SMS4Science: tout sur nos textos


Les textos ont changé beaucoup dans la mode de communication, les gens textent plus qu’ils parlent au téléphone. Ce phénomène a eu des idées préconçues face à l’écriture, qu’une étude que font partie les pays français et la province du Québec au Canada viennent de mettre à jour leurs résultats
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SMS4Science: tout sur nos textos

 

Il y a 20 ans, les oiseaux de malheur prédisaient la mort de l'écriture. Or... (Photo Digital/Thinkstock)

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Silvia Galipeau
La Presse

Il y a 20 ans, les oiseaux de malheur prédisaient la mort de l’écriture. Or aujourd’hui, qui l’eût cru? On écrit plus que jamais, notent avec enthousiasme les linguistes. Grâce, entre autres, à l’immense popularité des textos. Oui, oui, des textos, ces petits messages envoyés à toute heure de la journée, pour tout, mais aussi (surtout?) pour rien.

Des chercheurs scrutent à la loupe cette trace unique du langage quotidien, dans le cadre d’un projet international baptisé SMS4Science, coordonné par l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et auquel participe une foule de pays francophones (la France, la Suisse, la Réunion) ainsi que le Québec.

Voici, en vrac, quelques conclusions qui brisent bien des idées reçues: non, les textos ne sont pas truffés de fautes d’orthographe, mais sont en fait très créatifs. Et non, les Québécois n’écrivent pas non plus comme les Français. Société distincte jusqu’au bout des doigts, quoi…

1. «Je, me moi»

Est-ce vraiment une surprise? Sur plus de 93 000 textos analysés par l’équipe française, le mot le plus fréquent, loin devant tous les autres, est le «je».

«On met beaucoup de soi dans les textos», signale la linguiste Rachel Panckhurst, de l’Université de Montpellier.

Un très grand nombre de textos est d’ailleurs composé de messages à sens unique, dans lesquels l’auteur parle de lui à l’autre, en exprimant ses émotions, ses joies, sa tristesse, son amour.

2. L’amouuuur

La petite phrase que l’on trouve le plus est aussi celle-ci: «Je t’aime.» Les chercheurs notent à cet égard que les textos sont aussi truffés de mots doux, lesquels sont nettement plus fréquents que les messages de tristesse, de rage ou de colère.

3. 🙂

Les «smileys» sont de plus en plus populaires: le tiers de tous les messages en contient. Mais étrangement, les bonshommes classiques demeurent nettement plus populaires que les icônes graphiques, lesquels ne comptent que pour 1% de tous les «smileys».

4. Sans fautes!

Qu’on se le dise. La directrice du projet, Louise-Amélie Cougnon, a rédigé une thèse de doctorat sur la question. Les résultats sont limpides: quel que soit le pays, les textos ne contiennent que de 4 à 7% de fautes d’orthographe, ce qui est finalement bien peu. Certes, les jeunes (qui sont les plus grands adeptes des textos) en font davantage, mais toujours moins de 7 %. Voilà de quoi remettre en question bien des idées reçues.

5. Très créatifs

La langue française a toujours évolué avec le temps. Et ces jours-ci, c’est avec les textos que ça se passe. Les observateurs notent une grande créativité (en matière d’abréviations, de substitutions phonétiques, de réductions, etc. – la consécration du terme « lol » en est l’exemple par excellence), beaucoup de jeux de mots, même un registre qui change, selon le destinataire (on ne parle pas de la même manière à un enseignant qu’à un ami, évidemment).

 «Il est très riche, le SMS, et il induit des pratiques linguistiques et sociales nouvelles. On a même tendance à moins téléphoner!», signale la linguiste Rachel Panckhurst.

6. Distinctions québécoises

Au Québec, les textos sont typiquement plus courts qu’ailleurs, concis, directs. Nous avons aussi tendance à traduire beaucoup de mots de l’anglais («bon matin», «bienvenue»), ou à carrément écrire dans les deux langues («I’m dead. Je viens pas ce soir»), ce qui ne se voit pas en France. Finalement, alors que les Français ont tendance à croire que notre langage est ici souvent très cru, c’est tout le contraire.

«Ce sont les Français qui sont les plus crus», note Betty Vouillon, qui fait justement une maîtrise en sciences du langage sur la question.

«Les Français utilisent des insultes-mots doux à la pelle!», dit-elle («Salut ma grosse pute», et autres «grognasse», des expressions qu’on voit peu, voire pas, ici).

Découvrez le projet international: SMS4Science http://www.sms4science.org/

http://www.lapresse.ca/

Les smileys aussi vrais que nature


Tout le monde connait les émoticônes pour exprimer nos émotions, si nous avons une facilité de reconnaitre un sourire, une déception, une tristesse, etc. Si on oublie l’image :-) , le cerveau représente la ponctuation : – ) comme un visage si elle est placée d’une certaine façon
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Les smileys aussi vrais que nature

 

par Camille L’Epine

Notre cerveau perçoit les émoticônes comme étant de véritables visages humains.

La première fois que sont apparus sur votre téléphone la suite de signes : – ) vous n’y avez peut-être vu qu’une erreur de ponctuation. 

Mais après 30 années d’utilisation, ces symboles typographiques et leurs nombreuses variantes telles que : – /, : – D ou : – ( symbolisant nos émotions, appelés émoticônes ou plus couramment par le terme en anglais smileys, transmettent leur message sans ambiguïté.

Selon Owen Churches et ses collègues de l’université Flinders, en Australie, ils seraient aujourd’hui traités par notre cerveau comme des visages humains. [1]

Pour obtenir ce résultat, les psychologues australiens ont placé des électrodes sur le cuir chevelu d’une vingtaine d’étudiants, afin de mesurer l’activité électrique de leur cerveau. En particulier, ils ont guetté l’apparition d’une onde électrique particulière nommée « N170 », qui apparaît 170 millisecondes après la présentation d’un visage (et exclusivement dans ce cas).

Les étudiants ont alors vu défiler sur un écran plusieurs images d’objets, de visages et de smileys. Et le résultat ne fait aucun doute : l’onde N170 est bien émise lors de l’affichage d’un smiley! Celui-ci est donc analysé spontanément comme un visage.

Au contraire, si le smiley est présenté à l’envers, par exemple ( – :, notre cerveau n’y voit que de la ponctuation. Une photographie de visage, elle, est reconnue comme telle quelque soit le sens de sa présentation.

« Ces smileys disposés dans leur forme traditionnelle sont perçus comme un visage non seulement par leur ressemblance physique aux visages mais surtout par l’association culturelle aux visages que nous avons développé en les utilisant », en conclue Owen Churches.

Reste, pour le confirmer, à trouver des individus non familiers des smileys qui accepteraient de se prêter à l’expérience. Une tâche sans doute assez difficile en Australie, où il y a plus de téléphones mobiles que d’habitants

Par Camille L’Epine

http://www.larecherche.fr/