Pour communiquer avec les extraterrestres, envoyez les bébés!


Dans les films de science-fiction, les humains et les extraterrestres finissent par communiquer et comprendre les intentions de l’autre. La réalité pourrait être tout autre. Tout chez l’humain, il n’y a pas juste les mots, mais le corps aussi est un langage. Est-ce pareil pour les extraterrestres ? Le meilleur moyen pour établir un contact ne serait pas avoir les meilleurs linguistiques, mais simplement des bébés en phase d’apprentissage à la parole.
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Pour communiquer avec les extraterrestres, envoyez les bébés!

Si l’on pouvait mettre des bébés de 15 mois dans une pièce avec des extraterrestres, leur cerveau pourrait leur donner une longueur d’avance. | Omar Lopez via Unsplash License by

Si l’on pouvait mettre des bébés de 15 mois dans une pièce avec des extraterrestres, leur cerveau pourrait leur donner une longueur d’avance. | Omar Lopez via Unsplash License by

Kate Morgan — Traduit par Yann Champion

Dans l’éventualité d’un premier contact, les très jeunes enfants pourraient être les seuls capables de décrypter rapidement une langue extraterrestre.

Comment enseigner un langage que personne ne parle ou n’a même jamais entendu? C’est la première question à laquelle a dû répondre Sheri Wells-Jensen, professeure de linguistique à l’Université d’État de Bowling Green (Ohio), en composant le programme de son cours de xénolinguistique, l’étude des langues extraterrestres.

«Le fait de ne pas connaître de langue extraterrestre existante n’est pas vraiment un problème, explique Wells-Jensen. Mais si on en découvre une un jour, ce serait bien d’y avoir pensé auparavant. Il faut être prêt. Nous pourrions très bien établir un premier contact demain. On ne sait pas.»

Si un premier contact était établi demain, affirme Sheri Wells-Jensen, le premier réflexe de l’humanité serait sans doute de trouver les linguistes les plus prestigieux et les mieux diplômés pour les amener dans «notre base secrète» un peu comme la docteure Louise Banks, personnage joué par Amy Adams dans Premier contact. Dans le film, suite à l’apparition de douze ovnis en divers endroits du globe, Banks est recrutée par l’armée américaine pour se rendre dans un vaisseau spatial stationné au Montana et y déchiffrer le langage étrange des extraterrestres afin de savoir ce qu’ils veulent. Hollywood étant Hollywood, il lui suffit, bien entendu, d’associer deux messages extraterrestres pour tout connaître de leur langue. Ou presque.

Dans le monde réel, si nous recevions la visite d’extraterrestres, il est probable que nous tenterions de communiquer avec eux de la même manière que dans le film, c’est-à-dire en utilisant des images et beaucoup de gestes, afin d’établir un vocabulaire basique constitué de noms et d’adjectifs simples. Toutefois, à l’inverse de ce qui se passe dans Premier contact, pour communiquer de façon rapide et efficace, le meilleur moyen ne serait pas de faire appel aux plus éminents linguistes du monde, mais plutôt aux champions toutes catégories de l’apprentissage: les bébés.

Beaucoup de «si»

Revenons d’abord aux adultes. Comment enseigner une langue vraiment extraterrestre? Pour Sheri Wells-Jensen, c’est impossible, mais commençons par les bases.

Afin d’étudier l’hypothèse d’une langue extraterrestre, le cours universitaire de xénolinguistique de Sheri Wells-Jensen analyse les relations existant entre le langage, la pensée et la manière dont sont construits les différents messages des langues terrestres. Il étudie également ce que les langages terrestres ne font pas, mais que les humains pourraient sans doute gérer. Lorsqu’il s’agit de communiquer, les êtres humains peuvent faire preuve de capacités extraordinaires et s’il fallait échanger avec des extraterrestres, les possibilités seraient, selon Sheri Wells-Jensen, nombreuses… Si tant est que le style de communication des extraterrestres soit un peu «humanoïde».

Par exemple, beaucoup de nos méthodes de communication sont dictées par notre corps et par la manière dont nous manipulons le monde physique qui nous entoure. Si les extraterrestres avaient des appendices qui ressemblaient, d’une certaine manière, à des mains (et, de préférence, un visage pouvant diriger l’attention vers un objet), nous pourrions avoir une chance de nous comprendre.

«Nous pourrions apprendre une langue qui ressemblerait à un langage humain. Nous pourrions apprendre la langue d’une sorte de gros lapin poilu… mais nous aurions sans doute beaucoup de mal à apprendre la langue d’un blob informe hyperintelligent», avance Sheri Wells-Jensen.

Il faut aussi envisager la possibilité que la communication extraterrestre ne passe pas par le son. Dans Premier contact, les extraterrestres «parlent» en émettant des représentations gazeuses circulaires qui constituent des phrases entières. Si, dans un scénario de premier contact avec des extraterrestres, le langage de ces derniers était quelque chose que nous ne pouvions reproduire, cela poserait, d’après l’experte, un problème de taille. Que faire si leur langage était constitué d’émanations chimiques ou de fluctuations magnétiques? Et s’ils produisaient des sons trop hauts ou trop bas pour que nous puissions les entendre? Il y a, d’après elle, beaucoup de «si».

C’est là qu’interviennent les bébés

En réalité, nous n’aurions sans doute aucune idée de ce à quoi pourrait ressembler un être ou un langage extraterrestre avant d’en découvrir un, commente Wells-Jensen, qui a travaillé avec les experts du programme international Messaging Extraterrestrial Intelligence, ou METI (formé par un ancien responsable du programme SETI, Search for Extraterrestrial Intelligence, afin de se concentrer plus sur l’envoi de messages aux extraterrestres qu’à leur seule écoute). S’il doit y avoir un premier contact un jour, il s’agira probablement d’un message provenant de plusieurs années-lumière qui sera intercepté par une organisation comme le METI.

«On recevra un signal radio, tout le monde sera très excité et puis ça s’arrêtera là, explique Sheri Wells-Jensen. Nous trouverons ensuite un moyen d’envoyer une réponse et il faudra attendre cinquante ans pour voir si ça a marché.»

Toutefois, comme tous les astrolinguistes, Sheri Wells-Jensen œuvre dans l’hypothétique et elle se plaît donc à imaginer ce qui arriverait si la réalité dépassait la fiction et que des extraterrestres débarquaient vraiment sur Terre comme Hollywood l’a imaginé. Et s’ils disposaient d’un langage que nous pourrions comprendre et reproduire, ainsi que de corps leur permettant de manipuler leur environnement. Et si nous étions relativement certains qu’ils n’ont pas l’intention de nous manger ou de nous détruire.

Les représentations gazeuses circulaires dans Premier contact. | Capture d’écran via YouTube

C’est là qu’interviennent les bébés. Si toutes ces conditions étaient réunies, la meilleure chose que les humains pourraient faire pour comprendre un langage extraterrestre serait d’envoyer de jeunes enfants qui commencent tout juste à parler. En effet, puisque c’est à cet âge que la plasticité du cerveau humain est à son apogée (c’est-à-dire qu’il s’agit d’une période durant laquelle le but premier du cerveau est de trouver des moyens de transmettre et recevoir des informations), les très jeunes enfants sont des candidats parfaits pour comprendre des structures qui pourraient échapper à des experts adultes.

Les bébés commencent à reconnaître le langage comme une forme de communication vers l’âge de quatre mois et, à partir de ce moment, ils commencent à apprendre incroyablement vite. À ce stade, ils sont capables de distinguer et de reproduire chaque son individuel (baptisé phonème) utilisé dans les quelque 6.500 langues que compte la Terre. C’est cette capacité que nous perdons vers l’adolescence, voire un peu avant, qui fait que les jeunes enfants sont capables d’apprendre à prononcer sans accent les phonèmes d’une deuxième langue, ce que ne réussissent pas à faire la plupart des adultes.

Essayer des choses qui semblent stupides

Catharine Echols, professeure à l’université du Texas qui étudie l’acquisition du langage, explique que les très jeunes enfants sont non seulement capables d’apprendre à parler une langue couramment bien mieux que les adultes, mais qu’ils sont aussi plus flexibles par rapport à ce qu’ils classent comme faisant partie du langage. Cette flexibilité pourrait vraiment se révéler très pratique si nous rencontrions des sons qui n’existent pas sur Terre.

Pour confirmer ses dires, Catharine Echols renvoie à des études selon lesquelles les enfants de 13 mois qui apprennent des mots sont plus susceptibles d’associer des sons non linguistiques (un bip, un signal ou autre bruit) à la description d’un objet que les enfants plus âgés, qui favorisent la parole au fur et à mesure qu’ils grandissent. Mais la fenêtre est étroite et ce type de malléabilité du cerveau ne dure pas.

«Dès l’âge de 20 mois, les enfants n’accepteront plus qu’un bruit de sifflet ou d’harmonica puisse servir à désigner un objet, énonce Catharine Echols. Ils n’accepteront plus que les mots.»

«C’est dangereux et beau. C’est impossible et ça pourrait arriver à tout moment.»

Si l’on pouvait mettre des bébés de 15 mois dans une pièce avec des extraterrestres, leur cerveau analytique pourrait, théoriquement, leur donner une longueur d’avance pour décomposer un langage inconnu en éléments de base et en structures grammaticales. Beaucoup de linguistes traditionnels pensent que l’apprentissage du langage est essentiellement une question de reconnaissance des structures et des régularités dans le discours. Et il s’agit de quelque chose que les jeunes enfants savent particulièrement bien faire.

«Nous devrions être capables d’apprendre toute forme de communication possédant une certaine forme de structure, commente Catharine Echols. Pour reconnaître un système, il faut le décomposer, le réduire aux parties qui le constituent. Et, sans doute parce que leur mémoire est encore relativement faible, les jeunes enfants pourraient être bien meilleurs que les adultes pour se concentrer sur ces petites parties du langage.»

Si s’appuyer sur des êtres humains qui portent encore des couches-culottes pour trouver comment communiquer avec des espèces extraterrestres intelligentes peut sembler ridicule… c’est que ça l’est. Mais le fait est que tout le champ de l’étude d’une possible vie extraterrestre (sans parler des conséquences culturelles, théologiques et économiques que revêtirait un premier contact) repose sur des théories qui échappent entièrement à la réalité que nous connaissons. Et pour comprendre l’inconnu, comme le dit Sheri Wells-Jensen, il faut savoir sortir des sentiers battus.

Si nous devons résoudre un problème que nous savons être extrêmement difficile et qui risque d’affecter l’humanité tout entière, il est de notre devoir, selon elle, de tout essayer. Il faut essayer des choses qui semblent a priori stupides, accepter la créativité, la sagesse et le talent d’où qu’ils viennent.

«Pour accomplir une tâche de cette difficulté et de cette importance, il va nous falloir donner le meilleur de nous-mêmes. Aussi, nous ferions mieux d’être prêts, conseille-t-elle. C’est dangereux et beau. C’est impossible et ça pourrait arriver à tout moment.»

http://www.slate.fr/

Les dyslexiques découperaient trop finement les sons de la parole


Une étude sur les dyslexiques qui se veut a mon avis prometteur, du moins pour mieux comprendre les difficultés qu’ils doivent surmonter
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Les dyslexiques découperaient trop finement les sons de la parole

Photos.com

Agence France-Presse
Paris

Les dyslexiques découpent les sons de la parole si finement, un peu comme s’ils percevaient la moitié d’un «fe» ou un quart de «me», qu’ils ont ensuite des difficultés à les associer aux lettres de l’écrit, selon une étude publiée par des chercheurs de l’Inserm* et du CNRS**.

La dyslexie se manifeste chez un enfant, après le début de l’apprentissage de la lecture, par l’absence de maîtrise des correspondances entre les graphèmes et les phonèmes.

Qu’est que la moitié d’un «fe»?

«On a du mal à se l’imaginer» quand on n’est pas du tout dyslexique, reconnaît Anne-Lise Giraud (Inserm, Ecole normale supérieure, Paris).

«On associe un son de parole qui s’appelle un phonème à un graphème qui grosso modo est une lettre», précise cette chercheuse du Laboratoire de neurosciences cognitives.

Chez les dyslexiques, la représentation mentale des sons de la parole n’aurait pas «le même format que chez les sujets normo-lecteurs», ceux qui savent faire la correspondance, explique à l’AFP la neurobiologiste.

«Ils découpent tellement finement les sons qu’ils ne peuvent pas les associer aux graphèmes», résume-t-elle. C’est ce que nos recherches «tendent à prouver», dit-elle voulant rester prudente après la publication cette semaine des résultats de son équipe dans la revue scientifique Neuron.

Associer la lettre «t» au son «te», pour «un normo-lecteur c’est facile, puisqu’il qu’il a déjà dans sa tête quelque chose qui est au bon format», ajoute-t-elle.

«Les bébés qui sont capables de distinguer des  »allophones » – des unités légèrement en dessous des phonèmes – perdent cette capacité au fur et à mesure qu’ils sont exposés à un langage maternel, mais justement les dyslexiques auraient comme une persistance d’un mode de découpage en dessous du phonème», dit-elle.

En partant de cette hypothèse, Mme Giraud et ses collègues ont enregistré l’activité cérébrale de 44 adultes, dont 23 dyslexiques, grâce à la magnétoencéphalographie (MEG), en étudiant leur réponse à un bruit modulé en amplitude dont le rythme variait de 10 à 80 hertz.

«On a enregistré la capacité des réseaux de neurones du cortex auditif à se caler en phase sur des rythmes qui sont contenus dans les sons», indique Mme Giraud.

Les résultats montrent qu’une seule anomalie dans le cortex auditif serait à l’origine des trois facettes principales de la dyslexie: difficulté à manipuler mentalement les sons de la parole et à mémoriser une liste de mots à court terme, ralentissement de la capacité à nommer rapidement des séries d’images.

Les dyslexiques auraient une «sensibilité réduite» pour les sons modulés autour de 30 hertz, ce qui correspond à «un déficit» dans le découpage des phonèmes. Pour la mémoire, il s’agit plutôt «d’une hyper-rapidité» du découpage de la parole «autour de 60 hertz», relève la neurobiologiste.

«Si les dyslexiques découpent de façon plus fine, ils font davantage de petits paquets et ça encombre leur mémoire à court terme», explique-t-elle, précisant que ces résultats permettent de «faire un lien» avec la génétique : des anomalies génétiques affectent la bonne configuration des réseaux corticaux chez les dyslexiques.

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* Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale (France)

** CNRS: Centre national de la recherche scientifique (France)

http://www.cyberpresse.ca