Une fleur à l’origine de la rage guerrière des Vikings


Il semble que les Vikings étaient très violents, certains croient que leur rage incontrôlable serait dû à l’ingestion de l’amanite tue-mouche. Mais, un ethnobotaniste croit plutôt que la cause est plutôt causé à la jusquiame noire qui a des propriétés étonnantes et qui pourrait expliquer un bon nombre d’effets secondaires
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Une fleur à l’origine de la rage guerrière des Vikings


Détrônant le champignon rouge à pois blanc, la jusquiame noire est peut-être à l'origine de la rage folle des Vikings. | Andrew Ridley via Unsplash

Détrônant le champignon rouge à pois blanc, la jusquiame noire est peut-être à l’origine de la rage folle des Vikings. | Andrew Ridley via Unsplash

Repéré par Odile Romelot

Repéré sur Wired

Un ethnobotaniste a une nouvelle théorie sur la plante que les «berserkers» ingéraient avant de combattre.

Les guerriers vikings continuent de fasciner plusieurs siècles après leurs légendaires combats. Dans l’imaginaire collectif, c’est souvent aux berserkers que l’on pense lorsque l’on parle des Vikings. Ces guerriers étaient réputés pour leur violence et leur rage aveugle (berserkergang), leurs hurlements sauvages et leur incapacité à distinguer leurs ennemis de leurs amis durant les affrontements.

Dès le XIIIe siècle, l’historien et poète islandais Snorri Sturluson décrivait les berserkers d’Odin comme aussi «fous que des chiens ou des loups» et aussi «forts que des ours ou des bœufs sauvages», capables de tuer leurs ennemis d’un seul coup. Une fois atteint le stade du berserkergang, les guerriers étaient saisis de tremblements et de claquements de dents incontrôlés, tandis que leur visage devenait de plus en plus rouge.

On attribue souvent l’origine de cette rage incontrôlée à la consommation d’un champignon aux propriétés psychoactives, l’amanite tue-mouches. Cette hypothèse, controversée, est remise en question par Karsten Fatur, un ethnobotaniste de l’université de Ljubljana, dans un article paru dans le Journal of Ethnopharmacology. Il soutient l’idée selon laquelle le champignon rouge à pois blancs explique certains des symptômes attribués au berserkergang, tels que les contractions et tremblements, les rougeurs au visage, le délire et les convulsions –mais pas le plus important: la fureur aveugle.

Les fleurs de la fureur

Selon l’ethnobotaniste, les raisons de cette rage seraient plutôt à trouver du côté de l’aconit, et plus particulièrement de la jusquiame noire. Cette fleur existe depuis la Grèce antique et a été utilisée comme narcotique, analgésique, anesthésique et somnifère

Elle est également connue pour provoquer des comportements colériques, qui peuvent «aller de l’agitation à la rage et la combativité, selon le dosage et l’état d’esprit de l’individu», indique le chercheur.

Le chercheur fait également état de la capacité de la jusquiame à atténuer la douleur, une propriété qui explique l’invulnérabilité prétendue des guerriers. La plante exerce aussi une influence sur la faculté de pouvoir reconnaître les visages. C’est encore à elle que l’on pourrait attribuer les effets secondaires pénibles dont souffraient les guerriers plusieurs jours après l’arrêt des combats: maux de tête, vision trouble et pupilles dilatées.

Côté culture, Karsten Fatur remarque que l’amanite tue-mouches ne pousse pas aussi facilement en Scandinavie et qu’elle était bien plus rare que la jusquiame noire, considérée comme une mauvaise herbe ayant prospéré à l’époque des berserkers. Toutefois, le chercheur ne parvient pas encore à expliquer pourquoi les guerriers claquaient des dents et mordaient leur bouclier. Avis aux historiens et ethnologues, la question reste en suspend.

http://www.slate.fr/

Toxicos malgré eux


Une prescription pour la douleur, on peut s’y habituer assez vite et quand le médicament ne fait plus effet, on peut recevoir quelque chose de plus fort, puis un jour, c’est une dépendance aux antidouleurs. Dans les centres de désintoxication, ce n’est plus donc plus la même clientèle, mais des gens qui en principe n’auraient pas dû se retrouver dans cette situation
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Toxicos malgré eux

 

En quelques années, la clientèle des centres de traitement de la dépendance a... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Katia Gagnon
La Presse

En quelques années, la clientèle des centres de traitement de la dépendance a radicalement changé de visage.

«Avant, personne ne suivait un traitement pour la dépendance à 70 ans parce qu’il avait eu une hernie. On ne voyait jamais la mère de famille diagnostiquée pour le côlon irritable. Aujourd’hui, on voit un changement bord en bord dans notre pratique: c’est monsieur et madame Tout-le-Monde qui a mal au dos et qui a dérapé dans les antidouleurs.»

Les clients que la Dre Marie-Ève Goyer reçoit dans son bureau du Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (CRAN) sont de plus en plus souvent à des années-lumière de l’image type du toxicomane, un drogué qui s’injecte de l’héroïne au fond d’une ruelle.

«J’ai eu une cliente hôtesse de l’air qui échangeait de petits services avec son voisin âgé qui avait une prescription d’opiacés. Elle descendait ses vidanges, par exemple, et il lui donnait des antidouleurs», illustre-t-elle.

Même au Québec, pourtant bon élève au Canada en ce qui a trait à la prescription de narcotiques, la consommation de médicaments antidouleurs a fait des ravages. Parlez-en à Sarah, qui nous a demandé de changer son nom. La jeune femme a commencé à prendre de la morphine en 2008, à la suite d’un accouchement qui a mal tourné.

«Ça m’a complètement scrapé le dos. Et c’est là que le bal des antidouleurs a commencé», raconte-t-elle.

D’opération en opération, les médecins lui prescrivent des antidouleurs de façon quasi continue pendant des années. Avant sa seconde opération au dos, elle s’aperçoit qu’elle ne peut plus se passer de la morphine.

«Au début, les médecins t’en prescrivent facilement. Mais un moment donné, ils finissent par voir le danger, et ils paniquent. Ils ne veulent plus t’en prescrire.»

Confronté à une conjointe qui souffre le martyre, le mari de Sarah lui trouve de la morphine sur le marché noir. Pour obtenir d’autres ordonnances, elle consulte d’autres médecins.

«Tu deviens rusé, tu prépares ton discours.»

 Elle se fait prescrire divers produits, toujours plus forts, jusqu’aux timbres de Fentanyl, un puissant opiacé.

«Un jour, je suis allée à l’hôpital et ils n’en revenaient pas que je sois sur les timbres: qu’est-ce que tu fais là-dessus? C’est pour les mourants, ces affaires-là!»

Jamais les médecins qui avaient Sarah devant eux n’auraient pu se douter qu’ils avaient affaire à une toxicomane. Coupe de cheveux étudiée, lunettes de designer, la jeune femme au nez mutin, qui a aujourd’hui 39 ans, a le look parfait de la jeune professionnelle.

Ordonnance: méthadone

Sarah a fini par aboutir dans le bureau de la Dre Marie-Ève Morin.

«Généralement, quand je reçois un patient, c’est qu’il n’y a plus aucun docteur qui veut les voir. Mais il y a toujours un médecin qui lui a prescrit ces médicaments au départ, sans nécessairement que le patient soit informé des risques… dit la Dre Morin. C’est pathétique! On a créé un problème.»

«Tous les jours, je vois des gens qui ont consulté pour une entorse lombaire et se sont fait prescrire des narcotiques, parfois puissants. Et une partie de ces patients a développé une dépendance. Il y a eu une dérive, c’est clair», dit le Dr Jean-Pierre Chiasson, directeur de la clinique Nouveau départ, où on traite ces nouveaux toxicomanes.

La solution se résume généralement en un mot pour ces patients morphinomanes: la méthadone.

«Quand on a parlé de méthadone, je capotais, raconte Sarah. Pour moi, c’était pour les héroïnomanes!»

Mais elle a fini par accepter le traitement que lui proposait Marie-Ève Morin. Avec la méthadone, elle a pu arrêter totalement sa consommation de morphine.

«Aujourd’hui, je suis clean», dit Sarah.

«Il y a des gens qui ont des emplois, des enfants, qui sont des fonctionnaires et qui viennent chercher leur dose de méthadone chaque semaine à la pharmacie. Personne ne pourrait se douter de ça, même pas leurs voisins», souligne le pharmacien Vincent Roy.

Mais il y a un hic: les médecins québécois doivent obtenir une formation pour avoir le droit de prescrire de la méthadone. Seulement 1% des médecins québécois la détiennent. Peu de praticiens veulent s’occuper de cette clientèle.

«Ça fait qu’il y a des listes d’attente d’un an pour la méthadone. Alors les gens ont le temps de déraper solide», fait remarquer la Dre Goyer.

Les patients qui ont développé une dépendance à la morphine sont ainsi pris dans un cercle vicieux: c’est la médecine qui a créé leur problème… et renâcle ensuite à le régler avec le produit qui convient. Une situation aberrante, concluent à l’unisson les Dres Goyer et Morin.

Les médecins spécialistes en dépendances font pourtant tout leur possible pour former leurs collègues afin de dépister et d’aider les narcomanes. Le CRAN, où travaille Marie-Ève Goyer, offre chaque année des séances de formation à des dizaines de médecins. Bien du travail reste à faire, croit la Dre Morin.

«Il faut améliorer la formation des médecins en traitement de la douleur chez des patients toxicomanes. C’est complexe, mais essentiel… et ça commence à peine».

http://www.lapresse.ca/