César a bien tenté de débarquer en Angleterre !


Il n’y avait pas de preuves que Jules César a voulu conquérir la Grande-Bretagne, enfin jusqu’à maintenant. Les archéologues ont pu déterrer des armes de fer, des javelots, etc. La raison est hypothétique, mais on sait que César aimait la gloire et son prestige politique
Nuage

 

César a bien tenté de débarquer en Angleterre !

 

Bas-relief

Bas-relief en marbre réalisé par John Deare (1759-1798) illustrant les tentatives d’invasion de l’Angleterre par Jules Cesar.

CRÉDITS: ANN RONAN PICTURE LIBRARY /PHOTO 12 /AFP

Par Bernadette Arnaud

César et ses légions ont tenté d’envahir la Grande-Bretagne à deux reprises dès 55 avant notre ère. Un de ces sites de débarquement a été découvert dans le Kent.

Il est venu, il a vu… il est reparti… Des armes de fer et des javelots romains, qui viennent d’être découverts au sud de la Grande-Bretagne, témoignent directement des tentatives de conquête de l’Angleterre par Jules César. Le proconsul romain avait en effet espéré à deux reprises, en 55 et 54 avant notre ère, envahir la Bretagne, nom qui désignait alors la grande île. Mais aucune preuve archéologique n’avait jusque-là été mise en évidence. Ce qui vient d’être fait fortuitement lors de travaux routiers effectués dans le Kent. Ces diverses armes de fer, javelots romains de type pilum et restes de poteries datant du 1ersiècle avant notre ère, ont été exhumées sur le site d’Ebbsfleet, dans la baie de Pegwell, qui correspond aux descriptions faites par Jules César lui-même selon Andrew Fitzpatrick, chercheur associé à l’Ecole d’archéologie et d’histoire ancienne de l’Université de Leicester.

Dans ses Livres IV et V de La Guerre des Gaules, César décrit en effet ses deux entreprises depuis une large baie bordée de falaises. Il mentionne aussi la présence d’un terrain plus élevé à proximité, sur lequel s’étaient rassemblés les habitants résistant à ce débarquement,ce qui correspond bien à la baie de Pegwell. César évoque aussi les préparatifs de la construction d’un camp, ce que corrobore la présence d’un fossé défensif de 5 m de large et plus de deux mètres de profondeur, aux formes identiques à celles des défenses romaines mises au jour sur le continent, comme à Alesia (52 av J.C). Pour le professeur Colin Haselgrove, responsable de ces travaux, ce fossé faisait partie d’un grand fort de 20 ha entouré de palissades, érigé pour protéger non seulement les soldats des attaques des « barbares », et aussi  la flotte de César composée de 800 navires selon les textes.

Premières traces des invasions romaines de César en Grande-Bretagne sur le site d’Ebbsfleet, à Thanet, dans le Kent. ©Université de Leicester

 

« Ces découvertes correspondent à l’année 54 avant notre ère, soit la seconde tentative d’invasion de l’Angleterre », a tenu à préciser à Sciences et Avenir Yann Le Bohec, historien spécialiste de l’histoire romaine.

L’année précédente, César avait en effet effectué une reconnaissance pour voir à quoi ressemblait la grande île qui lui était connue uniquement  par ce qu’en rapportaient les rares marchands qui en revenaient. Une première visite qui fut brève mais marquée par un épisode célèbre: le porte-aigle de la Xe Légion, la plus dévouée à César, s’était en effet jeté à l’eau afin d’encourager les soldats qui hésitaient à le faire, les Bretons les attendant de pied ferme sur le rivage. César avait ainsi décrit ses adversaires :

«Tous se teignent avec du pastel, ce qui leur donne une couleur azurée et rend leur aspect horrible dans les combats. Ils portent leurs cheveux longs, et se rasent tout le corps, excepté la tête et la lèvre supérieure ».

Lors de la seconde incursion, il semble que César et ses troupes soient parvenus jusque dans la région de Canterbury, puis les environs de Londres avant de revenir en Gaule. Un parcours qui fait dire à certains historiens qu’il aurait échoué à vouloir conquérir la Bretagne, d’autres estimant au contraire qu’il s’agit d’un succès puisqu’il n’aurait voulu y conduire que des raids. Ceci afin d’amasser un butin utile à sa réélection à Rome. Ce n’est finalement qu’un siècle plus tard que l’empereur Claude réussira à coloniser réellement Britannia en 43 de notre ère, à l’aide de cinq des plus puissantes légions de Rome, la II Augusta, IX Hispania, VIe Victrix, la XVIe Gemina et la XXe Valeria Victrix, soit 40 000 hommes.

Pourquoi Jules César a-t-il voulu conquérir la « Bretagne » ?
La question divisait déjà dans l’Antiquité! L’historien Suétone au 1er siècle racontait ainsi que César s’était rendu en Bretagne parce qu’il aimait les perles… et que l’on en trouvait beaucoup. « Ce qui est complètement faux »,
explique Yann Le Bohec, historien spécialiste de l’histoire romaine.

« Dans un texte que j’ai retrouvé, Cicéron (106-43 av.J.C) s’interroge aussi sur les raisons qui ont pu pousser le proconsul de Rome à se rendre en Bretagne, puisque que cette île est très pauvre, et que même les esclaves qui en proviennent ne valent rien, car ne savent ni cuisiner ni jouer des instruments de musique ».

Alors ?

Pour Yann Le Bohec, « il voulait ajouter cette conquête à celle de la Germanie et de la Gaule pour s’approcher du mythe d’Alexandre le Grand (IVesiècle av. notre ère), alors très présent dans la culture de Rome ».

Vouloir égaler Alexandre, c’était en quelque sorte devenir un dieu.

« Il voulait lui aussi faire son Jupiter… », sourit l’historien. Avec une expédition maritime, César désirait surtout démontrer qu’il était un protégé de Vénus, (née de l’Océan, NDLR), déesse dont il se disait le descendant et ainsi prouver à Rome qu’il était protégé des dieux ».

On ne peut toutefois soustraire le désir probable d’accéder aux importantes et très rentables mines d’étain du Pays-de-Galles.

« Quoi qu’il en soit, n’oublions pas que César faisait surtout la guerre pour la gloire de Rome et sa carrière politique », conclut Yann Le Bohec.

https://www.sciencesetavenir.fr

Le Saviez-Vous ► 7 chefs barbares célèbres


Guerres, conflits, pouvoir, 7 personnages de l’Histoire qu’on qualifie de barbare sauf le dernier qui a réussi à garder la paix pendant 33 ans. Si eux étaient des barbares alors que pensée des dirigeants, des chefs de groupes qui pour le pouvoir son prêt à tout aujourd’hui. Il faut croire qu’en fin du compte, l’histoire se répète siècle après siècle. L’être humain ne retient rien de l’histoire du passé
Nuage

 

7 chefs barbares célèbres

Alors que l’Empire romain d’Occident se désintégrait, ces féroces chefs guerriers ont mis à l’épreuve leur courage dans de violents conflits avec les Romains et même entre eux.

ARMINIUS

Né dans une noble famille de la tribu germanique des Chérusques vers l’an 18 av. J.-C., Arminius (connu en Allemagne sous le nom de Hermann) a été évincé de sa maison par les Romains lorsqu’il était enfant et est entré au service de l’armée romaine. En l’an 9 de notre ère, lui et les forces armées de sa tribu chérusque ont embusqué et massacré trois légions romaines alors sous les ordres du gouverneurs de Germanie, Publius Quinctilius Varus. À la suite de cette défaite humiliante – après laquelle Varus est tombé sur sa propre épée – les Romains se sont retirés du Rhin, et n’ont pas tenté de nouvelles invasions. La postérité d’Arminus a toutefois été entachée après la 2ème guerre mondiale, car ses exploits ont été utilisés par les Nazis comme exemple de nationalisme allemand.

BOADICÉE (BOUDICA)

Comme d’autres femmes de clans celtiques, Boadicée a pu profiter d’une grande liberté contrairement à de nombreuses femmes de l’Antiquité et a même été entraînée au combat et aux maniement des armes avec les hommes de sa tribu. Lorsque son mari, le roi Prasutagos du peuple des Iceni (habitant le Norfolk dans l’Angleterre d’aujourd’hui) est décédé sans héritier mâle en l’an 60, les Romains ont saisi l’opportunité d’annexer son royaume à l’Empire, fouettant Boadicée publiquement et violant deux de ses filles. Alors que le gouverneur Gaius Suetonius Paulinus était absent de la région, la reine se rebella et mena ses troupes et celles d’autres tribus à la victoire contre la 9ème légion romaine. Si on en croit l’historien romain Tacite, les forces de Boadicée ont massacré plus de 70 000 Romains et pro-Romains. Au retour de Paulinus toutefois, les forces romaines gagnèrent une victoire décisive qui força, selon toute vraisemblance, Boadicée à se suicider par empoisonnement.

GENSÉRIC

Dès qu’il prit la tête du pouvoir chez les Vandales en 428, Genséric mena plus de 80 000 hommes de son peuple en Afrique du Nord, où il fonda un royaume qui allait contrôler la Mer Méditerranée pour au moins un siècle. Après l’assassinat de l’empereur Valentinien III, annulant un traité qui promettait en mariage la fille de l’empereur, Eudocia, au fils de Genséric, les Vandales marchèrent sur Rome en 455. Prenant conscience de l’insuffisance de leurs défenses, les Romains envoyèrent le pape Léon 1er plaider leur faveur auprès de Genséric. Grâce aux efforts diplomatiques du Pape, les Vandales acceptèrent de ne pas brûler la ville, ni de massacrer ses habitants en échange d’un droit d’entrée libre dans la ville. Genséric retourna quant à lui en Afrique du Nord, où il parvint à neutraliser deux attaques romaines (en 461 et 468) et poursuivit l’expansion de son royaume vers l’Égypte et l’Anatolie. Il est décédé en 478 de causes naturelles, jamais vaincu sur le champ de bataille.

ODOACRE

La plupart des historiens considèrent qu’Odoacre, le premier roi barbare d’Italie, était le fils d’un proche conseiller d’Attila le Hun. En 476, après avoir été un soldat dans l’armée romaine en Italie, Odoacre mena une rébellion contre Oreste, un général romain qui avait détrôné l’empereur de l’Empire romain d’Occident, Julius Nepos et son fils adolescent Romulus Augustule, se déclarant lui-même empereur. Les troupes d’Odoacre capturèrent et exécutèrent Oreste et envoyèrent le jeune Romulus Augustule, le dernier empereur de l’Empire romain d’Occident, en exil. Bien qu’il ait reconnu l’autorité de l’empereur romain d’Orient, il ne restitua pas d’empereur en Occident, se couronnant plutôt roi. Il semble avoir été un monarque tolérant, permettant la pratique du catholicisme, malgré sa propre foi arienne. Son règne se termina lorsque le chef des Ostrogoths, Théodoric, parvint à envahir l’Italie en 489, forçant éventuellement Odoacre à signer un accord de cogestion de la ville de Ravenne, avant d’être tué par Théodoric avec les membres de sa famille et ses partisans. 

CLOVIS

Clovis 1er a été le premier souverain de la dynastie des Mérovingiens, qui dirigea la Gaule et la Germanie entre 500 et 750 de notre ère. Il est considéré comme le fondateur de la France. Fils d’un roi païen de Germanie, dont la tribu est connue sous le nom des Francs Saliens, Clovis prit le trône en 481, alors qu’il n’avait que 15 ans. Après la défaite du dernier gouverneur romain de la Gaule à la baille de Soissons en 486, Clovis mit en place un royaume unifié de plusieurs populations liées aux Francs, habitant la rive ouest du Rhin jusqu’à l’océan atlantique. Clovis est reconnu comme un souverain s’étant converti au catholicisme et son royaume a mélangé les traditions romaines et germaniques. Son règne fut aussi marqué par une rivalité constante avec le jeune roi des Wisigoths, Alaric II, mais Clovis parvint à le vaincre en 507 près de Poitiers. Du siège central de son royaume à Paris, Clovis essaya d’agrandir les frontières le plus loin possible, mais vit ses efforts anéantis par le puissant roi des Ostrogoths, Théodoric. Il est mort vers 511 et ses descendants mérovingiens comme Charlemagne régnèrent sur la France pendant plus de 200 ans.

THÉODORIC

Enfant, Théodoric a été envoyé à Constantinople comme otage du l’Empire romain d’Occident, dans le but d’assurer la collaboration de son père, le chef ostrogoth Thiudimir, avec un traité de paix romano-gothique. Même s’il n’a jamais appris à lire ou écrire, il a adopté plusieurs aspects de la culture romaine. En 488, il parvint à envahir l’Italie, conquérant presque la totalité de la péninsule et de la Sicile en 493, après avoir manipulé et assassiné son rival, Odoacre. Il souhaita voir la paix régner en Italie et  parvint pendant près de 33 ans au pouvoir. Il publia de nombreux édits pour s’assurer d’une justice égale entre Romains et Goths et insista pour que les deux peuples vivent en harmonie. En ce sens, il s’éloigne de l’image stéréotypée du roi barbare, lui qui portait le pourpre des empereurs romains et cherchait à vivre leur idéal de vie dite civilisée. Après sa mort en 526, on se souvint de lui comme étant Théodoric le Grand, pour sa gestion pacifique de l’Italie après la chute de l’Empire romain d’Occident.

PAR EVELYNE FERRON

http://www.historiatv.com

Le Saviez-Vous ► Attila le Hun : Barbare célèbre


Autrefois, barbare n’avait pas tout à fait la même signification qu’aujourd’hui. C’était des gens différents, ayant d’autres coutumes et vivaient autrement et sans vraiment d’éducation. Mais, les mots évoluent et les définitions aussi. Attila fut un des pires barbares que la terre à portée.
Nuage

 

Attila le Hun : Barbare célèbre

Attila, imaginé par Eugène Delacroix

vers 1847

(Source)

D’où vient le mot barbare?

Le Galate mourant

IIIème siècle av. J.-C.(Source)

Si aujourd’hui le mot barbare a une connotation péjorative, ce n’était pas nécessairement le cas dans l’Antiquité, surtout pour les Grecs. En effet, le mot grec « barbaros » signifiait simplement quelqu’un qui n’était pas Grec, donc qui ne parlait pas leur langue, ne vénérait pas les mêmes dieux et n’avait pas les mêmes coutumes. En ce sens, tant les Égyptiens que les Perses et les Romains étaient considérés comme des barbares de leur point de vue.

Possible monnaie de Vercingétorix

48 av. J.-C.(Source)

Les Romains utilisèrent le terme comme une attaque, considérant comme barbare non seulement des gens qui n’étaient pas Romains ou du moins favorables à la culture romaine, mais aussi toute population qui n’était pas à leurs yeux civilisée. Pour être civilisés, les Romains considéraient que vous deviez avoir des centres urbains avec des services comme des marchés et bâtiments publics, que vous deviez tenir des formes d’élections et apprécier entre autres l’art, notamment la sculpture gréco-romaine. Parce qu’ils vivaient en clans, avec des chefs, ne se battaient pas de la même façon que les Grecs et les Romains, vivaient dans des villages, portaient la barbe longue et parfois des vêtements faits de peaux animales, des peuples comme les Gaulois, les Germains, les Thraces, les Goths ou les Huns furent considérés comme des barbares.

Attila, le « fléau de Dieu »:

Représentation de 1493

(Source)

Parmi les barbares les plus célèbres de l’Histoire, le roi des Huns, Attila, arrive souvent en tête de liste! Nous croyons qu’il est né vers l’an 395 et d’après un témoignage citant une possible source de l’époque de ce roi,  nous croyons qu’il était de type mongol, de petite taille et assez austère. Il a succédé à son oncle vers 434 et fut déjà à la tête d’un grand empire. De leur lieu d’origine près de la Volga, l’Empire des Huns en vint à couvrir un territoire qui partait de la mer Caspienne et allait jusqu’aux Alpes!

Un aperçu de la Volga

(Source)

Attila a marqué l’imaginaire en envahissant deux fois les territoires de l’Empire romain d’Orient, qui avait pour capitale Constantinople et qui fut atteinte par ses troupes en 443, sans qu’il ne parvienne à la conquérir toutefois. Un choc néanmoins pour l’empereur! Il parvint ensuite à s’emparer d’une partie des Balkans et même d’une partie de la Grèce! Ses tactiques militaires considérées comme violentes et ses traités de paix très onéreux lui ont rapidement valu une réputation de « fléau de Dieu ».

Il parvint ensuite en Gaule en 451 et atteignit même Paris, soumise dès lors à un siège, mais qui fut finalement épargnée. C’est en retournant en Champagne qu’Attila fut vaincu, lors d’une bataille appelée celle des champs Catalauniques. Il profita de cette défaite pour partir alors à la conquête de l’Italie du Nord en 452 où il se vengea en saccageant des villes comme Aquilée, Milan et même Padoue. Cette arrivée en Italie mit un nouvel ennemi sur son chemin, le Pape Léon 1er.

Léon 1er et Attila par Raphael

(Source)

C’est alors qu’il planifiait une nouvelle attaque contre l’Orient après son retour d’Italie qu’Attila mourut, vers l’an 453, de ce que l’on croit être une hémorragie.  Il serait mort lors du banquet donné pour ses noces.

La légende veut qu’il ait été enterré en secret, afin qu’on ne retrouve jamais sa sépulture, dont le lieu demeure toujours un mystère aujourd’hui. Même les esclaves ayant creusé la tombe auraient été… égorgés.

Evelyne Ferron, Spécialiste en histoire ancienne

http://www.historiatv.com

Découverte de la plus vieille taverne de France


L’alcool, les beuveries, ne datent pas d’hier. Quelque part en France des vestiges d’un établissement comparable à un bar avant notre ère, a été mise à jour
Nuage

 

Découverte de la plus vieille taverne de France

 

Vestiges d'une ancienne taverne découverte sur l'antique site de Lattara, datée du 2e siècle avant notre ère. Les trois cercles rouges sont des restes de four. CREDIT: Fouilles de Lattes - CNRS

Vestiges d’une ancienne taverne découverte sur l’antique site de Lattara, datée du 2e siècle avant notre ère. Les trois cercles rouges sont des restes de four. CREDIT: Fouilles de Lattes – CNRS

Par Bernadette Arnaud

Au sud de Montpellier, les vestiges d’une taverne datant du 2e siècle avant notre ère a été mise au jour. Une innovation importée de Rome dans un monde gaulois en pleine mutation.

 

TAVERNE. Ah, ces Gaulois! Toujours prompts à lever le coude ! On connaissait depuis longtemps leur goût pour les grands banquets, mais on ne savait pas vraiment depuis quand les Gallis’étaient mis à fréquenter des tavernes, ni où ces établissements étaient apparus. Voici qui est chose faite ! La première tabernae jamais trouvée en France vient d’être découverte dans la région de Lattara, près de Lattes dans l’Hérault. Et elle a 2100 ans ! A 5 km au sud de Montpellier, Lattara est une antique cité portuaire située dans la province très tôt romanisée de la Narbonnaise. C’est à l’intérieur des remparts de la ville, dans des niveaux datés du 2e siècle avant notre ère, qu’ont été mis au jour les vestiges de ce premier « café du commerce ». Il est composé de deux corps de bâtiments, dans lesquels trônaient trois fours en terre cuite, ainsi que des supports de meules.

« Nous pensions avoir découvert une boulangerie! », explique Gaël Piques, (CNRS, Archéologie des Sociétés Méditerranéennes) dans un récent article publié avec Benjamin Luley (Gettysburg College) dans la revue Antiquity.

Une grande banquette en fer à cheval

Mais très vite, les restes d’une salle à manger dotée d’une grande banquette en fer à cheval, avec un foyer central sont dégagés. Puis une fosse emplie de déchets alimentaires et de reliquats de pièces de boucherie: des scapula de bœufs, des jarrets de moutons…

« Des quantités trop importantes pour correspondre à une consommation privée », poursuit l’archéologue.

Des débris de vases à boire, des plats, quelques fragments d’amphores ainsi que des pièces de monnaies marseillaises complètent le tableau.

« Nous venions de découvrir une taverne ! », s’enthousiasme Gaël Piques.

Le concept de ce nouveau type d’établissement jusqu’alors inconnu en Gaule romaine a peut-être été apporté à Lattara dans les paquetages des légions de Rome. Dans ce monde gaulois en pleine romanisation, la cité, en bordure de lagune, était en effet un port commercial où s’échangeaient des biens avec l’Italie mais aussi l’Espagne et la Grèce. Vin, huile, sauces de poisson – le célèbre garum – transitaient par ses quais. En 2013, l’analyse de contenus d’amphores étrusques et la découverte de presse à raisins sur ce même site avaient déjà constitué la première preuve de viticulture en France, montrant que la production de vin dans cette région du Languedoc-Roussillon avait débuté dans la région dès 500 avant Jésus-Christ. Que la première taverne soit retrouvée trois siècles plus tard sur le plus ancien site de production de vin de France ne manque pas de piquant.

Qui étaient les Gaulois?

Dans l’Antiquité, les Grecs appelaient Celtes toutes les populations qui occupaient l’espace celtique, alors que les Romains, eux, les dénommentGalli (Gaulois). Jusqu’à la conquête de César, entre 58 et 51 avant notre ère, la « Gaule » est un espace morcelé en une série de territoires sans unités, dominés par des peuples souvent en conflits. Mais des zones en bordure de Méditerranée sont déjà sous domination romaine depuis le 2e siècle avant notre ère. C’est le cas de la Narbonnaise.

http://www.sciencesetavenir.fr/

Les Gaulois, amateurs de boomerang


Les archéologues semblent avoir trouvé un site vraiment intéressant a étudier. Et pour ceux qui pensent que les boomerangs sont d’origine Australienne, l’histoire prouve que bien des peuples ont utilisé cet outil. Celui des Gaulois était particulier, par sa forme, et quelques petits détails, mais, il semble qu’il servait pour la chasse
Nuage

Les Gaulois, amateurs de boomerang

Le « bâton de jet » gaulois découvert sur le site d’Urville-Nacqueville – Cyril Damourette

Des archéologues français ont découvert le premier boomerang gaulois. Il se trouvait dans l’un des principaux ports d’embarquements pour l’Angleterre à l’époque, jusqu’ici inconnu.

On ne sait si les vacanciers qui arpentent aujourd’hui les plages du Cotentin, chères à Boris Vian, sont adeptes du freesbee et d’autres objets volants. Mais il y a plus de deux mille ans, on pouvait probablement y apercevoir d’adroits Gaulois chassant les mouettes au boomerang. C’est ce que vient de montrer une découverte réalisée précisément sous l’une de ces plages, celle d’Urville-Nacqueville près de la Hague. Constamment trempé d’eau salée, le site a l’immense avantage de conserver la matière organique, et en particulier le bois, matériau de choix des Gaulois. Et c’est ainsi, dans un ancien fossé, qu’une équipe d’archéologues français a découvert le seul boomerang gaulois connu à ce jour. Il date de 120 à 80 ans av. J.-C., soit une trentaine d’années avant la conquête de la Gaule.

Face à ce morceau de bois plat et légèrement cintré, impossible de ne pas penser à un boomerang. Un objet volant, en tout cas. Et c’est ce que vont confirmer les analyses par la suite. Appelé en renfort, un spécialiste des boomerangs, Luc Bordes, du CNRS, l’examine attentivement.

Il constate que le fabricant du boomerang savait manifestement ce qu’il faisait. Il a choisi un bois léger, probablement du pommier ou du poirier. C’est toujours celui souvent employé par les fabricants des boomerangs actuels en Europe. Leur prédécesseur gaulois a sélectionné une branche courbe et y a taillé l’objet. Il en a sans doute soigneusement choisi les dimensions, d’un cinquantaine de centimètres de large et un peu moins d’un centimètre d’épaisseur. Elles offrent en effet une très grande stabilité en vol. Il en a méticuleusement poli les pales. Et profilé les bords : comme pour un avion, il s’agit d’un ingrédient important pour que le boomerang s’élève. Et le bout des pales est relevé, un paramètre essentiel pour atteindre des altitudes importantes.

La question que se posent alors les archéologues est : est-ce vraiment un boomerang ? Est-il susceptible de revenir dans la main de celui qui l’a lancé ? L’équipe décide d’en réaliser une réplique avec les outils d’époque, pour faire des tests.

Réponse : ce n’est pas à proprement parler à un boomerang. Car il n’est pas destiné à revenir dans la main du lanceur. Exit, donc, les jeux d’adresse auxquels se livraient certains aborigènes australiens du XIXe siècle. La majorité des bâtons de ce type, retrouvés par les archéologues ou décrits par les ethnologues, vont à peu près droit au but, sans demi-tour. Ce sont des armes de chasse.

Mais alors, que chassaient les Gaulois ? Lapin, lièvre, petit gibier ? Peu probable, car les bâtons nécessaires sont en général plus épais, plus grands et plus lourds. Il est plus vraisemblable que le bâton d’Urville, comme c’est le plus fréquent, serve à chasser les oiseaux. Soit pour les rabattre vers un filet. Soit en les atteignant directement. En général, les chasseurs visent un groupe d’oiseaux, prenant son envol ou déjà dans les airs. Ceux-ci sont fréquents dans les marais qui bordent alors le site d’Urville-Nacqueville. Et de nombreux ossements retrouvés lors des fouilles attestent que ces Gaulois ne dédaignaient pas les oiseaux : Fous de Bassan, goéland marin, bernache (genre d’oie), fuligule (canard plongeur), Guillemot de Troï Bref, les archéologues ont sans doute retrouvé un exemplaire de la mystérieuse arme de jet en bois que les Gaulois utilisaient pour chasser les oiseaux, et que mentionnera le géographe grec Strabon quelques décennies plus tard.

(plus d’informations sur le boomerang gaulois voir  plus bas)

Un port vers l’Angleterre

Petit plaisir de fouilles, le boomerang n’est pas cependant ce qui intéresse le plus l’équipe. L’important, c’est que ce site était une sorte d’ancêtre du tunnel sous la Manche.

Car jusqu’ici, « nous ne savions pas vraiment quelles relations entretenaient les Gaulois du continent avec leurs voisins de la future Grande-Bretagne », explique le responsable des fouilles, Anthony Lefort, de l’université de Bourgogne et du CNRS.

Faute de sites archéologiques, en particulier. Dans la région de Calais, personne ne sait, par exemple, où est Portus Itius, le port d’où s’embarqua César pour ses expéditions peu probantes vers la Grande-Bretagne. Sur la Manche, il y a bien un probable port identifié près de Saint-Malo, avec des indices de commerce transmanche. Mais les archéologues n’avaient pu fouiller qu’une toute petite partie du site pour cette période. Sinon, rien.

Ici, à Urville, les archéologues pensent avoir trouvé, enfin, un port important. D’abord, il y a tous ces bracelets en schiste noir. Matériau brut, ébauche, produit fini : toutes les étapes de la fabrication sont représentées sur le site. Les vestiges d’un atelier de confection, donc. Or ce schiste vient vraisemblablement de la région d’en face, le Dorset, en Angleterre à une centaine de kilomètres seulement. Et c’est précisément là que des archéologues britanniques ont découvert dans les années 1970 un grand port de la même époque, à Hengistbury Head.

En outre, il y a des indices très nets qu’Urville-Nacqueville accueillait des immigrés d’Angleterre. D’abord que certains adultes y sont inhumés en position fœtale comme dans le Dorset, alors qu’ils étaient généralement incinérés dans cette partie de la Gaule. Ensuite, parce que certaines des maisons y sont rondes, comme dans le Dorset, alors qu’elles sont rectangulaires chez les Gaulois de Normandie.

Enfin, ce n’est pas un site ordinaire. Parce que visiblement, pas mal d’argent y transite. Les archéologues ont en effet trouvé huit pièces en or, des statères. Anecdotique ? Non, car il ne s’agit pas, comme souvent, d’un trésor caché en attendant des jours meilleurs. Ici ce sont les pièces tombées des poches ou des bourses des passants gaulois, en seulement quelques décennies. Or en général, les Gaulois les plus riches sont des chefs, des aristocrates. Ils vivent dans des oppida, site de hauteur fortifiés. À Urville, il n’y a rien de tout cela. Il n’y a pas d’enceinte, et les défunts du cimetière semblent être de simples quidams.

En outre, les archéologues y ont trouvé un ensemble d’objets et de matières plutôt exotiques dans la région : ambre de la Baltique, perles de corail, lampes à huile méditerranéennes, dés à jouer. Ainsi que du vin. Or à l’époque, en Normandie, on paraît se ficher du vin comme de son dernier calva. Les tessons sont rarissimes. Ici, il y en a, et les Gaulois d’Urville semblent l’avoir utilisé comme offrande sur leurs bûchers funéraires.

Riches, joueurs, buveurs de vins italiens : le commerce transmanche à l’époque semble juteux pour les habitants d’Urville. Grâce aux taxes sans doute, sur les marchandises, comme le suggère un passage de la Guerre des Gaules.

Nicolas Constans

Note :

  • Le boomerang d’Urville fait à peu près 150 grammes et atteint souvent une cinquantaine de mètres.
  • Les fouilles se font seulement pendant les grandes marées. Car ce sont les seules périodes qui laissent aux archéologues à peu près vingt jours de travail continu.
  • Un article scientifique sur le boomerang, auquel ont également collaboré François Blondel et Patrice Méniel, est en train d’être soumis à la revue Gallia. Concernant le site, d’autres publications sont disponibles là.
  • Le boomerang n’est pas une exclusivité australienne, loin de là. Dans l’histoire, de nombreuses populations ont utilisé des boomerangs et autres bâtons de jet. Ou en tout cas il s’agit de l’utilisation la plus vraisemblable d’objets retrouvés par des archéologues, souvent confirmée par des tests. Le plus ancien objet de ce type date de 23 000 ans et a été découvert dans une grotte à la frontière slovaquo-polonaise. Il y en a deux de la même période que celui d’Urville mais ils sont quelques siècles plus anciens, venant d’Allemagne et des Pays-Bas. Mais la découverte la plus exceptionnelle est sans doute la vingtaine de boomerangs luxueux retrouvés dans la tombe de Toutankhamon. Des peintures égyptiennes décrivent assez clairement une chasse aux oiseaux en Égypte, où un officiel debout sur sa barque, aidé de servantes et de rabatteurs, entreprend de chasser des oiseaux avec cette arme.
  • Ce boomerang gaulois possède une particularité curieuse : il est recouvert cinq lamelles de fer, régulièrement espacées. Les tests n’ont pas permis de trancher. S’agissait de lester le boomerang, pour rendre sa trajectoire plus droite ? Ou le cuirasser un peu, pour amoindrir les chocs ? Quelques indices de réparations le suggèrent.
  • Pour le boomerang d’Urville et la plupart des exemplaires historiques, l’état du bois ne permet pas de mesurer un réglage important: une légère torsion des pales, qui lui permet de mieux planer et d’avoir une trajectoire plus stable. Les Gaulois l’obtenaient sans doute en ramollissant le bois à chaud (vapeur, trempage). Les chercheurs ont effectué ce réglage empiriquement.
  • Le bâton d’Urville ne revient pas dans la main du lanceur. En revanche, les tests ont montré qu’il amorce une légère boucle. Ce qui lui procure deux petits avantages. Celle de « ratisser » en quelque sorte la zone où se trouve sa cible. Mais surtout celle de retomber à plat, d’où un risque moindre de se casser.

http://archeo.blog.lemonde.fr

En Alsace, des archéologues sur les traces des barbares


Le site d’Obernai en Gaule dévoile l’Histoire des faits pendant plus de 6 000 ans. Mais dernièrement, une découverte de crâne allongée est venue mettre un peu de piquant sur l’histoire de ces ancêtres qui auraient été invités par les Romains de l’époque
Nuage

 

En Alsace, des archéologues sur les traces des barbares

 

Le squelette d’un préadolescent au crâne déformé, signe de son appartenance à un statut social supérieur, a été mis au jour dans une nécropole à côté d’Obernai.

Crédits photo : Denis Gliksman, Inrap

Étrangement allongé, le crâne a des airs d’Alien. Mais Obernai, connu pour ses bons vins et ses belles demeures alsaciennes, n’est pas Hollywood et l’actrice Sigourney Weaver n’y a pas encore mis les pieds. La vedette du jour est bien venue d’ailleurs, mais elle est morte il y a plus de quinze siècles. Le squelette de cet enfant de 12 ans a été retrouvé parmi dix-sept autres sépultures datées du Ve siècle de notre ère par les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

C’est la première fois qu’une nécropole complète de cette époque, celle des invasions barbares et de la désagrégation de l’Empire romain, est mise au jour en Alsace. Avec un lot d’indices qui ont permis aux scientifiques de remonter la piste de ces mystérieux défunts. Première indication de taille: ces crânes incroyablement déformés retrouvés sur deux squelettes, une femme et un préadolescent. On en connaît quelques dizaines seulement en Europe. Pour les spécialistes de l’Inrap, cette déformation crânienne, que l’on retrouve aussi chez les pré-Incas d’Amérique du Sud, est la «signature» d’une population barbare.

Les Huns, et avec eux d’autres peuples orientaux comme les Sarmates ou les Alains, tout droit venus du Caucase, ont introduit cette pratique en Occident, vite copiée par les peuples germaniques (Burgondes, Francs et autres Alamans). L’objectif: se distinguer du commun des mortels et manifester ainsi un statut social supérieur.

Des auxiliaires invités par les Romains plutôt que des envahisseurs

Dès leur plus jeune âge, des petits «nobles» barbares, a priori de sexe féminin, voyaient ainsi leur crâne enserré dans des planchettes ou des liens, et ce jusqu’à l’adolescence. Une erreur dans la manipulation pouvait entraîner la mort ou des dégâts irréparables, ce qui, si l’on se souvient de l’importance sociale des enfants en question, suppose que les manipulateurs étaient versés dans la science du développement crânien et brillaient par leur dextérité. La découverte d’un crâne adulte trépané, et parfaitement cicatrisé, indiquant que le «patient» a survécu, témoigne de cette agilité. Une fois définitive, la déformation ne semble pas avoir eu de conséquences neurologiques majeures. Le résultat était sans doute saisissant: un front immense prolongé par une sorte de coiffe naturelle recouverte par la chevelure.

Un peigne triangulaire et son étui en bois de cerf, typique de Germanie et du nord de la Gaule.

Un peinge triangulaire et son étui en bois de cerf, typique de Germanieet du nord de la Gaule
Crédits photo : Denis Gliksman, Inrap

La fouille, ayant mobilisé dix personnes pendant sept mois dans le cadre de l’aménagement d’un parc d’activités économiques, avait encore un secret à livrer: l’origine de ces mystérieux barbares.

Madeleine Châtelet, spécialiste du haut Moyen Âge à l’Inrap, explique que, outre les déformations crâniennes, les objets retrouvés dans les tombes, notamment des épingles en or et un miroir typique des peuples des steppes, «traduisent des influences culturelles nomades».

Les inconnus d’Obernai feraient donc partie de ces hordes hunniques ayant déferlé en Gaule à l’aube des années 400. Avant de s’y installer confortablement puisque la nécropole d’Obernai n’est pas un cimetière de guerriers morts au combat mais témoigne, par son organisation, d’une population stable implantée sur place.

Ironie de l’histoire, ces nomades orientaux étaient peut-être non des envahisseurs mais plutôt… des auxiliaires «invités» par les Romains pour les défendre contre d’autres barbares. Une pratique courante en ce siècle troublé qui court d’une grande invasion de la Gaule en 406 au baptême de Clovis (496-498) en passant par la défaite d’Attila (451) et la chute de l’Empire romain d’Occident (476).

Une chose est certaine: les barbares d’Obernai avaient opté pour de bonnes terres. La fouille a en effet montré que cette zone riche en lœss, sédiment fertile, avait attiré d’autres hommes avant eux. Une nécropole du néolithique et une ferme gauloise ont notamment été retrouvées. Le site d’Obernai a en fait été occupé pendant plus de 6000 ans avant d’accueillir un beau jour ces étranges inconnus aux crânes allongés.

http://www.lefigaro.fr