Anatis Bioprotection: la ferme où l’on fait pousser des acariens


    Une autre façon que le Québec travaille pour que les agriculteurs utilisent moins de pesticides, la ferme Anatis Bioprotection qui élève des insectes et des acariens dans le but d’être des prédateurs qui mangent des insectes ravageurs. On connait bien les trucs en jardinage d’attirer certains insectes, cette ferme le fait à plus grande échelle qui sont vendus à des agriculteurs

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    Anatis Bioprotection: la ferme où l’on fait pousser des acariens

    PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

    Alejandra Hilarion examine une feuille de haricot sous un microscope.

    (SAINT-JACQUES-LE-MINEUR) Dans une ancienne bergerie de Saint-Jacques-le-Mineur, en Montérégie, un groupe de passionnés s’est mis en tête d’élever des insectes et des acariens. L’objectif : les relâcher dans les champs et les serres afin qu’ils tuent les insectes nuisibles et réduisent ainsi l’utilisation de pesticides.

      • PHILIPPE MERCURE

        LA PRESSE

        ANDRÉ PICHETTE

        LA PRESSE

        « Ça adonne bien, je vais pouvoir vous les montrer, j’en ai plein qui ont émergé hier ! »

        Un éleveur est toujours fier de ses bêtes, et Mylène St-Onge ne fait pas exception. La jeune femme écarte un rideau de plastique et tend une boîte de Pétri qui semble à moitié remplie de fine suie noire.

        En s’approchant, on voit que cette suie grouille.

        « Ce sont eux, mes trichogrammes. Il y en a 400 000 ici », dit-elle.

        Mylène St-Onge est directrice de production et directrice scientifique chez Anatis Bioprotection, une ferme unique au Québec. Ici, les animaux se comptent par dizaines de millions. Ceux que vient d’exhiber Mme St-Onge sont des Trichogramma ostriniae. Ces petites guêpes, qui mesurent moins d’un millimètre, pondent leurs œufs dans ceux d’un papillon qui cause des maux de tête à bien des agriculteurs québécois : la pyrale du maïs.

        La suite de l’histoire est tragique. La larve de Trichogramma ostriniae se nourrit du futur embryon de la pyrale.

        « Elle tue le problème dans l’œuf, littéralement », lance Mylène St-Onge.

        L’affaire fait le bonheur des agriculteurs, à qui Anatis Bioprotection vend de petites « cartes » de carton remplies de nymphes de Trichogramma ostriniae. Les agriculteurs n’ont qu’à les accrocher à leurs plants, puis les insectes se répandent dans le champ. Selon l’entreprise, les petites guêpes d’Anatis Bioprotection sont déjà actives dans 30 % des surfaces de culture de maïs sucré du Québec.

        Réduire les pesticides

        Anatis Bioprotection a été fondée par Silvia Todorova, une chercheuse d’origine bulgare qui cherchait à mettre ses connaissances sur les insectes au service d’une agriculture moins axée sur les pesticides chimiques.

        « On ne peut pas éliminer complètement les pesticides, mais on veut au moins réduire ceux qui sont les plus toxiques. Il y a une grande place pour nous dans le groupe des néonicotinoïdes, qui tuent les abeilles et commencent à être interdits », explique la présidente de l’entreprise.

        En 2008, Mme Todorova a acheté une vieille bergerie « en mauvais état » à Saint-Jacques-le-Mineur, en Montérégie. Elle l’a peu à peu aménagée pour y élever autant des insectes que des acariens – ces bestioles microscopiques mieux connues pour se cacher dans nos draps et se nourrir de nos peaux mortes. L’entreprise compte aujourd’hui une douzaine d’employés à temps plein, en plus de nombreux étudiants qui viennent y mener des projets pour leurs études de maîtrise ou de doctorat.

        Chez Anatis Bioprotection, les insectes qu’on élève sont appelés « prédateurs ». Ils sont destinés à éliminer les « ravageurs » qui nuisent aux récoltes.

        « Les solutions biologiques, soyons clairs, ne tuent jamais 100 % des insectes. Mais ce n’est pas notre objectif de toute façon », dit Mme Todorova. 

        Nous sommes vraiment des écologistes, nous avons une philosophie qui est de réduire les populations de ravageurs pour les amener au seuil économique de nuisance supportable.

        À une époque où les espèces invasives causent des torts immenses aux écosystèmes, n’y a-t-il pas un risque à relâcher ainsi des insectes dans les champs ? Silvia Todorova assure que non. La plupart des insectes élevés ici sont indigènes et se trouvent donc déjà dans les écosystèmes. L’exception est la guêpe Trichogramma ostriniae, qui vient de Chine. Mylène St-Onge assure toutefois que celle-ci ne pond que dans les œufs de la pyrale du maïs et ne sort pas des champs.

        « Quand elle sort du maïs, elle ne trouve plus ses hôtes. Même si on lui met des œufs de pyrale dans la forêt, elle ne les trouve pas », explique celle qui a consacré son doctorat à l’élevage de ces petites guêpes.

        Compter les acariens

        L’un des grands défis de l’entreprise est qu’elle doit élever des insectes ravageurs (les méchants de l’histoire) afin de nourrir les prédateurs (les gentils). Avec toutes ces espèces qui se mangent les unes les autres et qui se ressemblent souvent beaucoup, il faut prendre d’immenses précautions.

        PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

        Une feuille de haricot peuplée d’acariens prédateurs élevés par Anatis Bioprotection. Cette feuille sera déposée dans la plantation du client de l’entreprise pour que les « bons » acariens qui s’y trouvent mangent les acariens ravageurs dont il souhaite se débarrasser. 

        « Ce n’est pas pour rien que nos espèces sont séparées. Idéalement, on aimerait avoir des pièces à pression négative, et du personnel dédié à chacune des espèces. En 10 ans, ça m’est arrivé une fois d’avoir une contamination », raconte Mylène St-Onge.

        Dans une petite salle entourée de rideaux de plastique transparent, Alejandra Hilarion examine une feuille de haricot sous un microscope. Sa tâche : compter les acariens qui s’y trouvent.

        «Je compte le nombre d’acariens ravageurs et le nombre d’acariens prédateurs. Ça prend un ratio précis avant de les envoyer au client », explique la jeune femme.

        Les quelques ravageurs qui restent sur la feuille ne sont pas un problème. Ils seront mangés par les prédateurs pendant le transport vers le client, qui déposera ensuite la feuille de haricot dans son champ ou sa serre pour que les « bons » acariens qui s’y trouvent aillent manger les « méchants ».

        L’entreprise travaille également sur d’autres solutions pour mieux répandre les insectes et les acariens dans les champs. Parmi celles-ci, on compte les drones, ainsi qu’un « bazooka à acariens » expérimental bricolé à partir… d’un souffleur à feuilles.

        PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

        Mylène St-Onge montre à notre photographe le « bazooka 
à acariens » testé par l’entreprise pour répandre les insectes
 et les acariens dans les champs.

        Depuis quelques mois, de nouveaux cultivateurs s’intéressent aux insectes et acariens d’Anatis Bioproctection : les producteurs de cannabis légal, qui n’ont pas le droit d’utiliser des pesticides chimiques sur leurs plants.

        « Quand j’ai acheté cette ferme en décomposition, je suis allée demander un petit prêt à Napierville, raconte Silvia Todorova. Quand je leur ai dit que je voulais élever des insectes, ils voulaient voir mes diplômes. Ils pensaient que j’étais folle ! Aujourd’hui, la jeune génération est beaucoup plus ouverte à essayer de nouvelles solutions. »

        https://www.lapresse.ca/

      Des micro-guêpes à la rescousse du maïs


      Nous sommes tous d’accord qu’il faut absolument délaisser les insecticides chimiques en agriculture. Mais il faut quand même minimiser les pertes. Un allié, un parasite qui s’attaque a un papillon diurne dans l’oeuf qui détruit le maïs. Pour le moment, le coût de cette opération est plus cher, et de plus, il faut trouver un moyen pour installer ces micro-guêpes dans lieux stratégiques malgré le manque de main d’oeuvre
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      Des micro-guêpes à la rescousse du maïs

      Les agriculteurs québécois ont désormais recours aux trichogrammes -... (Photo François Roy, La Presse)

      Les agriculteurs québécois ont désormais recours aux trichogrammes – de petites guêpes à peine visibles à l’oeil nu – pour protéger leurs récoltes de la pyrale du maïs. Une technique est présentement à l’essai chez quatre producteurs : larguer des oeufs de trichogramme par drone.

      PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

      MIRNA DJUKIC

      La Presse

      Larguer des oeufs de « micro-guêpes » sur des champs de maïs pour les protéger d’un insecte ravageur ? Cette technique, qui a l’avantage de remplacer les pesticides chimiques, devrait bientôt bénéficier d’un coup de pouce de l’État pour en généraliser son utilisation.

      La pyrale du maïs, un papillon nocturne, est le principal insecte ravageur du maïs sucré au Québec. Chaque année, elle coûte cher aux producteurs, qui peuvent y laisser jusqu’à 8 % de leurs récoltes, en plus d’engendrer d’importantes conséquences environnementales à cause des quantités massives de pesticides utilisées pour la combattre.

      Plus de 150 agriculteurs québécois ont désormais recours à des alliés inattendus pour éloigner ces insectes de leurs récoltes : les trichogrammes. Ces petites guêpes à peine visibles à l’oeil nu sont des parasitoïdes, ce qui veut dire qu’elles sont très spécialisées, selon l’entomologiste François Fournier, professeur-chercheur au collège Montmorency.

      « Ils pondent leurs oeufs dans l’oeuf d’un autre insecte [la pyrale], ils le bouffent et éventuellement, ils le tuent. C’est comme Alien », explique-t-il.

      C’est justement parce qu’ils s’attaquent presque uniquement aux oeufs de pyrales que les trichogrammes ont si peu de risques pour l’environnement.

      « Je ne dis pas qu’ils sont parfaitement spécialisés pour la pyrale, mais ça se rapproche de ça, affirme l’expert. Les impacts sont à peu près nuls sur les autres espèces. »

      Si l’utilisation de trichogrammes rebute encore beaucoup de producteurs, c’est parce qu’en plus de chambouler leurs habitudes, elle coûte plus cher que les pesticides chimiques conventionnels.

      Le ministère québécois de l’Agriculture et l’IRDA ambitionnent toutefois de doubler le nombre de producteurs qui utilisent les trichogrammes, ainsi que la superficie traitée d’ici deux ans. Ils viennent d’ailleurs de créer un programme d’aide financière pour aider les agriculteurs à se convertir à cette méthode.

      «« C’est une méthode alternative qui permet de réduire l’utilisation des insecticides, donc de réduire l’impact sur l’environnement et la santé humaine […] et aussi de préserver une bonne partie de la biodiversité. »»

      Sylvie Bellerose conseillère à la direction de l’Institut en recherche et développement en agroenvironnement (IRDA)

      De plus, selon elle, les producteurs peuvent y trouver une valeur ajoutée pour leurs récoltes, étant donnée la sensibilité grandissante des consommateurs aux questions environnementales.

      DISSÉMINATION PAR DRONE

      Il existe un inconvénient à l’utilisation des trichogrammes : l’opération demande beaucoup de main-d’oeuvre – une denrée rare dans le domaine agricole. Elle repose sur l’utilisation de petites cartes qui contiennent des milliers d’oeufs de trichogramme, qu’on appelle trichocartes. Il faut manuellement installer des dizaines de trichocartes par hectare chaque semaine pour avoir l’effet escompté.

      Pour contrer ce problème, l’IRDA, appuyé par les gouvernements fédéral et provincial, évalue présentement la possibilité de larguer des oeufs de trichogramme par drone. Des essais techniques chez quatre producteurs et une analyse des coûts sont en cours.

      Jusqu’à maintenant, le principal obstacle rencontré est le faible taux de survie des trichogrammes. Puisqu’ils sont plus exposés aux éléments lorsqu’ils sont largués du haut des airs que sur les trichocartes, il faudra trouver un moyen de protéger les oeufs ou d’augmenter la quantité lâchée.

      « Les travaux vont continuer, et évidemment, comme toute recherche scientifique, c’est l’argent disponible qui va déterminer la rapidité de progression de la technique », prévoit Sylvie Bellerose.

      Selon elle, l’IRDA est optimiste quant aux chances d’éventuellement offrir une méthode « intéressante et efficace » de propager les trichogrammes grâce aux drones.

      Pourquoi le trichogramme ?

      Il existe d’autres parasites et virus capables de s’attaquer à la pyrale du maïs, mais le trichogramme est particulièrement bien choisi pour trois raisons :

      • Il tue littéralement la pyrale dans l’oeuf, soit avant que celle-ci ne puisse causer le moindre dommage au maïs ;

      • Il dépend de l’accessibilité des oeufs de papillons pour se reproduire et ne survit pas à l’hiver, ce qui limite les risques de prolifération incontrôlée ;

      • Il est inoffensif pour les humains et la plupart des autres vivants. Il n’a donc presque pas d’impacts sur la biodiversité en bordure des champs.

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