Qui sont les «sadiques ordinaires» ?


On peut être sadique sans être un psychopathe mais malheureusement, les gens sadiques font autant de mal étant donné qu’ils aiment faire souffrir les gens
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Qui sont les «sadiques ordinaires» ?

 

© Danny Moloshok / Reuters/REUTERS

Loin d’être des serial killers ou des déviants sexuels, les sadiques apprécient plus que d’autres lorsqu’ils font souffrir quelqu’un.

Pascale Senk

Bien adaptés en société, certains individus se délectent plus que la moyenne des souffrances qu’ils infligent.

Oui, les sadiques sont bien parmi nous! Une étude menée par les Dr Delroy Paulhus et Erin Buckels, professeurs et chercheurs en psychologie à l’université de Colombie britannique (Canada), a permis d’établir que certains individus apparemment adaptés en société étaient animés de pulsions sadiques. Sans être des serial killers ou des déviants sexuels, ces individus se délectent davantage que d’autres lorsqu’ils font souffrir quelqu’un. On peut alors parler là d’un «sadisme ordinaire» du type de celui qui, par pur plaisir, pousse certains ados à harceler une victime sur Internet ou des employés de bureau à se moquer quotidiennement d’un collègue timide.

Lors d’une première expérience relatée dans la revue scientifique Psychological Science, Paulhus et Buckels ont soumis 71 étudiants à un questionnaire apparemment centré sur la thématique «Personnalité et tolérance aux emplois difficiles». Dans le panel des emplois proposés, 34 étudiants ont choisi le nettoyage des toilettes, 13 un job les exposant au froid…les 53 restant ont préféré se consacrer, de près ou de loin, à l’extermination d’insectes. Les chercheurs leur ont fourni un moulin à café barbare dans lequel les étudiants devaient jeter trois insectes pour les réduire en miettes. Afin «d’humaniser» davantage ces insectes, les chercheurs leur avaient donné des prénoms.

Durant l’expérience, certains étudiants suspendaient leur geste criminel après avoir tué un, voire deux insectes. Mais d’autres réclamaient encore plus de victimes, et un questionnaire a mesuré chez eux un plaisir particulièrement intense, leur jouissance augmentant même avec le nombre d’insectes qu’ils faisaient souffrir.

Pulsions sadiques et traits de personnalité

Dans une deuxième étude, le Dr Paulhus a cherché à établir des liens entre ces pulsions sadiques et trois «traits de personnalité néfastes» (narcissisme, psychopathie et machiavélisme) sur lesquels il travaille depuis 30 ans. Il a pour cela proposé à des volontaires de jouer à un jeu vidéo en permettant aux gagnants, après un long temps de diversion, de revenir faire exploser leur adversaire après le combat, ajoutant un bruit plus ou moins fort à cette élimination.

Parmi ceux qui présentaient un niveau élevé de traits de «personnalités néfastes», seuls les sadiques faisaient l’effort de revenir pour pulvériser leur adversaire. Ils étaient aussi les seuls à relever alors le niveau sonore. Selon les chercheurs, ces résultats montrent que des sadiques «ordinaires» ont une motivation interne pour faire souffrir des innocents, même si cela leur coûte temps et énergie.

Pour le psychanalyste Jean Charles Bouchoux, auteur du livre Les pervers narcissiques (éd. Eyrolles), ces études confirment l’intuition freudienne selon laquelle nous sommes tous animés de pulsions sadiques.

«À un certain stade de son évolution, tout enfant éprouve du plaisir à faire du mal, explique-t-il. Mais ces pulsions sont habituellement contrecarrées par l’idéal du moi et la culpabilité qui en résulte».

Certaines personnes continuent toutefois à exprimer cette pulsion sadique, que ce soit à un niveau sexuel, physique, ou mental.

«Chez les pervers narcissiques, cette pulsion sadique se double du goût du pouvoir», ajoute Jean-Charles Bouchoux.

Une précision confirmée par les chercheurs américains.

«Les psychopathes veulent profiter de leurs victimes et se fichent de leur faire du mal dans ce processus, a déclaré le Dr Paulhus sur le site du New York Times. En revanche, les sadiques recherchent des occasions de faire souffrir les autres, et prolongent celles-ci pour leur propre plaisir».

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