Le curcuma, remède miracle, «super épice» ou arnaque?


On entend souvent que des aliments, des épices auraient un effet miracle sur centaines maladie. Mais est-ce vraiment le cas. C’est ce qui semble arriver pour le curcuma qui pourrait avoir un impact sur l’Alzheimer, le cancer, et bien d’autres maladies
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Le curcuma, remède miracle, «super épice» ou arnaque?

 

Le curcuma, remède miracle, «super épice» ou arnaque?

Les vertus du curcuma restent à prouver.Photo Fotolia

Dominic D. Matthews

 

Face à une panoplie de recherches qui attribuent toutes sortes de bienfaits au curcuma, une équipe de scientifiques a voulu mettre les points sur les I en conduisant une étude critique sur la célèbre épice originaire du sud de l’Asie.

Leur verdict: malgré qu’ils n’excluent pas entièrement la possibilité que le curcuma puisse avoir des effets bénéfiques pour la santé humaine, ils notent qu’aucune étude clinique publiée à ce jour n’a pu démontrer l’efficacité thérapeutique de la curcumine (composé du curcuma le plus fréquemment étudié).

Publiée dans le Journal of Medicinal Chemistry, leur analyse conclut «qu’aucune étude randomisée en double aveugle contrôlée par placebo n’a été fructueuse», malgré plus de 120 essais pour différentes maladies.

Plus de 15 000 articles font état des effets biologiques de la curcumine, avec près de 50 nouveaux écrits par semaine. À travers tout cela, le curcuma se voit attribuer des vertus thérapeutiques contre l’Alzheimer, le cancer, la dysfonction érectile, la calvitie, et plus encore.

«Beaucoup d’effort et d’argent ont été gaspillés sur la recherche sur la curcumine», a affirmé au magazine Nature Gunda Georg, la corédactrice en chef du journal qui a publié l’étude.

Les interactions chimiques de la curcumine pourraient mener plusieurs scientifiques dans un cul-de-sac, ce qui expliquerait en partie l’engouement exceptionnel entourant cette molécule dans la recherche médicale.

En effet, la curcumine fait partie de ces composés que les chimistes appellent PAINs («pan assay interference compounds» ou «composés qui interfèrent avec les essais»). Dans des tests couramment utilisés pour identifier des substances prometteuses pour traiter des maladies, ces molécules peuvent donner l’impression d’interagir avec un élément – par exemple une protéine responsable d’une maladie – alors qu’il n’en est rien.

Ces composés créent donc de faux signaux qui peuvent laisser présumer d’un effet thérapeutique potentiel. La recherche s’emballe alors et dans le cas du curcuma, seulement aux États-Unis, 150 millions $ US de deniers publics ont été utilisés pour financer celle-ci depuis 1995.

Alors est-ce qu’on arrêtera de jeter de l’argent dans ce «trou noir» de la recherche que représente la curcumine?

«Les gens qui devraient lire [cette étude] ne le feront probablement pas», a affirmé Michael Walters, auteur principal de l’étude, au magazine Nature.

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