L’histoire banale de trois chaudrons


Est-ce que la politesse se perd ? Je pense que non, mais quand même, le savoir vivre, la politesse peut être souvent oubliée. Ce petit exemple en est un parmi tant d’autres.
Nuage

 

L’histoire banale de trois chaudrons

 

Par Andrée-Anne Guénette

Je me considère choyée par la vie. Mes enfants mangent à leur faim et dorment dans un lit propre dans une maison convenablement chauffée l’hiver.

Ainsi, quand j’ai des items dont je n’ai plus besoin, je choisis normalement de les donner au suivant plutôt que de les vendre. Je considère que c’est le juste retour du balancier. Il y a une expression que je cite souvent (et je viens d’apprendre que c’est un passage biblique!) qui dit: On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné. On m’a beaucoup donné, alors normal que j’aide mon prochain si j’en suis capable.

Mais vous dire combien ça peut être souffrant de donner! Ça m’est arrivé pas plus tard qu’hier. Au bout de 16 ans de bons et loyaux services, mes chaudrons ne suffisaient plus à la tâche. Mais ils sont encore en état de travailler longtemps, alors je voulais qu’ils puissent continuer leur vie utile ailleurs.

Je poste sur un site populaire, avec photo, description, et tout. Et rapidement, je commence à recevoir des messages. J’en ai reçu une bonne trentaine en 36 heures.

Je ne sais pas si c’est juste moi, mais me semble que si quelqu’un t’offre quelque chose de gratuit, en l’occurrence trois chaudrons qui coûteraient assez cher au neuf, tu fais preuve d’un minimum de savoir-vivre dans ton message. Les « mots magiques » qu’on enseigne à nos enfants: s’il-te-plaît, merci, c’est pas bien compliqué, non?

Voici quelques réponses reçues:

« adresse svp »

« je passe à 17hrs »

« moi stp. ton numéro c quoi »

« Je peux passer demain quel heure »

« interet »

Et mon préféré, ce message, reçu environ 12 heures après son premier signe d’intérêt:

« Merde moi je t envoi courriel tu m répond pas.    Merci pareille au revoir « 

Calmez-vous, madame.

J’en ai reçu des bien corrects, des gentils même avec gratitude bien indiquée. Parmi ceux-là, j’ai choisi une heureuse élue. En principe, on se donne rendez-vous, tu passes chercher, tu dis merci, tout le monde est content (sauf la dernière madame qui, elle, est vraiment en ta…) et alléluia.

Mais souvent, c’est juste le début d’une longue valse du Ok, vous pouvez passer aujourd’hui? Non, pas aujourd’hui, je travaille jusqu’en soirée. Ah, désolée, je n’ai pas eu le message/j’ai eu un contre-temps/mon char partait plus/je pars de Joliette alors c’est compliqué. Je peux/mon frère peut/mes parents peuvent passer demain… et qui ne se présentent jamais.

Sérieux, le moindre que tu puisses faire quand quelqu’un te donne quelque chose de bon coeur, c’est de se présenter au rendez-vous. Sourire. Et dire merci.

C’est tout et c’est déjà beaucoup.

p.s. mes chaudrons ont trouvé une nouvelle maison où j’espère qu’ils seront encore longtemps utiles.

http://www.coupdepouce.com/