« Solar Impulse 2 » atterrit à Hawaï après cinq jours de vol sans carburant


L’aéroplane Solar Impulse fait encore parler de lui. Cet avion aux grandes ailes a affronté le désert bleu du haut des airs de la Chine jusqu’à Hawaï sans escale et surtout sans carburant.
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« Solar Impulse 2 » atterrit à Hawaï après cinq jours de vol sans carburant

 

Par Olivier Dessibourg

 

L’avion solaire « Solar Impulse 2 » (SI2), parti du Japon le 28 juin, a atterri vendredi 3 juillet à 17 h 55 (heure suisse) sur le second aéroport de Honolulu, à Hawaï. Et si son pilote, André Borschberg, est entré dans la légende de l’aviation en le posant là, c’est un peu – comme il n’a de cesse de le rappeler – grâce à son yogi personnel, Sanjeev Bhanot.

Sanjeev Bhanot, qui le suit depuis une décennie, l’a préparé pour lui permettre d’accomplir l’un des plus grands exploits aéronautiques : voler durant environ cinq jours et cinq nuits sans escale ni autre carburant que les rayons du soleil, au-dessus d’un environnement hostile, l’océan Pacifique.

« Je tire ma force mentale et ma résistance de la méditation et du yoga », a souvent confié aux médias durant le vol le directeur du projet et ingénieur en chef de l’aéroplane.

« Fantastique exploit humain »

Parmi les experts de l’aviation, tous reconnaissent « le fantastique exploit humain », résume Pierre Condom, directeur de la revue Interavia.

« Au-delà de la réussite technique de l’avion, c’est une performance physique et mentale extraordinaire et historique, ajoute Olivier de Sybourg, chef du domaine de l’aviation au Service d’enquête suisse sur les accidents d’avion (SESA).

C’est évidemment de très bon augure pour l’accomplissement du tour du monde » entamé le 9 mars à Abu Dhabi.

Le périple transpacifique qui s’est achevé vendredi à Hawaï, et qui a permis à André Borschberg de battre le record du plus long vol en solitaire sans ravitaillement, 117 heures et 51 minutes passées en l’air, n’était en effet qu’une étape d’un chapelet de treize autour du globe. Celle-ci a commencé dimanche dernier en catimini à Nagoya, où l’avion solaire avait été contraint de se poser il y a un petit mois, alors en provenance de Chine, les conditions météorologiques s’étant soudainement fortement dégradées au point d’empêcher la grande traversée. Au Japon, une première tentative de nouvel envol avait été annoncée aux médias le 23 juin, avant d’être annulée à la dernière minute, contraignant André Borschberg à rentrer à l’hôtel pour ronger son frein, et arrachant quelques larmes de déception à Bertrand Piccard, l’instigateur du projet et second pilote, sous l’œil des caméras.

8 000 kilomètres de montagnes russes

Mais le 28 juin — et cette fois sans avoir prévenu la presse — départ ! Pour 8 000 km environ, parcourus à une vitesse variant entre 70 et 100 km/h, en jouant aux montagnes russes : chacun des cinq jours, l’aéroplane a grimpé à 10 000 m d’altitude pour recharger ses batteries avec ses 17 248 cellules photovoltaïques, avant de planer puis de voler à plat dans la nuit, entre les nuages et deux fronts froids. Le second, franchi comme un mur lors du quatrième jour, a causé des sueurs froides au pilote autant qu’aux ingénieurs du Centre de contrôle, à Monaco, en raison des fortes turbulences rencontrées. Cela surtout alors qu’André Borschberg, 62 ans, qui a dormi par tranches de vingt minutes durant le périple, avait accumulé une grande fatigue.

Plus tôt, justement durant ces périodes de repos, un autre souci majeur était apparu : le pilote automatique ne cessait d’enclencher des alarmes dans le cockpit de 3,8 m3. Les ingénieurs, dans une manœuvre délicate, ont alors demandé au pilote d’éteindre et de relancer certains systèmes électroniques. Et tout est rentré dans l’ordre.

« Malgré cela, l’avion s’est très bien comporté, tant il a été construit avec minutie par toute l’équipe », souligne l’astronaute Claude Nicollier, responsable des premiers essais en vol.

« C’est une magnifique récompense pour les dizaines d’ingénieurs qui ont œuvré à ce projet depuis plus d’une décennie », ajoute Olivier de Sybourg, qui les a vus travailler dans le hangar du SESA, à Payerne, où le SI2 a été finalisé.

Les larmes de Bertrand Piccard

Arrivé il y a deux jours à Hawaï, et alors qu’il scrutait dans la nuit l’avion qui faisait des ronds dans le ciel — l’équipe a attendu l’aube pour faire poser l’avion afin de prendre des images en vol sur Hawaï — Bertrand Piccard a expliqué sur Internet son émotion et les larmes — de joie cette fois — qu’il a versées lorsqu’il a aperçu les seize phares d’ampoules LED de l’avion large de 72 mètres.

Et de raconter :

« Lorsque, le 29 juin, nous avons passé le point de non-retour, j’ai ressenti un sentiment absolu et irréversible que nous allions y arriver. C’était si puissant que rien, ni chez André ni chez moi, ne pouvait nous faire changer d’avis concernant l’issue de ce vol. »

Un périple qui, outre les séquences de pilotage pur, les siestes et les nombreuses sollicitations en plein ciel de médias du monde entier, a alors aussi permis à André Borschberg de se détendre. En lisant un livre d’anecdotes écrites par son équipe et caché dans le cockpit. Ou en s’amusant, lorsqu’il s’est affublé d’une longue barbe, s’étonnant qu’elle ait poussé pendant la nuit.

« Une autre journée ordinaire au bureau », blaguait-il même sur Twitter à l’aube du quatrième jour de vol.

A peine posé, l’avion a été pris en charge par les ingénieurs, qui doivent l’ausculter et le remettre en état pour la suite, imminente, de l’aventure : dans trois jours au mieux, si la météo le permet, c’est Bertrand Piccard qui prendra les commandes pour achever la traversée du Pacifique et rejoindre Phoenix, aux Etats-Unis.

  • Olivier Dessibourg (« Le Temps »)
    Journaliste au Monde

http://www.lemonde.fr/


Le Saviez-Vous ► Les tours du monde ayant marqué l’histoire de l’aviation


Une des raisons de ce billet est bien sur, pour notre gouverne personnelle, mais aussi pour souligner l’évènement SI2 c’est-à-dire l’avion Solar Impulse 2 qui a amorcé sa tentative  du tour du monde sans carburant avec escales. Cet avion à la particularité de fonctionner qu’à l’énergie solaire, et ce, dans le but de promouvoir l’énergie propre.
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Les tours du monde ayant marqué l’histoire de l’aviation

 

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Le pilote français Henri Farman a réussi le premier vol par un Européen sur un circuit de 1 km, le 13 janvier 1908 à Issy (près de Paris). Photo AFP

PARIS, France En avion ou en ballon, avec ou sans escale, en solitaire parfois: à l’instar de Solar Impulse 2 qui a pris son envol lundi, les tours du monde aériens ont suscité plusieurs records depuis 1924.

LES AMÉRICAINS, PIONNIERS DES VOLS AUTOUR DU MONDE

Réalisée en 1924, la première circumnavigation aérienne (Seattle-Seattle) est celle des Américains Lowell Smith-Leslie Arnold et Erik Nelson-John Harding à bord de deux Douglas DT2, en 175 jours, du 6 avril au 28 septembre, soit 371 heures et 11 minutes de vol réparties sur 66 jours.

En 1931, il faudra 8 jours, 11 heures et 45 minutes aux aviateurs Wiley Post et Harold Gatty pour boucler leur tour du monde en avion à hélice, avec escales. Wiley Post signait un nouvel exploit en 1933 en réalisant un tour du monde, en solo cette fois, mais avec une multitude d’étapes.

C’est en 1986 et à bord de Voyager que le premier tour du monde sans escale ni ravitaillement, est réalisé par le duo Jeana Yeager and Dick Rutan. Partis le 14 décembre de la base aérienne d’Edwards (Californie), ils reviennent s’y poser le 23 décembre après un vol de quelque 42.000 km en neuf jours.

DUEL DE BALLONS EN PLEIN CIEL ENTRE PICCARD ET FOSSETT

Le premier tour du monde en ballon sans escale est réalisé en mars 1999 par le Suisse Bertrand Piccard et le Britannique Brian Jones à bord du Breitling Orbiter III. Le deux aérostiers enregistrent plusieurs records: tour du monde le plus rapide en ballon (15 jours, 10 heures et 24 minutes), record de distance avec 40 814 km et de durée avec 477 h et 47 minutes (19 jours, 21 heures et 47 minutes).

Le duo était parti de Chateau d’Oex, en Suisse, et avaient atterri dans le désert égyptien après avoir fait plus que le tour du monde.

Le 4 juillet 2002, à bord de son ballon Spirit of Freedom, l’Américain Steve Fossett entre dans la légende de l’aéronautique en réussissant un tour du monde en ballon en solitaire.

Une expérience audacieuse qui met fin à une série de cinq tentatives infructueuses de l’homme d’affaires. Parti le 19 juin de la ville de Northam dans l’ouest de l’Australie, il a parcouru plus de 29 853 km en 14 jours et 19 heures dans une nacelle de 6 m2.

FOSSETT, ÉGALEMENT HOMME DES RECORDS EN AVION

Le 3 mars 2005, Fossett devient le premier homme à réussir, en un peu moins de trois jours, le tour du monde en avion en solitaire, sans escale ni ravitaillement à bord de Virgin Atlantic GlobalFlyer, un engin ultra léger.

L’aventurier multi-millionnaire a parcouru 36 817 km, en 67 heures, une minute et 46 secondes. Trimaran des airs, à l’allure effilée comme un planeur, GlobalFlyer a volé à une vitesse de plus de 600 km/h à une altitude supérieure à 13 000 mètres.

Le 11 février 2006, l’Américain établit le record du plus long vol sans escale en avion, avec 42.450 km parcourus en un peu plus de 76 heures, après avoir effectué un tour complet du globe et réalisé une seconde traversée de l’Atlantique.

Ce record sera le dernier de cet inlassable aventurier dont les ossements ont été retrouvés un an après sa disparition aux commandes d’un petit avion, le 3 septembre 2007.

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