Le cannibalisme au paléolithique n’était pas uniquement alimentaire


Le cannibalisme existe au moins depuis l’homme de la préhistoire. Pourquoi manger son semblable, point de vue énergétique bien des animaux sont plus rassasiant que manger une personne humaine. Est-ce vraiment juste une question de nourriture, ou peut-être des rituels ?
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Le cannibalisme au paléolithique n’était pas uniquement alimentaire

 

Une fameuse peinture datant de l'époque du paléolithique a... (ARCHIVES AFP)

Une fameuse peinture datant de l’époque du paléolithique a été exposée dans un musée à Paris, en 2015.

 

PASCALE MOLLARD-CHENEBENOIT
Agence France-Presse
Paris

Pour comprendre le cannibalisme pratiqué par les hommes préhistoriques, un chercheur a eu l’idée de calculer la valeur nutritionnelle du corps humain. Verdict: elle n’est pas particulièrement riche. Le but recherché n’aurait donc pas été purement alimentaire, en déduit-il.

S’attaquant à un sujet tabou, James Cole, spécialiste du paléolithique à l’Université de Brighton, a établi un tableau des différentes parties du corps humain indiquant leur poids respectif et leur valeur nutritionnelle exprimée en calories (graisse et protéines).

De cette table, publiée jeudi dans la revue Scientific Reports, il ressort que le cerveau et la moëlle épinière ne pèsent pas lourd mais sont très caloriques, que les cuisses ont un bon potentiel calorique mais que le tissu adipeux est encore plus riche.

«Sur le plan des calories, nous correspondons à un animal de notre taille et de notre poids», déclare à l’AFP James Cole. «Mais nous ne sommes pas très nourrissants comparé aux gros animaux que les premiers hommes chassaient et mangeaient», ajoute-t-il. «L’homme est une espèce plutôt maigre». Or le gras est plus calorique que les protéines.

La viande de mammouth, d’ours, de sanglier, de castor, de bison était nettement plus énergétique, selon un autre tableau comparatif publié par le chercheur.

Un homme de 66 kilos fournit potentiellement 1300 calories par kilo de muscle. Le mammouth est à 2000 calories par kilo, l’ours à 4000 (trois fois plus que l’homme) tout comme le sanglier et le castor.

La valeur calorique globale des muscles d’un homme est évaluée à 32.376. Elle est de 3 600 000 pour un mammouth, 1 260 000 pour un rhinocéros laineux, 600 000 pour un ours, 200 100 pour un cheval.

«Au niveau individuel, l’homme affiche un taux calorique peu élevé. Et même si vous mettez cinq ou six individus, cela procurera toujours moins de calories qu’un seul cheval ou un bison», note James Cole.

Raisons culturelles et sociales?

«Qui plus est, l’homme est plus intelligent et son comportement est complexe. Ce devait être plus difficile de tuer six hommes qu’un cheval.»

«C’est pourquoi je suggère que peut-être que nous ne pouvons pas expliquer les actes de cannibalisme juste par un besoin de nourriture», poursuit-il. Les raisons de cette anthropophagie étaient peut-être «culturelles ou sociales» (défense du territoire…).

Le Paléolithique est une période qui commence avec l’apparition du genre Homo il y a 3 millions d’années et se termine il y a environ 10 000 ans.

Des fouilles archéologiques ont permis d’établir que Homo antécesseur, un pré-néandertalien qui vivait il y a près de 1 million d’années (site du Gran Dolina en Espagne), était cannibale. Tout comme Homo Erectus il y a 680 000 ans (site de la Caune de l’Arago à Tautavel en France).

L’homme de Néandertal, notre cousin disparu, mangeait lui aussi de la viande humaine (site français de Moula-Guercy, site d’El Sidron en Espagne).

Et l’homme moderne, Homo Sapiens, était lui aussi anthropophage comme le montrent des ossements trouvés dans la grotte de Maszycka en Pologne (15 000 ans environ avant notre ère) et dans la grotte anglaise de Gough (14 700 avant notre ère).

Les archéologues disposent de plusieurs indices pour repérer le cannibalisme à partir de l’étude des ossements: incisions, marques de découpe, fractures sur des os frais (pour extraire la moëlle osseuse), traces de mâchement humain, absence de la base crânienne (pour extraire le cerveau).

Pour la plupart de ces sites, le cannibalisme a été expliqué par un besoin de nourriture. Mais pour quelques autres, des motifs rituels ont été mis en avant. Dans la grotte de Gough trois crânes transformés en coupe à boire par Homo Sapiens ont été découverts.

À Maszycka, il pourrait s’agir d’un cannibalisme lié à la guerre et à Caune de l’Arago, d’une anthropophagie rituelle car le gibier ne manquait pas.

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Le Saviez-Vous ► Quelques histoires de cannibalisme


Généralement, le cannibalisme est causé par la famine et dans l’Histoire de l’humanité, il y a eu des cas de cannibalisme à grande échelle
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Quelques histoires de cannibalisme


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Les recherches sur l’homme de Néandertal se poursuivent et cette semaine, des chercheurs ont annoncé qu’après avoir étudié 99 fragments d’os provenant de Belgique, ils ont pu découvrir des traces d’anthropophagie datant de 40 000 ans. Intéressons-nous à cette découverte, de même qu’à quelques cas de cannibalisme connus dans l’histoire.

Des preuves de cannibalisme en Belgique :


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Les fragments étudiés

Depuis plusieurs années déjà, en lien avec des restes découverts en France et en Espagne, des scientifiques ont émis l’hypothèse que l’homme de Néanderthal ait pu pratiquer occasionnellement l’anthropophagie, notamment en période de disette, ou qu’il ait travaillé le corps de ses morts dans le cadre d’un rituel funéraire. Des chercheurs viennent de confirmer la première hypothèse en étudiant 99 fragments d’ossements de quatre adultes et un enfant découverts dans la troisième grotte de Goyet en Belgique. Ils y ont terminé leurs jours il y a un peu plus de 40 000 ans.


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Marques de coupes © Asier Gomes-Olivencia et al.

L’équipe internationale a ainsi comparé les os à ceux d’animaux dépecés par Néandertal et ont été en mesure d’établir des parallèles qui démontrent que les traces d’incisions de boucherie retrouvées sur les ossements humains étaient très semblables à celles étudiées sur les ossements de chevaux ou de cerfs. Que racontent concrètement ces marques?

Qu’à cette époque, dans cette caverne du moins, des Néandertaliens ont dépecés les corps de membres de leur propre espèce pour en déchirer la viande, en extraire la moelle des os et réutiliser certaines parties, comme les tibias, afin d’en faire des outils. Les circonstances du décès des individus étudiés restent encore toutefois un mystère.

Trois autres exemples de l’Histoire :


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Scène de cannibalisme au Brésil au XVIe siècle. Gravure tirée du livre de Hans Staden Nus, Féroces et Antropophages, 1557

Le mot cannibale est arrivé dans notre vocabulaire au 16e siècle. Il est dérivé des récits de Christophe Colomb qui parlait des habitants des Caraïbes, appelés Canibales en espagnol, et auréolés de la rumeur qu’ils mangeaient de la chair humaine.

Bien que la pratique de l’anthropophagie puisse apparaître comme révoltante, Néandertal est loin d’être le seul à y avoir eu recours dans l’Histoire. Intéressons-nous brièvement à trois épisodes où des hommes ont mangé de leurs semblables par nécessité.

Le siège de Maarrat :


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Un exemple connu est lié aux Croisades et rapporté entre autres par des soldats. Nous en avons aussi une idée grâce à un recueil intitulé :

«Chronique anonyme de la première Croisade », possiblement rédigé par un chevalier de l’époque. Ces témoignages nous rapportent que lors du siège de Maarrat en Syrie en 1098, les Francs en vinrent à manquer du nécessaire et durent se résoudre à manger les corps de Musulmans morts lors des combats. Cette histoire avait dérangé les chrétiens de l’Europe médiévale, car de tels actes étaient à leurs yeux davantage associés aux sorcières, à ceux qu’on considérait comme sauvages ou même aux gens de l’Orient!

L’affaire Nazino :


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L’histoire de l’Union soviétique est elle aussi tristement associées à quelques histoires d’anthropophagie de survie. Ce fut notamment le cas dans ce qu’on appelle l’ «Affaire Nazino ». En 1933, 6000 personnes dites délinquantes ou sans classes, furent déportées sur la petite île de Nazino, en Sibérie. Elles n’avaient avec elles que de la farine pour se nourrir, aucun vêtement et aucun outil, ce qui conduisit assez rapidement à la mort des individus les plus faibles et conséquemment à des actes de cannibalisme. Plus de 4000 personnes trouvèrent la mort en peu de temps, tel qu’en font foi les rapports envoyés à Staline à l’époque. L’île reçut le sinistre surnom d «île de la mort» ou de l’ «île des cannibales».

La grande famine de la Chine de Mao :


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La Chine de la révolution culturelle de Mao Zedong connut elle aussi une période sombre qui conduisit à des actes d’anthropophagies. Entre 1958 et 1961, une grande famine frappa en effet la République populaire de Chine, notamment à la suite des ratés du plan agricole de Mao dans le cadre du «Grand bond en avant », qui fut un véritable désastre économique. Les rapports gouvernementaux et les sources journalistiques se contredisent, mais il est estimé que cette famine conduisit à la mort de 15 à 36 millions de personnes. Dans certains villages, la famine fut si grave que des habitants furent contraints de manger les morts…

Evelyne Ferron, spécialiste en histoire ancienne

Certaines maladies dues aux hommes préhistoriques?


Il semblerait que de nombreuses maladies que nous connaissons aujourd’hui que des milliers de variantes de l’ADN proviennent des Néandertaliens tel que la dépression, la dépendance à la nicotine, allergies, des maladies du cœur, etc.
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Certaines maladies dues aux hommes préhistoriques?

 

Certaines maladies dues aux hommes préhistoriques?

L’homme de Néandertal a disparu il y a environ 30 000 ans.Photo Cesar Manso / Archives / AFP

WASHINGTON – Les gènes hérités de l’homme de Néandertal par des croisements avec ce cousin éteint des humains seraient liés à plusieurs maladies dont la dépression, des allergies ou des dérèglements du métabolisme, selon une recherche publiée jeudi.

Depuis 2010 les scientifiques savent que les populations d’origine eurasienne ont de 1 à 4 % de gènes hérités de l’homme de Néandertal disparu il y a environ 30 000 ans après avoir co-existé avec les humains modernes, venus d’Afrique plusieurs milliers d’années.

Cette recherche, parue dans la revue américaine Science, a pour la première fois comparé directement de l’ADN de Néandertalien dans des génomes de 28 000 adultes de descendance européenne avec leurs dossiers médicaux, confirmant que cet héritage génétique archaïque a des effets non négligeables sur la biologie des humains modernes.

«Notre conclusion c’est que l’ADN des Néandertaliens influence les traits cliniques des hommes d’aujourd’hui», explique John Capra professeur adjoint de biologie à l’Université Vanderbilt, dans le Tennessee, aux États-Unis, principal auteur de cette recherche.

«Nous avons ainsi découvert une relation entre l’ADN de Néandertalien et un large éventail de traits immunologiques, dermatologiques, neurologiques, psychiatriques ainsi qu’avec des maladies du système reproductif», précise-t-il.

Ces chercheurs ont établi avec un degré élevé de certitude que l’ADN des humains modernes contenait plus de 135 000 variantes génétiques provenant des Néandertaliens.

Ils ont ensuite déterminé les liens entre ces variantes et des maladies et découvert que certaines de ces variations génétiques néandertaliennes étaient étroitement liées à un risque accru de douze maladies dont la dépression, l’infarctus du myocarde et des troubles sanguins.

ACCOUTUMANCE À LA NICOTINE

Certaines relations découvertes entre ces variantes génétiques héritées de l’homme de Néandertal confirment de précédentes hypothèses comme celle selon laquelle de l’ADN néandertalienne affecte les cellules kératinocytes qui recouvrent l’épiderme et aident à protéger la peau des rayons ultraviolets et des pathogènes.

Les chercheurs ont été surpris de découvrir que certains de ces gènes des Néandertaliens accroissaient le risque d’accoutumance à la nicotine.

Cette découverte laisse penser que ces traits génétiques transmis par les Néandertaliens aux humains pourraient avoir conféré à ces derniers une adaptation à leur nouvel environnement peu après leur arrivée d’Afrique en Eurasie il y a 40 000 ans.

Mais un grand nombre de ces variantes génétiques ne sont plus aujourd’hui un avantage dans un environnement moderne.

Par exemple, une variation génétique néandertalienne, qui accroît la coagulation sanguine, était utile à la survie des hommes modernes en arrivant en Eurasie contre les agents pathogènes rencontrés dans le nouvel environnement.

Ce trait biologique permettait de refermer plus rapidement les blessures. Aujourd’hui il augmente le risque de formation de caillot et d’accident vasculaire cérébral, d’embolie pulmonaire ou de complications à l’accouchement.

Une précédente étude publiée en janvier dans la revue American Journal of Human Genetics, avait mis en évidence des gènes venant des Néandertaliens qui sont responsables d’une sensibilité excessive du système immunitaire, ce qui provoque des allergies. Les porteurs sont ainsi plus sujets à l’asthme, au rhume des foins et à d’autres allergies.

Les Néandertaliens avaient vécu en Europe et dans l’ouest de l’Asie pendant 200 000 ans avant l’arrivée des humains modernes.

Ils étaient probablement bien adaptés au climat, à l’alimentation et aux pathogènes et en s’accouplant avec les humains modernes ces derniers ont hérité de ces différentes adaptations.

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