La banalisation du mensonge


On sait qu’en politique le mensonge est commun. Depuis l’élection de Donald Trump, on prend plus conscience de l’étendue de la désinformation. Les réseaux sociaux n’aident pas non plus, même, ils empirent le problème des mensonges de toutes sortes qui peut amener des violence envers un groupe ou a une personne innocente à cause des mensonges.
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La banalisation du mensonge

Aux États-Unis, les nombreuses fausses nouvelles qui ont circulé... (PHOTO EVAN VUCCI, ASSOCIATED PRESS)

Aux États-Unis, les nombreuses fausses nouvelles qui ont circulé pendant la campagne présidentielle en 2016 pourraient avoir joué un rôle dans l’élection de Donald Trump (photographié mercredi dernier à Washington).

PHOTO EVAN VUCCI, ASSOCIATED PRESS

VALÉRIE SIMARD
La Presse

La foule présente lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump était la plus grande de l’histoire. Et le soleil s’est pointé lorsque le président a commencé son discours. Les vaccins causent l’autisme. Il y a un minicheval à la crinière rose dans l’île Sainte-Hélène ! Il ne se passe pas une journée sans que nous soyons exposés à de fausses informations. En cette ère dite de « post-vérité », le mensonge est-il plus présent qu’avant ?

Le cas du président américain est extrême. Selon le Washington Post Fact Checker, une équipe mise sur pied par le quotidien américain réputé pour « établir la vérité derrière la rhétorique », Donald Trump avait, en date du 29 avril dernier, prononcé plus de 10 000 déclarations fausses ou trompeuses pendant ses 827 jours au pouvoir

« Ce que Trump a fait – et ce qu’il continue de faire – est de dévaluer l’idée de vérité dans notre culture », a écrit le commentateur politique Chris Cillizza, dans une analyse publiée en avril dernier sur le site de CNN.

« Il faut faire attention à quel point on extrapole à partir du cas américain, qui est un cas très singulier à plusieurs égards, affirme Jocelyn Maclure, professeur titulaire de philosophie à l’Université Laval et président de la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST). Mais en même temps, on a connu le Brexit. Le camp du Non avait sous-estimé comment l’autre camp pourrait s’en sortir en prenant autant de libertés avec la rigueur et l’exactitude. »

C’est justement dans le contexte de l’élection de Donald Trump et du référendum sur le Brexit au Royaume-Uni que le dictionnaire britannique Oxford a déclaré « post-truth » (post-vérité) mot de l’année 2016, en référence à une période où les faits comptent moins que l’émotion.

Or, le mensonge en politique ne date pas d’hier, rappelle Jocelyn Maclure en nous ramenant à Machiavel.

« Je ne m’en prends pas au concept même de post-vérité, précise-t-il. Certains disent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il y a une radicalisation des problèmes qu’on a toujours connus. Il y a tout un marché pour des politiciens ou des formations politiques qui veulent instrumentaliser à la fois nos vulnérabilités et les nouvelles technologies de l’information, l’internet et les plateformes numériques, pour faire des gains politiques. »

Le fait que le mensonge a toujours existé ne le rend pas pour autant acceptable sur le plan des valeurs, ajoute-t-il.

 « La plupart des philosophes politiques et des philosophes en éthique ont jugé que le mensonge était mal, y compris en politique. Si on pense que c’est important que les prises de décision et l’adoption des lois soient fondées sur la rationalité et des faits avérés, il faut condamner de toutes nos forces le mensonge en politique et, surtout, il faut se donner des moyens institutionnels de le combattre. »

Le rôle des réseaux sociaux

Si le mensonge en politique n’est pas nouveau, les réseaux sociaux permettent d’en amplifier la diffusion. Il en va de même pour les fausses nouvelles, que le chroniqueur Jeff Yates, aujourd’hui à Radio-Canada, traque depuis maintenant quatre ans. Il n’est pas en mesure d’affirmer qu’elles ont proliféré, mais il constate que le ton qui y est employé est devenu plus agressif.

Selon sa définition, une fausse nouvelle est « une information soit carrément fausse, soit détournée, exagérée ou dénaturée à un point tel qu’elle n’est plus véridique, présentée comme une vraie nouvelle dans le but de tromper les gens ». 

« Anciennement, c’était difficile d’atteindre 100 000 personnes. Tu ne pouvais pas faire ça tout seul dans ton sous-sol. Maintenant, si tu sais comment les réseaux sociaux fonctionnent, tu peux rejoindre beaucoup de monde. »

Et faire des dommages. Au Sri Lanka, une fausse information diffusée sur Facebook a mené à une flambée de violence à l’endroit des musulmans. En Inde, au moins 25 hommes ont été lynchés à cause de fausses rumeurs d’enlèvements d’enfants sur WhatsApp. Aux États-Unis, les nombreuses fausses nouvelles qui ont circulé pendant la campagne présidentielle en 2016 pourraient avoir joué un rôle dans l’élection de Donald Trump. À moindre échelle, au Québec, peu après la mort de la fillette à Granby, alors qu’il était interdit de dévoiler le nom de la victime et des accusés, des internautes ont fait circuler la photo d’une femme qui porte le même prénom que la belle-mère de la fillette en affirmant qu’il s’agissait de l’accusée.

« La dame a reçu des messages haineux et des menaces sur son Facebook, raconte Jeff Yates. Ce n’est pas quelque chose qui a eu un large impact sur la société, mais pour cette personne, ça a des conséquences. »

Selon Jeff Yates, beaucoup de la désinformation présente sur Facebook passe dorénavant par des groupes, souvent privés, depuis que la plateforme a modifié son algorithme pour leur donner priorité aux dépens des pages.

« Si on a un groupe conspirationniste, tous les gens dans le groupe ont tendance à être conspirationnistes. Ceux qui ne le sont pas vont avoir tendance à ne plus y aller parce que chaque fois qu’ils publient un commentaire, ils se font insulter. »

La science mise à mal

Ainsi, ces groupes sont un terreau fertile pour les théories conspirationnistes et les discours remettant en question les faits avancés par la science. Le neuroscientifique Daniel Levitin, professeur au département de psychologie de l’Université McGill et auteur du livre A Field Guide to Lies – Critical Thinking in the Information Age, déplore qu’une partie de la population ait perdu confiance en la science.

« C’est en partie la faute des scientifiques qui ne font pas vraiment un bon travail pour expliquer ce qu’ils font et comment ils le font et celle du système d’éducation, croit M. Levitin. Je ne pense pas que la personne moyenne possède les outils pour s’engager dans le genre de pensée critique qui est nécessaire. »

Il admet que la plupart des gens n’ont pas non plus le temps nécessaire à la vérification des faits. Il croit cependant qu’ils devraient être en mesure de reconnaître que tous n’ont pas la même crédibilité pour s’exprimer sur un sujet.

« Les gens entendent quelqu’un comme Robert F. Kennedy Jr dire que les vaccins sont dangereux. Ils ne savent peut-être pas grand-chose à son sujet, mais ils connaissent le nom de Kennedy. Ou, plus insidieusement, ils voient une publication sur Facebook et se disent : « Si j’y pense, il y a beaucoup d’enfants qui sont malades après la vaccination. Je ne fais pas confiance aux sociétés pharmaceutiques ni aux experts, alors peut-être que c’est vrai. » Mais il y a un fossé entre peut-être que c’est vrai et c’est vrai. »

Des remèdes contre la désinformation

• #30 secondes avant d’y croire

#30 secondes avant d’y croire est un projet mené par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et de l’Agence Science-Presse, auquel participent le journaliste Jeff Yates et plusieurs autres journalistes bénévoles. La formation a pour but de sensibiliser les adolescents aux fausses nouvelles et aux canulars qui circulent sur le web.

https://30secondes.org/

• PolitiFact

Ayant reçu un prix Pulitzer, PolitiFact est un site à but non lucratif tenu par le Poynter Institute, aux États-Unis. Les journalistes examinent, avec leur Truth-O-Meter, l’exactitude des déclarations faites par les élus américains.

https://www.lapresse.ca/

«Le détecteur de mensonges, ce n’est pas plus scientifique que l’astrologie ou le tarot»


Le polygraphe est-il un appareil fiable. Dans certains films, il montre des moyens de détourner le détecteur de mensonge. Des gens aimeraient faire passer le polygraphe à Donald Trump, car on sait qu’il a basé sa campagne et sa présidence par le mensonge.
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«Le détecteur de mensonges, ce n’est pas plus scientifique que l’astrologie ou le tarot»

 

Une manifestante qui défile en soutien de la Women March, à Washington, arbore une pancarte contre Donald Trump, sur le vieux port de Marseille, le 21 janvier 2017 | Boris Horvat / AFP

Une manifestante qui défile en soutien de la Women March, à Washington, arbore une pancarte contre Donald Trump, sur le vieux port de Marseille, le 21 janvier 2017 | Boris Horvat / AFP

Simon Clair et Stylist

Il faudra trouver autre chose pour piéger Donald Trump.

«J’ai toujours été totalement opposé à la guerre au Moyen-Orient.» «Les Cubains américains, j’ai 84 % de leurs votes.» «Le taux d’homicide volontaire dans notre pays n’a jamais été aussi élevé depuis quarante-sept ans.» «Je n’ai jamais entendu parler de WikiLeaks.»

Chaque jour, depuis le vendredi 20 janvier 2017, les Américains assistent à un spectacle inédit dans l’histoire de leur pays. En effet, un rapide exercice de fact-checking suffit à confirmer ce que tout le monde sait déjà: le Président est un menteur.

Le magnat de l’immobilier à la mèche blonde a même fait du mensonge une stratégie politique, une technique de communication et une identité, lui qui a finalement commencé sa campagne en 2011 en affirmant que Barack Obama n’était pas né aux États-Unis. Depuis, une récente étude du Washington Post a rapporté que lors de ses cent premiers jours à la tête du pays,

Donald Trump aurait fait «417 déclarations fausses ou trompeuses».

De quoi donner naissance à des concepts nouveaux comme les «faits alternatifs», la «post-vérité» ou plus simplement les «fake news».

Parallèlement,  on voit se multiplier les pétitions en ligne, groupes Facebook ou tribunes avec toujours le même message:

«Faites passer un test polygraphique à Donald Trump».

Car pour assouvir leur appétit de vérité, les États-Unis se sont depuis longtemps dotés d’un outil qui permet de résoudre bien des problèmes: le polygraphe. Plus connue sous le nom de «détecteur de mensonges», cette invention miracle s’est d’ailleurs très vite taillé une place de choix dans les films, séries ou émissions TV puisqu’elle peut répondre à toutes les situations et déceler en quelques minutes le bluff d’un meurtrier, d’un mari volage ou même, d’un joueur de poker. Tient-on enfin la solution idéale contre les mythomanes ? Peut-être. À moins que comme Trump, le polygraphe ne se mette lui aussi à nous raconter des craques.

«Le seul vrai détecteur de mensonges qui existe chez les êtres humains, c’est leur mère»

C’est en 1921, à l’université de Berkeley en Californie, que John Augustus Larson, un étudiant en médecine d’à peine 20 ans, met au point le tout premier polygraphe. Pour tester son invention, il s’engage dans la police de Berkeley, spécialité enquêtes criminelles. Lors de sa première grosse affaire, son polygraphe permet d’inculper William Hightower, un boulanger psychopathe que l’on accuse d’avoir enlevé et tué un prêtre.

«La science prouve la culpabilité d’Hightower», titre alors la presse locale qui rebaptise aussitôt l’invention en «détecteur de mensonges».

Pourtant, le terme ne plaît pas vraiment aux spécialistes, comme Darryl Starks de l’American Polygraph Association:

«Nous ne détectons pas vraiment les mensonges. Je plaisante souvent en disant que le seul vrai détecteur de mensonges qui existe chez les êtres humains, c’est leur mère.»

En effet, en analysant le rythme cardiaque, la respiration, la pression sanguine et la conductivité cutanée, le polygraphe s’attache surtout à mesurer les réactions du corps au stress en fonction des questions de l’examinateur.

«À la fin du test, l’examinateur formule une opinion déterminant s’il pense que l’individu a menti ou pas. Mais ce n’est pas une vérité absolue. Juste une opinion basée sur des faits scientifiques», précise Darryl Starks.

L’intérêt de ces tests polygraphiques réside surtout dans un constat simple: dans cette situation de stress, certains coupables finissent par passer aux aveux.

Bertrand Renard, docteur en criminologie à l’université de Louvain, en Belgique, se souvient:

«J’ai assisté à l’examen polygraphique d’un homme soupçonné d’avoir tué sa femme et d’avoir caché ce meurtre en simulant un faux accident de voiture sur l’autoroute. Tout était filmé et retransmis en direct aux magistrats dans la pièce à côté. Au fil des questions, l’homme devenait de plus en plus nerveux. Lorsque le polygraphiste s’est retiré pour analyser les résultats, le suspect s’est retrouvé seul dans la pièce avec un enquêteur pour le surveiller. Il lui a dit: “300 000 francs et on n’en parle plus ?” Avec le stress, il avait complètement oublié qu’il était filmé.»

http://www.slate.fr/