Les fourmis, ces as de la livraison


L’intelligence ne dépend nullement de la grosseur du cerveau en croire l’expérience avec des fourmis. Mis dans un contexte avec des éléments naturels et artificiels, les ouvrières choisissent ce qui est plus utiles et plus malléables pour leur travail
Nuage

 

Les fourmis, ces as de la livraison

 

Une expérience scientifique inédite révèle que ces insectes sociaux sont capables d’utiliser des outils nouveaux pour ravitailler leurs colonies.

 

PAR CLARA BRUNEL

Les fourmis n’ont pas dit leur dernier mot ! Alors qu’on pensait l’utilisation délibérée d’outils réservée aux primates et aux oiseaux, ces insectes sociaux viennent à leur tour de prouver leur aptitude à exploiter des objets. Pour mettre leur célèbre pragmatisme à l’épreuve, des chercheurs de l’université hongroise de Szeged (dans le sud du pays) ont soumis à deux espèces différentes des substances contenant de l’eau et du miel ainsi qu’un éventail d’accessoires susceptibles d’acheminer ces vivres jusqu’à leur nid.

Résultat : les minuscules cobayes ont jeté leur dévolu sur les éléments les plus faciles à manipuler, parmi lesquels des fragments d’éponge ou de papier, par ailleurs absents de leur environnement. Dirigée par István Maák, l’équipe de scientifiques en a conclu qu’en dépit de cerveaux microscopiques les fourmis prenaient en compte aussi bien les propriétés des outils que celles des liquides transportés. Outre une ingéniosité rare, l’expérience a surtout révélé de véritables capacités d’apprentissage.

« Certaines espèces de fourmis utilisaient déjà de la boue ou des grains de sable pour absorber puis introduire des liquides dans leur fourmilière. Mais c’est la première fois qu’elles se montrent capables de choisir les moyens les plus adaptés à leurs besoins », observe Patrizia d’Ettorre, professeur d’éthologie à l’université Paris-XIII, interrogée par New Scientist .

Aphaenogaster subterranea et Aphaenogaster senilis

Pour examiner un tel comportement, le groupe a mis une grande variété d’éléments naturels et artificiels à la disposition des espèces étudiées – Aphaenogaster subterranea et Aphaenogaster senilis. D’une manière générale, ces deux populations d’ouvrières ont préféré recourir à des outils inconnus au bataillon. Si les premières ont choisi de la terre pour convoyer le miel dilué, elles ont absorbé le nectar brut à l’aide de petits bouts d’éponge préalablement rapetissés. Suivant la même stratégie, les deuxièmes ont étanché la mixture à l’aide de morceaux de papier, boudant les aiguilles de pin et autres brindilles pourtant à leur portée. Les scientifiques imputent avant tout ce choix à la maniabilité de ces objets, dont le poids a vraisemblablement joué.

« Contrairement à d’autres, ces fourmis ne sont pas en mesure de dilater leur abdomen, reprend l’éthologue. Elles ont dû trouver une solution pour tirer profit de cette précieuse nourriture. »

« Les fourmis évoluent dans un environnement extrêmement compétitif, ajoute Valerie Banschbach, directrice du département biodiversité de la faculté de Roanoke, en Virginie. La sélection naturelle peut favoriser l’usage de tels outils pour aider [ces dernières] à sustenter la colonie. »

La reine peut dormir tranquille.

http://www.lepoint.fr/

Voici comment se transmet une information chez les fourmis


Les scientifiques ont pu filmer les interactions entre fourmis pour véhiculer l’information.
Nuage

 

Voici comment se transmet une information chez les fourmis

 

La fourmi 217 transmet l'information au reste du groupe. © Stefano Di Criscio / YouTube

La fourmi 217 transmet l’information au reste du groupe. © Stefano Di Criscio / YouTube

Par Anne-Sophie Tassart

MESSAGER. Les fourmis sont des insectes sociaux par excellence. Elles vivent dans une communauté extrêmement complexe où chaque insecte à son rôle à jouer. C’est pour cela que la communication est quelque chose d’indispensable à la survie de la colonie.

Une étude publiée dans Science et menée par des chercheurs suisses a permis de montrer de manière plus concrète la propagation d’une information au sein du groupe. L’équipe a filmé pendant 41 jours des fourmis ouvrières provenant de 6 colonies différentes (il s’agit de l’espèce Camponotus fellah). Chacune d’entre elles a été marquée, ce qui a permis de suivre leurs déplacements sur un écran de contrôle. Plus de 9 millions d’interactions ont été comptabilisées durant l’étude. De quoi classer les individus en trois groupes différents, dont chacun a des comportements propres. La fourmi numéro 217 de la vidéo présentée ci-dessous possède une information qu’elle va partager avec ses congénères. Les fourmis « naïves » sont marquées en rouge alors que celles détenant l’information sont marquées en bleu. Dans cette étude, c’est la transmission via les antennes qui est prise en compte.

http://www.sciencesetavenir.fr/