Aux États-Unis, les supermarchés veulent désarmer leur clientèle


Des grands magasins aux États-Unis demandent à leurs clientèles de ne pas venir armer pour faire leur magasinage. Ce qui ne fait pas l’unanimité autant de la clientèle que des employés. Comment les États-Unis a fait pour se rendre là ? Un climat de la peur est omniprésent, alors on se protège en étant armé. Pourtant, ce sont les armes qui sont la cause de cette peur.
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Aux États-Unis, les supermarchés veulent désarmer leur clientèle


Une femme porte son pistolet Smith & Wesson Shield 9mm dans son pantalon pour soutenir le droit aux armes à feu, à Romulus, dans le Michigan, le 27 avril 2014 | Bill Pugliano / Getty Images / AFP

Une femme porte son pistolet Smith & Wesson Shield 9mm dans son pantalon pour soutenir le droit aux armes à feu, à Romulus, dans le Michigan, le 27 avril 2014 | Bill Pugliano / Getty Images / AFP

Repéré par Léa Polverini

Les chaînes de grande distribution Walmart et Kroger demandent désormais à leur clientèle de ne pas être armée dans leurs magasins

Dans les allées d’un supermarché texan, Cody Simmons fait ses emplettes. Le jeune homme de 23 ans porte un t-shirt décoré d’armes à feu sur lequel est écrit: «nous ne composons pas le 911» (le numéro d’appel d’urgence, aux États-Unis).

Selon lui, «tout le monde devrait porter sur soi à tout moment un pistolet».

Autant dire qu’il n’est pas ravi par les récentes dispositions prises par plusieurs chaînes de grande distribution. Dans les magasins Walmart et Kroger, qui comptent parmi les principales enseignes des États-Unis, de nouvelles politiques visent désormais à dissuader les clients de porter des armes à feu non dissimulées, même dans les États où cela est légal.

D’autres entreprises, comme les pharmacies Walgreens Boots Alliance, et Wegmans Food Markets, leur ont emboîté le pas, et demandent à leur clientèle de rester loin des armes le temps de faire les courses. Cette décision a été prise quelques jours après que Walmart a annoncé retirer certaines munitions de ses étals, et surtout un mois après deux fusillades ayant eu lieu entre les rayonnages du supermarché, à El Paso et à Southaven.

Une décision controversée

Le mode d’application de ces nouvelles politiques est encore flou, et fait débat. Il semble pour l’heure qu’un·e client·e porteur·euse d’une arme à feu ne sera pas inquiété·e tant que personne ne se plaindra directement.

Du côté des employés –près de deux millions d’emplois sont concernés à travers le pays–, la décision ne fait pas l’unanimité, et plusieurs se sont plaints d’être mis en danger. En effet, ni Walmart ni Kroger n’ont proposé jusqu’à présent de formation visant à préparer le personnel à ce type d’intervention.

Cette initiative, mise en place dans le secteur privé, contraste néanmoins avec l’immobilisme du Congrès américain, divisé sur le sujet et qui s’illustre conséquemment par son absence de réformes, après de longues années de tueries de masse. Le chef de la majorité au Sénat, le républicain Mitch McConnell, avait déjà affirmé qu’il n’envisagerait aucune mesure restrictive au niveau fédéral sans l’approbation du président Donald Trump. C’est conséquemment aux États, et le cas échéant aux entreprises privées, que revient la responsabilité de faire évoluer leurs règlementations en matière d’armes à feu.

Walmart et Kroger ne sont pas les premières à aller dans ce sens –Starbucks et Target les avaient précédées–, mais leur décision a un impact sur des millions de consommateurs, et notamment sur les populations rurales, dans la mesure où les enseignes contrôlent à elles deux un tiers du marché de l’épicerie aux États-Unis.

http://www.slate.fr/