Le cheval reconnaît la voix et le visage


Les chevaux sont des animaux extraordinaire, mais tout aussi extraordinaire le sociabilité et leur faculté de reconnaître des êtres humains … Plus les études avancent chez les animaux plus l’homme doit comprendre que dans le règne animale beaucoup possèdent les mêmes atouts
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Le cheval reconnaît la voix et le visage

 

En entendant la voix de son dresseur, le cheval peut se retourner rapidement vers lui et s’attarder à le regarder. Crédits photo : Photo 12

Une étude anglaise montre que les animaux peuvent identifier rapidement une personne à partir de l’enregistrement de sa voix et de son apparence physique.

Les humains ne sont pas les seuls à pouvoir reconnaître rapidement des individus de leur propre espèce en les regardant et/ou en les entendant.

«La reconnaissance des visages et des voix est à la base de tous les comportements sociaux. Si les animaux ne se reconnaissaient pas individuellement, ils ne pourraient pas interagir»,souligne Sylvia Wirth, de l’Institut des sciences cognitives de Lyon.

Les personnes partageant la vie d’animaux domestiques le savent depuis longtemps. Mais observer n’est pas démontrer. Les expériences cognitives avec les animaux se multiplient et rivalisent maintenant avec l’éthologie (l’étude du comportement animal).

Depuis le début des années 2000, toute une série d’expériences ont montré que les hamsters, les chiens, les singes, les corneilles, les moutons, les chevaux s’identifient couramment entre eux grâce aux sons et à la physionomie.

Plus récemment, d’autres tests ont montré que les singes sont tout à fait capables de différencier des humains à partir du son de leur voix et de leur visage – il s’agissait en l’occurrence de leurs maîtres, leurs dresseurs ou de simples expérimentateurs.

Cette semaine, des chercheurs britanniques publient une étude montrant que les chevaux sont capables eux aussi d’opérer ce type de traitement (Prodeedings of the Royal Society B, en ligne le 16 mai 2012). Chez les animaux, le système de reconnaissance peut donc associer plusieurs éléments distinctifs (physionomie et son) et s’appliquer à d’autres espèces.

Sociabilité entre les espèces

Lean Proops et Karen McComb, de l’université d’Essex, ont fait deux expériences différentes. Dans la première, deux personnes se tiennent debout de chaque côté devant un cheval: d’un côté un inconnu, de l’autre le dresseur. Au bout de quelque temps, la voix enregistrée de l’inconnu ou du dresseur est diffusée dans la pièce où l’expérience a lieu. En entendant la voix de la personne qu’il connaît, l’animal se tourne rapidement vers lui et s’attarde à la regarder. Il a reconnu la voix et l’associe au visage qu’il reconnaît aussi. Quand c’est la voix de l’inconnu qui est diffusée, le cheval hésite avant de tourner sa tête vers lui et il s’en détourne rapidement. Les chercheurs se sont aperçus que les chevaux réagissent plus vite quand les personnes ciblées sont placées à droite.

Le dispositif est identique pour la deuxième expérience mais elle implique deux personnes que le cheval connaît. Manière de s’assurer que l’animal est capable de reconnaître deux personnes qui lui sont familières et qu’il n’y a pas de biais familier-inconnu.

Le système cognitif de reconnaissance des visages et des voix n’est donc pas réservé aux humains ou aux primates. Il existe aussi chez d’autres mammifères et il a une extension plus grande qu’on pouvait l’imaginer, la sociabilité entre les espèces n’ayant pas forcément de frontières infranchissables.

«Ce système cognitif a sans doute émergé très tôt. Et il se caractérise par une très grande flexibilité», souligne Olivier Pascalis, du laboratoire de psychologie et neurocognition de Grenoble.

«Mais on peut se demander s’il n’y a pas un biais avec les animaux domestiques», ajoute-t-il. Des chevaux sauvages ont-ils les mêmes aptitudes? On peut se le demander.

Des études menées chez des nourrissons vivant entourés d’animaux ont montré qu’ils peuvent apprendre très tôt à reconnaître les individus non humains à partir des seuls traits et des sons qu’ils émettent. Le système de reconnaissance se restreindrait donc dans un milieu uniforme.

«Certaines personnes peuvent toutefois développer de véritables expertises. Les ornithologues savent discriminer des espèces d’oiseaux qui se ressemblent et ils peuvent même reconnaître certains individus», indique Olivier Pascalis.

Pour lui, le problème n’est pas de savoir quelles espèces ont le système cognitif le plus performant.

«Il faut savoir quand il a émergé et pourquoi.»

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