L’anesthésie générale peut provoquer des pertes de mémoire


On conseille d’ailleurs après une opération qui demande une anesthésie générale de se remettre le plus tôt possible a exercer la mémoire, comme par exemple par la lecture, les mots croisés.
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L’anesthésie générale peut provoquer des pertes de mémoire

 

 

Les analgésiques permettent d’éliminer la douleur, les curares permettent de "paralyser" les muscles et donc d’éviter les mouvements du patient opéré. © AMELIE-BENOIST / BSIP / AFP

Par Marion Vagner

Les analgésiques permettent d’éliminer la douleur, les curares permettent de « paralyser » les muscles et donc d’éviter les mouvements du patient opéré. © AMELIE-BENOIST / BSIP / AFP

« Il ne faut jamais prendre une anesthésie générale à la légère. »

Ce sont les premiers mots du Professeur Beverley Orser, anesthésiste et chercheur au Sunnybrook Hospital de Toronto, lorsqu’elle présente sa dernière étude sur les effets de l’anesthésie générale sur la mémoire.

« On pense à tort que l’anesthésie est un doux sommeil, mais c’est un coma pharmaceutique. »

Un coma permis par l’association de trois substances : des analgésiques, des curares et des hypnotiques. Les analgésiques permettent d’éliminer la douleur, les curares permettent de « paralyser » les muscles et donc d’éviter les mouvements du patient opéré. Mais c’est aux hypnotiques, en charge de nous endormir et de nous faire « oublier » l’opération que le Docteur Orser s’est intéressée.

« L’observation de nos patients nous a poussé à faire cette étude : on a pu constater des problèmes cognitifs à l’issue d’opérations chez 37 % des adultes à leur sortie de l’hôpital, et chez 6 % d’entre eux après 3 mois. Et les chiffres sont encore plus importants chez les personnes âgées. »

Les effets des hypnotiques perdurent

Tous les hypnotiques agissent de la même manière sur l’organisme : ils « sur-activent » les récepteurs GABA A, responsables de la « libération » de l’acide gamma aminobutyrique GABA. Celui-ci permet de diminuer l’activité nerveuse des neurones sur lesquels il se fixe. Il est donc un neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Plus les récepteurs GABA A sont activés, plus il y a de GABA libérés par les neurones, plus il y a donc de freins à la transmission de l’influx nerveux : ainsi l’inhibition est grande et l’endormissement profond.

« Une des certitudes que nous avions est qu’une fois l’hypnotique éliminé du corps humain, les récepteurs GABA revenaient à leur état initial. Cela était partiellement contredit par les constatations cliniques, et c’est aujourd’hui prouvé par notre étude. »

Les chercheurs ont injecté des souris avec des doses assez basses d’anesthésiques, pour les endormir 20 minutes seulement (ce qui correspond « en temps humain » à la durée d’une opération chirurgicale moyenne). Après une semaine, les souris souffraient encore des effets cognitifs des hypnotiques.

PISTES. L’effet premier de ces hypnotiques étant la perte de mémoire, ces recherches soulèvent des pistes sur les conséquences de l’administration d’anesthésiants chez l’homme. L’équipe de recherche de Beverley Orser se focalise maintenant sur la manière de « remettre à leur état initial » les récepteur GABA A afin d’éviter ces effets secondaires sur la mémoire. Elle cherche également à comprendre pourquoi l’effet des hypnotiques administrés persiste, et quels pourraient être les autres fonctions cognitives affectées.

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