Le Saviez-vous ► 6 des épidémies les plus étonnantes, ça change de la grippe


On surveille les épidémies de grippe ou toutes maladies pouvant se propager pour créer une pandémie. Mais, dans le passé, il y a eu des épidémies bizarres, provoquées peut-être par l’ignorance, l’hystérie collective, mais on quand même pu faire quelques dégâts
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6 des épidémies les plus étonnantes, ça change de la grippe

 

Alors que la grippe et la gastro ravagent le pays, on s’est dit que toutes ces maladies à la con commençaient à nous fatiguer un peu. Où est la folie ? Où est la fantaisie ?

Si vous aussi vous en avez marre de H1N1, ce top devrait vous plaire. On est allé fouiller un peu les archives d’Internet à la recherche des épidémies étranges, inexpliquées, des hystéries collectives aux symptômes bizarres, et on vous a ressorti 6 cas très, très particuliers. Danse, fou-rire, évanouissement, vous allez être servi. Désinfectez-vous les mains, mettez votre petit masque, ce top est contagieux.

  1. Épidémie dansante – 1518

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    Crédits photo (creative commons) : Hendrik Hondius

    L’épidémie la plus cool de ce classement est une épidémie…de danse. En juillet 1518 à Strasbourg, une femme nommée Frau Troffea se mit à danser seule au milieu de la rue. Un mois après, ils étaient 400 à faire de même, sans trop savoir pourquoi, et sans jamais s’arrêter. Certains décédèrent d’épuisement, d’autres de crises cardiaques ou d’accidents vasculaires cérébraux, bref, ça dansait sec. L’épidémie s’estompa doucement sans que personne ne comprenne vraiment ce qui s’était passé. Le Harlem Shake n’a finalement pas inventé grand chose.

    (voir Le Saviez-Vous ► 1518, STRASBOURG ENTRE DANS LA DANSE…)

  • Épidémie de fou rire de Tanganyika – 1962

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    Un peu plus sympa qu’une épidémie de peste noire, une épidémie de fou-rire. C’est ce qui est arrivé dans le village de Kashasha en Tanzanie quand, en 1962, 3 jeunes filles ont commencé à rire, très vite suivies par toute leur classe. Le fou-rire s’est répandu dans toute l’école et certaines jeunes filles ont ri pendant plus de 2 semaines, forçant l’école à fermer. Les médecins ont qualifié cette crise de « maladie psychogène de masse », d’autant qu’après la fermeture du pensionnat, le rire s’est propagé dans plusieurs villages alentour, touchant plus de 1000 personnes sur une période de 18 mois.

  • Épidémie d’évanouissement en Cisjordanie – 1983

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    Comme c’est souvent le cas lors d’épidémie générée par des hystéries collectives, les femmes sont les premières voire les seules victimes. Ce fut le cas en mars 1983 en Cisjordanie quand de nombreuses adolescentes palestiniennes commencèrent à se plaindre de vertiges et d’évanouissements, de même qu’un petit nombre de soldates israéliennes. Au total, l’épidémie va générer 943 hospitalisations sans que personne ne comprenne ce qui se passe vraiment. Avant que les médecins ne concluent à un phénomène psychologique, Israël a arrêté des Palestiniens, pensant à une attaque terroriste aux armes chimiques. Cette paranoïa nourrie par les 2 camps n’a fait qu’empirer la propagation de la panique fonctionnant exactement comme l’épidémie de fou-rire de Tanganyika. Les hommes sont zinzins.

  • Le virus « des fraises au sucre » – 2006

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    Aussi appelé « Virus du Soap Opera », le virus des « Morangos com Açúcar » en portugais est une épidémie très particulière puisqu’elle trouve son origine dans une série TV du même nom. Dans un des épisodes, des adolescentes sont victimes d’un virus incluant problèmes respiratoires, démangeaisons et vertiges. En une semaine, les symptômes télévisés se sont retrouvés chez 300 lycéennes dans 14 établissements différents. Si quelques étudiants souffraient d’allergies réelles, tous les autres n’ont fait qu’imiter inconsciemment le virus. Vu à la TV.

  • Épidémie des pare-brise de Seattle – 1954

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    Si on quitte ici les symptômes physiques, l’épidémie des pare-brise de Seattle est pourtant bien une hystérie collective. Le 15 avril 1954, des automobilistes de l’état de Washington commencèrent à constater des dizaines de petits trous dans leur pare-brise. Très vite, la presse relaie l’affaire et les témoignages se multiplient, la police reçoit près de 3000 coups de téléphone. On blâme les pluies acides, les essais nucléaires, des particules de charbon, des sondes sonores supersoniques et même des gremlins. Tout ce boucan pour que des scientifiques affirment quelques jours plus tard l’horrible vérité : il ne s’agit que d’impacts liés à du gravier ou à l’usure, qu’ils avaient toujours été là sauf que personne ne les remarquait, et que les habitants de Seattle se sont montés bourrichon pour rien. Un vaste cas d’illusion et d’hystérie collective. Zinzin on vous dit.

  • Épidémie d’encéphalite léthargique

    Cette épidémie d’encéphalites très rares aussi appelée « maladie du sommeil européenne » et ayant touché le monde pour la dernière fois entre 1915 et 1926 serait similaire à celle ayant mené à l’hystérie collective et aux procès de sorcières à Salem en 1692. Ces encéphalites laissent en effet les patients figés, privés de parole et de mouvements, telles des statues, ce qui, en 1692, passait sûrement pour les effets de la magie noire. Du coup, au bûcher.

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Le Saviez-Vous ► 1518, STRASBOURG ENTRE DANS LA DANSE…


Une très curieuse épidémie a sévi en 1815. Une danse, les gens semblaient danser jusqu’à épuisement. Certains sont même morts. Les causes semblent obscures et encore aujourd’hui, il semble que personne ne peut donner une explication logique a cette épidémie a Strasbourg
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1518, STRASBOURG ENTRE DANS LA DANSE…

Ni une fable, ni une légende. Mais un fait historique, documenté et avéré. Durant l’été 1518, une épidémie de danse frappe Strasbourg : pendant des jours, des centaines de quidams se mettent à remuer du popotin, certains jusqu’à la mort. Un phénomène mystérieux, qui reste encore largement inexpliqué.

14 juillet 1518, Strasbourg. Dame Troffea danse frénétiquement dans les rues de la ville. Secouée de convulsions, elle s’agite en rythme, et rien ne semble pouvoir l’apaiser. Au bout de plusieurs heures de danse endiablée, elle s’écroule à bout de force dans les bras de son mari consterné. Le lendemain, dès son réveil, Frau1Troffea reprend sa danse furieuse, sous le regard amusé des passants. Au bout du second jour, ses pieds abimés saignent, et la fatigue rend ses mouvements extrêmement violents et désordonnés. Le troisième jour, le bruit s’est répandu : la danse de Frau Troffea attire une foule nombreuse. Suivant l’impulsion, quelques badauds entrent en transe, accompagnant la danseuse. Au fil des jours, l’épidémie se propage : de trente danseurs convulsionnaires fin juillet, on passe à une centaine au début du mois d’août. Un mois plus tard, près de 400 personnes sont touchées par cette « manie dansante 2 » !

Le spectacle donné quotidiennement par ces danseurs frénétiques est proprement terrifiant. Les traits du visage crispés, ils crient de douleur et appellent à l’aide, mais semblent incapables de cesser de danser. Même ceux qui, épuisés, sont tombés à terre, continuent de se tortiller sans fin. Les chairs meurtries des pieds des danseurs saignent abondamment et dévoilent parfois les tendons et les articulations. Dès la première semaine du phénomène, on compte déjà des morts, emportés par une fatigue excessive ou par un arrêt cardiaque. Au plus fort de l’épidémie, au mois d’août, un chroniqueur parle de quinze morts par jour3, sans préciser toutefois si Frau Troffea fait partie des victimes.JPEG - 131.5 ko

 

Pieter Breughel, « Pèlerinage des épileptiques à Molenbeek-Saint-Jean » (1564)

Dès les premiers décès, les autorités strasbourgeoises font appel aux meilleurs médecins de la ville afin de découvrir les causes de la « manie dansante » et d’y trouver un remède. Après avoir écarté une origine astrologique du phénomène (mauvais alignement des planètes), les savants préfèrent en revenir à la médecine d’Hippocrate et de Claude Galien, et attribuer la frénésie des danseurs à un excès de « sang chaud ». Selon eux, le seul moyen de conjurer la malédiction serait de s’assurer que les personnes atteintes continuent de danser.

Respectant les prescriptions des médecins, le Conseil de la ville ordonne qu’on libère la Halle aux tanneurs et la Halle aux charpentiers, afin que les danseurs jouissent de suffisamment d’espace. Avec l’afflux de nouvelles victimes, la place venant à manquer, plusieurs estrades sont érigées dans la ville. Les bourgmestres engagent des joueurs de tambour et de viole pour accompagner et encourager les possédés à se défouler jusqu’à l’évanouissement. Enfin, on fournit aux danseurs nourriture et boisson pour qu’ils n’aient aucune raison d’être distraits de leur frénésie. Cette dernière mesure provoque d’ailleurs de nombreuses querelles, car des indigents simulent la folie pour bénéficier de repas gratuits.

Malgré ces mesures, la contagion s’étend. Alors que plusieurs centaines de personnes sont atteintes par la « manie dansante », le Conseil doit admettre l’échec de sa politique. L’hypothèse du « sang chaud » ayant fait long feu, on cherche une nouvelle théorie pouvant expliquer le mal qui touche de plus en plus de Strasbourgeois. Après bien des débats entre érudits, l’épidémie est imputée à saint Guy, personnage ambivalent : capable de soigner, mais aussi de causer des troubles nerveux. Guy aurait ainsi voulu châtier les habitants de Strasbourg en raison de leurs péchés, de leur attachement aux choses matérielles.

Pour apaiser la colère du saint et aider les danseurs à retrouver leur état normal, le Conseil impose alors une période de contrition et de pénitence. Il promulgue un arrêté qui interdit à toute personne de danser jusqu’à la date du 29 septembre (à l’exception des fêtes de mariage, à condition de ne pas utiliser de tambours !) sous peine d’une forte amende de 30 shillings. Il fait aussi fermer les maisons closes et les établissements de jeu. Enfin, des artisans fabriquent un cierge géant à l’effigie de saint Guy, qui sera brûlé lors d’une messe extraordinaire dite en son honneur à la Cathédrale.

Les danseurs en transe, eux, sont installés de force dans des charriots et amenés au bourg de Saverne, à une journée de route de Strasbourg, dans une chapelle troglodyte dédiée au saint guérisseur. Sur place, chacun reçoit une petite croix et des chaussures rouges, bénies au nom de saint Guy. Si le protocole peut sembler étrange, toutes les chroniques s’accordent cependant : le remède s’avère efficace, l’épidémie prend fin suite à cette pénitence.

Cinq cents ans après les faits, les historiens et les médecins n’ont pas trouvé d’explication convaincante à l’épidémie de danse de 1518. Un temps, l’hypothèse d’une contamination à l’ergot du seigle a été privilégiée. L’ergotisme est un empoisonnement causé par l’ingestion d’un champignon qui infecte le seigle, provoquant chez la victime des crises de convulsions et des spasmes douloureux, ainsi que des hallucinations proches de celles suscitées par le LSD 4. Séduisante au premier abord, l’hypothèse ne tient pas : les convulsions engendrées par l’ergotisme ne ressemblent pas à la danse décrite par les chroniques. De plus, ce mal diminue l’afflux sanguin vers les membres, ce qui rendrait biologiquement impossible le fait de danser plusieurs jours d’affilée.

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« La Manie Dansante », selon Hendrick Hondius (1642) – d’après Pieter Brueghel

Dans un récent ouvrage 5 l’historien John Waller avance une autre explication. Selon lui, l’épidémie aurait été causée par une forme de psychose collective, due aux conditions matérielles très difficiles et aux angoisses d’ordre religieux que connaissent alors les Strasbourgeois.

Une conjonction tout à fait spectaculaire d’événements néfastes touche en effet la région au début du XVIe siècle. Les épidémies, d’abord, frappent à nouveau, alors que le pays avait été plutôt épargné depuis la Grande Peste 6. La syphilis, inconnue jusqu’ici, fait son apparition à Strasbourg, apportée par des mercenaires de retour des guerres d’Italie. Vient aussi la terrifiante suette anglaise7 qui touche la ville en 1517, entraînant ses victimes dans la tombe en moins de deux jours. En sus du trouble propagé par ces maladies, le spectre de la famine gagne Strasbourg juste avant la « manie dansante ». De 1515 à 1517, sécheresse, grands froids et inondations s’enchaînent, laissant derrière eux des récoltes calamiteuses. Dernière cause de peur collective, les Turcs, maîtres de Constantinople, étendent leur empire vers le cœur de l’Europe. Toutes les croisades lancées contre eux par les nations chrétiennes ont jusqu’ici échoué, et l’armée ottomane semble plus que jamais invincible.

Cette série funeste entretient un climat de terreur chronique chez les Strasbourgeois et les pousse à croire que Dieu les a abandonnés, les punissant pour leurs péchés. Selon John Waller, c’est donc l’extrême détresse psychologique des habitants qui serait responsable de cette psychose collective, prenant la forme saugrenue d’une épidémie de danse.

La « manie dansante » de 1518 n’est pas un événement isolé : des épisodes semblables ont émaillé l’histoire de la vallée du Rhin et de la Meuse. Des phénomènes similaires, non moins inexplicables, ont aussi été recensés sur d’autres continents et à une autre époque. Comme le ramanenjana, cette danse contagieuse qui a secoué Madagascar en mars 1863. Ou plus récemment en Tanzanie, en 1962, ce fou rire incontrôlable qui s’est propagé dans quatorze écoles de la région de Bukoba, entraînant leur fermeture pendant six mois. Mais la danse initiée par Frau Truffea reste sans doute le plus beau spécimen de transe collective de l’histoire. Et la toute première free party française.

1 Soit « dame » en allemand.

2 À l’époque, les habitants ont appelé l’épidémietanzplage peste dansante ») ou tanzwut danse enragée »). C’est Parcelse, illustre médecin suisse de la Renaissance, qui popularisera le terme de Choreomanie, c’est à dire « manie dansante ».

3 Le chroniqueur en question était le marchand Wilhelm Rem, in Chronica newer geschichte.

4 L’ergotisme pourrait avoir été responsable d’un épisode d’hallucinations de masse à Pont Saint-Esprit en 1951.

5 John Waller, A Time to Dance, a Time to Die : The Extraordinary Story of the Dancing Plague of 1518(Icon Books, 2008).

6 La Grande Peste, ou peste noire, a frappé l’Europe entre 1347 et 1352, faisant environ 25 millions de victimes.

7 Maladie virulente, la suette anglaise a touché l’Angleterre à la fin du XVe siècle, avant de frapper, sous forme d’épidémies récurrentes, le reste de l’Europe au cours de la première moitié du XVIe.

http://www.article11.info