Un raid de fourmis immortalisé dans l’ambre


Les fourmis et termites d’hier et d’aujourd’hui ne semblent pas avoir changé leur mode de vie malgré les millions d’années qui les séparent. Il y a parmi les fourmis celles qui s’adonnent avec d’autres espèces d’insectes et d’autres sont des envahisseurs
Nuage

 

Un raid de fourmis immortalisé dans l’ambre

 

Cette scène de prédation entre fourmis et termites date de plus de dix millions d’années.

Une scène de bataille entre fourmis légionnaires d’une part et termites et fourmis Azteca d’autre part, figée dans l’ambre il y a plus de dix millions d’années, montre que la cohabitation pacifique entre espèces existait déjà à la fin de l’Oligocène

Les Azteca ne gardaient pas toujours bien leurs cités contre les légions étrangères. Un morceau d’ambre jaune issu de la formation de Totolapa atteste que c’était déjà le cas au Mexique au milieu du Miocène (il y a 23 à 5,3 millions d’années).

Cet ambre contenant trois fourmis du genre Azteca, trois termites du genre Nasutitermes et une fourmi légionnaire du genre Neivamyrmex a été découvert dans la formation de Totolapa au Chiapas. À partir des études géologiques et des datations disponibles, notamment de celles de la formation sœur de Simojovel, voisine, les chercheurs estiment qu’il date de la fin de l’Oligocène (33,9 à 23 millions d’années) au milieu du Miocène, et serait dû à plusieurs coulées de sève successives d’un arbre de la famille des légumineuses, Hymenaea mexicana.

La scène saisie dans la sève fossilisée il y a plus de dix millions d’années témoigne probablement de l’attaque par des fourmis légionnaires de la termitière, qui abritait aussi une population d’Azteca sans doute en cohabitation pacifique avec les termites. Dans l’ambre, la fourmi soldat tient en effet dans ses mandibules le corps d’un termite Nasutitermes, et en observant la scène de près, les chercheurs ont constaté que l’abdomen d’un autre termite était lacéré, ce qu’ils ont interprété comme le fait d’autres fourmis soldats.

Aujourd’hui encore, la cohabitation dans une termitière de termites et de certaines autres espèces d’insectes, tout particulièrement de fourmis, est un phénomène fréquent. Certaines termitières accueillent ainsi des douzaines d’espèces étrangères, sans que cela leur soit particulièrement nuisible, ni profitable, si ce n’est qu’elle se repaissent des cadavres des individus d’autres espèces.

On apprend ainsi que l’inquilinisme, c’est-à-dire le fait que certains organismes profitent du corps ou du nid d’autres organismes sans leur nuire (ce qui serait du parasitisme), ni leur profiter (ce qui serait de la symbiose) existait déjà au Miocène au Mexique. Tout comme la prédation guerrière des fourmis légionnaires.

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