont ce que nous appelons une personnalité « avantageuse ». En d’autres termes, dès l’âge de cinq ans, les personnes qui parviendront à la cinquantaine sans épisode de trouble mental présentent en général peu d’émotions négatives, sont bienveillantes avec les autres et ont une meilleure maîtrise d’elles-mêmes. Et elles ne sont pas plus riches, ni plus intelligentes ou en meilleure santé physique, au moins durant leur enfance.

En fin de compte, l’enseignement le plus important de nos travaux est que les problèmes de santé mentale sont quasi universels. Les troubles psychiques ne sont pas si différents d’une fracture, des calculs rénaux ou d’un rhume… Reconnaître cette universalité permettra peut-être d’y consacrer les moyens nécessaires pour développer la prévention et les traitements. Cela nous aidera peut-être aussi à être plus bienveillants envers nous-même et envers nos proches quand, inévitablement, ils traverseront une période difficile.

http://www.pourlascience.fr/

La longue épreuve des sinistrés


L’eau qui a inondé les rues voisines et une partie de ma rue a baissé ce matin et en revenant à la maison ce soir, même chose. Sans avoir été évacuée, j’ai trouvé la fin de semaine stressante et épuisante, pourtant, je n’ai rien perdu. Alors, je peux imaginer ceux qui ont dû tout laisser derrière eux. Le retour sera tout aussi difficile, sinon plus avec tout ce qu’il faudra faire pour reprendre une vie normale. Et l’aide qu’il soit physiologique, physique ou même administrative, il y a de l’aide qu’il ne faut pas hésiter de demander
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La longue épreuve des sinistrés

 

Deux hommes accompagnés d'un chien surveillent l'eau qui commence à inonder leur maison.

Des résidents surveillent la montée des eaux à l’île Mercier, au Québec, le 5 mai 2017. Photo : La Presse canadienne

La plupart des sinistrés des inondations passeront à travers les difficultés qui les attendent, malgré le stress et l’épuisement. Toutefois, un faible pourcentage souffrira de troubles psychologiques plus graves.

Un texte de Danielle Beaudoin

Quand l’eau va se retirer et que les sinistrés vont rentrer chez eux, tout ne sera pas réglé, loin de là.

« Ce qui est particulier des inondations, ou de ces catastrophes naturelles là, c’est que ça ne finira pas lorsque l’eau va partir; ça commence. C’est un travail de longue haleine », rappelle Christophe Fortin, professeur de psychologie à l’Université d’Ottawa et psychologue attaché à l’Institut en santé mentale de Montréal (CIUSSS-EMTL).

L’expert souligne que la majorité des gens touchés par les inondations n’auront pas de séquelles sur le plan psychologique. Les sinistrés subissent bien sûr un stress énorme, et il est normal qu’ils vivent de l’anxiété, qu’ils dorment mal, qu’ils soient en colère, frustrés ou qu’ils se sentent impuissants. Ces réactions devraient disparaître avec le temps. Toutefois, 10 % des sinistrés auront des séquelles psychologiques, selon Christophe Fortin.

Les gens qui vont développer un trouble du stress post-traumatique à la suite d’un événement comme l’inondation, ça va être extrêmement limité, mais ça va nous exposer à toutes sortes d’autres problématiques, notamment l’anxiété, la difficulté de sommeil et la dépression. Christophe Fortin, psychologue

Des sinistrés vont même développer des phobies spécifiques à l’eau, aux inondations ou à la pluie, ajoute l’expert.

Certaines personnes qui avaient des vulnérabilités x et y, peut-être parce qu’ils avaient déjà vécu des inondations, peut-être parce qu’eux-mêmes étaient déjà fatigués, qu’il y avait déjà un problème de santé mentale; ces gens-là vont avoir besoin d’aide. Christophe Fortin, psychologue

Brigitte Saint-Germain, porte-parole de l’Armée du salut, en sait quelque chose. Elle et d’autres bénévoles sont sur le terrain à Rigaud, une des zones touchées par les inondations. Le week-end dernier, elle a accompagné des policiers chez des résidents qui refusaient de quitter leur demeure. Elle a notamment rencontré une dame seule, dans la cinquantaine, veuve depuis moins d’un an. L’eau était sur le point de s’infiltrer dans la maison, mais la femme refusait de partir.

Il a fallu qu’on fasse appel aux policiers pour la sortir. Elle pleurait beaucoup, elle était presque désorganisée, elle était sur le terrain, elle ne savait pas trop où s’en aller. Brigitte Saint-Germain, de l’Armée du salut

L'arrondissent de Pierrefonds-Roxboro est celui où le plus de résidences ont été évacuées en raison des inondations.

L’arrondissent de Pierrefonds-Roxboro est celui où le plus de résidences ont été évacuées en raison des inondations. Photo : Radio-Canada/Julie Marceau

« Qui veut aller loin ménage sa monture »

Christophe Fortin met les sinistrés en garde contre l’épuisement physique et psychologique. Cette phase survient après quelques jours d’efforts soutenus et de grand stress.

Selon les ressources dont les individus disposent, on va entrer dans la phase d’épuisement. Physique, psychologique, parce que les gens vont perdre beaucoup de choses. De la valeur, des biens, des choses qui sont irremplaçables, comme l’album de photos de la famille. Christophe Fortin, psychologue

Le psychologue conseille par exemple aux familles sinistrées de surveiller les réactions à court et à moyen terme de leurs proches. Est-ce que votre conjoint s’absente du travail trop souvent? A-t-il changé ses habitudes? Si vous remarquez des changements inquiétants, conseillez-lui de demander de l’aide. Quant aux proches des sinistrés, n’hésitez pas à prendre régulièrement des nouvelles d’eux, pour voir s’ils ont besoin d’aide.

Autre conseil de l’expert : il faut respecter ses limites.

« Souvent, lorsqu’on est dans une phase de résistance, on est sur l’adrénaline, on se dit : “C’est beau; il me reste de l’énergie pour faire face à la situation”. Mais malheureusement les gens dépassent les limites, les gens s’épuisent, et après ça, il reste moins de ressources pour faire face à ce qui va suivre. »

Si on est absolument pressé de retrouver son nid dans l’état où on l’avait laissé avant les inondations […], si on se lance à corps perdu dans les travaux, c’est évident que les gens vont s’épuiser. Comme le dit si bien l’adage, « qui veut aller loin ménage sa monture ».Christophe Fortin, psychologue

Des équipes d’intervention psychosociale sur le terrain

Les établissements de santé des zones inondées ont dépêché des équipes sur le terrain : psychologues, travailleurs sociaux, infirmiers et autres professionnels. Par exemple, dans les secteurs de Rigaud et de Vaudreuil-Dorion, une vingtaine d’intervenants psychosociaux sont là jour et nuit pour aider les sinistrés.

« On est sur le terrain depuis le 20 avril », précise Johanne Girard, gestionnaire à l’accueil psychosocial au CISSS de la Montérégie-Ouest.

Les intervenants travaillent de concert avec la Croix-Rouge, qui fournit repas et logement aux personnes évacuées.

Les intervenants se tiennent dans les centres d’accueil pour les sinistrés, et ils sillonnent les rues pour parler aux gens.

« Des gens qui peuvent être désemparés, anxieux, et on doit les accompagner là-dedans et faire en sorte de normaliser leurs émotions aussi par rapport à ce qu’ils vivent », explique Johanne Girard.

Leur dire qu’on est là, et que s’ils ont besoin de plus de soutien, de plus de rencontres, on les met en contact avec mon équipe psychosociale; pour que ces gens-là puissent voir un intervenant plus à long terme avec des sessions, deux, trois, quatre, cinq rencontres. Johanne Girard, du CISSS de la Montérégie-Ouest

Ces services psychosociaux seront offerts aux sinistrés de toutes les régions touchées par les inondations aussi longtemps que cela sera nécessaire, promet Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Santé publique et responsable de la Montérégie, dans une entrevue à RDI diffusée le 9 mai. Ce soutien sera encore plus important une fois que les gens seront retournés chez eux, rappelle la ministre.

Mme Charlebois souligne que les équipes psychosociales sont là non seulement pour réconforter les gens, mais aussi pour les aider à faire des démarches administratives.

« Il ne faut pas hésiter à consulter. Les services psychosociaux; le mot psycho fait peur un peu. Ce n’est pas juste pour voir dans votre tête, c’est aussi pour vous aider à bien compléter tout ce que vous avez à compléter comme document, voir c’est quoi votre urgence. »

Les sinistrés peuvent aussi en tout temps contacter le 811. On les écoutera et, au besoin, ils seront dirigés vers des psychologues ou d’autres professionnels.

L’entreprise canadienne en ressources humaines Morneau Sheppell a aussi mis sur pied une ligne d’écoute téléphonique pour tous ceux qui ont besoin d’un soutien émotionnel. Elle met gratuitement à la disposition des sinistrés les services de ses psychologues.

« On a des professionnels qui sont habitués à entendre. Ils vont les écouter, ils vont tenter de les diriger vers les services publics, parce qu’on a l’information, et ceux qui sont extrêmement stressés ou qui auraient des difficultés, les rediriger vers les hôpitaux ou leurs médecins », explique Sylvain Authier, vice-président pour le Québec et l’Atlantique chez Morneau Sheppell.

Il ajoute que ces consultations au téléphone permettent aux gens de ventiler un peu, de prendre du recul, et de voir que c’est normal d’être tendu ou de pleurer dans de telles situations.

On sait que le stress post-traumatique ça existe, et il important pour nous que les gens nomment ce qu’ils vivent, pour ne pas se retrouver avec des cauchemars pendant des années, des difficultés qui peuvent prendre quelquefois plusieurs années à apparaître, et dont l’événement déclencheur était évidemment les inondations. Sylvain Authier, de Morneau Sheppell

L’entreprise a fait la même chose l’an dernier lors des feux de forêt à Fort McMurray, et elle a reçu de très nombreux appels des sinistrés.

http://ici.radio-canada.ca/

Quand notre cerveau s’inquiète


La peur sous toutes ses coutures, car l’être humain à beaucoup d’imagination pour se faire peur. Certaines de ces peurs sont d’instinct et bénéfiques alors que d’autres sont obsessionnelles.
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Quand notre cerveau s’inquiète

 

François Richer

Chercheur en neuropsychologie, professeur à l’UQAM

On sursaute au moindre bruit. On a des papillons dans le ventre. On a le dos crispé. On ressasse une conversation ou une scène stressante au lieu de s’endormir.

Les humains sont des spécialistes de la peur. Ils peuvent avoir peur longtemps d’avance, peur pour les autres et peur d’avoir peur. C’est le prix à payer pour avoir développé une grande imagination.

Nous naissons tous avec des programmes instinctifs de peur qui peuvent être déclenchés par un petit nombre de signaux importants comme des bruits forts ou des visages menaçants. À partir de ce répertoire limité, notre cerveau apprend par association ou par l’exemple tout un répertoire de réactions de peur à de nombreuses situations.

Les circuits de la peur apprennent vite, parfois trop vite, créant une anxiété. Dans l’enfance, l’anxiété peut s’exprimer par des phobies (noirceur, hauteurs, animaux, orages). Elle peut aussi toucher des thèmes sociaux comme l’éloignement ou la perte de nos proches (anxiété de séparation) ou le regard des autres (timidité, anxiété sociale).

Certains ont même peur d’avoir peur. Ils anticipent tellement bien leur peur qu’ils la provoquent, comme l’enfant qui commence à avoir peur de tout et de rien après le repas du soir parce que le coucher approche. Les enfants autistes peuvent développer plusieurs phobies peu courantes en quelques mois (ex: toilettes, eau, escaliers, appareils ménagers, alarmes, étrangers, mort) dont certaines peuvent avoir des effets très néfastes sur leur développement (ex: refus d’aller à l’école) et leur santé (ex: constipation extrême).

Les différences entre les anxieux et les moins anxieux sont dues à de nombreux facteurs (génétiques, stress du fœtus, stress en bas âge, expériences de vie, traumatismes). Pour freiner la peur, le cerveau utilise des circuits de régulation émotionnelle qui évaluent les risques en fonction de nos priorités, nos valeurs et notre tempérament. Des variations dans ces circuits rendent les gens plus ou moins inquiets, courageux, prudents ou téméraires. Quand ces circuits ont des fragilités particulières, on peut développer un trouble anxieux comme la phobie, l’anxiété sociale, le trouble panique ou le trouble de stress post-traumatique.

La peur est essentielle car elle mobilise notre corps et notre esprit pour réagir aux menaces potentielles.

1) Elle contracte nos muscles pour nous préparer à agir (fuir ou combattre). Très pratique pour les dangers imminents (ex: lion ou voiture qui s’approche), la réaction musculaire est moins adaptée aux nombreuses situations stressantes vécues ou imaginées à chaque jour. Un dos crispé est souvent dû à l’accumulation de centaines de petites réactions d’inquiétude à peine conscientes.

2) Elle mobilise aussi nos hormones de stress pour nous rendre prêts à dépenser de l’énergie pour réfléchir et pour agir. Pour prioriser l’action, la peur freine même les autres systèmes comme la digestion (crispation intestinale, perte d’appétit).

3) Elle augmente notre sensibilité pour nous aider à analyser la situation («c’est quoi ce petit bruit?»). La facilité à déclencher un réflexe de sursaut est un indice d’anxiété.

4) Elle nous fait repenser de façon répétée aux situations stressantes pendant un certain temps (scène violente, conversation stressante) pour tenter d’en tirer des leçons et s’en rappeler. Dans le stress post-traumatique, les flashbacks peuvent être terrorisants et ils aggravent l’anxiété en rendant le souvenir du traumatisme plus permanent. Plusieurs traitements visent à réduire leur fréquence et leur impact.

5) Elle stimule les associations d’idées et nous fait imaginer des scénarios pour prévoir les dangers possibles. Ces pensées peuvent être très utiles mais elles créent aussi un cercle vicieux qui alimente la peur. Ces boucles d’anxiété peuvent nous garder éveillés quand on veut s’endormir et peuvent nous rendre agités ou irritables avant un évènement spécial (voyage, déménagement, rentrée). Les personnes anxieuses peuvent même devenir obnubilées par un thème stressant (rumination mentale). Quand le cerveau cherche des raisons de s’inquiéter, il en trouve toujours.

6) La peur est une grande source de distraction. Quand les inquiétudes dominent la pensée, on a des difficultés à se concentrer et à formuler des idées car la peur impose ses thèmes qui nous distraient constamment.

7) L’anxiété peut se propager comme un virus. Par conditionnement, les circuits de peur tissent des liens avec des situations similaires à celles qui nous font déjà peur. Vivre une situation dangereuse (ex: un feu) dans un endroit bondé peut générer une phobie qui, avec le temps, se généralise aux endroits dont on ne peut facilement fuir (ascenseurs, avions, foules).

8) La peur est aussi contagieuse, car lire les émotions des autres, c’est un peu les reproduire dans notre cerveau. Les personnes qui ont peur sont plus sensibles à la peur des autres.

La peur peut nous figer autant que nous mobiliser. Figer sert à éviter le danger comme le lièvre qui s’immobilise au moindre bruit suspect.

1) La peur peut rendre les jambes molles, une réaction associée à l’immobilisation (ex: la phobie des hauteurs).

2) La peur fige aussi la voix, lui donnant un trémolo ou une baisse de volume qui révèle une baisse d’assurance (ex: parler en public).

3) La peur peut aussi figer l’imagination et la pensée. Elle réduit l’ouverture d’esprit. On évite les idées risquées, on s’en tient à ce qui est connu, parce qu’on a peur de ce que les autres vont penser. On remet à plus tard une conversation délicate ou un travail stressant. Quand on surévalue les risques et qu’on sous-évalue les opportunités, on évite les défis qui nous font avancer. On peut aussi devenir surprotecteur, pour soi ou pour nos proches.

4) L’exposition à la violence peut produire une perte de sensibilité, un blocage ou émoussement émotionnel. On observe souvent ce genre de blocage dans le stress post-traumatique (ex : soldats exposés au combat) ou chez les jeunes régulièrement exposés à la violence. Il a des effets négatifs sur les interactions sociales, les relations de couples et l’adaptation à son milieu.

5) Le cerveau peut même prendre des mesures extrêmes pour éviter la peur. Il peut parfois nous faire vivre une déconnexion partielle de la réalité (dissociation) comme percevoir notre environnement comme irréel, comme dans un rêve (déréalisation), nous faire percevoir nous-même comme étranger (dépersonnalisation) ou encore oublier des évènements traumatisants (amnésie dissociative).

L’anxiété a un impact majeur dans nos vies parce qu’elle affecte notre jugement.

1) La peur, on y croit! Dire à quelqu’un qui a peur qu’il n’a pas de raison d’avoir peur est souvent inutile. À cause d’un biais dans notre jugement, les indices qui confirment la peur sont acceptés beaucoup plus vite que ceux qui la contredisent.

2) Elle réduit notre sens critique et fait qu’on croit ses suggestions même les plus farfelues, comme l’enfant qui, soudainement, prend les ombres dans sa chambre pour des personnages inquiétants; ou l’employée qui croit qu’elle va perdre son emploi parce qu’une parole a pu être mal interprétée par une collègue. Les scénarios irréalistes ne sont plus filtrés à la source («et si le pont s’effondrait au moment où je passe dessus?»)

3) La peur décuple aussi notre besoin de se rassurer. L’anxiété entretient des doutes qui font oublier le bon sens et peuvent nous rendre compulsifs ou superstitieux. Elle peut nous faire vérifier à toutes les minutes si une situation a changé, ou si une porte est bien verrouillée, ou nous donner envie de se laver à répétition par inquiétude pour notre santé.

4) La peur peut aussi nous rendre paranoïaques ou agressifs.

5) En plus, l’anxiété réduit notre assurance, augmente notre détresse, et ronge notre capacité à ressentir le plaisir, ce qui augmente le risque de dépression.

Malgré tous les effets néfastes de la peur, l’extirper du cerveau n’est pas une solution viable. À petite dose, la peur nous motive, nous instruit, et nous socialise quotidiennement. Certaines personnes qui ont subit des dommages au cerveau ne ressentent plus la peur (ex: le cas SM). Ces personnes n’apprennent pas à éviter des situations dangereuses. Elles sont excitées par des scènes de maisons hantées, des serpents tout près de leur visage, ou des films de peur. Elles se méfient peu des étrangers, et ont aussi des difficultés à lire la peur sur le visage des autres. Certains enfants autistes ont aussi cette insouciance face aux étrangers (ce qui contraste avec la phobie sociale des autres) ou peuvent préférer une maison en feu au stress de la rue.

Malgré son importance dans nos vies, l’anxiété n’est pas une fatalité. À court-terme, on peut la désamorcer en freinant la boucle d’alarme, soit en réduisant les sensations corporelles (ex: relaxation, chaleur) ou les pensées associées (ex: distraction, divertissement, socialisation, méditation), ou encore en freinant le moteur de la boucle (ex: médication).

À plus long-terme, réduire l’anxiété demande un travail de désapprentissage des associations anxiogènes en apprenant de nouvelles associations entre des pensées anxiogènes et des émotions plaisantes et, surtout, un renforcement de nos circuits de régulation émotionnelle qui peut prendre différentes voies dont l’entrainement cognitif, l’entrainement de l’assurance et l’entrainement physique.

http://quebec.huffingtonpost.ca/

Jouer à Tetris pour évacuer les souvenirs douloureux


Tétris, un jeu vidéo qui a été conçu il y a 30 ans, pourrait revenir sous forme de traitement pour oublier des souvenirs douloureux, et ceux atteints de stress post-traumatique
Nuage

 

 

Jouer à Tetris pour évacuer les souvenirs douloureux

 

Jouer à Tetris aide à réduire le nombre de récurrences des souvenirs douloureux, selon cette étude. © Mark Thomas/REX/REX/SIPA

Jouer à Tetris aide à réduire le nombre de récurrences des souvenirs douloureux, selon cette étude. © Mark Thomas/REX/REX/SIPA

Par Lise Loumé

Le jeu vidéo mythique Tetris, qui a fêté ses 30 ans d’existence en 2014, pourrait venir en aide aux personnes souffrant de souvenirs intrusifs après un événement traumatisant.

Vous rappelez-vous de Tetris, ce jeu vidéo mythique des années 80 qui consistait à monter des murs avec des blocs de tailles différentes arrivant à un rythme de plus en plus rapide ? Bien qu’il soit aujourd’hui désuet, ce jeu s’avère être une aide précieuse pour les personnes souffrant de souvenirs intrusifs ou douloureux après un événement traumatisant, met en évidence une étude parue dans la revue Psychological Science. À commencer par les patients atteints du syndrome de stress post-traumatique (voir encadré ci-dessous).

Un protocole d’expérience original

Dans cette étude, l’équipe d’Emily Holmes de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) a réalisé deux séries d’expériences. Dans la première, 52 personnes ont visionné un film de 12 minutes dont plusieurs scènes recréaient les conditions d’un traumatisme (par exemple, des images de blessures graves après un accident de voiture). Un bon moyen d’induire expérimentalement des souvenirs intrusifs. Le lendemain, les chercheurs ont montré aux participants des images extraites du film vu la veille et leur ont demandé de remplir des questionnaires sur leurs souvenirs intrusifs du film. Ensuite, la moitié d’entre eux (26) a joué à Tetris pendant 12 minutes. Enfin, tous les volontaires ont été invités à remplir un carnet de bord pendant une semaine, dans lequel ils devaient inscrire chaque moment de leur journée où un souvenir intrusif de la vidéo se manifestait.

SYNDROME. Plusieurs mois après un accident, certaines personnes souffrent de maux de tête, de peurs incontrôlables ou encore de douleurs diverses (troubles de la vision, de l’équilibre ou irritabilité). Lorsque ces symptômes surviennent conjointement, on parle de syndrome de stress post-traumatique. 

Tetris est inefficace sans une réactivation du souvenir

Le protocole de la deuxième expérience était identique à celui de la première. Mais, en complément, les chercheurs ont demandé à certains volontaires de jouer à Tetris sans avoir regardé la vidéo, et d’autres ont seulement visionné le film. Verdict des deux expériences : jouer à Tetris aide à réduire le nombre de récurrences des souvenirs douloureux. Mais lejeu vidéo seul ne suffit pas : la réactivation du souvenir est indispensable pour qu’il soit efficace.

« Même si les personnes préfèrent oublier les souvenirs traumatisants, elles ont intérêt à les ramener, sous certaines conditions, pour les rendre moins intrusifs », affirme Ella James, co-auteur de l’étude. « Actuellement, les traitements pour soigner le syndrome de stress post-traumatique sont prescrits un mois après l’événement traumatique, pour être sûr du diagnostic, mais nous manquons de traitements préventifs qui puissent être donnés plus tôt », explique Emily Holmes.

Selon les chercheurs, un traitement rapide basé sur leurs résultats pourrait aussi profiter aux personnes souffrant de souvenirs intrusifs, mais qui ne sont pas atteintes de stress post-traumatique, afin qu’un jour, celles-ci cessent de revivre les mêmes scènes traumatisantes encore et encore.

http://www.sciencesetavenir.fr/

Le trauma de l’éléphant


Cela s’est passé, il y a quelques années, même sans études, il me semble évident qu’ils ont fait grands tords aux éléphants en tuant les plus vieux et déplaçant les plus jeunes. Ils vivent en groupe et transmettent leurs connaissances à la génération suivante … Et de toute manière, c’est cruel. Cela me fait penser à un reportage d’une jeune mère éléphante qui essayait d’aider son éléphanteau à se sortir d’un piège de boue. Son poids ne faisait qu’enfoncer son petit. Alors, la grand-mère est venue l’aider et par son expérience, elle a réussi à sortir le bébé. Voilà ce qui forme la force d’un groupe d’éléphant
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Le trauma de l’éléphant

 

Des éléphants traversent le lit d'un lac, dans le parc national d'Amboseli, au Kenya. Là, transferts et abattages n'ont pas affecté les liens familiaux. Crédit photo: Nick Brandt

Des éléphants traversent le lit d’un lac, dans le parc national d’Amboseli, au Kenya. Là, transferts et abattages n’ont pas affecté les liens familiaux. Crédit photo: Nick Brandt

Les prélèvements sélectifs qui consistent à tuer les éléphants les plus âgés d’une population et à déplacer les plus jeunes ont des impacts à long terme.

Graeme Shannon et Karen McComb (université du Sussex, Royaume-Uni) ont étudié des éléphants laissés orphelins par des opérations d’abattage sélectif et de transfert, dans le parc national du Pilanesberg, en Afrique du Sud. Leur constat : cette pratique a un lourd impact sur le comportement des survivants et induit des symptômes pareils à ceux du stress post-traumatique chez les humains.

Des années 1960 à 1995, l’Afrique du Sud a effectué des prélèvements pour contrôler les populations d’éléphants. Afin d’en évaluer les effets, Shannon et McComb ont comparé des groupes familiaux du Pilanesberg avec d’autres du parc national d’Amboseli, au Kenya, où cette solution n’a jamais été utilisée.

Les chercheurs ont diffusé aux populations des deux parcs des enregistrements d’éléphants connus et inconnus, de différents âges. Quand ils percevaient une grande menace, les éléphants d’Amboseli se blottissaient les uns contre les autres, mais se détendaient aux cris moins inquiétants. Au Pilanesberg, la réaction des éléphants ne montrait aucun lien clair avec le niveau de menace. Les scientifiques attribuent ces comportements inadaptés au traumatisme initial, ainsi qu’à la perte des figures tutélaires provoquée par les prélèvements.

« Des aspects fondamentaux du fonctionnement social complexe des éléphants peuvent être fortement modiés à long terme », conclut l’étude.

Or les éléphants transmettent leurs connaissances à leurs petits. Les problèmes pourraient donc se répercuter d’une génération à l’autre.

Par Lindsay N. Smith

http://www.nationalgeographic.fr/