Le bruit humain bouleverse toute la chaîne de vie océanique


La pollution sonore causé par l’être humain sur l’océan Pacifique peut s’entendre jusqu’a 10,999 mètre de profond, cela affecte plus d’espèces marines que l’on croit, par exemple : des poulpe, calmar, coquillage, poissons etc .. Le bruit peut même être la cause de l’échouage de troupeau entier
Nuage

 

Le bruit humain bouleverse toute la chaîne de vie océanique

 

En 2002, un échouage de baleines-pilotes sur une plage du Massachusetts. © JOHN MOTTERN / AFP

En 2002, un échouage de baleines-pilotes sur une plage du Massachusetts. © JOHN MOTTERN / AFP

Par Sylvie Rouat

Des grands mammifères marins au zooplancton, toute la vie océanique est aujourd’hui affectée par la pollution sonore liée aux activités humaines.

CACOPHONIE. Le « Monde du silence » est de plus en plus cacophonique. Jusque dans le lieu océanique le plus profond du monde, le « Challenger Deep » à 10.900 mètres sous la surface de l’océan Pacifique dans la fosse des Mariannes, les capteurs enregistrent le vrombissement de bateaux croisant à plus de 10 km de là ! C’est l’expérience qu’a mené l’océanographe américain Robert Dziak, de la NOAA (US National Oceanic and Atmospheric Administration), en descendant un hydrophone de céramique inséré dans une coque de titane jusqu’au fin fond de la fosse la plus profonde du monde où s’exerce une pression de près de 1.114 fois la pression atmosphérique. Là, 23 jours durant, en juillet 2015, il a enregistré les sons qui résonnent jusque dans les endroits les plus reculés du globe.

Échouage massif de calmars géants

De fait, à mesure que les océans s’acidifient, le son se propage plus vite, plus loin. Et cette nouvelle pollution affecte directement la vie sous-marine. Le 10 mars 2016 étaient réunis à Paris divers acteurs du monde maritime pour débattre de ce  phénomène récemment découvert. C’est en 2001 en effet que, à la suite d’une étude géophysique réalisée au large des Asturies, en Espagne, s’est produit un échouage massif de calmars géants. L’étude du troupeau d’animaux morts a permis de découvrir une lésion de leur organe sensoriel, découverte qui a conforté l’hypothèse de cause à effet, entre l’utilisation des canons à air des géophysiciens et la désorientation des animaux.

« En 2008, nous avons recréé cette même situation en laboratoire, explique Michel André, directeur du Laboratoire d’Applications Bioacoustiques (LAB), en Catalogne. En utilisant des ondes acoustiques entre 50 et 400 hertz, nous avons mis en évidence que le bruit traumatise les organes d’équilibre des poissons. Mais il est difficile encore de déterminer les seuils de souffrance des espèces. La découverte des impacts de la pollution sonore sur les espèces est très récente. »

D’ores et déjà, les expériences ont montré qu’une baleine peut souffrir jusqu’à 2.000 mètres de la source d’émission !

© NOAA

Le problème du seuil acceptable des bruits en milieu marin est d’une incroyable complexité. Sur Terre, c’est simple : les sonomètres sont calibrés pour l’oreille humaine, notre espèce étant prise comme unique référence. Mais nos organes auditifs ne sont pas adaptés au monde sous-marin : ce que nous qualifions de « Monde du silence » est en réalité un brouhaha sonore permanent pour les cétacés et bien d’autres espèces. Quelles sont les espèces indicatives des niveaux de bruit acceptables ? Les baleines et dauphins – mammifères marins – se sont montrés depuis longtemps sensibles aux perturbations sonores qui entraînent des échouages d’individus isolés ou de troupeaux entiers.

« Le problème, note Michel André, c’est que le groupe des cétacés compte 80 espèces, qui communiquent avec des répertoires sonores variés et des comportements propres. De plus, au sein d’une même espèce ce répertoire est modulé en fonction de l’activité de l’animal – repos, chasse, reproduction… Il est difficile alors de comprendre leurs limites de sensibilité. »

Même les poissons dépourvus d’organe auditif souffrent

Parmi les poissons, certains communiquent également avec les sons, alors que d’autres n’en ont pas la possibilité, n’étant pas dotés d’organe auditif. Depuis 2011, le LAB suit ces espèces sourdes mais dotées d’organes sensoriels nécessaires à leur équilibre et leurs déplacements. Organes qui ont précisément des structures similaires aux organes auditifs. Le résultat des études montre qu’un traumatisme sonore affecte également ces organes. Dès lors, les animaux ne peuvent plus nager, se reproduire, etc. Ils deviennent des proies faciles et meurent en quelques jours. Au final, toute la chaîne alimentaire marine est en réalité touchée par la pollution sonore, des grands prédateurs au plancton :

« Notre travail sur les larves du zooplancton a montré des traumatismes similaires, alerte Michel André.Affectées par des niveaux sonores trop élevés, les larves ne grandissent plus… »

Au final, la pollution sonore affecte tout autant mammifères et poissons qu’invertébrés sourds, grands prédateurs comme minuscule plancton. La chaîne entière de la vie océanique souffre du tintamarre humain, qui empêche communications et sensations vitales.

Pour chaque espèce, il s’agit maintenant de comprendre quel est le niveau le plus dangereux à court et long terme » – Michel André, directeur du Laboratoire d’Applications Bioacoustiques.

Un véritable défi pour les biologistes marins. Car là encore, la diversité des organismes complique le travail : les coquillages, fixes, les seiches et les poulpes, lents, sont exposés plus longtemps au bruit – et souffrent donc plus fortement – que les crustacés véloces qui s’éloignent rapidement de la source de nuisance… Et puis il y a ceux qui s’adaptent. Les cachalots, par exemple, qui accompagnent de près les études géophysiques, au grand étonnement des prospecteurs. Ces expéditions utilisent des canons à air qui produisent un cône de bruit à l’intérieur duquel tout animal est condamné à mort. Toutefois, hors du faisceau le traumatisme n’est pas forcément mortel. Des prospecteurs s’étonnaient de voir de nombreux cachalots tourner autour de leur navire. En fait, ceux-ci guettent leurs proies naturelles, les calmars géants, affaiblis au sein du cône et devenus proies aisées. Cet exemple montre que l’activité humaine à déjà modifié certains comportements animaux.

Le bon équilibre écologique des mers est ainsi étroitement lié à une bonne gestion du bruit humain, tandis que se déploient de par le monde de grands champs d’éoliennes et que s’intensifie le trafic maritime même dans l’océan arctique. Dans cette perspective, le LAB installe dans tous les océans des stations acoustiques.

Une centaine de ces capteurs a déjà été positionnée, « mais c’est très insuffisant, note Michel André. Car le son est une donnée variable, se modulant différemment en fonction des conditions de température, salinité, pression, composition du milieu ».

Une source de bruit en Antarctique n’a de fait pas le même impact sur les espèces que dans les mers tropicales. La découverte de cette pollution sonore jusqu’à peu inconnue entraîne la création d’un nouveau domaine scientifique où tout reste à faire.

http://www.sciencesetavenir.fr/

La plus romantique des pieuvres du Pacifique


Une pieuvre très différente des autres espèces. C’est surtout son comportement qui semble être spécial, car il ne cadre pas avec les autres espèces de poulpes
Nuage

 

La plus romantique des pieuvres du Pacifique

 

Octopus Chierchiae, dessinée par le chercheur l’ayant découvert en 1977 © Arcadio F. Rodaniche

Par Sarah Sermondadaz

C’est un véritable feuilleton-fleuve dans le petit monde de la biologie marine : le comportement de la grande pieuvre rayée du Pacifique, espèce particulièrement discrète, a enfin été décrit par une publication scientifique. Et ses pratiques sexuelles sont pour le moins surprenantes, en tout cas pour un poulpe.

RITUELS AMOUREUX. Un poulpe sentimental, voilà ce que la science a découvert. La plupart des pieuvres ont en effet des mœurs cannibales, de sorte que la femelle dévore souvent le mâle après l’accouplement, ou décède après avoir pondu… un comportement qui n’est étonnamment pas retrouvé chez cette espèce. Ce céphalopode est en tout cas fort timide, si bien qu’il faudra attendre 1991 pour qu’il soit mentionné pour la première fois dans un manuscrit scientifique. Las : sa description est si déroutante, que l’article ne passera pas les mailles de la relecture par les pairs.

Proche de plusieurs autres espèces de pieuvres, l’espèce n’a même pas encore de dénomination scientifique précise, puisque les spécialistes hésitent encore sur le genre taxonomique à lui attitrer. En attendant, ils l’appellent couramment LPSO (pour Larger Pacific Striped Octopus – grande pieuvre à rayures du Pacifique). Il faudra attendre 2013 (!) pour qu’une description de la créature soit enfin officiellement validée par la communauté scientifique. A cette occasion, 24 pieuvres ont été capturées pour être étudiées en captivité. Objectif : en savoir plus sur leur comportement. Les résultats, après des mois d’étude, ont été publiés début août 2015 dans Plos One. Et confortent les observations faites en milieu naturel par le chercheur Arcadio Rodaniche, dans le manuscrit refusé de 1991. A savoir que ces poulpes ont un comportement sexuel… des plus déroutants.

Le poulpe beau du quartier

Les grandes pieuvres à rayures du Pacifique sont très grégaires, phénomène inhabituel chez les poulpes. En effet, les pieuvres communes ne peuvent souvent pas être gardées en captivité dans un même aquarium, ce qui fut réalisé sans problème avec les spécimens capturés. Selon les plongeurs les ayant attrapées, il n’est d’ailleurs pas rare d’observer des regroupements d’individus persistant pendant plus de 2 ans, soit largement plus que la durée de vie d’une seule génération. L’hypothèse avancée par les chercheurs : leurs rayures leur permettrait de se reconnaître mutuellement, et d’ainsi rester groupées. Plus sociale, mais aussi moins barbare : contrairement à la plupart de ses cousins, les représentants de l’espèce ne s’entre-dévorent pas après les accouplements. Et les femelles ne décèdent pas immédiatement après avoir pondu leurs œufs. Quelques grammes de tendresse dans la violence d’un monde sous-marin impitoyable

Les couples se reproduisent même en face à face, du jamais vu chez ces céphalopodes. Puis partagent le même nid dans les bas-fonds, pendant plusieurs jours. Ils vont même jusqu’à s’adonner à une parade nuptiale complexe, où le mâle change subrepticement de couleur, comme le montre la vidéo

French kiss

Mais de tout le répertoire du Kamasutra de la pieuvre LPSO, c’est sa pratique du bouche-à-bouche qui a le plus interloqué les chercheurs. Pourquoi ? Cette posture est retrouvée chez d’autres céphalopodes ayant dix pattes (décapodes), notamment les calmars et les seiches. Chez certaines de ces espèces voisines, le mâle s’arrange au passage… pour nettoyer la zone buccale de la femelle du sperme de potentiels rivaux précédents. Bon appétit bien sûr. En effet, l’étude de Plos One rapporte que ces espèces déposent souvent leur sperme près de la bouche de leur partenaire, dans des petits sacs appelés spermatophores, la fécondation étant externe. Peut-être pratique, mais ni très charmant ou romantique.

Chez les octopodes comme ce poulpe, en tout cas, aucun avantage reproductif à une telle position n’est retrouvé, puisque la reproduction requiert la pénétration. Et c’est à un genre de corps à corps inhabituel chez les poulpes que le duo se livre. D’autant plus étrange selon les chercheurs, que les postures reprennent les codes… d’un comportement agressif chez les autres espèces de pieuvre. Faites l’amour, pas la guerre : LPSO serait-elle aux pieuvres ce que le bonobo est aux chimpanzés ? La prochaine étape, pour les chercheurs, sera de s’assurer de la survenue de comportements similaires dans la nature à ceux observés en captivité.

http://www.sciencesetavenir.fr/

Record mondial de couvaison pour une maman pieuvre


C’est tout un record de couvaison de nourrir et protéger ses oeufs pendant près de 4 ans. Il semble que les animaux marins vivant aux profondeurs des mers prennent plus de temps pour la préparation des nouveaux bébés. Alors qu’en est-il des animaux marins vivant encore plus creux dans des eaux plus froides ?
Nuage

Record mondial de couvaison pour une maman pieuvre

 

Il est courant, chez ce céphalopode, d’avoir des durées de couvaison de un à trois mois. Crédits photo : Andreas Gradin/Andreas Gradin – Fotolia

Un poulpe s’est occupé de ses œufs durant quatre ans et demi avant leur éclosion.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il semble bien que ce soit vrai: une maman pieuvre (les chercheurs qui l’ont suivie pendant tout ce temps l’avaient baptisée «Octomom») a «couvé» sa progéniture pendant cinquante-trois mois, soit presque quatre ans et demi. C’est ce que soutiennent, preuve à l’appui, des chercheurs américains de l’Institut de recherche du Monterey Bay Aquarium dans des travaux publiés dans Plos One. Ce qui fait de cette mère poulpe la détentrice du record toutes catégories de durée de couvaison du règne animal.

L’histoire commence en avril 2007. L’équipe de recherche, sous la direction de Bruce Robison, dispose d’un bateau et d’un sous-marin télécommandé, guidé à distance par un fil, équipé de caméras, de bras articulés, de tuyaux de succion, etc. Dans le cadre de ses missions de surveillance et d’exploration, elle lui fait effectuer une plongée dans le Pacifique non loin de ses laboratoires, vers une vallée sous-marine s’enfonçant à 1397 mètres de profondeur. Ils savent que c’est un endroit où les pieuvres des profondeurs aiment à se reproduire. Et effectivement, ils en trouvent une, solitaire, de l’espèce Graneledone boreopacifica. Ils la prennent en photo.

Trente-huit jours plus tard, en mai 2007, ils replongent au même endroit. La pieuvre, aisément identifiable aux taches et cicatrices qu’elle porte, est encore là, sur un piton rocheux. Et est «accompagnée» d’un couvain de plus d’une centaine d’œufs qui mesurent 1,5 cm de long et 0,5 cm de large. Dans les quatre ans et demi qui vont suivre, les scientifiques retourneront dix-huit fois sur le site. Et retrouveront à chaque fois la même pieuvre, baptisée très vite «Octomom», et ses rejetons encapsulés.

  • Les pieuvres ne se reproduisent qu’une seule fois. Après la fécondation par un mâle, la femelle couve ses œufs et meurt après leur éclosion.

Il est courant, chez ces céphalopodes, d’avoir des durées de couvaison de un à trois mois, pendant laquelle la mère veille sur les œufs, les nettoie, les oxygène et les nourrit. Mais on ne connaît que très mal ce qu’il se passe chez ceux qui vivent en grande profondeur. Là, il ne fait que quelque 3°. Le développement des bébés pieuvres dans leur enveloppe est donc plus lent que pour des pieuvres vivant plus près de la surface. La dernière fois que les chercheurs ont vu les œufs, ils mesuraient 3,5 cm de long pour 1,5 cm de large.

Parallèlement, la maman poulpe qui, au départ, a une «robe violet pâle, très texturée» va voir celle-ci, au fil des mois, devenir blanche. Et son corps va se ratatiner progressivement, sa peau se plisse, ses yeux deviennent vitreux et ses tentacules se décolorent. Des transformations dues au fait qu’elle nourrit ses bébés avec ses propres réserves. Les chercheurs n’ont pas vu la femelle bouger ni se nourrir pendant leurs visites. Des bouts de crabe présentés à la pieuvre par le bras articulé du sous-marin ont été ignorés.

Si elle s’est nourrie, c’est de manière extrêmement frugale. Le fait qu’elle ne bouge pas fait que son métabolisme très bas ne doit pas consommer beaucoup d’énergie. En quelques occasions, les chercheurs ont pu noter un léger changement de position de la maman pieuvre, l’un ou l’autre de ses tentacules ayant légèrement bougé, sans cesser de protéger les œufs. Mais ni les vibrations occasionnées par les rotors du sous-marin (ils ne s’en sont rapprochés très près que rarement) ni les lumières des projecteurs ne l’ont fait bouger ou fuir.

En septembre 2011, elle est toujours là. Mais à la plongée suivante, en octobre de la même année, elle a disparu et il ne reste que quelque 160 enveloppes d’œufs vides. La mère pieuvre est vraisemblablement morte car il est de «tradition» qu’elle meure lors de l’éclosion.

Les annales avaient déjà enregistré le cas d’une pieuvre en captivité, vivant à 7 °C, qui avait couvé quatorze mois. Chez les poissons, le record d’incubation est de quatre à cinq mois pour une espèce vivant en Antarctique. Le manchot empereur couve sans interruption pendant deux mois. Et l’on dit que la salamandre alpine a une période de gestation interne de quarante-huit mois. Il sera pourtant désormais difficile de déloger Mme la Pieuvre de la plus haute marche de ce podium.

http://www.lefigaro.fr/