Le mystère du sourire de la Joconde expliqué… par une maladie


Mona-Lisa avec son sourire qui semble envoûter énormément de personne. Léonard de Vinci qui était anatomiste a peint la Joconde avec minutie et que des médecins ont pu établir qu’elle était malade et que son plus grand trouble viens de sa glande thyroïde.
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Le mystère du sourire de la Joconde expliqué… par une maladie

 

Floriane BOYER, Futura

Publié le 10/09/2018

L’étrange sourire de La Joconde trouve une triste explication. Les imperfections relevées sur son portrait ont poussé des médecins à faire un diagnostic sévère : elle souffrirait d’une maladie de la thyroïde. Cette affection, qui vient « noircir le tableau », l’a pourtant rendue célèbre en lui donnant son expression si mystérieuse

 

La Joconde est malade. Voilà ce qu’a pensé Mandeep Mehra, directeur médical au Brigham and Women’s Hospital et professeur à la Harvard Medical School, en voyant la pièce maîtresse du musée du Louvre. Les petites imperfections de Mona Lisa n’ont pas échappé à son regard expert, ni à celui de sa collègue Hilary Campbell, de l’université de Californie à Santa Barbara. Ils dévoilent dans une publication, parue dans le journal Mayo Clinic Proceedings, que la femme au célèbre sourire présenterait des symptômes d’hypothyroïdie.

C’est grâce au talent et à l’attention aux détails du peintre, Léonard de Vinci, également savant et anatomiste, que Mandeep Mehra et sa coauteure ont pu déceler les signes subtils de cette maladie de la glande thyroïde, qui se caractérise par une insuffisance de production d’hormones. Ils relèvent la teinte jaunâtre de la peau, le visage légèrement gonflé, la chevelure clairsemée et le front haut, la rareté des poils et la quasi-absence de sourcils, ainsi que la présence de plusieurs grosseurs sur son visage et son corps, près de son œil gauche, sur sa main droite et au niveau de sa gorge : il pourrait s’agir d’un goitre, une affection courante se traduisant par une augmentation du volume de la glande thyroïde.

 

La Joconde présente plusieurs anomalies cutanées. L’une située à la commissure de l’œil gauche, du côté du nez, correspond typiquement à une pathologie nommée xanthelesma, un dépôt lipidique apparaissant généralement au niveau de la paupière et de l’angle nasal. On peut observer également une protubérance sur le dos de la main droite, au-dessus de l’index que les médecins identifient comme étant un lipome ou bien un xanthome : ce sont deux types de tumeurs bénignes constituées de cellules graisseuses. © Wikimedia Commons, DP

La Joconde présente plusieurs anomalies cutanées. L’une située à la commissure de l’œil gauche, du côté du nez, correspond typiquement à une pathologie nommée xanthelesma, un dépôt lipidique apparaissant généralement au niveau de la paupière et de l’angle nasal. On peut observer également une protubérance sur le dos de la main droite, au-dessus de l’index que les médecins identifient comme étant un lipome ou bien un xanthome : ce sont deux types de tumeurs bénignes constituées de cellules graisseuses. © Wikimedia Commons, DP

Mona Lisa souffrirait d’une hypothyroïdie post-grossesse

Mandeep Mehra et Hilary Campbell ne sont pas les premiers à repérer les imperfections de La Joconde, loin de là. En 2004, des médecins ont vu dans les grosseurs sur sa main et au coin de son œil, notamment, les caractéristiques de troubles lipidiques. Ils ont proposé un diagnostic différent, estimant qu’elle serait atteinte d’une hyperlipidémie (excès de graisses dans le sang) familiale, doublée d’une athérosclérose, une maladie cardiovasculaire qui aurait entraîné une mort prématurée. Son sourire en coin a été attribué à une paralysie faciale de Bell.

Le saviez-vous ?

La Joconde serait le portrait de Lisa Gherardini, épouse du riche marchand florentin Francesco del Giocondo.

Dans leur récente publication, Mandeep Mehra et sa collègue soulignent que cette conclusion est erronée : Lisa Gherardini, la femme dans le portrait, a vécu jusqu’à 63 ans. Par ailleurs, une paralysie faciale aurait dû déformer toute une moitié de son visage, pas seulement sa bouche. Les chercheurs privilégient la piste d’une hypothyroïdie avancée, dont les symptômes visibles incluent un teint jaune, la rareté des poils et des anomalies cutanées.

La maladie se traduit également par un ralentissement du métabolisme, un état dépressif et le gonflement du visage, ce qui expliquerait pourquoi elle ne sourit pas pleinement. 

« Son mystérieux sourire pourrait être la manifestation d’un ralentissement psychomoteur et d’une faiblesse musculaire », proposent ainsi les auteurs dans leur article.

Pour appuyer leur diagnostic, ils se sont penchés sur la vie de Lisa Gherardini. Ils estiment qu’il s’agirait d’une inflammation de la thyroïde après la grossesse, un mal affectant environ 5 % des femmes dans l’année qui suit l’accouchement. Effectivement, le portrait aurait été peint à partir de 1503, quelques mois après que Lisa Gherardini ait donné naissance à un enfant.

La maladie s’expliquerait aussi par ses conditions de vie. Après avoir consulté les archives de l’époque, les médecins ont déterminé que l’hypothyroïdie était courante au sein de la population italienne, en raison d’un régime alimentaire pauvre en iode favorisant le développement de goitre. Ils soulignent d’ailleurs que des personnes atteintes de maladies de la thyroïde sont souvent représentées dans les œuvres d’art de la Renaissance italienne.

Les auteurs admettent toutefois que leur diagnostic est à prendre avec précaution, car ce qu’ils identifient comme des symptômes pourrait s’expliquer différemment : l’absence de sourcils serait une épilation volontaire, le teint jaune un vieillissement naturel du vernis du tableau… 

« La vérité peut être autre part », tempèrent-ils, mais ils estiment que leur conclusion reste la plus satisfaisante d’un point de vue clinique. « L’énigme de Mona Lisa peut être résolue par le simple diagnostic médical d’une maladie liée à l’hypothyroïdie », affirment les auteurs dans leur publication.

CE QU’IL FAUT RETENIR

    • Les traits énigmatiques de La Joconde seraient en fait les symptômes d’une maladie, d’après des médecins.
    • Ils estiment qu’elle souffrirait d’hypothyroïdie, un mal caractérisé par une production d’hormones insuffisante par la glande thyroïde.

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Le Saviez-Vous ► Un médicament qui devint un colorant


Un médicament qui a connu une certaine gloire promettait de guérir certaines maladies et devenu aujourd’hui, un moyen très utile en radiologie
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Un médicament qui devint un colorant

Jacques Beaulieu

Chroniqueur et communicateur scientifique

Pendant très longtemps, les carences en iode, particulièrement dans des régions éloignées de la mer, provoquaient une maladie dont personne ne voulait: le crétinisme. Cette maladie amenait des troubles physiques et des retards mentaux importants. L’iode est en effet un élément essentiel au bon fonctionnement de la glande thyroïde qui synthétise les hormones nécessaires à la croissance tant physique qu’intellectuelle. Il existe deux formes de la maladie: le goitre endémique qui provient d’une carence en iode et le goitre infantile qui provient d’un problème congénital d’hypothyroïdie. Le goitre endémique fut endigué en Amérique par l’obligation d’ajouter de l’iode au sel de table. Au Canada, cette mesure fut obligatoire dès 1924. Quant au goitre infantile, des tests de dépistages dès la troisième journée de vie du bébé permettent d’éviter le développement de la maladie. Ce qui fait qu’aujourd’hui dans les pays industrialisés, le goitre est devenu une maladie rare.

Mais, tel n’était pas le cas au début du 20e siècle, alors que plusieurs cherchaient à connaitre les vertus de l’iode sur l’organisme humain.

Le lipiodol : de panacée universelle à colorant

Au début du XXe siècle, l’arrivée d’un nouveau médicament s’affichait souvent comme une panacée. Ainsi en était-il des huiles iodées. Merck avait déjà mis en marché la sienne en 1896 en faisant réagir du chlorure d’iode sur de l’huile de sésame. Deux pharmaciens français décidèrent de modifier un peu la recette (le me-too était déjà à la mode!) en utilisant de l’acide iodhydrique et de l’huile de graines de pavot encore appelée huile d’œillette. Cette dernière serait plus pure et plus active que l’huile de sésame.

C’est ainsi que ces deux pharmaciens, Laurent Lafay et Marcel Guerbet, présentèrent leur produit qu’ils avaient nommé lipiodol à la Société française de Dermatologie et de Syphilographie en 1901. Ils l’annoncèrent comme ayant des vertus dépuratives du sang. Aux dires de ses concepteurs, ses vertus seraient dues aux grandes quantités d’iode qu’on pouvait ainsi donner aux patients tant par voies orales, nasales, cutanées et même parentérales. Les injections se faisaient sans douleur et ne provoquaient jamais d’iodisme. Quant aux applications, elles étaient pour le moins très larges et on suggérait d’utiliser le lipiodol autant pour les troubles pulmonaires que pour les troubles cardiaques, dans les affections de la glande thyroïde comme les goitres, contre les infections microbiennes et contre les prurits.

Le médicament ne connut pas la gloire espérée, mais poursuivit quand même son petit bonheur de chemin.

L’huile de pavot

Près de vingt ans plus tard, un neurochirurgien français le Dr Sicard soupçonna un effet radio-opaque de l’huile de pavot. Il faut savoir que cette huile peut aussi être utilisée en peinture. Obtenue par seconde pression, elle n’a pas la qualité nécessaire pour être alimentaire, mais fournit un excellent siccatif (qui accélère le sèchement) pour les peintures. Le docteur Sicard confie donc à un de ses élèves la tâche d’évaluer le lipiodol comme colorant radiologique. C’est ainsi que le Dr Forestier put constater qu’en l’injectant à des lapins, le produit formait des petites sphères radio-opaques le long des vertèbres. C’est ainsi que la première application scientifique du lipiodol fit son entrée non pas comme médicament, mais comme colorant fort utile en myélographie. En moins de sept ans, pas moins de trente-sept cas de tumeurs de la moelle épinière ont pu être trouvés par un contrôle lipiodolé et opérés par l’équipe de chirurgiens. Et bientôt, les indications se multiplièrent telles les explorations sous-arachnoïdiennes, rachidiennes, des cavités pulmonaires et des appareils génitaux féminins et masculins.

Et nos pharmaciens.

André Guerbet

Dès le début des années 1920, la demande devint si forte que le seul pharmacien qui fabriquait encore le lipiodol, Laurent Lafay, dans le sous-sol de sa petite officine ne pouvait plus y répondre. Il contacta donc son vieil ami Maurice Guerbet. Heureusement, ce dernier avait un fils qui avait complété des cours d’ingénieur en usine avant de devenir lui-même pharmacien. Ce sera donc ce fils, André Guerbet, qui fondera ainsi Les Laboratoires Guerbet en 1924, une compagnie qui existe encore de nos jours et qui fabrique toujours des produits utiles en radiologie.

Ainsi, il arrive qu’en cherchant un médicament, on finisse par découvrir un produit qui trouve sa voie comme outil diagnostique fort précieux.

http://quebec.huffingtonpost.ca