Néophobie alimentaire: terrorisés de goûter


Parmi les troubles alimentaires, la néophobie alimentaire, cette phobie est très peu connu et ceux qui en souffre sont souvent mal jugé pour le refus de manger certains aliments. Il semble que les aliments les plus redoutés soient les fruits, légumes et viandes. Imaginez le stress dans des restaurants ou à un repas de famille. Il y a plusieurs thérapies qui peuvent aider à élargir leur choix d’aliments.
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Néophobie alimentaire: terrorisés de goûter

Notre alimentation n'a jamais été aussi variée. Les médias ne cessent de nous... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

MARIE-EVE FOURNIER
La Presse

Notre alimentation n’a jamais été aussi variée. Les médias ne cessent de nous faire découvrir de nouveaux ingrédients. Les foodies courent les restaurants pour tester leur menu. À l’opposé, des personnes ne mangent que deux ou trois fruits, car elles ont peur de goûter aux autres. D’autres évitent des catégories entières d’aliments. Incursion dans le monde intime et méconnu des adultes souffrant du trouble de l’alimentation sélective et évitante.

Plus que des caprices

Des pommes et des bananes. Des petits pois, du brocoli et des pommes de terre. Du poulet et du boeuf. Deux fromages. Des féculents. Aucun condiment. Aucune sauce. Aucun fruit de mer. Des oeufs, seulement s’ils sont cuits d’une certaine manière. Voilà de quoi se compose essentiellement l’alimentation de Julie Dawson. Qui, pourtant, n’est pas difficile. Ni capricieuse.

Pourquoi ne mange-t-elle pas de fraises, de bacon, de sauce BBQ? Elle n’y a jamais goûté. Et l’idée de le faire l’effraie, comme d’autres ont peur des araignées, des foules ou de l’avion. Sa phobie porte un nom: néophobie alimentaire, un trouble qui touche une bonne proportion d’enfants d’âge préscolaire et certains adultes. Une réalité méconnue, taboue, peu documentée.

«Ce n’est pas juste « je n’aime pas ça, ça me lève le coeur ». Ça va beaucoup plus loin que ça. […] Ce n’est pas que tu ne veux pas goûter. C’est que tu n’es pas capable de le faire. Il se passe quelque chose dans ton corps», explique la psychologue Chantal Bournival, directrice de la Clinique des troubles de l’alimentation. La personne peut paniquer, recracher, vomir…

Malgré les préjugés et l’incompréhension, Julie Dawson a accepté de témoigner pour venir en aide à d’autres néophobes en démystifiant ce trouble. Car s’il existe de nombreux écrits sur les enfants qui refusent de goûter les légumes, la science n’a rien à dire ou presque sur les plus grands.

En fait, la recherche sur le sujet est tellement embryonnaire que le taux de prévalence chez l’adulte, même approximatif, est inconnu, rapporte la Dre Mimi Israël, spécialiste de la question à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Le trouble de la restriction ou évitement de l’ingestion d’aliments (une nomenclature qui regroupe divers troubles, dont la néophobie) n’est entré dans la bible des troubles mentaux, le fameux DSM-5, qu’en 2013.

Incompréhension de l’entourage

«Les amis que j’ai depuis longtemps et ma famille comprennent, confie Julie Dawson. Mais si je rencontre quelqu’un de nouveau, c’est dur d’expliquer pourquoi je ne mange pas quelque chose. Ça me fait toujours angoisser.»

Ainsi, au lieu d’admettre qu’elle n’a jamais goûté à un aliment, elle dit qu’elle ne l’aime pas, pour simplifier.

Malgré tout, on lui pose parfois des questions aux réponses évidentes.

«Mon père me demande encore si je veux du ketchup! Je ne sais pas s’il oublie ou s’il a espoir», raconte la femme de 40 ans qui a déjà goûté au condiment une fois «par accident dans un hamburger».

La psychologue Chantal Bournival constate qu’il y a «beaucoup d’incompréhension chez l’adulte», et précise que la néophobie peut engendrer des tensions dans les couples – lorsque vient le temps d’aller souper dans la belle-famille, par exemple – ainsi qu’à l’arrivée d’un enfant. Les néophobes pourront se faire accuser d’être responsables de la néophobie de leur progéniture pourtant normale dans leur développement. Ils vont aussi se mettre beaucoup de pression pour que leur enfant mange de tout.

«C’est très complexe, plus chez l’adulte que chez l’enfant. Et ça provoque de l’isolement social. La personne se sent jugée, ce qui crée de l’anxiété à manger avec d’autres personnes.»

«C’est pire de manger chez des gens qu’au restaurant, où on peut faire un choix», poursuit la psychologue, en ajoutant que le trouble provoque aussi des carences nutritionnelles.

Hypersensibilité aux odeurs et aux textures

Louise Nadeau n’est pas très attirée par les fruits, elle non plus. Elle mange des fraises, des framboises, des pêches. Pas de porc, d’agneau, de veau, de gibier, d’abats, de fruits de mer. Le boeuf ne doit présenter aucun gras, aucun os, idem pour le blanc de poulet.

«Tout le monde est pâmé sur les sushis. Moi, vous ne réussirez jamais à me faire manger ça. Je ferais une syncope. Pourquoi ? Je ne le sais pas», explique la femme de 60 ans qui n’a pris conscience de son trouble que l’an dernier, et qui rêve de «retrouver sa liberté alimentaire».

Louise Nadeau refuse divers aliments en raison de leur texture ou de leur température, ce qu’on appelle le trouble de l’alimentation sélective (TAS).

«Je ne peux pas manger de pain avec des graines. Je ne peux pas mélanger le mou et le dur.» La crème glacée, c’est non. «Je n’aime pas le froid.» La variété d’une seule marque de yogourt passe le test. «Du grec, ce serait impossible: c’est granuleux!»

«Le pire, c’est la pomme»

Robin Belley est encore plus sensible à l’acidité des fruits. Il n’en a jamais mangé un seul. Même bébé, sa mère ne réussissait pas à lui en faire manger en purée.

«Je criais, je pleurais, je vomissais, je ne voulais rien savoir», relate-t-il.

Adulte, il a réussi à intégrer le jus d’orange à son alimentation. Mais c’est tout.

Quel fruit le rebute le plus?

«Le pire, c’est la pomme. Je ne suis pas capable. Mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas investigué.»

 Il n’est pas dégoûté, mais les fruits lui font faire «des faces». C’est comme si sa langue était trop sensible, le goût trop intense pour être supportable, décrit-il.

Les odeurs (poissons, fromages, oeufs) et des aversions provoquées par un événement anxiogène sont également à l’origine de certains TAS, explique Chantal Bournival, qui précise que deux troubles – néophobie et TAS – se confondent facilement et que plusieurs personnes souffrent des deux à la fois.

«Moi, je me considère comme quelqu’un de joyeux, qui aime la vie et qui est ouvert d’esprit. Et je me retrouve avec un secret comme celui-là… Ça clashe!», lance Louise Nadeau.

L’angoisse au menu

À l’université où Julie Dawson travaille, ses collègues sont des foodies qui se précipitent chaque jour de paie dans un resto à la recherche d’expériences culinaires excitantes. Julie les accompagne «pour parler», pour faire partie du groupe. Mais chaque fois, «c’est difficile».

«Mes amis ne me jugent pas. Mais ils me poussent un peu. L’autre jour, j’ai pris un taco. Seulement la coquille et le boeuf dedans.»

Lorsque nous lui avons parlé, ses collègues venaient de lui apprendre que leur prochaine destination était le LOV, un resto végétarien à la mode à Montréal.

«Je vais prendre des frites et manger autre chose en revenant au bureau», prévoyait-elle.

Car évidemment, elle regarde toujours les menus d’avance pour voir si elle pourra commander quelque chose (en demandant un changement, généralement) ou si elle devra s’organiser en mangeant avant ou après. Un comportement que la psychologue Chantal Bournival voit chez tous ses patients néophobes ou souffrant d’un TAS.

«En regardant d’avance le menu, je sais ce que je vais manger. J’ai l’air relaxe et personne ne se doute de rien», explique Louise Nadeau, atteinte de néophobie alimentaire.

La Dre Israël, qui a traité depuis cinq ans une cinquantaine de cas extrêmes (des personnes présentant un important sous-poids et des carences nutritionnelles), dit que ses patients «ne vont jamais au restaurant» tant cela les angoisse.

Le confort italien

Comme bien d’autres néophobes, Julie Dawson ne fréquenterait dans un monde idéal que les restaurants italiens.

«La vie serait plus simple s’il y avait juste des restaurants italiens et du blanc de poulet», concède Louise Nadeau, qui se limite généralement à manger de la soupe ou des salades au resto.

Évidemment, pour un néophobe, les repas chez les connaissances ou la famille éloignée, ainsi que les cocktails dînatoires avec de petites bouchées composées de plusieurs ingrédients (fruits de mer, poisson, fromages, sauces) et les buffets gastronomiques sont de véritables sources de stress. Et de mise en place de stratégies: manger avant ou après, prétendre ne pas avoir faim, se bourrer de pain en cachette, s’inventer des allergies, etc.

«On a un problème si l’anxiété est assez présente pour être en anticipation», note la Dre Israël.

Et les voyages?

Tandis que Mme Nadeau s’empêche de voyager à certains endroits comme le Mexique et l’Asie parce qu’elle sait qu’elle n’aimera pas la nourriture, Julie Dawson, elle, ne s’en priverait pas même si son niveau d’angoisse «serait très élevé».

«En France, il y a des Subway et des McDo partout. Je ne suis pas foodie, alors je me fiche de ce que je mange. Je veux juste trouver quelque chose pour survivre.»

La question des voyages lui rappelle une anecdote survenue en Australie.

«Je mange des Cheerios ordinaire tous les matins. Mais en Australie, ça goûtait un peu différent, un peu plus le miel. Je ne pouvais pas en manger.»

Louise Nadeau est encore marquée par un repas en France.

«À Lyon, quand j’ai vu la carte d’un restaurant gastronomique avec du cerveau, de la langue et des rognons, je ne pouvais pas croire que des humains mangeaient ça!»

Qu’est-ce qu’un bon resto?

«Un resto qui sert quelque chose que j’aime», répond Julie Dawson.

Merci à Anderson Cooper

Le journaliste vedette de CNN Anderson Cooper a beaucoup contribué à faire connaître la néophobie alimentaire chez l’adulte en abordant le sujet sur diverses tribunes. Il a déjà dit à un magazine qu’en voyage, il commande sa nourriture dans le menu pour enfants des hôtels puisqu’il a «le palais d’un jeune de 7 ans». Il a aussi révélé à Jerry Seinfeld qu’il n’avait jamais goûté à une gaufre, même s’il aime les crêpes.

Des féculents du matin au soir

Certains blogues tenus par des néophobes et des études menées sur des enfants rapportent que ce sont les fruits qui provoquent le plus d’angoisse. Viendraient ensuite les légumes et les viandes. Ainsi, certaines personnes racontent n’avoir mangé que des féculents toute leur vie.

La Dre Mimi Israël, de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, ne peut dire si ce palmarès est véridique ou pas, faute d’études sérieuses sur le sujet. De son côté, la psychologue Chantal Bournival a déjà effectivement rencontré des patients qui ne mangent que des féculents et constate dans sa pratique que les fruits, les légumes et la viande sont les trois catégories d’aliments les plus souvent rejetées par ses patients. C’est le cas de l’auteure du site phobie-alimentaire.fr, Marie Perchey, une jeune femme de 29 ans qui travaille à Paris. Pendant 20 ans, raconte-t-elle, elle n’a mangé pratiquement que des frites, du riz, des pâtes au beurre, des pommes de terre, du pain et des bananes. Elle a réussi à varier son alimentation au moyen de diverses stratégies qu’elle détaille et explique sur son site rempli de références intéressantes.

Les caractéristiques du trouble de la restriction ou évitement de l’ingestion d’aliments selon le DSM-5

– Perte de poids importante

– Carences nutritionnelles importantes

– Dépendance envers les suppléments nutritionnels

– Perturbation du fonctionnement psychosocial (incapacité à manger avec d’autres, anxiété à aller au restaurant ou chez des amis)

– Aucune volonté de perdre du poids, aucun lien avec l’image corporelle

Les problèmes nutritionnels ne s’expliquent pas par un accès insuffisant aux aliments ou une pratique culturelle (tel le jeûne religieux)

Il n’est pas nécessaire d’avoir tous les symptômes pour avoir un diagnostic. La perturbation du fonctionnement psychosocial, par exemple, suffit, note la Dre Mimi Israël.

Source: Programme canadien de surveillance pédiatrique

Les solutions

Il y a de l’espoir pour les adultes qui rêvent de varier leur alimentation et d’être capables de manger n’importe quels entrée et plat principal au restaurant.

La thérapie cognitivo-comportementale

Cette thérapie expose graduellement la personne à ce qui lui fait peur. Ce traitement permet d’obtenir «de bons résultats», dit la psychologue Chantal Bournival. On commence par faire la pyramide des aliments angoissants en plaçant les plus phobiques au sommet. Et on apprivoise d’abord ceux à la base.

«Certaines personnes ne peuvent même pas s’imaginer ouvrir un pot de yogourt, alors on ne leur en donnera pas une bouchée!», dit Mme Bournival.

L’exposition progressive peut commencer par le fait de regarder une image de l’aliment, l’entrer dans la pièce, le toucher, le couper et finalement y goûter. Souvent, le thérapeute mange l’aliment avec le patient.

L’enchaînement alimentaire

Cette méthode consiste à essayer de nouveaux aliments similaires à ceux qui sont déjà aimés. Par exemple, une personne qui mange des pâtes et des pommes de terre bouillies pourrait tester les gnocchis. Les pépites de poulet pourraient mener aux poitrines de poulet, la trempette au yogourt. Le rapprochement avec les aliments jugés sûrs peut se faire en se basant sur la couleur, la texture, la forme ou l’odeur. Pensez aussi à piger dans le même groupe alimentaire. Il peut être astucieux de tester l’aliment sous différentes formes et textures : râpé, en tranches, en cubes, bouilli, grillé.

Le pairage des aliments

Cette technique consiste à s’habituer à un aliment non toléré en l’associant à un autre qui est aimé. Par exemple, une personne qui n’aime pas le fromage pourrait en mettre un peu sur du pain.

«Il faut éviter l’évitement, explique la Dre Mimi Israël, de l’Institut Douglas. Il faut réentraîner le cerveau à ne pas avoir peur en lui montrant qu’il n’y aura pas les conséquences désagréables auxquelles il croit.»

http://www.lapresse.ca/

Les enfants qui jouent avec la nourriture sont moins difficiles


Je crois que ce n’est pas un secret pour personne qui ont eu des enfants. Pour donner à l’enfant, le goût d’explorer les multiples saveurs des aliments, il faut que cela soit attirant pour eux. Et même les faire participer au repas.
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Les enfants qui jouent avec la nourriture sont moins difficiles

 

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Les jeunes enfants qui s’amusent avec le contenu de leur assiette seraient plus ouverts que les autres aux nouveaux goûts.

Jouer avec le contenu de leur assiette pourrait aider les jeunes enfants à surmonter la peur de nouvelles saveurs, selon une étude intitulée «Le plaisir du jeu tactile est associé à une néophobie alimentaire plus faible chez les enfants d’âge pré-scolaire», publiée dans le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics.

Pour arriver à cette conclusion, des chercheurs britanniques ont mené une expérience simple: ils ont demandé à un groupe de 70 enfants de 2 ans à 5 ans, explique Reuters, de chercher des petits jouets enterrés dans de la purée de pommes de terre et de la «jelly». Bref, du pâteux et du gluant, de la nourriture qui colle aux mains. Ceux qui ne creusaient pas manuellement dans leur repas se sont vus proposer une cuillère…

Les parents, observateurs, et les chercheurs ont évalué à quel point les enfants étaient heureux de se salir les mains, sur une échelle de 1 à 5. Pour comprendre les habitudes alimentaires générales et la «sensibilité tactile» des enfants, les chercheurs ont aussi interrogé les parents avec des questionnaires précis.

Résultat, les enfants les plus disposés à se salir joyeusement les mains à table étaient ceux qui étaient les moins touchés par la «néophobie alimentaire», la peur de goûter de nouveaux aliments.

Helen Coulthard, chercheuse en psychologie et principale auteure de l’étude, explique à Reuters que «bien qu’il ne s’agisse seulement que d’une association, cela implique que laisser les enfants jouer avec la nourriture pourrait les aider à accepter cette nourriture», même si d’autres recherches seront nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

Alors, selon elle, l’art culinaire pourrait être une bonne manière de commencer, par exemple en utilisant la nourriture pour faire des dessins ou des formes dans l’assiette, sans mettre la pression aux enfants… Et en les encourageant progressivement à faire leur propre œuvre, puis à goûter quand ils sont prêts.

Myles Faith, un chercheur en nutrition qui n’a pas participé à l’étude, conclut que «les parents devraient moins penser à mettre la pression et à forcer leurs enfants à manger des fruits et des légumes, et plus aux moyens de favoriser le plaisir, la curiosité et l’exploration. […] Ils pourraient envisager des activités où les enfants seraient des « détectives alimentaires », goûtant et évaluant de nouveaux aliments, voire devenant des critiques gastronomiques».

Ces résultats rejoignent en tous cas ceux d’une autre étude publiée en 2013, qui avait montré que jouer avec la nourriture servait à apprendre, à connaître le nom des aliments et à mieux les appréhender. 

http://www.slate.fr/

La peur des nouveaux aliments


Il y a certaines périodes de l’enfance que manger des nouveaux aliments est une guerre déclarée. Faut-il s’inquiéter si l’enfant ne veut pas manger ou manque très peu? A-t-il une peur démesurée face aux nouveauté alimentaire ?
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La peur des nouveaux aliments

 

Les aliments qu'accepte de manger Nathaniel tiennent en quelques lignes.... (Photos.com)

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VALÉRIE SIMARD
La Presse

Les aliments qu’accepte de manger Nathaniel tiennent en quelques lignes. Impossible, grosso modo, de lui faire avaler autre chose que des fraises, des bananes, du cantaloup, du poulet pané, du spaghetti et des oeufs. Capricieux, le garçon? La néophobie alimentaire va au-delà de l’enfantillage.

Comme son nom l’indique, la néophobie alimentaire désigne la peur des nouveaux aliments. Surtout présente chez les enfants de plus de 2 ans – bien que certains adultes n’y échappent pas -, cette peur se traduit par une forte réticence à goûter de nouveaux aliments et une tendance à trouver mauvais tout ce qu’ils acceptent finalement de goûter. Cynthia Gagné reconnaît bien son fils Nathaniel dans cette description. Impossible de faire porter à sa bouche un aliment qu’il ne connaît pas. Même un biscuit l’effraie.

«Depuis l’introduction des aliments solides, c’est un combat sans fin pour le nourrir et ce l’est encore aujourd’hui, raconte Cynthia Gagné, qui a dû affronter son lot de crises lors des repas. Je peux compter sur les doigts d’une main les recettes qu’il aime. Si les croquettes McDo en sont une!» 

Aujourd’hui âgé de 4,5 ans, Nathaniel ne pèse que 25 lb, soit moins que sa petite soeur de 2 ans. Il ne mange pas de légumes et très peu de viande. Lorsqu’il passe la journée chez sa gardienne, si le menu ou la façon dont les plats sont préparés ne lui conviennent pas, il peut passer la journée sans rien avaler. Désemparée, sa mère a consulté une nutritionniste de façon hebdomadaire pendant un an. Plusieurs choses ont été essayées, mais rien n’a fonctionné de façon durable.

«Récemment, j’ai essayé un bol de céréales avec du lait, deux choses qu’il mange toujours séparément, et je l’ai tenu à table pendant 45 minutes pour une crise épouvantable parce qu’il ne voulait pas goûter les deux ensemble, relate Mme Gagné. À ce moment-là, j’abdique. Comme il y a le poids mêlé à ça, le peu qu’il veut manger, il l’a.» Estimant avoir tout essayé, Cynthia Gagné s’est résignée. «Je fais ce que j’ai toujours dit que je ne ferai jamais: préparer des repas différents pour mes enfants.»

Une peur qui coupe l’appétit

Le refus d’essayer de nouveaux aliments est présent chez beaucoup d’enfants, à divers degrés. Mais tous ne souffrent pas nécessairement de néophobie, précise la Dre Maria Ramsay, psychologue et directrice du programme d’alimentation psychiatrique de l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Différents aspects, dont le manque d’appétit, doivent être évalués avant de conclure à une peur de nature psychologique.

«Si l’enfant n’a pas d’appétit, on ne donne pas de nouvel aliment, affirme Dre Ramsay. C’est la première chose que nous évaluons et nous constatons dans la plupart des cas, que l’enfant n’a pas ou peu d’appétit.»

Un médicament peut alors être administré pour créer de l’appétit chez l’enfant.

Les enfants qui refusent les nouveaux aliments éprouvent souvent un dédain pour les aliments mélangés ou en morceaux, les couleurs trop vives et les saveurs amères et acides comme celles des légumes.

«Il y a des jours où je me demande si mon fils mangera un jour des légumes, s’interroge Patrick Voyer, père d’un enfant de 2,5 ans. Présentement, son régime se résume à de la viande, des produits laitiers et des produits céréaliers en quantité industrielle. Il a un dégoût du vert, du orange, du jaune et des vitamines. On voudrait qu’il mange, mais il se ferme. Alors, on se fâche à contrecoeur pour se défouler, même si on sait que ça ne changera rien, en oubliant qu’on devait aussi être difficile à cet âge. Et on ne peut s’empêcher de se sentir coupables, parce qu’il faut bien que ça vienne de quelque part.»

La faute aux gènes

L’aversion de son fils pour la nouveauté alimentaire pourrait bien être inscrite dans ses gènes, suggèrent diverses études. La plus récente, dont les résultats ont été publiés en mars dernier dans le journal Obesity, a démontré que les gènes étaient responsables à 72% de la néophobie alimentaire chez les enfants, les facteurs environnementaux comptant pour le reste. Pour en arriver à ce résultat, les chercheurs du département de nutrition de l’Université de la Caroline-du-Nord aux États-Unis ont étudié 66 paires de jumeaux âgés de 4 à 7 ans.

Dans une étude précédente, des chercheurs de Philadelphie avaient identifié une variation du gène du goût «Tas2R38» qui fait que les enfants qui en ont hérité sont plus sensibles à l’amertume.

«Une forte influence génétique ne signifie pas que le comportement ne peut être changé; le défi pourrait simplement être plus grand pour certains enfants, souligne le Dr Miles Faith, directeur de l’étude et professeur associé à la Gillings School of Global Public Health de l’Université de la Caroline-du-Nord. Cela pourrait demander une plus grande compréhension et plus de patience de la part des adultes qui interagissent avec des enfants qui ont un haut degré de néophobie.»

La réticence à manger des légumes verts, des fruits et de la viande serait même liée à l’évolution. Des chercheurs britanniques ont conclu en 2003 que les enfants étaient généralement difficiles sur les mêmes aliments qui, historiquement, étaient dangereux. Alors, si fiston refuse d’avaler un champignon, c’est probablement aussi par réflexe de protection.

http://www.lapresse.ca