La puberté en deuxième année


Vous avez surement remarquer comment les jeunes filles deviennent de formées de plus en plus jeune. Cela peut dépendre de plusieurs facteurs, que les spécialistes en émettent des hypothèses … Quoiqu’il en soit, la puberté précoce peut amener nombre de problèmes comme l’estime de soi
Nuage

 

La puberté en deuxième année

 

Laurie Richard
Le Soleil

(Québec) Les petites filles se développent plus vite que les garçons. Avant la fin du primaire, elles regardent souvent leurs compagnons de classe de haut. Et le phénomène s’accélère… de plus en plus de gamines atteignent la puberté de façon précoce. Des seins en deuxième année, est-ce normal, docteur?

L’apparition de courbes en bas âge inquiète souvent plus les parents que les petites concernées, souligne d’abord Jean-Pierre Chanoine, pédiatre-endocrinologue au British Columbia’s Children’s Hospital de Vancouver. Le spécialiste aborde le phénomène au féminin, car la puberté précoce touche davantage les jeunes filles que les garçons.

Chez les garçons, le professeur clinicien explique que la puberté est «précoce» lorsque les premiers signes (l’augmentation du volume des testicules, notamment) apparaissent avant l’âge de neuf ans.

Chez les filles, il s’agit du développement des seins avant l’âge de sept ans. L’apparition seule de poils pubiens n’est d’ailleurs pas considérée comme un facteur de puberté, spécifie-t-il.

Une étude américaine publiée en 2010 dans le journal Pediatrics a confirmé cette tendance à la hausse. 1239 fillettes de six à huit ans des régions de New York, Cincinnati et San Francisco ont été suivies par les chercheurs. L’étude concluait que la proportion de filles ayant des seins développés à sept et huit ans, surtout parmi les fillettes blanches, est plus grande que celle rapportée par les études portant sur les fillettes nées 10 ou 30 ans plus tôt.

Les petites Latino-Américaines et Afro-Américaines avaient d’ailleurs plus de chances de présenter des seins développés à l’âge de sept ans, soit 15 % et 23 %, respectivement. Chez les fillettes blanches, 10 % montraient ces signes de puberté. On continuait d’ailleurs de suivre les fillettes pour savoir à quel âge elles auront leurs règles.

Dr Chanoine souligne que la plupart du temps, cette puberté hâtive ne cause pas de problème, la fillette mûrit simplement plus tôt. Mais les parents se mettent souvent à s’inquiéter lors de l’apparition de ces signes. Ma fille sera-t-elle menstruée bientôt? redoutent les mamans.

«Ce qui est intéressant, c’est que la puberté commence plus tôt, mais l’âge des premières règles n’a pas l’air d’avoir beaucoup changé au cours des années». Les petites filles seront quand même menstruées autour de 12 ans et demi en moyenne, assure-t-il.

Pourquoi?

Mais pourquoi les jeunes filles se développent-elles plus tôt? Outre l’hérédité, le Dr Chanoine évoque deux hypothèses étudiées: le poids de l’enfant et l’environnement.

En effet, les jeunes sont plus lourds qu’il y a 20 ou 30 ans; on n’a jamais autant parlé d’obésité! Le gras produit la leptine, une hormone dont le corps a besoin pour amorcer la puberté.

«Plus de graisse, plus de leptine; on aide peut-être à faciliter le tout», explique-t-il.

Deuxièmement, les experts se sont penchés sur l’environnement. On a pointé le bisphénol A (BPA), un composé chimique utilisé dans la fabrication de plastiques, considéré comme toxique par le gouvernement canadien depuis 2010. Le BPA aurait un effet sur la sécrétion d’hormones des cellules en laboratoire, explique le médecin. Mais il ne s’agit que d’une toxine parmi tant d’autres. Les deux pistes n’ont donc pas été confirmées.

Vigilance

Les signes de puberté précoce ont de grandes chances d’être sans conséquence, mais il est important de ne pas les ignorer, souligne le Dr Chanoine. Car il y a aussi des cas problématiques. Il conseille d’en parler avec son pédiatre. Les jeunes filles qui atteignent la puberté tôt courent notamment le risque d’être plus petites, le phénomène ayant un impact sur la croissance. Si la puberté hâtive de l’enfant est jugée nuisible, les médecins peuvent la stopper avec des injections mensuelles d’hormones.

Les fillettes rapidement pubères pourraient aussi être plus sensibles aux questions d’image. L’étude de 2010 dirigée par le docteur Frank M. Biro souligne qu’une puberté précoce pouvait accentuer les problèmes d’estime de soi et les risques de troubles alimentaires chez les fillettes. Ces dernières auraient également plus de chances d’avoir des rapports sexuels plus tôt et seraient plus sujettes aux mauvaises influences de leurs pairs, écrivaient les chercheurs.

Mais la puberté est très difficile à manipuler, souligne le docteur Chanoine et souvent, les enfants touchés ne s’en formalisent pas vraiment. Rien ne sert de paniquer: l’adolescence ne saura tarder… et pourrait s’avérer beaucoup plus mouvementée!

http://www.lapresse.ca