La déconsommation, bonheur assuré?


Quand on voit tout l’argent qui est dépensé pour des produits qui ne sont pas vraiment nécessaire … Tout le travail qu’on s’impose pour arriver a payer le crédit, les dettes … la  simplicité volontaire devient probablement la solution de bien des problèmes
Nuage

 

La déconsommation, bonheur assuré?

 

Par Audrey Parenteau

 

Les tenants de la déconsommation et de la simplicité volontaire vous le diront: moins vous posséderez de biens, mieux vous vivrez. Vraiment?

La consommation est la principale activité de notre société, croit Serge Mongeau, qui a popularisé, dans les années 1980 au Québec, le concept de la simplicité volontaire. Les gens essaient de combler leurs désirs et de compenser leurs insatisfactions par l’achat de biens et de services, et «tous les problèmes ne sont plus perçus que comme des absences de marchandises», écrit-il dans son livre La simplicité volontaire, plus que jamais…

Pourtant, devant «les effets potentiels de la consommation [qui sont] de plus en plus étudiés et médiatisés, il y a une prise de conscience générale de l’impact que peut avoir la consommation sur l’environnement», affirme Lilia Boujbel, professeure au Département de marketing de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal et qui s’intéresse aux comportements des consommateurs.

Sur une planète où il est devenu évident que la surconsommation ne peut plus continuer, des gens choisissent de consommer de façon plus responsable, en réduisant leurs achats par exemple. Au cours de la dernière année, 67 % des Québécois ont renoncé à acheter des produits ou des services dont ils n’avaient pas vraiment besoin, selon le Baromètre de la consommation responsable, publié en novembre 2012 par l’Observatoire de la consommation responsable en collaboration avec Protégez-Vous.


Mais entre réduire sa consommation de biens et vivre selon les principes de la simplicité volontaire, il y a un pas… qui vaut peut-être la peine d’être franchi.

«La simplicité volontaire est une voie qui convient à ceux qui ont connula surconsommation, ont pris conscience de ses effets et ont choisi de retourner à l’essentiel.» Serge Mongeau, auteur et père de la simplicité volontaire du Québec, et Diane Gariépy, membre fondatrice du Réseau québécois pour la simplicité volontaire.

 

Moins consommer, un mode de vie

Serge Mongeau, a toujours vécu sobrement. «J’étais simplicitaire avant le terme, dit-il. J’essaie, dans ma vie, de faire moi-même la plupart des choses.»

Il y a bien longtemps, il a décidé de ne plus posséder de voiture. Depuis, en été comme en hiver, il se déplace généralement à vélo.

Lui et sa conjointe, Diane Gariépy, qui est membre fondatrice duRéseau québécois pour la simplicité volontaire, cultivent un jardin pendant la belle saison, achètent local et se procurent, au besoin, des vêtements à la friperie du coin. La télé qu’ils possèdent maintenant, mais dont ils se sont passés pendant 20 ans, leur sert à regarder des films qu’ils empruntent. Bref,ils n’achètent que le nécessaire.

La simplicité volontaire est un «style de vie basé sur un certain nombre de valeurs qui prônent une faible consommation, une responsabilité écologique et l’autosuffisance», explique la professeure Lilia Boujbel, qui est aussi coauteure d’une étude publiée en 2010 sur les valeurs et comportements des adeptes de la simplicité volontaire.

«Notre façon de vivre est simple et responsable, résume Diane Gariépy. On aspire à vivre autrement qu’en surconsommant.»

Les cinq comportements les plus pratiqués par les simplicitaires

Recycler

Éviter les achats sous le coup de l’impulsion

Faire un travail satisfaisant

Limiter l’utilisation de la voiture

Éviter d’accumuler les objets inutiles

Bonheur, où es-tu?

«La société de consommation, qui nous promet le bonheur, ne nous le donne pas. Elle entretient plutôt des rêves, l’idée qu’il y a toujours plus dans la cour du voisin», croit Serge Mongeau.

C’est donc en limitant sa consommation qu’«on évite les frustrations, car on ne se prive pas de quelque chose», ajoute-t-il.

Les tenants de la simplicité seraient d’ailleurs plus satisfaits de leur vie, et donc plus heureux, que les consommateurs «ordinaires», a constaté Lilia Boujbel dans sa recherche.

«Les simplicitaires réguliers sont plus détachés émotionnellement des désirs de consommation [que les simplicitaires occasionnels et les consommateurs non simplicitaires]. Ils sont aussi ceux qui les contrôlent le mieux», conclut son étude.

L’enquête de la professeure montre aussi un lien positif et significatif entre la durée de la pratique de la simplicité volontaire et la satisfaction face à la vie.

«En d’autres termes, plus la personne pratique ce style de vie de façon régulière et continue, plus elle est heureuse, ajoute Lilia Boujbel. Un résultat qui trouve d’ailleurs écho dans des études où il est démontré que la répétition fréquente de gestes positifs (recyclage, bénévolat, etc.) augmente petit à petit le sentiment général de satisfaction par rapport à la vie.»

Moins de biens, plus de liens
Consommer plus modérément permet aussi d’avoir plus de temps pour soi et pour les autres. Si on achète moins, on a donc moins besoin d’argent, et moins besoin de travailler.

«Le temps récupéré peut alors servir à faire des activités qui nous permettent d’avoir encore moins besoin d’argent, comme jardiner ou cuisiner. On peut aussi consacrer ce temps à des activités qu’on aime, par exemple la lecture», illustre Serge Mongeau, père de la simplicité volontaire du Québec.

Pratiquer la simplicité volontaire permet aussi de développer de nouvelles relations avec son entourage.

«Lorsque tu limites ta consommation et que tu as besoin de quelque chose, tu dois l’emprunter», explique Diane Gariépy. Il faut, par exemple, aller cogner chez un voisin ou un ami pour emprunter l’escabeau dont on a besoin. Malheureusement, «bien des gens ont l’impression de se placer en situation d’infériorité lorsqu’ils doivent demander. Mais il ne faut pas hésiter à le faire, car c’est comme ça qu’on tisse des liens», affirme Serge Mongeau.

Relever le défi

Sortir de la société de consommation n’est pas facile, estime Serge Mongeau. L’influence de la publicité et de l’entourage peut s’avérer un obstacle à un changement de mode de vie.

«Notre système nous a aussi appris qu’il n’est pas nécessaire d’attendre, qu’on peut acheter maintenant et payer plus tard», dit-il.

D’ailleurs, la pratique de la simplicité volontaire ne se fait pas du jour au lendemain.

«Plusieurs gestes du quotidien doivent être repensés, réévalués, et même modifiés dans un environnement où les tentations et les sollicitations à consommer sont omniprésentes, indique Lilia Boujbel. C’est toutefois réaliste, dans la mesure où on arrive à vivre en cohérence avec les valeurs de ce style de vie et même à être plus heureux. Mais il s’agit d’un choix purement personnel.»