Régulation des naissances : déjà dans l’Égypte antique…


Au temps des pharaons, il semble que la crue du Nil auraient été propice pour la fécondité des femmes. S’ils pouvaient préférer les temps chauds, ils pouvaient aussi sans doute, contrôler les naissances avec une potion qui sans doute ne devait pas vraiment fonctionné
Nuage

 

Régulation des naissances : déjà dans l’Égypte antique…

 

Amonchopeshfu, fils de Ramsès III, avec sa mère et Anubis. Fresque du tombeau d'Amonchopeshfu, dans la vallée des Reines.

Amonchopeshfu, fils de Ramsès III, avec sa mère et Anubis. Fresque du tombeau d’Amonchopeshfu, dans la vallée des Reines. © Holton Collectio/SUPERSTOCK/SIPA

VICTORIA GAIRN

Les récentes fouilles des sépultures de Dakhla ont révélé une saison des amours liée à la crue du Nil. Ainsi que l’usage de moyens contraceptifs…

On pensait que la vie quotidienne des Égyptiens n’avait – presque – plus de secrets pour nous. Que les peintures et textes nombreux sur papyrus ou sur terre cuite découverts dans les tombes du village d’artisans et d’ouvrier de Deir el-Médineh, dans la vallée des Rois, nous avaient donné les grandes lignes de leur mode de vie, de leurs habitudes. Las, début avril, à Honolulu, devant les membres de la Society for American Archaeology, l’équipe de Lana Williams, professeur à l’université de Central Florida, révélait une découverte des plus intrigantes.

En s’interrogeant sur les pratiques sexuelles de nos aïeuls égyptiens, l’équipe américaine s’est en effet intéressée au cimetière de l’oasis de Dakhla, à 700 km au sud-ouest du Caire. D’après le site Live Science, qui relate les fouilles, les chercheurs auraient sorti près de 800 sépultures et estimé l’âge des individus au moment de leur mort. Le mois du décès a également pu être évalué en fonction du sens de la tombe, qui devait être orientée en direction du lever du soleil.

Surprise : en identifiant 124 dépouilles de bébés, dont le décès serait survenu entre 18 et 45 semaines après leur conception, les archéologues déduisent un pic de naissance autour des mois de mars et d’avril. Soit une conception en juillet-août, des mois souvent caniculaires en Égypte, où la température pouvait grimper au-delà de 40 °C.

Bouse de crocodile

Pourquoi donc les Égyptiens profitaient-ils des mois les plus chauds pour se reproduire, alors même que, parmi les autres cultures européennes, on constate au cours de ces mois estivaux une baisse de la libido et surtout du nombre de spermatozoïdes ? Pour Lana Williams, qui ne s’interdit cependant pas d’autres hypothèses, la raison est simple : les habitants de l’oasis de Dakhla, qui pensaient que la crue du Nil avait lieu tous les étés, était la clé de la fertilité de leurs terres, transposaient cette croyance sur les femmes et la fécondité.

« C’est la première fois que l’on se penche sur les individus eux-mêmes, que l’on fait parler la biologie », se réjouit Lana Williams.

Des chercheurs avaient, certes, déjà travaillé à partir de recensements, mais jamais une fouille de cimetière n’avait permis de comprendre un cycle de naissances.

Plus étonnantes encore, les conséquences de cette découverte. Si une hausse de la natalité avait bien lieu en mars-avril, comment les Égyptiens parvenaient-ils à contrôler les naissances le reste de l’année ?

« Si le calendrier des naissances était si bien planifié, analyse l’archéologue, il semble inévitable que les Égyptiens aient utilisé un moyen de contraception. »

Dans les papyri d’el-Lahoun, qui auraient été rédigés il y a près de 3 800 ans, un traité de gynécologie fait état d’une recette à base de bouse de crocodile et de miel. Sans toutefois préciser comment utiliser la mixture… Était-ce simplement un dissuasif introduit dans le corps de la femme et destiné à repousser l’homme ? Ou les vertus chimiques du mélange permettaient-elles d’agir comme un spermicide ? Si Lana Williams n’apporte pas de réponse pour l’instant, elle tient cependant à préciser que la bouse de crocodile n’était certainement pas aussi efficace que le préservatif. Nous voilà rassurés.

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