Des découvertes archéologiques surprenantes à Châteauguay


C’est surement les plus beaux stages d’été que faire de l’archéologie et faire de belles découvertes du passé. L’Histoire des amérindiens, des premiers colons français, du poste de traite qui s’étalent du 17e et 18e siècles et même aussi loin qu’au premier millénaire de notre ère
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Des découvertes archéologiques surprenantes à Châteauguay

 

Découvertes archéologiques surprenantes à l’île Saint-Bernard, à Châteauguay

Un texte de Marie-Laure Josselin

Haut lieu d’échanges au début de la colonisation française, l’Île Saint-Bernard, à Châteauguay, n’a pas fini de révéler ses secrets. Une école d’archéologie de l’Université de Montréal a récemment découvert plusieurs objets de l’époque de la fondation de Montréal et même avant.

Devant des vacanciers qui profitent du lac Saint-Louis en kayak ou en pédalo, une douzaine d’archéologues chevronnés et des stagiaires fouillent quatre carrés. Le lieu choisi par cette école de fouilles n’est pas anodin : sur l’Île Saint-Bernard, là où les Amérindiens vivaient, mais aussi lieu d’un poste de traite du colon Charles Le Moyne (1626-1685), puis de la Seigneurie de Robutel de la Noue, et enfin des soeurs grises.

Autant dire que les fouilles semblaient prometteuses même si elles ne se concentraient que dans des trous d’une hauteur d’un peu plus d’un mètre, mais un mètre qui recèle des trésors des 17e et 18e siècles, et même plus anciens.

Sur une table sont exposées quelques trouvailles de l’équipe du professeur et spécialiste de l’archéologie préhistorique du nord-est de l’Amérique du Nord Adrian Burke, qui codirige ces fouilles.

Parmi les trouvailles : une paire de ciseaux du 17e siècle, de la terre cuite vernissée, des morceaux de cuivre, des bijoux faits de perles de verre – autant européennes qu’en pierre rouge du Minnesota fabriquées par les Amérindiens – qui servaient de troc contre de la fourrure.

Des objets datant même de 1300

On trouve aussi une clé, un bouton, une pointe de flèche, des pipes en pierre ou en terre cuite blanches, mais aussi des objets de facture amérindienne plus vieux comme ces morceaux de poterie datant de 1300-1400 de notre ère.

Grâce à de petits détails, comme ces motifs géométriques, le professeur explique que beaucoup d’objets sont de type iroquoien.

Une paire de ciseaux du 17e siècle. Photo : R-C/Marie-Laure Josselin

« Ce qui nous a surpris en fouillant ici, explique Adrian Burke, c’est qu’on a découvert qu’il y a eu des activités d’échanges avant la fondation de Montréal. Des occupations à la fois françaises et amérindiennes, donc conjointes, mais plus tôt qu’on ne l’imaginait, certainement même avant que Charles Le Moyne ne reçoive la concession, en 1673. »

La preuve flagrante se trouve bien conservée dans la poche de l’archéologue Geneviève Treyvaud, qui dirige aussi les fouilles : deux pièces de monnaie, une datant de 1628 et l’autre de 1593, comme on peut le voir encore inscrit dessus.

« C’est un alliage de cuivre, d’argent et un peu de plomb, des pièces frappées en France. C’était une monnaie un peu en parallèle de la monnaie française, faite par les protestants pendant la guerre de religion », précise-t-elle, avec un large sourire.

Une pièce de monnaire de 1593. Photo : R-C/Marie-Laure Josselin

Sur le terrain, une étudiante interpelle Adrian Burke. Ses yeux s’écarquillent.

« Est-ce que c’est ce que je cherchais? », demande-t-il en s’approchant. On lui glisse alors dans les mains une hache en pierre polie fabriquée par les Amérindiens qui daterait du 17e siècle, voire plus tôt. Des analyses l’indiqueront.

Les stagiaires et des étudiants provenant de différentes universités sont aussi excités, comme Geneviève Gagnon-Ellis, qui mène son premier chantier de fouilles.

« C’est difficile physiquement, mais il y a l’excitation de voir l’histoire se dérouler sous nos yeux et entre nos mains. C’est assez extraordinaire, j’ai beaucoup de chance », dit-elle.

Les curieux s’enthousiasment aussi, puisqu’ils n’hésitent pas à partager leurs découvertes avec les badauds.

« Vous voyez cette partie du mur? », demande Adrian Burke, qui montre de grosses pierres montées les unes sur les autres. Il pense avoir découvert le premier poste de traite de Charles Le Moyne.

« On savait que c’était un site préhistorique et que la seigneurie n’était pas très loin, mais on ne s’attendait pas à découvrir le magasin de Charles Le Moyne, c’est merveilleux pour une école de fouille », s’exclame Geneviève Treyvaud.

Les gros trous devant le Manoir des soeurs grises sur l’Île Saint-Bernard n’ont pas fini de révéler leurs secrets, et c’est avec le coeur gros que l’équipe va mettre en pause les fouilles jusqu’à l’année prochaine.

Les recherches devant le manoir des soeurs grises sur l’île Saint-Bernard.. Photo : R-C/Marie-Laure Josselin

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