La santé


On veut bien des choses, sauf que souvent, il faut faire des sacrifices pour réussir à améliorer notre condition
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La santé

 

Si quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui demander s’il set prêt à supprimer les causes de sa maladie, alors seulement il est possible de l’aider

Hippocrate

Le Saviez-vous ► Diabète, insuline et metformine


Le diabète est une maladie qui existait à l’époque des pharaons. Cela a pris plusieurs millénaires pour comprendre cette maladie et trouver des remèdes pour diminuer le taux de sucre dans le sang
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Diabète, insuline et metformine

 

 

Jacques Beaulieu

Chroniqueur et communicateur scientifique

    Le diabète est une maladie connue depuis la nuit des temps. Tel que décrit dans le Papyrus Ebers, le diabète fait partie de ce qu’on appelait alors: les anomalies des vases d’eau du corps. Amenhotep III, neuvième pharaon de la dix-huitième dynastie ayant vécu entre 1700 et 1600 ans avant Jésus-Christ, en souffrait. Le père de la médecine occidentale, Hippocrate, lui donna le nom de diabète, car les malades semblaient toujours assoiffés et urinaient rapidement après avoir bu comme si l’eau traversait les voies de leur corps (dia – baina en grec signifie : passer à travers). Le médecin romain Galène parlait de deux maladies : l’une pour décrire le besoin fréquent d’uriner qu’il appelait diarrhoea urinosa et l’autre pour la soif excessive qu’il nommait dipsakos.

    Diabètes et sucre

    L’association entre le diabète et le sucre fut aussi remarquée assez tôt dans l’histoire. Un des textes fondateurs de la médecine ayurvédique cite deux illustres médecins indiens du 5e et 6e siècle après J.-C., Sushruta et Chakura qui constatent que l’urine des patients souffrant de polyurie gouttait comme le miel, était collante au toucher et attirait les fourmis en grand nombre. Les médecins chinois firent le même constat, mais selon eux, ce sont les chiens qui étaient attirés par ces urines. Avicennes, un grand médecin perse décrivit deux complications courantes du diabète : la gangrène et la réduction des fonctions sexuelles. Une dizaine de siècles plus tard, le médecin suisse Von Hohenheim (1494-1541), mieux connu sous le nom de Paracelse, remarqua que l’évaporation de l’urine de diabétique laissait une poudre blanche anormale. Il croyait cependant qu’il s’agissait de sel ce qui, selon lui, expliquait aussi la grande soif des diabétiques. Finalement, ce fut le docteur Thomas Willis (1621-1675), éminent anatomiste et pathologiste britannique, qui ramena les concepts de sucre dans les urines après avoir observé le goût de sucre qui se dégageait des urines de diabétiques.

    De la connaissance de la maladie

    Thomas Willis

    Mis à part cette association, soif, urines fréquentes et sucre, peu était connu sur mécanismes menant à la maladie. Thomas Willis, avait avancé un début d’explication toujours en vogue. Il fut le premier à relier le diabète au mode de vie. Il affirmait que le diabète avait été une maladie rare durant l’Antiquité et le Moyen-âge. Il était devenu plus fréquent à son époque parce que les gens mangeaient avec grand faste et consommaient plus de vin. Thomas Sydenham croyait que la maladie provenait d’un chyle non entièrement digéré. Il avait cependant été le premier à considérer le diabète comme une maladie systémique et non une déficience rénale.

    Vers la fin du XVIIIe siècle, Mathew Dobson (1735-1784) admit un patient à son hôpital du nom de Peter Dickonson. L’homme de 33 ans affichait à l’extrême tous les symptômes du diabète, son volume d’urine quotidien dépassait les 15 litres (chiffre qui sembla quelque peu exagéré…). N’empêche que Peter permit à Dobson de se livrer à une foule d’expérimentation et d’analyse tant de son sang que de ses urines. En 1776, le médecin publia ses observations dans le Medical Observations and Inquiries.

    Certaines de ces observations mettent en lumière qu’il existerait deux formes de diabète, l’un a évolution très rapide (Dobson fait part d’un de ses patients décédés en moins de cinq semaines et un autre à évolution chronique. Il nota aussi que l’urine et le plasma sanguin contenaient un taux de sucre anormalement élevé révélant le concept d’hyperglycémie. Avec les résultats de ce médecin, diverses cures firent leur apparition tentant de modifier la diète et l’apport en eau quotidien.

    Puis, plus de 150 ans plus tard les médicaments

    Frederick Grant Banting

    Héros militaire de la Première Guerre mondiale, Frederick Grant Banting, jeune médecin, commence sa pratique médicale en orthopédie à London en Ontario. Durant la guerre, en France à la bataille de Cambrai, il s’était porté au secours de sa garnison au risque de sa vie et il avait été blessé. Il fut d’ailleurs honoré de la Croix militaire pour héroïsme. De retour au pays, la clientèle se faisant rare, il accepte un poste comme assistant de recherche du professeur Miller, à l’University of Western Ontario.

    En 1920, il est appelé à donner un cours sur le pancréas. C’est en préparant ses cours que l’idée lui traverse l’esprit que le pancréas possède en réalité deux fonctions : l’une exocrine par la sécrétion des sucs gastriques et l’autre, endocrine en produisant une hormone capable d’abaisser la glycémie sanguine. Banting n’a dès lors plus qu’une passion : consacrer toutes ses énergies à découvrir un remède contre le diabète. Il a besoin de locaux et d’animaux pour faire sa recherche. Son patron le présente donc au professeur Macleod de l’université de Toronto, qui décide en mai 1921 de lui fournir un laboratoire, dix chiens et un assistant de recherche, un de ses élèves les plus brillants du nom de Charles Best. En moins de six mois, Banting présente son rapport préliminaire de recherche au Physiological Journal Club of Toronto.

    De la découverte à la commercialisation

    Les premières insulines furent fabriquées artisanalement directement à partir des laboratoires de l’University of Toronto. Très tôt, les compagnies Eli Lilly aux États-Unis et Connaught en Ontario ont commencé la fabrication commerciale du produit. On utilisait alors des pancréas de porc ou de bœuf à partir desquels on extrayait et purifiait l’insuline. En 1976, les méthodes allaient changer radicalement. Une jeune compagnie américaine révolutionne la fabrication de l’insuline par la biotechnologie. En modifiant l’ADN de certains microorganismes et en y greffant les gènes codant pour la fabrication d’insuline chez l’homme, il devenait possible de synthétiser rapidement et efficacement une insuline humaine. Genentech qui, sous simple présentation de son idée, a vu ses parts grimper en bourse plus que toute autre entreprise inaugure une ère nouvelle en fabrication de médicaments.

    La metformine : De la plante à la pilule

    Le lilas français (Galega officinalis) est une plante qui fut utilisée en médecine populaire depuis plusieurs siècles en Europe tant pour ses vertus diurétiques qu’antiparasitaires.

    Dans les années 1920, on avait remarqué que l’ablation de la glande thyroïde provoquait une hypoglycémie. Et l’on attribuait cette conséquence à une production accrue de guanidine, ce qui s’est d’ailleurs révélé faux par la suite. Parallèlement, la galégine, un produit semblable, mais dérivé de la plante Galega officinalis avait été isolé et démontrait une certaine efficacité avec moins de toxicité que la guanidine pour abaisser les taux de sucre sanguin. Mais la galépine était d’une courte durée d’action et les réponses aux traitements pouvaient varier d’un individu à un autre.

    L’arrivée sur le marché de l’insuline allait diminuer de beaucoup l’intérêt pour les recherches sur la metformine qui fut alors considéré comme un petit produit sans grand intérêt.

    À partir d’un dérivé de la guanidine, la N’N’- dimethylguanidine, Emil Werner et James Bell ont été les premiers à parler de la metformine en 1922. Sept ans plus tard, Slotta et Tschesche confirmèrent que leurs expériences avec les lapins démontraient clairement que la metformide pouvait abaisser la glycémie, et ce avec plus d’efficacité que tous les autres dérivés de la guanidine. Mais l’arrivée sur le marché de l’insuline allait diminuer de beaucoup l’intérêt pour les recherches sur la metformine qui fut alors considéré comme un petit produit sans grand intérêt.

    Une mise au rencart de trente ans pour la metformine

    En 1950, un médecin philippin Eusebio Y Garcia testa la metformine chez les humains. Il lui trouva des vertus antibactériennes, antivirales, antipaludéennes, analgésiques et hypoglycémiantes. Toutes ces recommandations ne purent être confirmées par la suite, mais il avait tout de même pu démontrer la non-toxicité du produit chez l’humain et sa capacité de réduire la glycémie sanguine.

    Près d’une dizaine d’années plus tard, Jean Sterne du laboratoire français Aron en banlieue de Paris, démontra l’efficacité de la metformine dans les cas de diabètes peu sensibles à l’insuline et de diabètes instables. Le produit fut commercialisé pour la première fois donc en 1959 sous le nom de glycophage (qui mange le sucre). Aujourd’hui, il se vend pour plus de 3 milliards de dollars de metformine.

    Des recherches récentes tendent à démontrer que la metformine pourrait aussi avoir des effets préventifs sur certains cancers, dont celui du poumon et celui du pancréas. C’est à suivre…

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Le Saviez-Vous ► Les triptans: le médicament qui a permis de comprendre la migraine


Les migraines ont longtemps eu pour traitement la saignée. Un traitement qui n’est pas sans risques quand on y a recours trop souvent. C’est par la suite qu’on a mieux compris les maux de tête et des traitements plus adéquats
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Les triptans: le médicament qui a permis de comprendre la migraine

 


Jacques Beaulieu

Chroniqueur et communicateur scientifique

 

Nous avons souvent vu la découverte de nouveaux médicaments faisant suite à l’augmentation des connaissances sur une maladie donnée. Ainsi les études sur la biologie des animaux avaient permis de mettre en lumière le rôle du pancréas et subséquemment celui de l’insuline dans le contrôle du diabète. La plupart du temps, c’est dans cet ordre que la pharmacopée s’élargit. Mais les triptans font exception. Pour bien les comprendre, commençons par la maladie.

La migraine

Il semble bien que la migraine ait existé de tous temps. Dans le Papyrus de Thèbes datant du VIIIème siècle avant Jésus-Christ on y lit:

«Le mal de tête comme la terrible tornade, personne n’en sait le cours, personne n’en sait la durée, ni les limites.»

 Pour les Grecs anciens, l’origine remonterait jusqu’au dieu Zeus (le plus grand de tous les dieux) qui fut saisi d’un si violent mal de tête qu’il demanda à Héphaïstos (dieu de la forge) de lui ouvrir le crâne avec une hache. De sa tête fendue, sortit Athéna (déesse de la guerre). Voilà un remède qu’on ne recommanderait absolument pas au commun des mortels. Hippocrate, le père de la médecine occidentale, souffrait lui-même de migraine. Il décrivait ainsi son mal:

«Dans certains cas, la tête entière est douloureuse. D’autres fois, la douleur siège à droite ou à gauche, parfois elle naît dans le front.»

 Et son remède pour la traiter: les saignées.

Parlant de remèdes, il y en eut de plus farfelus tel que le témoigne cet extrait tiré d’un livre que j’ai eu le bonheur de cosigner avec le neurologue Michel Aubé (Dr Michel Aubé, Jacques Beaulieu, La migraine Un cerveau en détresse, Éditions Publistar, Montréal 2004).

« Par exemple, cette recommandation de traitement a été trouvée sur un papyrus égyptien: «Le médecin façonnera de glaise un crocodile portant des yeux de faïence et tenant des brins de paille dans la bouche; il l’attachera sur la tête du malade avec un tissu délicat sur lequel il aura inscrit le nom des dieux… Et le médecin priera.»

Les traitements au Moyen-Âge

Le traitement le plus efficace fut longtemps celui de la saignée. Ainsi, Isabelle de Valois, fille d’Henri II, roi de France et épouse de Philippe II, roi d’Espagne, mourut des suites des trop nombreuses saignées auxquelles elle se soumettait pour échapper à ses migraines. En réalité cette idée de la saignée tenait de l’observation que la migraine devait être reliée à une augmentation de la pression artérielle au cerveau. En ouvrant le circuit sanguin, la pression diminuait et le mal s’estompait.

Un premier grand acteur, un Newyorkais

L’ère moderne allait fort heureusement changer les choses. Du début jusqu’au milieu du vingtième siècle, les travaux du Dr Harold Wolff au Cornell Medical Center du New York Hospital, allaient accorder quelques fondements scientifiques à cette thèse. Le Dr Wolff était diplômé de médecine en 1923 de la célèbre université Harvard. Il avait étudié la neurologie auprès des grands maîtres au John Hopkins et avait même passé un an en Russie avec Yvan Pavlov, un père de la psychologie moderne. Concentrant ses recherches sur la circulation sanguine cérébrale, Wolff avait remarqué une dilatation des vaisseaux sanguins au niveau de la tempe chez ses patients lors d’une crise migraineuse. Il avait aussi noté que l’administration d’ergotamine, un vasoconstricteur découvert en 1918 à partir d’un champignon, l’ergot de seigle, apportait aussi une diminution importante et souvent une disparition de la douleur migraineuse. Il voyait donc la migraine comme un orage vasomoteur qui commençait par un resserrement des artères (ce qui provoquait entre autre les auras) à laquelle succédait une vasodilatation. Concurremment à ces étapes, se créait une inflammation des parois artérielles déclenchant un signal de douleur.

Puis un autre son de cloche, cette fois du côté de l’Italie

Le Dr Frederigo Sicureti, neurologue et directeur du Centre des céphalées à l’université de Florence, observa pour la première fois une augmentation de divers dérivés de la sérotonine dans les urines des patients souffrant de migraine. Au milieu des années 1960, d’autres savants tels James.W. Lance d’Australie et Robert W. Kimball apportèrent de la crédibilité à cette thèse. Le cerveau des migraineux se comporte comme s’il était à un moment donné incapable de retenir sa sérotonine. Ce neurotransmetteur est apparu des plus précocement dans l’évolution des êtres vivants. Il contribue avant tout à la préservation de l’énergie de l’organisme. Une absence ou une diminution de la sérotonine conduira donc à une hyperexcitabilité des fonctions cérébrales. Et c’est un phénomène qui concorde parfaitement à l’augmentation des perceptions visuelles, auditives et olfactives rencontrée chez les personnes au début de leur crise migraineuse. Celle-ci ne serait donc plus un phénomène tant relié à la circulation sanguine cérébrale qu’un problème relevant d’un neurotransmetteur: la sérotonine.

Le triptan, le médicament qui trancha la question

C’est à partir de cette hypothèse qu’un chercheur britannique, Patrick Humphrey, orienta sa carrière. Diplômé de l’École de pharmacie de l’université de Londres en 1968, il obtient son Ph.D en pharmacie du célèbre St Mary’s Hospital Medical School toujours à Londres. Puis il joint les rangs de la pharmaceutique Allen et Hanburys à Ware en Grande-Bretagne (acheté depuis par GlaxoSmithKline) pour initier un projet sur les migraines. Depuis le tout début de ses études universitaires, son intérêt envers les neurorécepteurs était notable. Ce sont ses travaux qui, en 1990, aboutiront en la synthèse du premier médicament antimigraineux de la classe des triptans: le sumatriptan.

Dans un article publié en 2008, dans The Journal of Head and Face Pain, Patrick Humphrey décrit ainsi sa découverte:

«Les triptans sont une classe de médicaments désignés et développés spécifiquement pour le traitement des migraines aiguës. Ce sont des molécules synthétiques qui activent sélectivement deux sous types de récepteurs semblables ((5-HT1B and 5-HT1D) pour la 5-hydroxytryptamine aussi appelé : sérotonine.

Le prototype des triptans, le sumatriptan fit sa première apparition en Europe en 1991 et a révolutionné les traitements de cette maladie bien handicapante qui affecte des millions de personnes à travers le monde. En tant que première médication hautement efficace et bien tolérée pour traiter la migraine, elle représenta une véritable percée médicale. Plusieurs médecins décrivent encore tant en privé que dans les forums publics les témoignages élogieux de leurs patients qui n’hésitent pas à qualifier leurs premières expériences de miraculeuses et qui expliquent avec quelle rapidité les douleurs sont disparus lors d’une crise de migraine suite à l’injection souscutanée du sumatryptan. Ces cliniciens ont obtenu de nombreux témoignages de patients (souvent des femmes) qui souffrant d’une crise migraineuse au moment d’une rencontre importante ou d’un événement spécial et qui ont quand même pu y participer grâce au sumatryptan ce qu’ils n’auraient certainement pas pu faire en absence de ce médicament. » (Patrick P.A. Humphrey PhD, DSc, OBE, The Discovery and Development of the Triptans, a Major Therapeutic Breakthrough, The Journal of Head and Face Pain, Vol. 48, issue 5, page: 685-687, May 2008)

Dr Humphrey a essayé le sumatryptan avec son épouse qui souffrait de graves maux de tête à l’arrivée de chacune de ses périodes menstruelles. Le fait que le médicament soulagea la douleur fit réaliser au couple qu’il s’agissait de migraines menstruelles. Patrick Humphrey avoua avoir reçu bien souvent des baisers (amicaux, précise-t-il) de femmes qui avaient vu s’évanouir leurs migraines suite à sa découverte. Plus sérieusement, il reçut de nombreux honneurs, dont un titre honorifique de professeur à l’Université Harvard ainsi qu’une médaille de la Royal Society’s Mullard. En 1999, il reçut la récompense OBE (Order of the British Empire) pour services rendus à la recherche sur la migraine.

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Le Saviez-Vous ► L’hépatite: 3000 ans d’histoire ou l’ABC d’une maladie


La jaunisse est une maladie connue depuis bien avant notre ère. Mais l’ABC de l’hépatite, il a fallu que des volontaires (plutôt victimes) de la Deuxième Guerre Mondiale, puis des enfants et autres personnes plus faibles pour mieux comprendre cette maladie
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L’hépatite: 3000 ans d’histoire ou l’ABC d’une maladie

Jacques Beaulieu

Chroniqueur et communicateur scientifique

«La jaunisse: si son corps est jaune, son visage jaune, ses yeux jaunes, si ses chairs deviennent flasques: c’est la jaunisse.»

Voici la description de la jaunisse telle que formulée près de sept cents ans avant Jésus-Christ sur des tablettes cunéiformes datant de l’apogée de l’empire Assyrien.

Une découverte surprenante

Issu d’une longue lignée d’érudits et d’aristocrates, Sir Austin Henry Lajard a connu, pour le moins, une vie bien remplie. Né à Paris en 1817, il fut connu comme un grand voyageur, un politicien engagé et un diplomate. On dit aussi de lui qu’il fut un collectionneur, un archéologue, un écrivain, un historien de l’art et un dessinateur. Passionné par les recherches archéologiques, il fut le premier à identifier Kuyunjik comme étant le site de l’ancienne ville de Ninive. Avec son protégé et élève Ormuzel Rassam, il découvrit dans les ruines d’un palais construit sous le règne d’Assurbanipal (668-626 ans avant J.C.), le dernier grand roi de l’Assyrie, une véritable bibliothèque constituée de 20 000 tablettes cunéiformes dont plus de 600 traitaient de la médecine.

De 1852 à 1880, Sir Lajard connaitra une carrière politique houleuse grâce à son caractère particulièrement enflammé. Il prit par la suite sa retraite à Venise où il consacra les dernières années de sa vie comme collectionneur et comme écrivain de l’histoire de l’art vénitien.

La première description d’une épidémie de jaunisse où l’on conseilla d’isoler les malades eut lieu à Mayence en Allemagne en 751 de notre ère.

La période antique

C’est dans le traité d’Hippocrate que l’on retrouve pour la première fois le mot ictère pour décrire cette maladie du foie. Il viendrait de la fouine (en grec: iktos), ce petit mammifère dont les conjonctives sont jaunes. Hippocrate préconisait un traitement qui, comme il l’écrivait : «réussissait dans la plupart des cas». Il s’agissait de ramollir la surface du corps par des bains chauds et lubrifier les intestins et la vessie, car selon l’illustre médecin, l’ictère est causé par une bile extrêmement agitée qui se fixe immédiatement au-dessous de la peau. Il était aussi d’usage d’appliquer des sangsues à l’anus. On pouvait aussi comprimer le ventre avec des bandelettes de tissu et faire respirer des odeurs fétides. D’autres auteurs de l’époque citèrent la jaunisse, dont Rufus d’Éphèse et Arétée de Cappadoce qui décrivait ainsi les symptômes de la maladie:

«La peau prend une teinte verdâtre ou d’un jaune qui tire sur le blanc, si les malades ont une jaunisse plus marquée; le sommeil est assez calme, peu troublé par des rêves. » (Arétée (de Cappadoce), Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aiguës et chroniques, traduit du grec par M. L. Renaud, médecin, Paris, 1834, p.119)

Le Moyen-Âge et la Renaissance

La première description d’une épidémie de jaunisse où l’on conseilla d’isoler les malades eut lieu à Mayence en Allemagne en 751 de notre ère. L’évêque de l’époque écrivit au pape Zacharie pour l’informer qu’une épidémie d’ictère faisait rage dans sa ville. Le Saint-Père lui conseilla d’isoler les malades pour éviter une contamination encore plus importante. Il faudra attendre près de 15 siècles plus tard pour que cette idée de maladie contagieuse refasse surface. Elle est due à un médecin italien dont nous avons souvent parlé dans cette chronique : le docteur Girolamo Fracastoro.

Dans son ouvrage paru en 1546 et intitulé De Contagione et Contagiosis Morbis, il soutient la thèse que les épidémies ne sont pas l’œuvre de la vengeance de Dieu, mais bien d’organismes vivants si petits qu’ils sont invisibles à l’œil nu, organismes qu’il nomme seminaria contigionis.

L’origine du sapin de Noël

Quant à l’évêque qui avisa le pape Zacharie de l’épidémie de jaunisse, il n’était nul autre que Saint Boniface. Une charmante légende lui est d’ailleurs attribuée. Voulant convaincre les druides des environs de Geismar que le chêne n’était pas un arbre sacré, il fit abattre le chêne de Thor, vénéré et adoré pour sa robustesse. En tombant, l’illustre arbre écrasa tout ce qui se trouvait sous lui sauf un jeune sapin. Comme au même moment, Boniface prêchait sur la Nativité, il aurait déclaré :

«Désormais, nous appellerons cet arbre, l’arbre de l’Enfant Jésus».

Décidément, Boniface avait l’esprit aussi religieux que scientifique…

Une jaunisse contagieuse

Il faut dire qu’on avait remarqué depuis longtemps que la jaunisse suivait les armées lors des opérations militaires. On parlait même de jaunisse des camps. Mais malgré toutes ces présomptions sur l’origine infectieuse de certaines hépatites, un grand pathologiste allemand et politicien allait camper des positions niant littéralement l’existence d’agents infectieux. Pour Rudolph Virchow, toute maladie trouvait son explication par l’anatomie et la pathologie. Il élabora alors la théorie de l’ictère catarrhale qui serait reliée à des poisons putrides formés dans l’intestin ou encore provoquée par un choc nerveux occasionné par le passage de la vie civile à la vie militaire. C’est de ces observations que nous viendrait l’expression populaire qui veut qu’une grande émotion puisse déclencher une jaunisse (… en faire une jaunisse).

Pourtant plusieurs illustres médecins de ces époques militaient en faveur d’autres causes. Ainsi pour J.-P. Herliz en 1761, les jaunisses pouvaient être dues aux temps humides, au manque de nourriture ainsi qu’à la peine, la tristesse et certains troubles psychiques. Georges Dieulafoy parlait en 1898 d’ictère vernal ou automnal (Jean-Louis Payen, L’histoire de la jaunisse : Des Sumériens à nos jours, CHU Toulouse, Journée d’hépatologie de l’Hôpital Henri Mondor, 2001)

On injectait différents produits humains (sang, urine, jus duodénal, selles, mucosités nasales, etc.) provenant de personnes présentant des jaunisses à des individus sains.

    Les preuves de l’origine infectieuse s’accumulent

    Ce n’est que vers la fin du 19e siècle que la première observation scientifique permit de relier une infection à une jaunisse et ce fut le fruit du hasard et du sens d’observation d’un médecin allemand, le Dr A. Lürman. En effet, celui-ci, officier de santé publique, vaccina 1 289 ouvriers des chantiers navals de Brème contre la variole. Lürman suivit ces ouvriers et remarqua que 191 d’entre eux eurent une jaunisse suite à ces vaccinations. Qui plus est, seuls ceux vaccinés avec un certain lot développèrent la maladie. Il publia ses observations dans une revue allemande, mais sa découverte passa quasiment inaperçue (Lürman A., Eine icterusepîdemie, Berliner Klinish Wochenschrift, 1885; 22 : 20-27).

    Il n’existait pas de modèle animal où il aurait été possible de transmettre la maladie, ce qui limitait de beaucoup les expérimentations permettant d’isoler le ou les agents infectieux. La Seconde Guerre mondiale allait apporter l’occasion de contrer ce problème en utilisant des «volontaires» humains pour étudier la maladie. Durant ces expérimentations, on injectait différents produits humains (sang, urine, jus duodénal, selles, mucosités nasales, etc.) provenant de personnes présentant des jaunisses à des individus sains. À part ces prisonniers de guerre plus ou moins volontaires (ce devait être plutôt difficile de refuser lorsqu’on vous offre le choix entre mourir sur le champ ou participer à une expérience), plus tard des enfants handicapés mentaux furent aussi recrutés pour prendre part à des expériences similaires. Suite à ces multiples résultats, il fut possible dès 1947 de dégager deux types d’hépatites: l’hépatite A, pour celle transmise par voie oro-fécale et l’hépatite B, pour celle transmissible par le sang et ses dérivés.

    La découverte des agents viraux pour les hépatites A et B se fit durant les années 1960-1970. Le concept de virus Non A Non B fut élaboré vers 1975 par Stephen Feinstone, un grand spécialiste américain qui publia ses résultats dans le New England Journal of Medicine. Ce virus prendra le nom d’hépatite C en 1989 grâce aux recherches de Q. Choo, G. Weiner et de leurs collaborateurs. Tel fut donc l’ABC de cette maladie.

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      Le Saviez-Vous ► Il était une fois la maladie: le cancer du sein


      Le cancer du sein est connu depuis des millénaires, d’ailleurs Hippocrate a donné le nom de cancer. Au début, il n’y avait pas de traitement, car les femmes étaient soignées, elles mouraient plus vite. Puis à travers les siècles, des traitements sont apparus, seulement cela était plus de la torture qu’autre chose et le taux de survie étaient plutôt très mince. Aujourd’hui, avec les traitements le taux de survie est encourageant. Mais, c’est quand même une dure épreuve pour toutes les femmes qui un jour sont diagnostiquée avec un cancer du sein
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      Il était une fois la maladie: le cancer du sein

       

      Jacques Beaulieu

      Chroniqueur et communicateur scientifique

        Le traité chirurgical du papyrus Smith (du nom de l’égyptologue qui l’a découvert et déchiffré en 1862 à Thèbes) est le plus vieux papyrus médical jamais découvert. Le rouleau qui fait près de 5 mètres de longueur décrit 48 histoires de cas classées anatomiquement de la tête aux pieds. Pour chacune, il explique les lésions et les divers moyens disponibles de traitement. On y retrouve la description détaillée de 8 cas de tumeurs et ulcères aux seins. Le papyrus classe les maladies selon leur pronostic: favorable, incertain ou défavorable. Le cas numéro 45 traite des tumeurs saillantes du sein, le pronostic d’alors : défavorable et l’indication: ne pas traiter termine le tout. Il faudra plusieurs dizaines de siècles avant d’améliorer cette situation.

        Hippocrate : le père de la médecine et… du cancer

        On doit à Hippocrate le terme cancer dérivé d’un mot grec signifiant : crabe, peut-être à cause de la forme que la tumeur empruntait en se répandant ou encore parce qu’elle semblait s’accrocher fermement aux tissus sains telles les pinces d’un crabe. L’illustre médecin avait traité une patiente du nom d’Abdera qui présentait un cancer du sein avec écoulement sanguinolent du mamelon. Lorsque l’écoulement s’arrêta, la patiente mourut. Il avait aussi remarqué que ce cancer se produisait plus fréquemment après la cessation des menstruations. Il décrivit ainsi le cancer du sein : une tumeur apparait dans le sein puis se durcit rapidement. Elle ne contient pas de pus et peut se répandre dans d’autres parties du corps. Au fur et à mesure de la progression de la maladie, la patiente développe un goût amer, refuse de manger, se plaint de soif et maigrit considérablement. Arrivée à ce point, la mort est certaine. Il ne recommandait aucun traitement, car les patientes opérées mouraient plus rapidement.

        Celsus autour de l’an 30 après Jésus-Christ définit ainsi les quatre stades du cancer du sein : cacoèthe (tumeur maligne), carcinome sans ulcération cutanée, carcinome avec ulcération cutanée et thymium (la lésion devient exophytique (qui prolifère vers l’extérieur) souvent sanguinolente avec l’apparence qui rappelle celle d’une fleur de thym. Au premier stade, il suggérait l’ablation du sein. En cas de doute entre le premier stade ou le deuxième, il préconisait de brûler la tumeur avec des substances corrosives. Sa clientèle féminine devait se faire plutôt rare…

        À la même époque, Léonides de l’école d’Alexandrie décrivait la technique chirurgicale pour l’exérèse du sein. La chirurgie était complétée par l’application de cataplasmes pour favoriser la guérison qui, somme toute, ne devait pas arriver très souvent…

        Galien : un précurseur

        Un siècle et demi plus tard, le célèbre médecin Galien de Pergame reprit la thèse d’Hippocrate concernant l’origine du cancer du sein et ses méthodes de traitement. Selon lui, le cancer était une maladie systémique due à l’accumulation de la bile noire : la mélancolie. Ce n’est donc pas d’hier que certains ont fait des liens entre les humeurs et la survenue d’un cancer. C’est pourquoi il recommandait des saignées pour traiter le cancer. Il compara les veines dilatées qui irradiaient depuis la tumeur aux pattes d’un crabe, liant définitivement le mot cancer à celui du crabe. Dans son arsenal thérapeutique, on retrouve les purgations, les saignées, la diète et les cataplasmes composés de chlorure de zinc, de sulfure d’antimoine et de sang-dragon (plante du nom scientifique Sanguinaria canadensis, dont le rhizome est formé d’un latex rouge-orangé). Cette mixture demeurera en usage jusque vers les années 1950 dans certaines régions.

        Durant tout le Moyen-Âge, les chirurgies mammaires s’apparentaient plus aux tortures qu’à des actes médicaux.

        Les méthodes et les enseignements de Galien firent école pour les 1500 ans suivants. Même le réputé médecin Avicenne (980 – 1037 après Jésus Christ) et Maimonides (1135 – 1204 après Jésus Christ) dont les traités médicaux sont devenus célèbres prônaient les mêmes théories et traitements pour le cancer du sein que ceux de Galien. Durant tout le Moyen-Âge, les chirurgies mammaires s’apparentaient plus aux tortures qu’à des actes médicaux.

        La Renaissance

        L’arrivée de la Renaissance permit certains essors du côté des connaissances anatomiques, les médecins pouvant désormais disséquer des cadavres. Et les chirurgies devinrent plus invasives. Au début du 18e siècle, Jean-Louis Petit, un chirurgien parisien enlevait les deux seins et disséquait les ganglions axillaires pour stopper la maladie. Un autre chirurgien français, Bernard Peyrilhe enlevait même le muscle pectoral dès 1774. Ce dernier devint aussi célèbre pour avoir tenté de démontrer sans succès une origine virale du cancer du sein en injectant des cellules cancéreuses broyées à un chien qui mourut finalement… d’une infection. C’est le même Peyrilhe qui avait décrit un de ces patients qui après avoir embrassé le sein de sa femme atteinte d’un cancer mourut d’un cancer aux gencives. Parmi les autres perles de l’époque, on peut noter ce médecin du nom prédisposé Le Vacher qui prescrivait comme remède : l’usage de petit-lait, du lait d’ânesse, des crèmes de riz ou d’orge ou une diète exclusive au lait de vache.

        Les résultats des chirurgies demeuraient, quant à elles, toujours problématiques. Ainsi autour des années 1660, le docteur Richard Wiseman, chirurgien du roi Charles II, écrivit que sur les 12 mastectomies qu’il avait réalisées, deux patientes étaient mortes à cause de l’opération, 8 sont décédées peu de temps après de la récidive de leur cancer et deux furent déclarées guéries.

        Le 19e siècle

        L’arrivée au John Hopkins Hospital de Baltimore du chirurgien William S. Halsted allait ouvrir une nouvelle étape dans le traitement du cancer du sein. Son principe était d’enlever le sein au complet avec la peau qui le recouvre, les ganglions axillaires, au moins une partie du muscle pectoral et de nettoyer la région supra claviculaire. Il fallait extirper tout tissu suspect pour éviter le plus possible les récidives. Pendant les 80 années qui suivirent, nul ne contesta les théories de Halsted. Deux découvertes allaient ébranler ces convictions : les rayons X et la découverte que les cancers pouvaient être hormonaux-dépendants. Dans le premier cas, les rayons découverts par Conrad Roentgen permirent l’arrivée des mammographies et le radium découvert par Marie Curie ouvrit la voie à la radiothérapie. Quant aux phénomènes d’hormonaux-dépendances, deux médecins méritent d’être cités.

        Les précurseurs de l’hormonothérapie

        En 1899, le docteur Albert Schinzinger décida d’enlever les ovaires d’une de ses jeunes patientes atteintes d’un cancer fulgurant du sein, dans le but de la faire vieillir précocement et d’ainsi ralentir son cancer, ce qui s’avéra efficace. Sept ans plus tard, un autre chirurgien, Georges Thomas Beatson, avait remarqué que la castration ou l’accouplement des vaches qui venaient tout juste de vêler prolongeait la production laitière. Ces deux observations avaient en commun la suppression du travail des ovaires. Comme les cellules hyperplasiques se dissolvaient dans le lait, il crut que les cellules cancéreuses du sein en feraient de même. L’argumentaire était bien sûr faux, mais l’ovariectomie réussit quand même à améliorer grandement la condition de trois de ses patientes souffrant d’un cancer du sein avancé. Une dizaine d’années plus tard, l’hormonothérapie remplaça définitivement les ovariectomies.

        Le 20e siècle

        De plus en plus contestée, la thèse de Halsted, prenait du plomb dans l’aile. La physiologie du cancer devenait de mieux en mieux connue et l’approche de la mastectomie radicale pour tous les cas était mise en doute. Bernard Fisher, professeur de chirurgie à l’université de Pittsburg et chercheur, revint deux millénaires plus tard à la théorie de Galien à savoir que le cancer est une maladie systémique.
        Les avancées technologiques et pharmacologiques permirent au vingtième siècle une éclosion de thérapies beaucoup plus efficace contre le cancer. En 1975, le taux de survie au cancer était de 40 % et 30 ans plus tard, il est à plus de 60 %
        (
        Fondation québécoise du cancer). Malgré cet essor, il s’en trouve toujours pour dire et écrire que les chimiothérapies et autres thérapies anti-cancéreuses causent plus de tort que de bien. Heureusement, malgré quelques médias opportunistes qui leur donnent la parole, les statistiques, elles, affichent hors de tout doute les bienfaits de ces chimiothérapies.

        Personnellement, je recommanderais à toutes les personnes souffrant d’un cancer de se fier aux statistiques recueillies auprès de centaines de milliers de personnes plutôt qu’au témoignage d’un seul individu qui aurait échappé au cancer en refusant une chimiothérapie.

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      Le Saviez-Vous ► Il était une fois la maladie: le trouble bipolaire après les saignées, lobotomies, électrochocs et autres


      Le trouble bipolaire est connu depuis des lustres. Hippocrate, Aristote, Socrate avaient déjà une connaissance des symptômes. Les traitements par contre, n’ont pas été toujours été efficaces, on passa par les saignées, des lobotomies et les électrochocs. Aujourd’hui, cette maladie peut se traiter avec des médicaments et la personne peut vivre une vie a peu près normale
      Nuage

       

      Il était une fois la maladie: le trouble bipolaire après les saignées, lobotomies, électrochocs et autres

       

      Jacques Beaulieu
      Chroniqueur et communicateur scientifique

      Il semble bien que la maladie soit aussi vieille que l’Homme. Hippocrate affirma que la maladie mentale était reliée à une mauvaise circulation des fluides dans le cerveau. Il avait écrit:

      «Par le cerveau, nous pouvons devenir fou, enragé, nous développons de l’anxiété et de la peur la nuit ou le jour, nous pouvons souffrir d’insomnie, faire des erreurs et éprouver des inquiétudes non fondées, nous perdons la capacité à bien reconnaître la réalité, nous devenons apathiques et ne pouvons plus participer à la vie sociale.» (Hippocrate, traduit du grec ancien par Andreas Marneros, 1897).

      Aristote établit un lien entre le génie (la créativité) et la folie (la manie). Déjà, deux siècles avant Jésus Christ, le médecin grec, Arétée de Cappadoce parlait de personnes souffrant de manies suivies d’épisodes de mélancolie. Dans son Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques, on peut lire:

      «La manie peut varier en apparence et prendre mille formes, mais au fonds c’est toujours la même maladie: c’est une démence totale, chronique, sans fièvre, ou si la fièvre l’accompagne, ce n’est qu’accidentellement et nom à raison de la maladie.»

      Et un peu plus loin: «La maladie a des intermissions complettes (sic) et peut même cesser entièrement par un traitement convenable.» (Arétée de Cappadoce, Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques, traduit du grec par M. L. Renaud, docteur en médecine, Éd. Lagny, Paris 1834. pp. 87-88).

      Plus ça change, plus c’est pareil

      Je suis souvent étonné de trouver dans ces écrits qui datent de plus de deux mille ans autant de vérités et de similitudes avec ce qui est généralement admis aujourd’hui. Ainsi, Arétée décrit les personnes souffrant de manie:

      «Parmi les maniaques, on en voit dont la folie est d’une nature gaie, qui rient, qui chantent, dansent nuit et jour, qui se montrent en public et marchent la tête couronnée de fleurs, comme s’ils revenaient vainqueurs de quelques jeux ; d’autres dont la fureur éclate à la moindre contradiction (…). La manie prend une infinité de formes différentes ; parmi les gens bien élevés et qui ont l’aptitude aux sciences, on en a vu plusieurs devenir astronomes sans maîtres, philosophes sans précepteurs, poètes d’eux-mêmes.»

      D’autres observations du même médecin semblent aussi intemporelles:

      «Le genre de vie particulier dispose aussi à la manie comme de manger trop, de se remplir outre mesure, l’excès dans la boisson, l’abus ou le désir trop ardent des plaisirs vénériens. (…)» (Arétée de Cappadoce, Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aigues et chroniques, traduit du grec par M. L. Renaud, docteur en médecine, Éd. Lagny, Paris 1834. pp.90-91).

      Par contre, là où la sauce se gâche est dans les causes et surtout les traitements qu’il préconise:

      «La cause de la manie réside dans la tête et dans les hypocondres (NA: abdomen) (…) Il faut saigner avec beaucoup de précaution les mélancoliques ; car cette maladie provient plus de la mauvaise qualité du sang que de la quantité…» (p.389).

      La naissance du nom

      L’expression maniaco-dépression, qui décrivit longtemps la maladie, vient de Théophile Bonnet, médecin privée d’Henri II d’Orléans-Longueville vers la fin du XVIIème siècle. Ce médecin parlait alors de manico-melancolus. Successeur de Philippe Pinel à l’hôpital de la Salpètrière, Jean-Étienne Esquirol crée le terme demonomanie. Son élève, Jules Baillarger, parle au milieu des années 1800 de folie à double forme composée de deux périodes: l’une de dépression, l’autre d’excitation. Quelques années plus tard, Jean-Pierre Falret écrit un ouvrage avec une description très précise de la folie à double forme, qui étonne encore aujourd’hui par la modernité de ses propos.

      Considéré comme l’un des pères de la psychiatrie, Emil Kraepelin publie en 1883 le Compendium der Psychiatrie et effectue une classification originale des troubles psychiatriques selon deux types qu’il nomme: la maniaco-dépression et la démence précoce (dichotomie de Kraepelin). Il y distinguera un grand nombre de types évolutifs de ce qu’il nomme la folie maniaco-dépressive, dont les formes unipolaires et bipolaires. Au début du vingtième siècle, les psychiatres allemands Karl Kleist, Carl Wernicke et Karl Leonhard parlent du trouble bipolaire, terme qui demeurera dorénavant le plus utilisé pour décrire la maladie. Vers la fin des années 1960, Jules Angst, Carlo Perris et George Winokur raffinent encore la description des types de désordres bipolaires.

      De nombreux patients mourraient épuisés ou encore des suites d’une infection opportuniste conséquente aux états de grande fatigue dans lesquelles ils se retrouvaient après des mois, voire des années, en phase maniaque.

      Traitements du trouble bipolaire

      Outre les saignées et diètes proposées depuis Arétée de Cappadoce durant l’Antiquité, la médecine eut peu à offrir aux personnes atteintes du trouble bipolaire. Les cas les plus lourds étaient enfermés dans les asiles psychiatriques, et les autres fort probablement laissés pour compte. Certaines sources thermales disponibles en Europe se faisaient dans des eaux dont la concentration en sels de lithium était relativement plus élevée et on remarquait que les patients qui y séjournaient se portaient mieux.

      Ainsi, la ville de Santenay en France a connu ses premières eaux thermales dès le début de notre ère. On y trouvait un sanctuaire dédié aux nymphes. Au XVIIe siècle, on lui donna le nom de «Fontaine salée». Autour des années 1890-1910, diverses sources s’ajoutèrent, attirant de nombreux touristes, telles la Source Lithium, la Source Carnée et la Source Santana. En déclin dû aux deux grandes guerres mondiales, certaines dont la Source Lithium reprennent du service vers les années 1945-1950. Depuis 1995, elles sont toutes fermées.

      Deux autres traitements firent leur apparition au début du vingtième siècle et disparurent presque totalement au milieu des années 1940: la lobotomie et les électrochocs.

      D’efficacité douteuse, ces techniques déclinèrent rapidement avec l’arrivée de médicaments efficaces.

      John Frederick Cade est né en 1912 et fut un illustre psychiatre australien. Comme au début des années 1950, les protocoles de recherches n’étaient pas ceux qu’on connaît aujourd’hui, il décida de tester sur lui-même les effets du lithium. Son essai dura deux semaines durant lesquelles il put trouver une dose suffisante de lithium sans trop d’effets toxiques. Puis il l’administra à un premier patient en phase maniaque. Selon sa description personnelle, il s’agissait d’un homme de 51 ans en phase maniaque depuis cinq ans. Le patient était épuisé, sale, autodestructeur, malicieux et reconnu depuis longtemps comme étant le pire patient du service. Après trois semaines de traitement, il put être transféré à l’aile de convalescence et, après trois mois, il put quitter définitivement l’hôpital psychiatrique et se trouver un emploi régulier.

      L’efficacité était prouvée, mais l’utilisation du médicament posait toujours de graves problèmes de toxicité. En réalité, le problème principal se situait au niveau de la posologie. Il faudra donc attendre jusque vers les années 1950, date à laquelle un nouvel instrument fit son apparition, le spectrophotomètre de flamme, pour que le docteur Morgan Schou du Danemark l’utilise et fasse le dosage du lithium dans la circulation sanguine. Il devenait alors possible d’atteindre un niveau optimal et vérifiable de lithium sanguin et d’en contrôler la dose pour la maintenir en dessous des limites toxiques. Le lithium put alors faire son entrée réelle dans la pharmacopée actuelle.

      Ce médicament présenta deux effets immédiats. Dans un premier temps, il réduisit rapidement les taux de mortalité dans les hôpitaux psychiatriques. Avant son arrivée, de nombreux patients mourraient épuisés ou encore des suites d’une infection opportuniste conséquente aux états de grande fatigue dans lesquelles ils se retrouvaient après des mois, voire des années, en phase maniaque.

      Le deuxième effet se fit sentir plus lentement mais tout aussi sûrement par un changement de la perception des maladies mentales. Elle deviendra de mieux en mieux comprise, non plus comme une faiblesse ou un défaut moral, mais bien comme une maladie avec des causes physiologiques.

      Deux références: l’organisme Revivre et le livre Le trouble bipolaire pour ceux qui en souffrent et leurs proches, Dre Marie-Josée Filteau et Jacques Beaulieu, Les éditions La Semaine.

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      Le Saviez-vous ► Il était une fois la maladie: la cirrhose du foie


      Je trouve intéressant l’évolution des diagnostics des maladies dans l’histoire médicale. Cette fois-ci en plus d’apprendre l’histoire de la cirrhose du foie, on apprend l’origine de deux expressions ainsi qu’un aperçu de la vie de l’inventeur du stéthoscope et que tout est relié d’une façon ou une autre au foie
      Nuage

       

      Il était une fois la maladie: la cirrhose du foie

       

      Jacques Beaulieu

      Chroniqueur et communicateur scientifique

      «Si on ne meurt pas aussi promptement d’une maladie de Foie que d’une maladie de Cœur, on en périt plus douloureusement.»

      C’est ce qu’écrivait Arétée de Capadocce dans son livre sur les maladies aigues au chapitre VI: «Des maladies aiguës du Foie».

      Selon ce médecin grec né au premier ou deuxième siècle après J.C. (selon les historiens), cinq causes pouvaient amener une maladie grave du foie: une blessure sérieuse, un amas putride et continuel de crudités (les temps ont changé, de nos jours, on encourage plutôt à en manger plus!), un excès de boisson, ou un refroidissement considérable.

      Il se produisait alors une inflammation dans la région des «portes», qui annonçait inexorablement la mort à assez brève échéance.

      Quelques siècles avant lui, Hippocrate avait dit:

      «Chez les ictériques, il est funeste que le foie devienne dur».

      Pour un autre médecin célèbre de l’Antiquité, celui qu’on nomma le père de la pharmacie, Claude Galien (Claudius Galienus), le foie est le lieu de fabrication du sang veineux (le sang artériel serait produit par le cœur). De ces observations, Galien proposa dès le premier siècle de notre ère un remède qui allait perdurer jusqu’au XIXème siècle: la saignée.

      Tant dans l’Antiquité qu’au Moyen Âge, philosophie, religion et médecine étaient intimement liés. Ainsi, selon Platon, le corps humain doit sa vie à quatre âmes: l’âme intelligente pensante, située dans le crâne. Cette âme est isolée du corps, mais peut communiquer avec lui par un isthme, le cou. Suit l’âme sensitive, sise au niveau du thorax et qui est responsable des émotions et du contact avec le monde environnant. Elle est isolée des niveaux inférieurs par le diaphragme, que les anciens considéraient comme poreux, ce qui permettait une communication entre l’âme sensitive et celle qui suivait: l’âme appétitive. Son siège principal en était le foie. Cette âme est responsable du désir, de la faim, de la soif et du bien-être. L’âme appétitive aurait la possibilité de projeter sur la paroi externe du foie des images que l’âme intelligente pouvait observer. De là, l’origine des rêves, des pressentiments et des divers états d’âme.

      C’est pourquoi les augures, ces prêtres romains que l’on consultait avant de prendre une décision importante, cherchaient dans les foies d’animaux sacrifiés les présages et autres divinations, d’où l’expression: de bons (ou mauvais) augures.

      Plus bas encore serait l’âme de la reproduction responsable de l’envie de l’union charnelle. Ainsi peut-on lire dans Histoire du développement de la biologie Volume III, de Hendrik C.D. de Wit (Presses Polytechniques et universitaires Romandes, page 261-262), qu’il est écrit dans le Timée de Platon:

      «L’âme appétitive (du désir) habite dans la cavité abdominale au-dessus du nombril. Elle est complètement séparée de l’âme sensitive par le diaphragme. L’âme appétitive n’a pas de réflexion, elle n’a pas l’intelligence raisonnable et est entièrement passive. Elle enregistre la faim et la soif, l’envie, le bien-être et les crispations. L’âme des plantes descend de l’âme appétitive. (…) Plus loin encore, il semble que les organismes animaux aient une possibilité d’avertir l’âme intelligente par le biais de l’âme appétitive. Celle-ci peut projeter des images sur la surface plate et lisse du foie, images que l’âme intelligente observe et c’est là l’origine des rêves, des pressentiments et de toutes sortes d’états d’âme dans notre conscience. Il semble bien qu’aucune âme ne puisse habiter dans cette cavité située au-dessous du nombril, remplie des méandres intestinaux. Pourtant une quatrième âme y réside, l’envie de l’union charnelle; c’est une âme dont la qualité est si basse qu’elle mérite à peine le nom d’âme.» (Référence).

      Ceux qui croient que les tabous sexuels sont d’origine judéo-chrétienne doivent admettre que Platon, plus de quatre siècles avant Jésus-Christ, n’avait donc pas en haute estime cette quatrième âme…

      Au Moyen Âge, certains «médicaments» feront leur apparition. On les retrouve chez les apothicaires (ancêtres des pharmaciens). Ils sont sensés rééquilibrer les humeurs. Ils doivent être composés d’ingrédients appartenant aux trois règnes: animal, végétal et minéral. On y ajoute très souvent des pierres précieuses, dont la réputation d’être magique est reconnue. Il n’y avait alors pas trop de gêne à mélanger chimie et magie! De plus, elles servaient à améliorer l’aspect des remèdes, de là est née l’expression: dorer la pilule.

      Le terme «cirrhose» ne fit son apparition qu’au début du dix-neuvième siècle. Et on le doit à l’illustre inventeur du stéthoscope.

      Une plante au nom évocateur

      Au Moyen Âge, on utilisait souvent une plante nommée Chardon-Marie pour chasser la mélancolie, cette bile noire associée à diverses maladies du foie. L’usage en avait été emprunté à la période de l’Antiquité où Pline le jeune recommandait à tous ceux qui souffraient de problèmes hépatiques ou biliaires de boire le jus de cette plante.

      Quant qu’au nom sous lequel, elle était connue au Moyen Âge, son histoire mérite d’être citée. Elle était connue d’abord sous le nom latin de Sylibum, qui signifie: chardon comestible. S’est ajoutée le terme marianum. Une légende raconte que la Vierge Marie, dans la fuite de sa famille vers l’Égypte, se serait cachée dans un bosquet avec l’enfant Jésus pour échapper aux soldats d’Hérode. Elle aurait alors donné le sein à son enfant et quelques gouttes de lait sont tombées sur les feuilles du chardon, ce qui lui conféra des nervures blanches. C’est pourquoi, en plus des applications thérapeutiques confirmées pour les problèmes hépatiques, la plante connut une certaine application, non encore démontrée, comme favorisant la lactation chez les nouvelles mères.

      Le mot «cirrhose»

      Bien que, comme nous l’avons vu, la maladie était connue depuis l’Antiquité, le terme «cirrhose» ne fit son apparition qu’au début du dix-neuvième siècle. Et on le doit à l’illustre inventeur du stéthoscope: René Laennec. Il ajouta au suffixe «ose» le terme grec «kirrhos», qui signifie: d’un jaune roux. C’est ainsi qu’en 1819, cette maladie fut enfin identifiée.

      Une courte vie bien remplie

      René Laennec est né à Quimper en 1781. Bien des carrières se décident en bas âge causées par des grands chocs émotifs. Ainsi, la mère de René décéda de tuberculose alors que celui-ci n’avait que 5 ans. Confié à un de ses oncles, médecin et directeur du département de médecine à Nantes, le jeune Laennec décide d’y faire carrière.

      Très tôt, il se spécialisa dans les maladies pulmonaires et adopta une nouvelle technique inventée par le docteur autrichien Leopold Auenbrugger, médecin personnel de Napoléon. Le docteur Auenbrugger avait mis au point une méthode d’auscultation en frappant avec le doigt un organe et en écoutant le bruit qui en résultait. Cette méthode s’avérait particulièrement efficace pour ausculter les tuberculeux et déterminer l’étendue de la maladie.

      Pratiquant cette méthode, le jeune docteur Laennec remarqua en passant près d’un parc que des enfants s’amusaient en grattant l’extrémité d’une longue poutre avec une épingle, tandis qu’à l’autre bout de la poutre, d’autres écoutaient les sons ainsi produits. De retour à l’hôpital où il exerçait, il s’empressa de prendre une feuille de papier, l’enroula et en posa une extrémité sur le thorax d’un patient et l’autre sur son oreille, il entendit alors nettement les bruits du cœur et ceux de la respiration. Il venait d’inventer ce qu’il appela d’abord, le «pectorilogue», pour le perfectionner et lui donner son nom définitif: le stéthoscope.

      Laennec contribua à plusieurs autres domaines de la médecine, étant le premier à reconnaître comme telle la maladie qu’il appela cirrhose, la péritonite, le mélanome. Il a aussi fait une description bien détaillée des métastases pulmonaires du mélanome. Sa devise était inscrite dans l’ouvrage qu’il publia en 1819 et pouvait se lire ainsi:

       «la partie la plus importante de notre art consiste à être en mesure d’observer correctement».

      René Laennec mourut, à peine âgé de 45 ans, d’une tuberculose que son neveu diagnostiqua avec le stéthoscope qu’il avait inventé. René Laennec était aussi reconnu comme un fervent croyant et sa charité envers les pauvres était de notoriété publique.

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