Des scientifiques parviennent à éradiquer une population entière de moustiques


Éradiquer les moustiques, le rêve probablement de plusieurs. Bien que cela soit fait en laboratoire, il est moins certain que cela soit la meilleure solution pour éviter des maladies comme le paludisme transmit par les moustiques. S’ils n’y a  plus de moustique comme vecteur, la nature trouvera sûrement un remplaçant
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Des scientifiques parviennent à éradiquer une population entière de moustiques

 

Un Anopheles gambiae, le moustique qui propage le paludisme | Dr Williams Collins/CDC via Public Health Image Library CC License by

Un Anopheles gambiae, le moustique qui propage le paludisme | Dr Williams Collins/CDC via Public Health Image Library CC License by

sur The Independent

Repéré par Barthélemy Dont

Cette expérience pourrait servir à lutter contre les épidémies de paludisme.

Des scientifiques sont parvenus à éradiquer complètement une population de moustiques dans leur laboratoire en Angleterre. Pour atteindre ce résultat, une technique appelée «forçage génétique» a été utilisée. Elle consiste à introduire un gène spécifique pour qu’il se transmette de génération en génération. Le gène induit dans le cas qui nous concerne bloquait la capacité reproductrice des femelles.

Cette éradication via une manipulation génétique pourrait, à terme, aider à stopper les épidémies de paludisme qui font des ravages en Afrique et en Asie. Cette maladie touchait, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) autour de 216 millions de personnes en 2016. Mortelle, elle a laissé derrière elle environ 445.000 victimes cette même année.

L’équipe scientifique du Imperial College London a réussi à éliminer une population de onze générations de moustiques de l’espèce Anopheles gambiae, qui est responsable de la propagation du paludisme en Afrique subsaharienne. En 2016, 90% des cas de paludisme observés se situaient en Afrique, en grande partie sur des nourrissons et des enfants en bas âge.

Pas d’expérimentation dans la nature avant dix ans

Cette découverte pourrait être une très bonne nouvelle pour lutter contre ces épidémies, alors que l’OMS alerte sur le fait qu’en 2017 les progrès de la lutte contre le paludisme ont ralenti.

Si la phrase «population éradiquée grâce aux modifications génétiques» ne vous rassure pas, Andrea Cristiani, qui a co-dirigé l’expérience, explique qu’il faudra minimum dix ans avant que cette technique soit utilisée dans la nature: «Il faudra faire de plus larges expériences en laboratoire et travailler avec les pays touchés pour étudier la faisabilité de ce processus.»

Pour Mariann Bassey, une activiste de l’organisation environnementale Friends of the Earth Africa, cela ne suffit pas:

«Nous devrions nous concentrer sur les solutions les moins risquées et les plus efficaces. Pas faire des expériences potentiellement dommageables pour l’écosystème.»

http://www.slate.fr

Jusqu’où peut-on manipuler l’ADN des espèces?


Jusqu’où peut-on jouer avec la génétique ? Ils ont réussi avec un gène synthétique créé des femmes qui peuvent détruire le parasite de la malaria. On parle aussi de forçage génétique dans les oeufs pour que volontairement certaines espèces puissent disparaitre. Mais si la disparition des moustiques n’aiderait pas aux parasites de trouver d’autres hôtes ou que l’écosystème soit débalancé a cause d’une disparition de moustique, avons-nous ce droit morale de vouloir changer le cours de la nature ?
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Jusqu’où peut-on manipuler l’ADN des espèces?

 

Il est en train de piquer un humain.

Un moustique Photo : Radio-Canada

Une technologie de modification génétique parmi les plus puissantes jamais créées, le forçavyge génétique, pourrait permettre d’éliminer la malaria, le virus Zika et d’autres fléaux. Mais outre ces possibilités, elle soulève plus que jamais des interrogations sur nos rôles et nos responsabilités à l’égard du monde vivant.

Un texte de Binh An Vu Van, de Découverte

Sur les étagères d’un laboratoire de l’Université de Californie à Irvine, sont entassés des cages à moustiques génétiquement modifiés. Le biologiste Anthony James met au point une technique de modification génétique puissante, le forçage génétique, qui confère à l’humain le pouvoir de façonner des populations entières d’animaux et de végétaux à une vitesse inégalée.

Il s’agirait d’un des meilleurs espoirs pour éradiquer la malaria, une meurtrière qui a encore fait 400 000 morts l’année dernière, et des dizaines de millions de morts au cours des dernières décennies, en majorité des enfants. La Fondation Bill et Melinda Gates, convaincue qu’il s’agit d’un des meilleurs espoirs pour éradiquer la maladie, investit plus de 70 millions de dollars dans cette démarche.

« Si tout se passe comme prévu, nous croyons qu’en une ou deux saisons, nous serions capables d’enrayer la malaria presque entièrement », affirme Anthony James.

La stratégie d’Anthony James est d’altérer le moustique Anopheles stephensi, qui colporte le parasite de victime en victime. Depuis 30 ans, le chercheur décortique son génome, pièce par pièce, avec une patience infinie.

En 2012, en introduisant un gène synthétique, il a réussi à créer des femelles qui produisent un anticorps qui détruit le parasite de la malaria, ce qui prévient la propagation de la maladie.

Nous avons alors démontré qu’il était possible de rendre des moustiques résistants à la malaria. Mais la question suivante était : comment propager ces gènes dans l’environnement?

Le biologiste Anthony James

Ils sont maintenus dans un récipient.

Des moustiques génétiquement modifiés Photo : Radio-Canada/Binh An Vu Van

Relâcher ces moustiques mutants ne suffit pas à éradiquer la maladie.

Si l’un d’eux se reproduit avec un individu sauvage, environ la moitié de ses petits portera le gène protecteur. C’est la loi de l’hérédité. Plusieurs générations plus tard, seulement une fraction de la descendance le possédera.

Pour porter un coup contre la malaria, il faudrait libérer à répétition un nombre phénoménal de moustiques. Une stratégie… peu appréciée.

« Nous avions alors essayé, pendant plus de dix ans, de chercher des moyens de contourner ce problème, sans succès », explique Anthony James.

Le reportage de Binh An Vu Van et d’Yves Lévesque est présenté à l’émission Découverte, dimanche à 18 h 30, à ICI Radio-Canada Télé.

Faire fi de la loi de l’hérédité

 

Anthony James teste à présent une nouvelle technique qui permet de transgresser les lois de l’hérédité.

Le forçage génétique oblige environ 99 % des descendants à hériter d’un trait génétique. Il suffirait alors d’un tout petit nombre d’insectes pour propager très rapidement le gène et remplacer la population sauvage.

« En relâchant 1 % de moustiques modifiés génétiquement, une population peut être entièrement modifiée en seulement dix générations, soit environ une saison de transmission de la malaria », observe Ethan Bier, un biologiste californien qui a mis au point la technique sur des mouches à fruits avant de collaborer avec Anthony James.

L’idée est pratiquer dans des œufs de moustiques une insertion génétique, un segment composé du gène qu’on souhaite forcer, muni de l’outil CRISPR-Cas9. Ce mécanisme cherche les segments génétiques naturels, les coupe et les remplace par une copie de lui-même.

Il recommence ainsi de génération en génération. Presque tous les moustiques descendants portent ainsi deux copies du gène mutant.

La première fois que nous avons réussi à forcer des gènes, c’était comme si j’entrais dans mon bureau et que j’étais capable de marcher au plafond parce que la gravité s’était renversée.

Le biologiste Ethan Bier

L’idée a été proposée il y a plus de quinze ans, mais c’est seulement avec l’avènement de CRISPR, ce nouvel outil de modification génétique ultra précis, qu’on peut la concrétiser.

La technique a été appliquée sur des levures dès 2014, sur des mouches à fruits en 2015 et peu après sur les moustiques dans le laboratoire d’Anthony James, ce qui a donné lieu à la première application potentielle de cette technologie. Plus récemment, en 2017, deux équipes ont reproduit l’expérience sur des souris.

Le forçage génétique à grande échelle

Deux moustiques.

Les yeux rouges des moustiques confirment qu’ils ont reçu une insertion génétique. Photo : Radio-Canada

Le forçage génétique pourrait en principe modifier toute espèce qui se reproduit sexuellement, soit la majorité des espèces vivantes. Certains envisagent sérieusement d’éradiquer des rongeurs nuisibles ou des pestes agricoles.

« Ce qui est spectaculaire et unique du forçage génétique, c’est la rapidité des conséquences de la modification, prévient Vardit Ravitsky, éthicienne à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. En deux ou cinq générations, on peut probablement modifier toute une population et avoir un impact réel sur toute une espèce et son écosystème. C’est sans précédent dans l’histoire de la science. »

« Il faut procéder avec prudence, mais il y a aussi un prix éthique à ne pas appliquer la technologie, ajoute-t-elle. Si on a un moyen qu’on croit efficace – on ne peut pas en être certain – pour éradiquer une maladie mortelle, a-t-on le droit de ne pas l’employer? C’est aussi une question. »

Si le forçage génétique fonctionne aussi bien en nature qu’en laboratoire, il permettra de détourner le cours de l’évolution d’une espèce ou même de mener volontairement certaines espèces à l’extinction, mais une seule erreur pourrait avoir des répercussions catastrophiques.

« En voulant se débarrasser d’un organisme invasif, on court aussi le risque d’éradiquer cette espèce dans son habitat d’origine », cite en exemple Ethan Bier, qui croit que chaque application devra être étudiée avec circonspection.

Prudence et transparence

 

Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer un moratoire sur la technique. D’autres intervenants, du FBI à l’ONU, craignent même qu’elle puisse être détournée comme arme biologique. C’est pour cela qu’Ethan Bier, Anthony James et plusieurs autres travaillent sur des moyens de renverser le forçage génétique, en cas de problème ou de relâchement non désiré, notamment par un autre forçage.

Plusieurs scientifiques exigent que ces essais soient expliqués au grand public et menés de la manière la plus transparente possible.

Tout le monde devrait en discuter. Jusqu’à quel point devrions-nous modifier notre environnement et quelles limites voulons-nous nous imposer? Nous sommes au début d’une nouvelle ère, et il est très important que tous participent à cette conversation. Le biologiste Ethan Bier

Un moustique dans un piège

Des moustiques génétiquement modifiés Photo : Radio-Canada

« Pour savoir si on est prêt, il faut que l’opinion publique et les valeurs sociétales appuient la technologie. Si elle est perçue comme une technique développée pour le bénéfice des industries, elle causera une réaction hostile. On a vu ça avec les OGM », rappelle Vardit Ravitksy.

Pour sa part, Anthony James continue ses essais sur des cages à moustiques de plus en plus grandes en préparation de les relâcher sur le terrain.

« Ce que je crains le plus, c’est que ça ne fonctionne pas, si le parasite s’adaptait à ce nouveau gène par exemple, note Anthony James. Les effets sur l’opinion publique seraient alors indélébiles. »

https://ici.radio-canada.ca/nouve

L’armée américaine investit dans la manipulation génétique


En science, les découvertes peuvent avoir de bons côtés, mais du mauvais. Enrayer des espèces invasives, par le forçage génétique, me semble risqué, mais bon, celui d’enrayer par exemple les moustiques, la nature finira sûrement par trouver un autre vecteur pour que le virus se propage et changerait probablement l’écosystème, mais pire si l’armée l’utilise à des fins militaires.
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L’armée américaine investit dans la manipulation génétique

 

© Thinkstock.

Moyen d’éradiquer des moustiques tueurs? ou promesse de désastre? Le « forçage génétique », technologie capable d’éradiquer des espèces entières ?

 

Pour ses partisans, cette technique, qui consiste à modifier l’ADN d’êtres vivants, permettrait d’éliminer les espèces invasives décimant la vie sauvage dans les îles. Elle pourrait aussi venir à bout des moustiques porteurs du paludisme. Mais d’autres mettent en garde contre un risque de chaos écologique, et soupçonnent les arguments sanitaires de masquer des objectifs industriels et militaires.

A Montréal, les représentants de pays et experts se penchent sur la capacité désormais croissante de la science à manipuler les génomes. Un rapport doit être produit à destination des 195 Etats de la Convention. Parmi toutes ces techniques, le « forçage génétique » est encore peu connu, mais il a de puissants soutiens – notamment l’armée américaine via son Agence pour les projets de recherche de la Défense (DARPA) et la Fondation Bill et Melinda Gates – qui ont investi plusieurs centaines de millions de dollars dans ces recherches ces deux dernières années.

La Fondation Gates a payé cet été 1,6 million de dollars à la société de communication Emerging Ag pour mobiliser des chercheurs contre un projet de moratoire sur ces recherches porté par plus de 100 ONG.

« Le but était que nous nous rapprochions des décideurs politiques », a expliqué à l’AFP Isabelle Cloche, vice-présidente de la stratégie chez Emerging Ag.

Applications militaires?

Le forçage génétique permet à un gène d’être transmis entre générations. Si par exemple ce gène permet de ne produire que des mâles, une espèce peut se retrouver rapidement en déclin. Pour la première fois, cette technique a été identifiée comme pouvant sauver la faune menacée par des espèces invasives, dans une étude publiée en 2014 par Kevin Esvelt, du MIT. Mais aujourd’hui Kevin Esvelt estime qu’il a eu tort de susciter de tels espoirs, et que recourir au forçage génétique pour préserver la nature est trop dangereux.

« Vous ne devriez jamais concevoir et faire connaître un (tel) système, capable de se propager au-delà » de la région visée, dit-il à l’AFP.

Pour autant, il n’exclut pas un recours limité à cette technique pour d’autres objectifs, notamment contre certaines maladies. Maîtriser le génie génétique pour chasser les moustiques vecteurs du paludisme en Afrique est précisément l’objectif de Target Malaria, consortium de recherche soutenu par la Fondation Gates.

 « Imposer un moratoire sur des innovations aussi prometteuses à un stade aussi précoce de leur développement serait dommageable et irresponsable, » a réagi Target Malaria en décembre, quand les ONG ont lancé leur campagne.

Todd Kuiken, chercheur à la North Carolina State University et membre du groupe réuni à Montréal, abonde.

« D’un point de vue scientifique, imposer un moratoire général sur la recherche sur le forçage génétique n’a aucun sens à mes yeux », dit-il. « Vous ne pouvez rien apprendre si vous ne l’étudiez pas ».

Mais il rejette tout financement d’origine militaire. Quand son université a reçu 6,4 M de dollars de DARPA pour un programme visant les rongeurs invasifs, M. Kuiken s’est retiré.

Questions alarmantes

« Il est possible que le travail de DARPA tire le champ de la biologie de synthèse vers des applications militaires », souligne-t-il.

Des craintes partagées par Jim Thomas, aussi partie à la réunion de Montréal et membre de l’ONG ETC Group, qui suit l’impact des technologies émergentes et a obtenu une série d’emails et documents sur ce sujet grâce au « Freedom of Information Act » américain.

« Le fait que le développement du génie génétique soit aujourd’hui principalement financé et structuré par l’armée américaine soulève des questions alarmantes, » dit-il.

Mais selon un porte-parole de DARPA, l’approche de l’armée est avant tout préventive, face « aux risques posés par le développement rapide et la démocratisation des outils d’editing génétique ».

« Des applications – positives et négatives – pourraient venir de personnes ou Etats opérant hors de la communauté scientifique et des normes internationales, » a expliqué ce porte-parole, Jared Adams, par email à l’AFP, évoquant l’allocation par son agence de quelque 100 M de dollars à ce type de projets.

« Il appartient à DARPA de mener ces recherches et de développer des technologies capables de nous protéger contre de mauvais usages », a-t-il ajouté.

http://www.7sur7.be