Doit-on blâmer les ados qui jouent à la maman sur Instagram?


C’est un jeu de jouer à la maman, mais virtuellement. Je trouve cela un peu curieux, qu’à cet âge, on joue a ce genre de jeu de rôle, mais bon. Je comprends aussi que les parents frustrés ne sont pas contents que les photos de leurs enfants servant pour ces fausses mamans Alors pourquoi comme tout jeu de rôle virtuel, les adolescentes ne pourrait pas plutôt faire leur propre avatar ?
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Doit-on blâmer les ados qui jouent à la maman sur Instagram?

 

Capture Instagram de baby role-play

Capture Instagram de baby role-play

Par Stéphanie Plasse

Journaliste

Aux États-Unis, des parents sont furieux. Des photos de leur progéniture sont exploitées par des adolescents qui se réinventent de fausses vies de parents. Un jeu psychologiquement dangereux?

Alors qu’en France, un communiqué de la gendarmerie nationale vient de mettre en garde les parents contre la publication de photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Aux États-Unis, les mères traquent sur Instagram les adolescentes qui utilisent les images de leurs bébés pour jouer à la maman.

En France, le phénomène est inconnu. Aux États-Unis et au Canada, c’est une autre histoire. Depuis 2013, un jeu de rôle très populaire chez les adolescentes fait régulièrement parler de lui. Il s’agit du baby role-play. Référencé sous différents tags tels que #adoptrp, #kidrp, #babyrp, il consiste à adopter virtuellement un enfant en bas âge sur Instagram et lui inventer une histoire.

À l’aide de photos de bébés en libre accès sur les réseaux sociaux, les internautes créent une fausse page Instagram suivie d’une présentation imaginaire de l’enfant. Ainsi, peut-on lire sur certaines pages que Grace aime le chocolat et le beurre de cacahuètes, Meh adore la couleur bleue ou encore que les parents d’Oliver l’ont abandonné. Un descriptif qui sert de base aux scénario des adolescentes qui jouent à être des mamans. Et pour celles qui n’arriveraient pas à trouver des enfants, ils existent même de fausses agences d’adoption sur Instagram proposant des bébés virtuels.

Maman superstar

Pour Claire Balleys, docteur en sociologie de communication et des médias à Québec, ces adolescentes agissent par mimétisme. À l’instar des adultes, elles mettent en scène leur intimité familiale, même fantasmée, sur les réseaux sociaux. Depuis quelques années, les blogs de grossesse, les pages Facebook, les chaînes YouTube consacrés aux chérubins et de leurs exploits, explosent sur la toile. La déferlante de joies maternelles ne semble pas avoir de limite. Sous les hashtags #happymama, #happybaby, les mères exposent les photos de leur progéniture. Une manière selon Claire Balleys de se valoriser à travers la mise en scène des leurs enfants.

Preuve de cet engouement, en février 2014, une informaticienne de Microsoft Research, Meredith Ringel Morris, a mené une étude sur l’utilisation des réseaux sociaux par les mamans de jeunes enfants (ceux de moins de 3 ans). Sur 259 mères américaines actives sur Facebook, 89 % écrivent des statuts liés à leurs enfants, et 96,5% –un nombre imposant– publient des photos de leur progéniture.

Pour la sociologue, «ces images de maternité idéalisée inspirent les adolescentes qui se mettent à faire de même et souhaitent s’inscrire dans cette valorisation de soi».

Aux États-Unis, plus qu’ailleurs, le statut de mère est très important. Il permet d’être reconnu socialement et d’avoir une identité sociale. Ce n’est pas étonnant d’ailleurs que les grossesses adolescences y soient nombreuses. The National Campaign to Prevent Teen and Unplanned Pregnancy a comptabilisé en 2011 un peu plus de 500.000 adolescentes enceintes aux États-Unis. Pour Monique Dagnaud, sociologue au CNRS, spécialiste des médias, d’internet et de la culture des jeunes, ces adolescentes américaines qui jouent au baby role-play s’inscrivent dans ce phénomène des grossesses précoces:

«Plutôt que de réellement faire un bébé dans la vie réelle, elles se construisent virtuellement une maternité et accèdent à un autre statut social.»

La fronde des mères: #stop_babyrp #downwithbabyrp

Reste que le baby role-play est très mal accueilli par les mères qui se montrent très peu complaisantes vis-à-vis de ces jeunes filles. À coup de pétitions et de commentaires virulents, elles sont parties en croisade contre ce jeu qu’elles considèrent comme malsain.

«En tant que maman, je trouve ça dégoûtant. Je parie que vous ne savez pas combien c’est difficile de s’occuper d’un enfant (…) Mon cousin est un détective privé et nous allons fermer tous ces comptes et traquer les personnes comme vous qui jouent au baby role-play», souligne une maman dans un commentaire Instagram à l’attention d’une joueuse de baby role-play.

Afin de traquer ces adolescentes, ces mères ont même créé sur Instagram des hashtags #stop_babyrp ou #downwithbabyrp pour dénoncer les utilisateurs de ces comptes de jeux de rôles. De son côté, Instagram assure aider ces mères à faire fermer les comptes.

«Une fois qu’un parent nous rapporte un contenu offensant, nous travaillons rapidement pour l’enlever», a expliqué au Washington Post un porte-parole d’Instagram. 

Cependant, quelques parents émettent un bémol sur l’aide apporté par le réseau social. Une mère a déclaré au magazine américain Fast Company qu’elle était rentrée en contact avec Instagram pour rapporter qu’un utilisateur avait volé des photos de sa fille et qu’il n’avait pas supprimé le compte. Et pour cause, Instagram légifère essentiellement sur les photos dénudées des enfants et non pas sur le vol des photos de bébés.

«Nous sommes conscients et apprécions que de nombreux parents utilisent Instagram pour prendre et partager des photos de leurs enfants. Toutefois, seuls les images qui montrent des corps dénudés peuvent être supprimées», explique Instagram dans les règles de sa communauté

Role playing: aide à la construction identitaire 

Mis à part ces vols de photos dénoncés par les mères, les jeunes filles s’adonnant au baby role-play seraient-elles réellement perturbées? Pas du tout. Selon Michael Stora, psychologue et fondateur-président de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH), cette pratique permet aux jeunes filles de faire l’apprentissage de la vie d’adulte sans en subir les conséquences, bien à l’abri derrière leur ordinateur.

«Les adolescentes ont beaucoup de pression: elles doivent réussir à être une bonne maman, avoir un bon travail. Tout est très anxiogène. Ces jeux de rôle sur internet apportent un espace de décompression», explique le chercheur. 

Très prisés par les adolescentes, ces jeux de rôle se multiplient sur le net leur permettant de s’extraire de leur quotidien et de son lot d’angoisses en devenant quelqu’un d’autre. 

«Le role playing est le pendant des propositions littéraires comme les livres dont vous êtes le héros. Cela rentre dans le cadre de la construction identitaire de l’adolescent qui cherchent à s’identifier à des figures héroïques, des stars», souligne Monique Dagnaud.

Ainsi, outre le baby role-play, sur Instagram on peut se faire passer pour un membre du groupe One Direction ou un personnage de la saga Harry Potter. Rien d’alarmant pour Claire Balleys qui rappelle qu’il n’y a rien de pathologique:

«Les adolescents n’usurpent pas des identités, ils jouent seulement. Ils ne prétendent pas être dans la réalité mais dans un rôle. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils appellent cela le baby role-play.»

Sorti des réseaux sociaux, le baby role-play revêt un côté moins effrayant. Aux États-Unis, le site Baby Names a décidé de créer une rubrique intitulée «familles imaginaires». Une version numérique de la maison de poupée.

«On peut poster des photos de la maison de nos rêves, des vêtements que l’on rêverait de voir porter par notre bébé en sortant de la maternité», explique une mère adepte de ce jeu.

Une même innocence que l’on retrouve chez les joueurs de baby role-play.

«On ne fait rien de mal, on veut juste jouer à la maman. Il faut qu’on arrête de nous pointer du doigt», s’insurge Natasha (1), 15 ans.

1 — Le prénom a été modifié

http://www.slate.fr/

Le Saviez-Vous ►L’Effet Lucifer, ou la douloureuse expérience de Stanford


Je me souviens d’avoir entendu parler de cette expérience quand j’étais plus jeune. Une curieuse façon que l’être humain le plus pacifique peut se comporter dans certaines situations de pouvoir.Et dire que ceux qui venaient de l’extérieur rendre visite, n’ont pas demander d’arrêter cette expérience. On peut juger, mais si c’était nous qui aurait été les cobayes
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L’Effet Lucifer, ou la douloureuse expérience de Stanford

Zimbardo est une sommité dans le milieu de la psychologie et la sociologie. Cette très grande notoriété, il la doit en partie grâce à une expérience qu’il a mené en 1971 dont le but était de mieux comprendre les comportements humains en milieu carcéral. Petit retour sur ce jeu de rôles qui ne manque pas de piquant.

Sélectionnons 24 adultes sains d’esprit, issus de tous milieux sociaux. Après tirage au sort, 12 d’entre eux joueront le rôle de prisonniers, les 12 autres celui de gardiens de prison. Et, afin d’acclimater tout ce joli monde, faisons durer l’expérience pendant 3 semaines.

Pour pousser le réalisme jusqu’au bout, équipons les gardiens d’une matraque et permettons-leur de rentrer chez eux après leur service, tout comme le feraient de « vrais » gardiens. Quant aux prisonniers, habillons-les avec des uniformes jaunes et dépersonnalisons-les en les appelant par des numéros. Et comme tout cela ne suffit pas, accrochons une chaîne à leurs pieds pour leur rappeler leur état de déchéance!

Le but du jeu étant d’analyser le comportement « naturel » de l’être humain, ne transmettons aucune consigne ni formation particulière aux « gardes »: donnons-leur simplement la responsabilité de la prison et qu’ils se débrouillent!

Allez, poussons encore plus loin le réalisme! Faisons arrêter les prisonniers par surprise par la Police locale, et faisons leur subir le même traitement qu’à des vrais délinquants.

Bon, vous l’admettrez, c’est difficile de faire une simulation plus réaliste!

Zimbardo observe attentivement les comportements de chacun, le lieu étant bien sûr truffé de caméras de surveillance. Mais, très vite, il perd totalement le contrôle de son expérience. Il assiste à des comportement outrageux et dégradants des gardes à l’encontre des prisonniers: punitions physiques, manipulations psychologiques, refus de l’utilisation des sanitaires, et même humiliations sexuelles. Le pire, c’est que la nuit venue, lumières éteintes, alors que les gardiens pensent ne plus être filmés, les gardiens poussent encore plus loin le sadisme, ce qui tend à prouver qu’ils ont conscience de leurs mauvais agissements…

L’expérience de Zimbardo prend un tel visage que celui-ci est obligé d’y mettre fin avant son terme: plusieurs « prisonniers » présentant des troubles émotionnels et des traumatismes très graves.

Zimbardo - L'effet Lucifer

Philip Zimbardo – L’effet Lucifer (Photo: Chronicle/Michael Maloney)

Tout comme dans les vraies prisons, les prisonniers avaient le droit de recevoir des visites de la part de leur famille, amis, assistantes sociales, etc… Parmi ce nombre important de visiteurs, aucun d’entre eux ne s’est jamais insurgé contre l’immoralité d’une telle expérience… Affligeant.

Tout comme l’expérience de Milgram, l’expérience de Stanford montre les mécanismes de l’obéissance à une institution. Elle prouve également une chose: les hommes agissent en fonction des situations auxquelles ils sont confrontés, et non suivant leurs propres personnalités.

Alors, bien sûr, il est facile de se dire que non, décidément, nous, nous n’agirions jamais de la sorte. Mais l’Histoire démontre hélas le contraire: comment expliquer, sinon, les atrocités commises par des gens autrefois respectables durant les nombreuses guerres atroces du XXè siècle, à S21, ou ailleurs?

Il faut croire que c’est finalement Thomas Hobbes (et Plaute avant lui) qui avait raison, l’Homme est bien un loup pour l’Homme.

http://www.etaletaculture.fr/