Des espions parmi nous



Pour moi, l’espionnage se fait entre les pays comme les États-Unis, la Russie, etc. Des fois, je me demande si je suis dans un autre monde. Le Rwanda à de grandes blessures à cause du génocide. Même si cette période noire est derrière eux, il reste des coins sombres qui continuent a contrôler les gens même à l’extérieur du pays. Je trouve monstrueux qu’on attire des jeunes pour aller étudier à l’étranger pour devenir des espions et s’ils refusent, ils risquent de payer de leur vie. C’est une situation inadmissible. Cette jeune étudiante ne veut pas donner les renseignements récoltés, car elle sait que des gens vont mourir. Elle devrait être protégée pour ce refus.
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Des espions parmi nous


On associe souvent l’espionnage à de grandes puissances comme la Chine ou la Russie, pas à un pays comme le Rwanda. Or, nous avons appris qu’une Rwandaise a reconnu avoir espionné au Québec pour le compte de son gouvernement. Une affaire qui lève le voile sur une face plus sombre du gouvernement de Paul Kagame, louangé pour avoir piloté la renaissance du Rwanda, ravagé par un génocide il y a 25 ans.

Par Chantal Lavigne

En 2008, Nadège* est étudiante à l’université à Kigali, la capitale rwandaise, lorsqu’elle apprend que le gouvernement offre des bourses d’études à l’étranger. La jeune femme pose sa candidature et obtient une bourse de la francophonie pour venir au Québec. Elle présume qu’il s’agit d’une récompense pour son excellence scolaire et pour son travail de cadre au sein du FPR, le parti au pouvoir au Rwanda. Mais elle découvre rapidement qu’en échange, elle devra remplir une mission : espionner un Canadien d’origine rwandaise ici.

« On m’a dit : “il y a un homme au Canada, tu dois le retrouver dans le but de découvrir où se trouvent ses parents” », raconte la jeune femme, qui a accepté de nous rencontrer.

Le couple recherché, lui explique-t-on, a commis un acte de terrorisme au Rwanda, avant de s’enfuir à l’extérieur du pays.

Nadège assure que sa sécurité aurait été en jeu si elle avait refusé de collaborer.

À l’étranger, y compris au Canada, le Rwanda est souvent présenté comme une Singapour africaine, où règnent ordre et propreté. Un pays qui, sous la gouverne de son président Paul Kagame, a su renaître de ses cendres, après un génocide qui a fait 800 000 morts en 1994, en majorité des membres de la minorité tutsie.

Le président Kagame est invité dans les plus grands forums internationaux. Il était au G7 dans Charlevoix en 2018 et encore à Biarritz en août dernier. Le Rwanda sera l’hôte du prochain sommet du Commonwealth en juin prochain.

Mais derrière cette image brillante se cacherait un régime de plus en plus autoritaire qui ne tolère aucune dissidence et qui surveille et traque ses critiques, même à l’étranger.

Formations d’espionnage avec des militaires

Nadège est une jeune femme à la voix douce et à l’allure timide, qu’on peine à associer au mot espionne.

Avant son départ, elle affirme avoir suivi une formation au camp militaire de Gako pour apprendre les rudiments d’espionnage.

« Ça consistait à savoir comment approcher les gens, comment les suivre. Il y avait aussi des mises en situation », décrit-elle.

 Illustration : Radio-Canada/Jasmin Simard

Une trentaine de personnes assistaient à la formation, selon elle. Elle affirme toutefois ignorer si, parmi elles, se trouvaient d’autres étudiants chargés d’espionner à l’étranger.

« On ne pouvait pas le savoir. C’est ce qu’on répétait chaque fois. Tu dois être quelqu’un de discret, de secret. Personne ne le savait à part moi. Même mon mari. »

À son arrivée au Québec, en 2010, Nadège se met au travail. Elle suit l’homme ciblé par son gouvernement à quelques reprises et se rend à des fêtes rwandaises pour tenter de s’en rapprocher. Mais sans grand succès. Le jeune homme se méfie.

« Les gens se disent qu’il y a des espions qui arrivent ici, dit-elle. Qu’ils sont envoyés par le gouvernement rwandais qui leur veut du mal. »

De vrais professionnels

Au cours de notre enquête, nous avons en effet constaté qu’un climat de crainte régnait au sein d’une partie de la diaspora rwandaise. Plusieurs dissidents n’ont jamais voulu nous parler, persuadés que le gouvernement rwandais les surveille jusqu’ici. Jusqu’à quel point leurs craintes sont-elles fondées?

Sans vouloir commenter spécifiquement le cas du Rwanda, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) nous écrit « avoir constaté à maintes reprises que des États étrangers prenaient pour cible des collectivités précises au Canada ».

Toutefois, un rapport secret de 2014 de l’Agence des services frontaliers du Canada affirme que des espions rwandais harcèlent des réfugiés ici.

Le document déposé en Cour fédérale dans un autre dossier d’immigration décrit un « système bien documenté de répression des critiques du gouvernement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Rwanda ».

Des cas d’espionnage rwandais ont aussi été rapportés dans les médias dans le passé en Suède, en Australie et en Belgique.

 Illustration : Radio-Canada/Jasmin Simard

« Les Rwandais ont la réputation d’être actifs et efficaces en ayant acquis toutes les ficelles du métier d’agent de renseignement. Ce sont de vrais professionnels », souligne Guy Rapaille, qui a longtemps dirigé le comité de surveillance des services de renseignement belges.

Il affirme même avoir été informé en 2017 et en 2018 de la présence en Europe de membres des services de renseignement rwandais, chargés d’éliminer ou de faire pression sur des opposants. Il précise toutefois n’avoir jamais eu vent de l’assassinat d’un dissident en Europe.

Menaces, disparitions et assassinats

Par contre, certaines personnes en Europe ont déjà été victimes de menaces sérieuses.

En 2011, la police de Londres a avisé les dissidents rwandais René Mugenzi et Jonathan Musonera que leur vie était mise en danger par le gouvernement rwandais.

En 2014, Judi Rever, une journaliste et auteure indépendante de Montréal, est en reportage en Belgique, lorsqu’elle est abordée à son hôtel par un représentant de la Sûreté de l’État.

« Vous êtes madame Judi Rever? » lui demande-t-il.

 Illustration : Radio-Canada/Jasmin Simard

À l’époque, elle prépare un livre sur les crimes commis par les troupes de Paul Kagame pendant et après le génocide.

« Il m’a dit qu’ils avaient des informations crédibles indiquant que l’ambassade rwandaise en Belgique constituait une menace contre ma vie », raconte-t-elle.

Deux gardes du corps en voiture blindée vont la suivre jour et nuit durant son séjour d’une semaine en Belgique.

« Pour la première fois de ma vie, je me suis dit : “c’est très sérieux”, dit-elle. Je me suis dit : “le régime est prêt à tout faire pour m’empêcher de travailler.” »

« Ils n’hésitent pas à tuer leurs opposants en dehors de leur pays”, confirme Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale chez Human Rights Watch. C’est quelque chose qu’on a documenté depuis les années 90. »

Lewis Mudge et son organisation ont dû quitter le Rwanda en 2018 en raison de leurs critiques du gouvernement rwandais. L’organisme de défense des droits de la personne a enquêté sur de nombreux cas de menaces, de torture, de disparitions, de tentatives d’assassinat et de meurtres au Rwanda, mais aussi à l’étranger : au Kenya, en Ouganda et en Afrique du Sud.

 Illustration : Radio-Canada/Jasmin Simard

L’un des cas les plus célèbres est celui, en 2014, du colonel Patrick Karegeya, un ancien dirigeant des services de renseignement rwandais. Il a été étranglé dans sa chambre d’hôtel de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Deux semaines plus tard, lors d’un discours public, le président Paul Kagame tient des propos troublants :

« Si vous décevez le pays, si vous souhaitez du mal à son peuple, vous finirez par en subir les conséquences. Il ne reste qu’à savoir comment.  »

Dans la foulée de cette affaire, le département d’État américain s’est dit « troublé par une succession de meurtres d’exilés rwandais qui semblent avoir une motivation politique ».

Plus récemment, la justice sud-africaine a lancé des mandats d’arrêt contre deux Rwandais, vraisemblablement liés au gouvernement rwandais.

Nadège demande l’asile…

Nadège, elle, parviendra grâce à des connaissances à retrouver le couple recherché par les autorités rwandaises. Mais elle assure n’avoir jamais transmis l’information à son gouvernement. C’est qu’elle a été ébranlée, dit-elle, par des attaques rapportées contre des Rwandais à l’étranger.

« J’ai pris conscience que c’est pour les tuer qu’on recherche les gens qui sont à l’extérieur. C’est là que j’ai commencé à me demander ce que je fais. »

Elle affirme que le représentant du haut-commissariat du Rwanda au Canada, à qui elle devait transmettre les informations, a commencé à s’impatienter devant son peu de progrès. Elle coupe tout contact avec lui, déménage et, en août 2013, demande l’asile politique au Canada.

« Elle n’a pas terminé sa mission. Elle n’a pas révélé l’intégralité de l’information sensible qu’elle a pu recueillir. Donc aucune vie n’a été mise en danger », plaide son avocate Meryam Haddad.

Mais en octobre 2014, le Tribunal de l’Immigration rejette la demande d’asile. Le commissaire conclut que Nadège a effectué de l’espionnage, que cet espionnage contrevient aux valeurs d’un État démocratique, et qu’il est donc contraire aux intérêts du Canada.

Selon lui, Nadège a accepté volontairement d’espionner en échange d’une bourse d’études. La Rwandaise devra donc être expulsée du territoire canadien.

Il reste toutefois un dernier recours : convaincre l’Agence des services frontaliers que les risques que Nadège court au Rwanda sont plus grands que la menace qu’elle représente pour le Canada. C’est ce qu’on appelle un examen des risques avant renvoi.

« Je pourrais être maltraitée ou tuée si je retournais au Rwanda, parce qu’en ne remplissant pas ma mission d’espionnage, j’ai trahi le gouvernement rwandais. »

– Nadège

Près de cinq ans plus tard, elle n’a toujours pas de réponse.

Nous avons tenté sans succès à plusieurs reprises d’obtenir des commentaires du haut-commissariat du Rwanda au Canada. Nous n’avons pas réussi à joindre le diplomate rwandais que Nadège affirme avoir rencontré. Il a depuis quitté le Canada.

*Pour des raisons de sécurité, nous avons changé son nom et modifié certains détails de son récit.

Chantal Lavigne journaliste, Yanic Lapointe réalisateur télé, Melanie Julien chef de pupitre, André Guimaraes développeur, Jasmin Simard illustrateur. Avec la collaboration de Charlie Debons pour l’image de couverture.

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Raconter l’horreur sans transmettre la haine


 Le Rwanda a des leçons a donner au monde entier pour s’être relever du génocide de Tutsis par le Hutus. Ils ne veulent pas oublier la perte des millions de personnes àla suite a ces horreurs, il y a 25 ans. Cependant, ils veulent que leur histoire soit gravé dans l’humilité et l’harmonie entre rescapés et bourreaux. Même les écoles organisent des visites guidées pour expliquer l’origines du génocide et de se considérer les deux ethnies comme des Rwandais. Ils veulent que les jeunes puissent avoir un esprit critique pour lutter contre de telles horreurs et qu’il est important de comprendre que même qu’il y avait des Hutus gentils à cette époque et que les enfants des bourreaux sont innocents … C’est un discours plein d’espoir
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Raconter l’horreur sans transmettre la haine

 

Vingt-cinq ans après le  génocide de 1994 contre les Tutsis, le Rwanda est un pays très jeune. Soixante pour cent de la population est née après le drame. Transmettre la mémoire de cette tragédie aux nouvelles générations est donc aujourd’hui une priorité dans le pays.

Par Jean-François Bélanger

Edmond Niyonsaba revient régulièrement à Ntarama. Plusieurs fois par année, lorsqu’il en a le temps et les moyens, il emprunte un transport en commun pour venir marcher dans le jardin paisible autour de cette église en ruines. Parfois, l’envie lui prend dès le réveil. Un besoin irrépressible d’échanger avec les siens, de retrouver ses racines.

 Edmond Niyonsaba regarde des crânes exposés dans une vitrine.

Edmond Niyonsaba à l’église de Ntarama. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Car ses parents se trouvent ici, quelque part. Peut-être dans l’ossuaire au pied du monument érigé juste à côté. Peut-être parmi les dizaines de crânes exposés dans une vitrine dans ce qui reste de l’église. Les ossements ont été laissés sur place comme preuve de l’horreur absolue qui s’est déroulée ici.

Le 15 avril 1994, 5000 Tutsis ont été massacrés dans cette église. Ils pensaient être à l’abri dans la maison du Seigneur, mais le rempart symbolique s’est révélé dérisoire face à la folie meurtrière des génocidaires Hutus. Déchaînés, ils ont lancé des grenades par les fenêtres avant d’entrer à l’intérieur pour achever les survivants à coups de machettes.

Des crânes dans une vitrine.

Les crânes de victimes du génocide sont exposés au mémorial de Ntarama. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Edmond se trouvait à l’intérieur avec ses parents. Il n’avait que six ans. Il a survécu sans savoir comment. Sa tête porte encore la trace du coup de machette qu’il a reçu. Une longue cicatrice d’une quinzaine de centimètres. S’il a perdu connaissance sur le coup, sa mémoire d’enfant a tout enregistré du terrible massacre qui a précédé.

« Je vais peut-être finir par oublier des noms et des visages, mais les cris et les pleurs, je ne pourrai jamais les oublier. Ces cris et ces pleurs, je vais devoir vivre avec toute ma vie. » – Edmond Niyonsaba, rescapé du génocide

Le jeune Edmond Niyonsaba regarde des crânes empilés sur des étagères. Une longue cicatrice est clairement visible sur sa tête.

Edmond Niyonsaba à l’église de Ntarama en 2004. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

J’avais rencontré Edmond pour la première fois 15 ans plus tôt, en avril 2004. C’était alors un adolescent à la silhouette frêle, perdu dans des vêtements trop grands. Et pourtant, malgré sa jeunesse, une impression étonnante se dégageait de lui. Il était calme et posé, s’exprimait à voix basse, pesant chacun de ses mots.

Il décrivait l’horreur avec la familiarité de celui qui l’a connue de trop près et qui se sait maintenant condamné à la revivre encore et encore. Car Edmond, en tant que rare rescapé, se sentait investi d’une mission : tout dire, tout raconter.

L’homme que je retrouve en 2019 paraît moins fragile. Edmond porte désormais une barbiche, soigneusement rasée, et sa mince couche de cheveux masque à peine sa cicatrice. Il parle toujours d’une voix douce et lente et n’a rien perdu de sa volonté de témoigner.

Gros plan d'Edmond Niyonsaba.

Edmond Niyonsaba à l’église de Ntarama. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

« Si j’ai survécu, c’est grâce à Dieu, mais survivre porte également une responsabilité. On doit absolument dire aux nouvelles générations ce qui s’est passé si on ne veut pas voir l’histoire se répéter.  » – Edmond Niyonsaba, rescapé du génocide

Et pour lui, les nouvelles générations ont un nom : Joëlla, 4 ans, et Elliot, 4 mois. Ses deux enfants sont sa fierté. La matérialisation du rêve d’un orphelin de fonder un jour une famille, l’incarnation d’une volonté de survivre. Une volonté qu’il partage avec son épouse, Donatha, elle-même orpheline et rescapée du génocide. Au Rwanda, il est de coutume de donner des noms en langue kinyarwanda en plus des prénoms chrétiens. Ces noms, c’est Edmond qui les a choisis et ils ont une signification.

La famille pose devant une maison.

Edmond Niyonsaba, son épouse, Donatha, et leurs deux enfants, Joëlla et Elliot. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

« Joëlla, qui est née la première, s’appelle aussi Igihozo, ce qui signifie consolatrice, dit-il. Et Elliot, je l’ai appelé Ishami, ce qui veut dire branche… comme la branche d’un arbre généalogique qui part de moi et qui poursuit la lignée familiale. »

Edmond leur a aussi donné le nom de son père, Cassius.

Assis dans son salon, il regarde avec tendresse sa fille de 4 ans décliner les noms des couleurs en français, une langue qu’il maîtrise mal. Puis il esquisse un large sourire lorsqu’il entend la gamine marteler une récitation, apprise à l’école, à la gloire de ses parents.

« J’aime beaucoup mon papa, j’aime beaucoup ma maman. J’aime aussi mes frères et sœurs. Mais avant tout, je dois aimer le Seigneur Jésus qui m’a sauvée. »

La petite fille, vêtue d'une robe élégante, tient une poupée dans ses bras.

La fille d’Edmond Niyonsaba, Joëlla. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

La petite ne connaît rien de l’histoire de sa famille.

« Elle est trop petite encore », précise Donatha.

Mais les parents se préparent depuis des années à ce moment où ils vont lui annoncer pourquoi elle n’a ni grands-parents, ni oncles, ni tantes.

« Si on ne lui dit pas la vérité, elle va l’apprendre ailleurs, dit Edmond, et ce ne sera pas de la bonne façon. Il faut bien choisir les mots pour éviter de créer de la haine. Il faut dire aussi que ce ne sont pas tous les Hutus qui ont fait ça. Certains ont fait du bien. Et les enfants de ceux qui ont fait du mal, ils sont innocents. Ils ne doivent pas être blâmés pour les actes de leurs parents. »

Edmond et Donatha vivent pauvrement. Un choix : toutes leurs économies doivent servir à payer l’école des enfants. L’éducation est, à leurs yeux, la clé du salut de leur famille et du pays, comme elle a été auparavant un instrument de sa descente aux enfers.

« Avant le génocide, les enfants apprenaient à l’école les différences entre les Hutus et les Tutsis, dit Donatha. Ils apprenaient la haine. Aujourd’hui, les enfants doivent apprendre que nous sommes tous des Rwandais. »

Un jeune enfant.

Au Rwanda, l’âge moyen est de 20 ans. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Reconstruire une nation

Le défi est de taille. Car le Rwanda est un pays jeune. L’âge moyen est d’à peine 20 ans. Soixante pour cent de la population a moins de 25 ans et, donc, n’a pas connu le génocide. Par conséquent, transmettre la mémoire de la tragédie figure aujourd’hui au sommet des priorités de la Commission nationale de lutte contre le génocide (CNLG).

Diogène Bideri parle avec conviction de la nécessité de préserver les témoignages des rescapés, car, précise-t-il, beaucoup sont vieux et mourront bientôt. Mais il ajoute du même souffle :

« On va aussi vers le bourreau, car cette personne-là qui a été reconnue coupable et a purgé sa peine, elle a aussi quelque chose à dire. »

Diogène Bideri est devant une plaque portant les noms des victimes du génocide rwandais.

Diogène Bideri, rescapé du génocide et conseiller juridique principal de la Commission nationale de lutte contre le génocide. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

En marchant dans les jardins du mémorial de Kigali, qui renferme les dépouilles d’un quart de million de victimes du génocide, le conseiller juridique de la CNLG décrit la forme que doit prendre, à ses yeux, l’enseignement de cette page sombre de l’histoire du pays.

« Ce qu’on veut montrer, ce n’est pas la tragédie. Non. On veut montrer que les gens peuvent vivre après une tragédie et livrer un message positif : les victimes et les bourreaux peuvent vivre ensemble, construire une nation et se battre pour la paix. » – Diogène Bideri, rescapé du génocide, conseiller juridique principal du CNLG

À l'avant-plan, une femme regarde le sol.

Des étudiants se recueillent devant le caveau où reposent les victimes, au Mémorial du génocide de Kigali. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Apprendre à vivre en harmonie

Une pluie intense s’abat sur le mémorial de Kigali alors qu’un groupe d’élèves se dirige vers l’intérieur du musée après s’être recueilli devant le caveau où reposent les victimes.

Le guide, Jean-Claude Mugabe, dirige la visite du musée, insistant sur les causes profondes du génocide. Il raconte la période coloniale, l’attention trop grande donnée à l’origine ethnique des habitants. Il parle du rôle délétère de la propagande d’État et des médias haineux. Il détaille les conséquences catastrophiques de cette spirale de la violence sciemment entretenue

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Delphine Umuhoza regarde attentivement la photo d'une victime.

Delphine Umuhoza visite avec sa classe le mémorial du génocide de Kigali. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Mais lorsque les étudiants entrent dans la pièce où sont disposées les photos des disparus ou dans celle, plus loin, qui renferme les ossements, la visite se passe de commentaires. L’atmosphère se fait lourde, le silence, assourdissant. Delphine Umuhoza s’arrête devant la photo d’un homme sans nom. Elle tend la main, touche la photo. Puis porte la main à son visage pour essuyer la larme qui coule sur sa joue.

La même scène se répète dans la salle à l’étage où sont exposées les photos de dizaines d’enfants.

« C’est ma première visite ici, précise l’étudiante de 20 ans. Voir les photos et les corps de tous ces gens qui ont été tués, ça m’a vraiment touchée. En voyant ces enfants, ces bébés, je ne peux pas m’expliquer pourquoi ils ont été tués. Ils ne connaissaient même pas leur ethnie. Ils étaient tous des enfants de Dieu. »

Des jeunes regardent la photo en noir et blanc d'un bambin.

Des photos d’enfants victimes du génocide au Mémorial de Kigali. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Si les étudiants sont tous sous le choc au terme de leur visite, leur enseignant et le guide cherchent surtout à éveiller leur conscience et faire appel à leur capacité d’analyse.

« Le message que l’on veut transmettre à la jeune génération, c’est qu’il est essentiel de développer son esprit critique pour ne pas que l’histoire se répète. Parmi les jeunes qu’on amène ici, il y a des enfants des bourreaux et d’autres qui viennent de familles de rescapés. Nous essayons de les mettre ensemble pour montrer comment on peut vivre en harmonie, sans haine », explique Albert Rutikanga, enseignant et fondateur de Peace Education Initiative Rwanda.

Ce message, c’est aussi celui qu’Edmond et Donatha veulent transmettre à Joëlla et Elliot. Ils se donnent le temps de le faire correctement, d’ici quelques années, lorsqu’ils seront assez vieux pour comprendre.

M. Niyonsaba joue avec sa fillette dans un parc.

Edmond Niyonsaba avec sa fille Joëlla. Photo : Radio-Canada/Jean-François Bélanger

Et d’ici là, Edmond savoure chaque moment avec eux, accompagne avec bonheur sa fille à la piscine ou sur une balançoire, lui refuse rarement une crème glacée ou des bonbons.

Comme une promesse faite à lui même il y a longtemps : tout faire pour donner à ses enfants l’enfance heureuse et insouciante qu’il n’a pas connue.

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Les corps de 5.400 victimes du génocide de 1994 découverts au Rwanda


 

Après plus de 20 ans, les corps sont retirer des charniers au Rwanda. On parle à toutes les années d’un génocide lors de la première guerre mondiale, pourtant d’autres pays ont vécu aussi de tel drame. Environs 8 000 Tutsis et Hutus ont été tué a tous les jours pendant 100 jours
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Les corps de 5.400 victimes du génocide de 1994 découverts au Rwanda

 

© photo news.

Les autorités rwandaises ont communiqué la découverte des corps de 5.400 personnes victimes du génocide de 1994.

 Les dépouilles ont été extraites de 26 charniers situés dans les districts de Masaka et de Kicukiro (Kigali), a indiqué jeudi Naphtal Ahishakiye, secrétaire de direction d’Ibuka, organisation représentant des survivants du génocide.

Un résident de Kicukiro, survivant du génocide, a guidé les autorités jusqu’aux charniers, a précisé M. Ahishakiye.

La recherche d’éventuels autres charniers se poursuit, a encore dit M. Ahishakiye.

Quelque 18.000 corps ont été retrouvés depuis avril. Plus de 800.000 Tutsis et Hutus modérés ont été tués en l’espace de 100 jours en 1994.

https://www.7sur7.be/

Des recherches en Allemagne sur l’origine de plus de 1 000 crânes africains


Pendant l’empire allemand, les colonies ont étendu leur territoire à plus endroits en Afrique. Des restes humains ont été rapatrié pendant cette période de l’histoire. Aujourd’hui, on cherche à savoir l’origine de 1000 crânes qui peuvent venir du Rwanda, Tanzanie et autres pays. Moi, la question que je me demande : pourquoi ces crânes se retrouve en Allemagne
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Des recherches en Allemagne sur l’origine de plus de 1 000 crânes africains

 

ANTONY NJUGUNA / REUTERS

Ces restes humains avaient été ramenés principalement du Rwanda, mais aussi de Tanzanie et du Burundi, dans l’ancien Empire allemand.

Un projet international de recherche de deux ans a été lancé jeudi en Allemagne pour découvrir l’origine de plus de 1 000 crânes provenant des anciennes colonies allemandes en Afrique.

Ces restes humains avaient été ramenés principalement du Rwanda, mais aussi de Tanzanie et du Burundi, dans l’ancien Empire allemand (1871-1918) par l’anthropologue allemand Felix von Luschan à des fins « d’études scientifiques ».

Coordonnées par la Fondation des possessions culturelles prussiennes (FPCP), ces recherches pourraient permettre de restituer in fine ces crânes aux pays d’origine

« Nous allons d’abord chercher à déterminer quelle est l’histoire de ces crânes (…) puis nous réfléchirons avec les pays concernés à ce que nous en ferons », a expliqué lors d’une conférence de presse à Berlin Hermann Parzinger de la FPCP.

L’ambassadeur rwandais en Allemagne Igor Cesar a admis que son pays n’avait appris que récemment, en 2016, l’existence de ces restes humains.

« Quand on entend dire qu’il y a 1 000 crânes, on se demande d’abord d’où ils viennent. Comment peut-on parvenir à récolter 1 000 crânes? », s’est-il demandé, précisant qu’à cette époque les cimetières n’existaient pas au Rwanda. Les corps des défunts étaient simplement enterrés près des maisons familiales.

Selon lui, il est « encore trop tôt » pour que Kigali exige leur restitution: « ces crânes ont attendu 100 ans et à présent ils sont ici (…) quand nous saurons plus précisément ce qu’il en ressort, nous verrons ce qu’il en adviendra ».

La Fondation des possessions culturelles prussiennes avait récupéré ces crânes « en très mauvais état » de l’hôpital berlinois de la Charité. Parmi eux, 986 seraient issus du Rwanda, 41 de Tanzanie, 4 du Burundi et 54 autres ne sont pour le moment identifiés que par « Afrique de l’est ».

Depuis, ils faisaient l’objet d’un important travail de rénovation et d’inventaire.

Mais en l’absence de toute documentation, le travail préliminaire des scientifiques s’est avéré jusqu’à présent très compliqué: les notes griffonnées à même les crânes ont constitué jusqu’à présent leurs meilleurs indices.

C’est pourquoi les chercheurs allemands vont travailler en collaboration avec leurs homologues africains pour faciliter leur tâche.

« Nous allons désormais former un réseau avec nos collègues de Tanzanie, du Rwanda, du Burundi pour rechercher ensemble les origines de ces objets », a affirmé Bernhard Heeb qui coordonne l’étude globale.

Jusqu’au traité de Versailles à la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire allemand possédait plusieurs colonies en Afrique: l’Afrique orientale allemande s’étendait sur les territoires actuels du Rwanda, du Burundi et d’une partie de la Tanzanie, le sud-ouest africain recouvrait l’actuelle Namibie et l’ouest avec les actuels Cameroun et Togo

http://quebec.huffingtonpost.ca/

Humain comme un drone…


Les drones sont utilisés pour n’importe quoi et souvent pour des mauvaises choses ou même extravagantes. Cependant, d’autres sont utilisé à des fins humanitaires qui donnent un atout indispensable à l’engin
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Humain comme un drone…

 

Un drone du groupe néerlandais Women on Waves livre des pilules abortives en Irlande du Nord. (Photo: M. Godefroy/womenonwaves.org)

Un drone du groupe néerlandais Women on Waves livre des pilules abortives en Irlande du Nord. (Photo: M. Godefroy/womenonwaves.org)

Les drones servent de plus en plus à des fins humanitaires.

Il y a les drones qu’on envoie tuer de présumés terroristes au Moyen-Orient; les drones qui livrent clandestinement de la drogue en prison; ceux qui espionnent les territoires ennemis. Mais ces véhicules aériens sans pilote, conçus pour remplir des objectifs militaires, ne servent plus seulement à ces fins funestes. De plus en plus, on les emploie pour faire avancer des causes sociales ou environnementales.

Par ici les pilules

Un groupe néerlandais de défense du droit à l’avortement, Women on Waves, a récemment envoyé un petit engin livrer des pilules abortives en Irlande du Nord et en Pologne, où les interruptions volontaires de grossesse sont illégales.

Gardes forestiers ailés

En Namibie, des drones fournis par le Fonds mondial pour la nature patrouillent dans les immenses parcs nationaux pour protéger les rhinocéros contre le braconnage. Ces appareils contiennent entre autres un dispositif de repérage GPS, des systèmes d’autopilotage perfectionnés ainsi que des caméras thermiques.

Reforestation aérienne

BioCarbon Engineering, jeune entreprise britannique, compte semer un milliard d’arbres par année en déployant une flotte de drones chargés de semences au-dessus des forêts coupées à blanc, en Amazonie et en Afrique du Sud, notamment.

Les médicaments s’en viennent!

Une petite boîte de San Francisco, Zipline, vient de commencer à tester son drone médical au Rwanda: l’appareil parachute des produits sanguins et des vaccins dans des régions difficilement accessibles du pays, où les cliniciens peuvent les commander par texto.

http://www.lactualite.com

Au Rwanda, des villages de réconciliation où cohabitent anciens bourreaux et victimes


Alors que le Rwanda a été abandonné par l’aide Internationale, ils essaient de reprendre une vie normal après le génocide.  C’est un tour de force d’avoir un village avec les victimes et meurtrier pour qu’une réconciliation soit possible. Bien sûr, cela demande du temps, mais déjà des gens ont fait de leurs ennemis, leurs amis. Le meurtrier qui a tué toute une famille se retrouve ami avec un survivant de cette famille.
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Au Rwanda, des villages de réconciliation où cohabitent anciens bourreaux et victimes

 

Repéré par Xavier Ridel

Le gouvernement et les ONG sont mobilisés pour réconcilier Hutu et Tutsi.

À une heure de voiture de Kigali, la capitale du Rwanda, se trouve Mbyo. Soit un petit village que rien ne semble démarquer des autres. Pourtant, le Guardian nous apprend qu’une communauté de 54 familles y vit, et que les victimes du génocide de 1994 y côtoient ceux qui ont tué leurs parents. Tasian Nkundiye et Laurencia Niyogira sont ainsi passé du statut d’ennemis à celui d’amis proches. Même si le premier a assassiné la famille de la seconde:

«Je lui suis très reconnaissant. À chaque fois que je lui écrivais, alors que j’étais en prison, elle ne m’a jamais dit que j’étais un meurtrier. Maintenant, je lui laisse souvent la garde de mes enfants quand je dois m’absenter du village.»

Presque surhumaine, cette réconciliation vient d’abord d’un désir gouvernemental d’arranger les choses entre les Tutsi et les Hutu. Au début des années 2000, le président Paul Kagame met en place une loi stipulant que les génocidaires peuvent sortir de prison s’ils envoient une lettre d’excuse aux victimes. Silas Uwesegumuremyi, dont le père a été tué par un de ses voisins, affirme:

«Nous devons tous garder en mémoire le rôle que nous avons joué en 1994, mais le souvenir n’amène plus de colère. Il nous renforce.»

De la rage à revendre

L’ONG Prison Fellowship Rwanda (PFR) est à l’origine du village de Mbyo. Le but de l’organisation est avant tout de reloger ceux qui ont besoin d’un toit, sans tenir compte de ce qu’ils ont fait pendant le génocide. Ensuite, elle place les survivants et les anciens criminels dans des maisons voisines, en insistant sur la nécessité du pardon. Il y a donc aujourd’hui 6 villages de la réconciliation, et 3.000 personnes y vivent; qu’il s’agisse de victimes ou de meurtriers. Alexandre Guma, directeur de la communication chez PFR, déclare:

«C’était une tragédie pour tout le monde, que vous soyez Hutu ou Tutsi. Si vous aviez tué des gens et passiez un séjour en prison, vous reveniez et trouviez souvent votre maison détruite. Si vous étiez un survivant, votre famille entière était morte, et vous n’aviez nulle part où aller.»

Certains pensent qu’il reste du chemin à parcourir, l’un des soucis principaux résidant notamment dans le fait que ces programmes s’appliquent à ceux qui ont vécu le génocide et pas à leurs enfants. C’est le cas de Reuben Kanyesgye, un ouvrier.

«Les enfants des prisonniers sont souvent vulnérables parce que leurs parents sont soumis à une longue peine. Ils grandissent très souvent avec de la rage à revendre, peinent à comprendre les erreurs de leurs parents et prennent le chemin du crime. Il faut en faire plus pour les éduquer et les protéger.»

Néanmoins, le programme reste dans l’ensemble une réussite. Quelques années auparavant, il aurait été inimaginable de penser que Tutsi et Hutu finiraient par cohabiter et vivre les uns à coté des autres.

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11 photos de maquillage à travers le monde


L’être humain a toujours aimé changer d’apparence lors de cérémonies, de festivals, ou tout autres évènements spéciaux
Nuage

 

11 photos de maquillage à travers le monde

Un adolescent de la tribu Arboré dans la vallée de l’Omo en Éthiopie.

Un homme habillé pour le rituel du Theyyam à Thalassery, en Inde.

Une femme maquillée en squelette durant la cérémonie de Sing-Sing à Mont Hagen en Papouasie Nouvelle-Guinée.

Une fillette en maquillage Shiva au Kumbha Mela à Allahabad en Inde.

Deux jeunes hommes en maquillage et accessoires traditionnels durant le festival de Borobudur à l’île de Java, en Indonésie.

Un enfant portant une couronne de fleurs à Korcho en Éthiopie.

Une danseuse tribale des Îles Trobriand en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Un fan de football durant un match au stade de Kigali au Rwanda.

Un homme de la tribu Suri dans la vallée de l’Omo en Éthiopie

Une femme de la tribu des Kikuyus au Kenya.

Une homme avec une coiffe traditionnelle durant le festival Tapati à l’île de Pâques.

Crédits photos  :Eric Lafforgue/BarcroftMedia

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