L’eau dans le sous-sol est multimillénaire et vulnérable


Les nappes souterraines contiennent des eaux fossiles qui peuvent avoir plus de 12 000 ans, une partie de cette eau fournie notre eau potable. Malheureusement, cette réserve inestimable semble se contaminer de la pollution moderne et que la demande en plus augmente. Il est clair qu’il est important de réagir pour préserver cette eau
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L’eau dans le sous-sol est multimillénaire et vulnérable

 

Les chutes Iguazu, au Brésil, font partie de... (Jorge Saenz, archives AP)

Les chutes Iguazu, au Brésil, font partie de l’aquifère Guarani, le 3e réservoir d’eau souterraine mondial.

JORGE SAENZ, ARCHIVES AP

 

Agence France-Presse

Les nappes souterraines dans le monde abritent une eau multimillénaire, souligne mardi une étude, qui met en garde contre les risques de pollution de ces précieuses réserves.

Sous terre, entre 250 m et 1 km de profondeur, plus de la moitié des puits sont essentiellement nourris d’eau issue de précipitations intervenues il y a plus de 12 000 ans, avant le début de l’ère Holocène, selon ces travaux présentés mardi à Vienne devant l’Union européenne des sciences de la terre.

Plus près de la surface même, ces eaux « fossiles » sont aussi présentes.

Les chercheurs ont analysé 6455 aquifères, en Europe et aux États-Unis, mais aussi au Japon, en Inde ou au Sénégal, usant de méthodes de datation par le radiocarbone (l’eau plus « jeune » en étant plus dosée, de par son exposition récente à l’atmosphère).

Selon les zones, 42 à 85 % de l’eau stockée dans le premier km de la croûte terrestre a plus de 12 000 ans (avec une part qui se réduit — 10 à 63 % — quand l’aquifère est à moins de 100 m de profondeur), selon l’étude parue dans Nature Geoscience.

« Une part substantielle de l’eau douce dans le monde est d’âge fossile », souligne un des auteurs, Scott Jasechko, de l’Université de Calgary. « Seule une petite portion des eaux souterraines est récente, quelques années ou quelques décennies ».

Mais cette ressource ancienne, qui aujourd’hui fournit de l’eau potable ou permet par exemple d’irriguer les champs de Californie (avec un aquifère à – 260 m pour le sud de la vallée centrale) ou de la grande plaine de Chine du nord, est fragile.

« On imagine souvent que ces eaux sont non touchées par les contaminations modernes », soulignent les auteurs. Il n’en est rien.

Car dans la moitié des nappes contenant de l’eau « ancienne », les chercheurs ont aussi trouvé la présence d’eaux de pluie ou de neige plus récentes — infiltrées par exemple via les zones plus perméables ou les fuites sur les puits. Une source potentielle de pollution de ces eaux fossiles.

« Les eaux de puits « fossiles » sont plus vulnérables aux contaminations par les polluants modernes que nous le pensions, » pointent les auteurs.

« Sécuriser l’approvisionnement en eau potable reste un défi pour des centaines de millions d’individus », souligne M. Jasechko.

« Il faut gérer ces ressources souterraines anciennes de manière durable, et veiller à leur qualité », insistent les auteurs, alors que, face aux sécheresses accrues ou au déclin de certaines nappes phréatiques, le recours aux eaux souterraines tend à s’accélérer

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Une carte mondiale et inédite des eaux souterraines


On croit à tort que l’eau, cette ressource naturelle est illimitée surtout dans des pays comme le Canada, pourtant avec toute la consommation dont une grande partie est gaspillée, l’eau n’a pas vraiment le temps de se renouveler et un jour, l’eau pourrait manquer
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Une carte mondiale et inédite des eaux souterraines

 

Répartition de l'eau souterraine dans le monde (le bleu foncé correspond au plus profond). Karyn Ho

Répartition de l’eau souterraine dans le monde (le bleu foncé correspond au plus profond). Karyn Ho

Par Joël Ignasse

Réalisée par des hydrologues, elle met en évidence le déséquilibre entre la hausse des prélèvements et le temps nécessaire au renouvellement des eaux.

Alors que l’eau souterraine constitue l’une des réserves naturelles les plus précieuses et les plus exploitées par l’humanité, peu d’études ont cherché à évaluer le réservoir mondial souterrain. La dernière remonte même aux années 1970 et elle n’était que parcellaire. C’est donc la toute première carte globale qui est publiée en novembre 2015 dans la revue Nature Geosciences.

Un renouvèlement long 

La principale conclusion de ce travail est que le renouvèlement des eaux souterraines s’inscrit dans un cycle long : moins de 6% des nappes souterraines situées dans les deux premiers kilomètres de la croûte terrestre se renouvèle au cours d’une vie humaine.

« C’est quelque chose qui n’était pas connu auparavant » explique Tom Gleeson de l’Université Victoria, au Canada. « Nous savons déjà que les niveaux d’eau dans de nombreux aquifères sont en baisse. Nous utilisons nos ressources en eaux souterraines trop vite ; bien plus vite que leur taux de renouvèlement » ajoute-t-il.

Avec une demande mondiale croissante en eau – en particulier à la lumière du changement climatique – cette étude fournit des informations importantes pour les gestionnaires des ressources naturelles et l’élaboration des politiques écologiques et de développement durable.

L’étude estime le volume total des eaux souterraines à 23 millions de kilomètres cubes dont 0,35 million est âgé de moins de 50 ans. Les cartes montrent que les eaux souterraines les plus récentes sont situées dans les régions tropicales et montagneuses. Certains des plus grands gisements se trouvent dans le bassin de l’Amazone, au Congo, en Indonésie, et en Amérique autour des Rocheuses et de la Cordillère des Andes.

« Maintenant que nous savons à quel point cette ressource s’épuise nous allons être en mesure d’estimer le temps que nous avons avant de manquer d’eau. Pour ce faire, il faudra mener une nouvelle étude utilisant un modèle global » conclut Tom Gleeson.

ET EN FRANCE ? Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) vient de publier un rapport sur l’état des nappes phréatiques au 1ernovembre 2015. Malgré un été peu pluvieux et un mois d’octobre déficitaire en précipitations, une partie importante des nappes phréatiques (63%) affiche un niveau normal ou supérieur à la normale, annonce le BRGM. La situation traduit, sur la plus grande partie du territoire, la période de bascule vers la période hivernale de recharge des nappes, ce qui est normal pour la saison. Quelques secteurs présentent cependant des niveaux inférieurs à la normale à l’image de la Lorraine, du nord de l’Alsace et de l’ouest du bassin Adour-Garonne

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