De nouvelles malédictions apparaissent au fil des découvertes dans le tombeau de Toutânkhamon


L’Égypte est riche en découverte archéologique. Bien des trésors ont pu passer au travers des siècles, mais le pourront-ils encore pour des générations avenir ?
Nuage


De nouvelles malédictions apparaissent au fil des découvertes dans le tombeau de Toutânkhamon

Une scène du mur nord de la chambre funéraire de Toutânkhamon montre des taches brunes sur les peintures qui auraient pu apparaître au moment où la tombe, peinte à la hâte, a été scellée, emprisonnant ainsi l’humidité.

PHOTOGRAPHIE DE AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DE J. PAUL GETTY TRUST

De Michelle Z. Donahue

Des tâches brunes à la poussière, les archéologues ont résolu certains des mystères qui entouraient le monument funéraire vieux de 3 300 ans… tout en découvrant de nouveaux.

Lorsque Howard Carter découvrit la tombe de Toutânkhamon en 1922, il entreprit une série de découvertes qui captivèrent l’imagination du monde entier et marqua le début d’une histoire d’amour durable entre le public et la célèbre chambre funéraire aux couleurs vives vieille de 3 300 ans, renfermant la dépouille de l’enfant roi, celle de sa mère et une multitude de trésors. Moins d’un siècle plus tard, une équipe de scientifiques a achevé le plus important examen du tombeau : un projet d’une dizaine d’années d’études minutieuses qui a permis de résoudre certains mystères mais qui a également soulevé de nouvelles questions sur le devenir de certains monuments antiques.

Un symposium organisé cette semaine à Louxor détaille les résultats globaux du projet, entrepris conjointement par le ministère égyptien des Antiquités et le Getty Conservation Institute, basé à Los Angeles. Les travaux menés sur le tombeau de 102 m², exécutés par une douzaine de personnes à la fois, ont commencé en 2009 et devaient à l’origine s’achever en 2014. Mais le projet a été retardé par les révolutions du printemps arabe en 2011 et les troubles qui ont suivi en Égypte en 2013.

« Tous ceux qui se rendent dans la Vallée des rois veulent se rendre au tombeau de Toutânkhamon », explique Neville Agnew, scientifique et restaurateur principal du projet Getty, chargé de la planification du projet. Une documentation détaillée, un diagnostic et un pronostic sur l’état du tombeau ont été nécessaires pour penser l’avenir du site : « Que se passera-t-il si nous ne faisons rien ? Nous nous sommes intéressés à tout le spectre des activités, passées, présentes et futures, et à la façon de les aborder de manière globale ».

DE MYSTÉRIEUSES TACHES BRUNES

Les taches brunes sont omniprésentes sur les peintures murales qui agrémentent le tombeau. Présentes lorsque Carter a découvert la chambre funéraire, et documentées de manière exhaustive sur des photographies de l’époque, ces « mystérieuses taches » ont longtemps été sources de curiosité et d’inquiétude. De quoi sont-elles exactement composées ? Et plus important encore, prolifèrent-elles ?

Une étude des taches a révélé de fortes concentrations d’acide malique, un sous-produit métabolique de certains champignons et bactéries, ce qui confirmait que les taches étaient d’origine microbienne. L’analyse ADN d’échantillons prélevés sur les murs du tombeau a révélé l’existence d’organismes modernes, notamment Bacillus et Kocuria, mais l’imagerie au microscope électronique des taches n’a révélé aucun reste des organismes d’origine qui les avait créées. Pour les chercheurs, comme Toutânkhamon est décédé subitement, la préparation de son tombeau a probablement été faite dans l’urgence, et les murs fraîchement enduits et peints auraient été encore suffisamment humides pour que des microbes se développent dans l’atmosphère sombre et chaude du tombeau, une fois celui-ci scellé. Les archéologues peuvent toutefois affirmer avec certitude que les taches ont arrêté de se développer il y a très longtemps – un fait confirmé par la comparaison de photographies prises immédiatement après l’ouverture du tombeau et les photos les plus récentes.

Comme ils sont considérés comme faisant partie intégrante de l’histoire du tombeau, ces mystérieuses taches ne seront ni peintes ni supprimées, explique Agnew. Il n’en n’a pas toujours été ainsi : lors de précédentes études, les taches avaient été échantillonnées et traitées avec des biocides, lorsque l’on pensait qu’elles pouvaient se propager.

UNE POUSSIÈRE OMNIPRÉSENTE

L’un des problèmes les plus épineux dans le tombeau est la présence constante de poussière. Fine et sèche, la poussière du désert déplacée par environ 500 à 1 000 visiteurs quotidiens s’accroche à toutes les surfaces du tombeau et devient encore plus tenace puisqu’elle absorbe l’humidité produite par la respiration humaine.

Les gardes avaient beau nettoyer le sarcophage recouvert de verre qui se trouve maintenant au centre de la chambre funéraire de Toutânkhamon, il n’existait aucun moyen d’enlever sans dommage les fins voiles de poussière qui s’accumulaient sur les peintures fragiles du tombeau.

Ainsi, alors que les restaurateurs réalisaient l’étude minutieuse et le nettoyage des peintures murales, ils ont également élaboré un plan à long terme pour s’attaquer au problème de la poussière en installant un système sophistiqué de filtration de l’air et de ventilation qui non seulement repousse le fléau poussiéreux hors de l’environnement du tombeau, mais empêche également l’accumulation excessive de particules. Le renouvellement d’air régulier a permis de stabiliser la température et le taux d’humidité à l’intérieur du tombeau, qui pouvaient auparavant énormément fluctuer.

C’est quand les conservateurs du tombeau ont entamé les travaux pour installer le système d’aération qu’ils ont découvert de nouveaux sorts placés pour protéger ses occupants. Parmi des tas de peluches et d’extraits de détritus, des bouts de papier demandant la bénédiction de Toutânkhamon ou d’autres au contraire promettant des punitions divines aux importuns.

DE FUTURS DANGERS

Bien que l’inspection la plus approfondie du tombeau de Toutânkhamon de l’histoire moderne soit terminée, son avenir reste encore incertain.

L’impact à long terme de la poussière reste un mystère. Constituée principalement de calcium, de magnésium, d’aluminium et de phosphore, on ignore comment la poussière peut interagir chimiquement avec les minéraux naturels contenus dans les peintures et les pigments des murs du tombeau sur une plus longue période.

Dimanche 26 novembre 1922, était pour Carter, « le jour le plus merveilleux que j'ai jamais …

Les inondations de plus en plus fréquentes liées au changement climatique sont une autre préoccupation et n’ont pas encore été prises en compte, toujours selon M. Agnew. Bien que le tombeau de Toutânkhamon soit à l’abri des inondations directes, il est fait de la même roche poreuse et argileuse que tous ses voisins de la Vallée des rois. Si les tombeaux adjacents sont inondés, de la vapeur d’eau pourrait s’infiltrer et « déchiqueter » les murs en plâtre et les peintures qui les recouvrent, explique Lori Wong, la principale conservatrice des peintures du projet Getty.

Le tourisme reste la plus grande menace immédiate pour le tombeau. Malgré l’existence d’une réplique de haute qualité et ultra détaillée à un kilomètre de distance, on ne sait pas si le gouvernement égyptien limitera finalement l’accès du public à la tombe originale (et réduira donc les revenus garantis). La France a constaté que le fait de limiter le nombre de visiteurs sur les sites d’art rupestre préhistoriques des grottes de Lascaux et Chauvet et de les rediriger vers des répliques n’avait pas altéré l’intérêt du public pour les monuments. Une réplique relativement récente à Lascaux a d’ailleurs attiré environ 260 000 visiteurs en 2017.

« Nous connaissons l’impact humain sur notre patrimoine », explique Pascal Terrasse, président du Grand projet du Pont d’Arc, une réplique de la grotte Chauvet qui attire plus de 2 000 visiteurs par jour. « Lorsque de nouvelles technologies se présentent pour mieux protéger le patrimoine, les gestionnaires des œuvres historiques doivent saisir cette opportunité. Nous avons réalisé la plus grande fausse grotte au monde grâce aux techniques numériques, ce qui nous a permis d’obtenir un rendu très réaliste. »

À tout le moins, Agnew espère que la somme des récents travaux de conservation dans le tombeau de Toutânkhamon permettra de mieux faire comprendre son importance à tous ceux qui le visiteront à l’avenir.

« Il convient de rappeler que la visite d’un tombeau doit être empreinte d’humilité et d’intérêt », conclut Agnew. « [Ce n’est pas] un spectacle ; [c’est] un tombeau royal, et nous devons l’approcher avec révérence. C’est une chose difficile à faire en cette ère de tourisme de masse. »

https://www.nationalgeographic.fr

Hikikomori: la vie cloîtrée des ados en retrait


Un phénomène étrange d’adolescents et jeune adultes de vivre volontairement enfermé dans une pièce de la maison (généralement, une chambre) pendant des mois, voir des années qui auraient débuté au Japon semble prendre de l’ampleur à travers le monde. Ces jeunes principalement des garçons en mal avec la pression sociale préfèrent vivre en ermite s’organisant pour tout faire dans leur chambre leur seul contact avec l’autre monde est quelque mots à travers la porte et par Internet
Nuage

 

Hikikomori: la vie cloîtrée des ados en retrait

 

Tokyo! réalisé par Bong Joon-ho, ©Haut et Court

Tokyo! réalisé par Bong Joon-ho, ©Haut et Court

Thomas Messias

Ce phénomène qui voit des adolescents s’enfermer dans leur chambre pour ne plus en sortir, parfois pendant des années, est très connu depuis la fin des années 1990 au Japon. Il se répand partout dans le monde y compris en France.

Un jour, Hiroshi rentre chez lui et s’enferme à double tour dans sa chambre, dont il ne ressortira que deux ans plus tard. Ce lycéen de la banlieue de Tokyo, qui vit avec sa famille, est le héros quasi invisible du film De l’autre côté de la porte, qui relate ces longs mois d’isolement à travers le regard de ses parents et de son jeune frère, qui  continuent à mener une existence presque normale pendant qu’il s’est transformé en ermite.

De l’autre côté de la porte, Laurence Thrush

Au Japon, ils sont au moins 260.000 comme Hiroshi à décider soudain de se couper physiquement du monde pour une durée indéterminée. On les appelle les hikikomori, un phénomène de société qui atteint les adolescents mais aussi les jeunes adultes et qui a intéressé le réalisateur américain Laurence Thrush, dont le film vient de sortir dans les salles françaises près de cinq années après son tournage.

Choisissant l’angle de la fiction pour aborder le problème sans sombrer dans l’explicatif, le cinéaste relate les deux années d’enfermement de Hiroshi, à travers le point de vue de sa mère et son jeune frère, qui ne comprennent pas les raisons de cette décision radicale.

Thrush n’expliquera jamais pourquoi Hiroshi a un jour choisi de mettre sa vie sociale entre parenthèses: il semble davantage intéressé par les conséquences d’un tel enfermement sur l’existence des proches (incompréhension, sentiment de culpabilité et de honte) et par les façons éventuelles d’y mettre un terme (menacer, négocier, ou tout simplement laisser faire).

Aucune ambition, envie de rien

Maïa Fansten, Cristina Figueiredo, Nancy Pionnié-Dax et Natacha Vellut ont dirigé l’écriture d’un ouvrage intitulé Hikikomori, ces adolescents en retrait, paru en août 2014. Quinze spécialistes (psychanalystes, pédopsychiatres…) y analysent des cas concrets et apportent des éléments d’explication visant à mieux cerner le phénomène –et à étudier son arrivée possible en France.

Le terme hikikomori est apparu au Japon au début des années 1990, une succession de cas ayant d’abord mis à la puce à l’oreille du gouvernement avant que le phénomène finisse par être médiatisé. Dans certaines grandes villes, et en particulier Tokyo, on signalait le cas d’adolescents ayant fini par se murer dans leur chambre le plus calmement du monde, passant leur journée à lire des mangas et à jouer aux jeux vidéo. Aucune ambition, envie de rien, aucune préoccupation vis à vis de l’avenir: ces jeunes gens se distinguaient des autres adolescents, certes fréquemment apathiques, par un désintérêt total pour le monde réel.

Un ouvrage publié par le psychiatre Tamaki Saito en 1998 en faisait alors un véritable sujet de société. Depuis cette date, tous les Japonais savent ce qu’est un hikikomori: près d’un jeune japonais sur cent serait désormais concerné, selon les chiffres avancés dans le livre français.

Un problème très masculin

70 à 80% des hikikomori seraient des hommes, la plupart âgés de 15 à 35 ans. SelonThierry Guthmann, professeur de sciences humaines juridiques et économiques à l’Université de la préfecture de Mie (Japon), les garçons seraient particulièrement touchés en raison de l’incapacité des pères japonais à communiquer avec leurs enfants. Il explique à Slate par mail:

Au Japon, les garçons ont souvent un fort problème de construction identitaire

Thierry Guthmann,professeur de sciences humaines au Japon

«Lorsque l’enfant est un garçon, son père a tendance à se montrer plus sévère et de communiquer avec lui de façon plus autoritaire. Tandis que les filles se mettent à disposition de leur mère, les garçons ont souvent un fort problème de construction identitaire».

Terrifiés par ce père qu’ils ont choisi par défaut comme leur référent masculin, les jeunes Japonais semblent ne pas supporter la pression et finissent par s’enfermer.

À l’inverse, beaucoup de jeunes gens deviendraient des hikikomoris après avoir été traités comme des enfants-rois, terme très employé au Japon pour décrire ces enfants, garçons et filles, élevés dans une grande permissivité. Surprotégés et faisant l’objet d’un véritable culte de la part de leurs parents-monstres, ils décident de s’enfermer dans leur chambre autant par caprice que par peur du monde extérieur. Il y a dans le rapport entre enfants-rois et parents-monstres cette idée que c’est l’enfant qui sait le mieux ce qui est bon pour lui, y compris quand ses décisions semblent aberrantes. D’où le fait que certains de ces parents entrent sans mal dans le jeu des nouveaux hikikomori, qui peuvent alors prolonger leur réclusion à l’envi, sans aucune pression extérieure.

Outre le problème de relation aux parents, ce désir de mise en retrait peut aussi provenir de l’école. La société japonaise est à la fois obnubilée par la réussite scolaire, et en proie à un problème de harcèlement scolaire de certains élèves japonais.

Le problème de l’ijime

 

Au Japon, le harcèlement scolaire a un nom, l’ijime, qui désigne ce qui se produit lorsqu’une classe entière choisit une bouc-émissaire et multiplie sur lui brimades et humiliations. Les victimes d’ijime n’ont guère le choix elles sont poussées à l’exil, au suicide ou à l’enfermement volontaire. Très populaire au Japon et disponible en France, le manga Life s’empare de ce phénomène qui ravage le pays,.

Sans forcément parler de harcèlement, les spécialistes décrivent ce qu’ils appellent le «mal du mois de mai». Le mois d’avril correspond au Japon à notre rentrée des classes de septembre, ainsi qu’à la prise de fonction de beaucoup d’employés dans les entreprises: après quelques semaines à tenter de s’acclimater ou à découvrir ses nouvelles conditions de travail, les futurs hikikomori craquent sous la pression du travail ou de l’école, et finissent dès le mois de mai par céder au burn-out.

Pour les hikikomori, il s’agit avant tout de rompre toute communication verbale, afin de ne plus se sentir jugé ou évalué. 

Questions pratiques

Concernant les jeunes adultes, le phénomène reste l’apanage des grandes villes, pour des raisons pratiques: dans certaines zones, il reste bien difficile de se faire livrer de la nourriture au quotidien

Beaucoup font leurs besoins dans des seaux et des bouteilles

Les adolescents, eux, n’ont pas ce problème: ils sont souvent choyés par leurs parents, qui refusent évidemment de les laisser mourir de faim, et leur fournissent même de quoi s’assurer un minimum d’hygiène au sein de leur chambre. Des systèmes complexes sont parfois mis en place, notamment pour ceux qui n’ont pas accès à des toilettes ou à un point d’eau dans la geôle qu’ils se sont choisis. Beaucoup font leurs besoins dans des seaux et des bouteilles, dont ils se débarrassent avec les déchets du quotidien.

Les hikikomori sont prêts à beaucoup de sacrifices pour parvenir à rester coupés du monde: se vautrer dans l’irrespect d’eux-mêmes n’a plus grande importance, l’important étant qu’aucun regard extérieur ne puisse se poser sur eux.

De l’otaku à l’hikikomori

À travers des forums ou des jeux en ligne, ils gardent un mince contact avec l’extérieur, certains continuant à se tenir au courant des actualités et à se gaver de culture. La démocratisation de l’Internet les a évidemment aidés dans leur tâche: passer des années dans sa chambre sans connexion, c’était risquer de devenir complètement fou; aujourd’hui, grâce au web, les hikikomori peuvent conserver l’illusion d’appartenir encore à notre monde, tout en faisant passer le temps.

Le phénomène hikikomori ressemble à une maladie contagieuse: les nombreux forums disponibles sur le sujet donnent souvent envie aux otakus (équivalent de nos nerds) les plus hardcore de suivre ce modèle qui ressemble pour eux à une vie idéale. Passer ses journées à jouer aux jeux vidéo et à se nourrir de pizzas livrées devant sa porte: sur le papier, cette existence peut ressembler à un rêve pour une certaine catégorie de la population. 

Tokyo! Bong Joon Ho ©Haut et Court

Dans le segment du film Tokyo! réalisé par Bong Joon-ho, un hikikomori tombe amoureux de sa livreuse de pizzas, avant d’apprendre un peu plus tard qu’elle-même est devenue hikikomori, probablement par sa faute.

Selon l’ouvrage collectif, le phénomène semble toujours prendre davantage d’ampleur, d’autant qu’il est extrêmement difficile à enrayer. Le gouvernement japonais n’ayant pas réellement pris le problème à bras le corps, des ONG tentent de gérer au cas par cas en aidant les familles désireuses de mettre fin à la réclusion de leurs enfants.

Dans De l’autre côté de la porte, Sadatsugu Kudo interprète son propre rôle: celui d’un médiateur spécialisé dans les hikikomori. Durant toute la seconde moitié du long-métrage, on le voit venir régulièrement chez Hiroshi et lui parler à travers la porte pour le convaincre de sortir enfin. La négociation peut prendre des mois, voire des années, d’autant que le hikikomori refuse généralement tout usage de la parole, ce qui rend les échanges légèrement limités.

Encore faut-il que la famille, quand il s’agit d’un ado qui vit avec elle, assume d’héberger un hikikomori: au Japon plus qu’ailleurs, le regard des autres est extrêmement important, ce qui pousse certains parents et proches à se murer eux aussi dans le silence plutôt que de rendre publique la situation inextricable dans laquelle ils se trouvent.

Les happy end sont rares

La plupart finissent par sortir, au bout de quelques mois ou de quelques années (le record est de près de 20 ans, explique l’ouvrage), parce qu’ils finissent par avoir besoin de l’extérieur ou parce qu’ils ont pris le temps de chercher un but à leur vie; mais la réadaptation est extrêmement délicate, tant il est difficile pour eux de se réadapter aux règles de vie en communauté.

La rechute est fréquente et les happy ends sont rares, contrairement à ce qui se produit dans la jolie comédie Des nouilles aux haricots noirs, présentée au festival du film asiatique de Deauville en 2010 sous le titre Castaway on the moon et diffusée en mars par Arte. Une hikikomori sud-coréenne y fait la rencontre (à distance) d’un naufragé urbain, prisonnier d’une île déserte en plein Séoul.

Des nouilles aux haricots noirs

La France menacée

Pour le sociologue Andy Furlong, qui l’explique dans le livre Hikikomori, ces adolescents en retrait, toutes les conditions semblent réunies pour que ce phénomène typiquement japonais s’étende au reste du monde.

Despues de Lucia, de Michel Franco

Des artistes en dehors du Japon se sont d’ailleurs déjà penché sur la question, comme le réalisateur mexicain Michel Franco avec Después de Lucía.

Surtout, des psychiatres ont déjà rapporté des cas dans des pays comme les Etats-Unis, l’Australie, l’Italie ou l’Espagne selon Furlong. En 2012, Le Monde évoquait le travail du docteur Alan Teo, psychiatre à l’université du Michigan à Ann Arbour, qui avait publié cette année-là, dans l’International Journal of Social Psychiatry, un article sur le premier cas d’hikikomori aux Etats-Unis: un jeune adulte (30 ans), enfermé pendant trois ans dans son appartement. Le Monde citait:

«La première année, il est resté dans un cabinet de toilettes assez spacieux, se nourrissant de plats qu’on lui apportait. Ne se lavant pas, déféquant et urinant dans des seaux et des bouteilles, il passait son temps sur Internet et devant des jeux vidéo. Il avait déjà vécu un semblable épisode de retrait social qui avait duré plusieurs années quand il avait 20 ans. A chaque fois, il souffrait de dépression sévère.»

La France commencerait également à être touchée: le docteur Marie-Jeanne Guedj-Bourdiau, pédopsychiatre, chef de service des urgences psychiatriques de l’hôpital Sainte-Anne, affirme dans l’ouvrage collectif que des dizaines de cas ont été constatés dans notre pays, concernant non seulement des adolescents, mais également de jeunes adultes qui aurait eu du mal à terminer leurs études supérieures. 

Le taux de chômage chez les jeunes ainsi que le nombre croissant d’accros à Interne tet aux jeux vidéos n’aidera pas à endiguer le phénomène.

http://www.slate.fr/

L’enfant-roi est-il suédois?


Avec le travail, les déplacements, les repas, ménage, devoirs, quand prenons-nous le temps avec les enfants ? Est-ce une conséquences des enfants roi ? Il y a-t-il pire que nous comme société face aux enfants ?
Nuage

 

L’enfant-roi est-il suédois?

 

Promenez-vous dans les rues de Stockholm. Vous verrez... (Photo Masterfile)

 

Promenez-vous dans les rues de Stockholm. Vous verrez des bambins partout, certes (la Suède a l’un des plus hauts taux de natalité d’Europe), mais surtout des bambins impolis, exigeants, insolents.

PHOTO MASTERFILE

SILVIA GALIPEAU
La Presse

Incroyable, mais vrai. Le fameux modèle suédois, dont on aime tant vanter les mérites et auquel on aspire tous sur le plan social, aurait finalement une faille. Et non la moindre. Un psychiatre suédois sonne l’alarme: gare aux enfants-rois, écrit-il dans un livre-choc, à paraître en anglais sous peu. Comme quoi nous, les Québécois, n’avons finalement pas le monopole de cette bien vilaine monarchie. Bienvenue au pays des enfants-rois suédois.

«La Suède est-elle en train de créer une génération de petits cons?»

Les médias ne sont pas tendres ces jours-ci avec le royaume de la social-démocratie. Pour cause: un psychiatre suédois, père de famille de surcroit, a publié une véritable petite bombe.

Comment les enfants ont pris le pouvoir, dont on attend une traduction anglaise dans l’année, ne ménage pas les parents de ce qu’on croyait jusqu’ici incarner le paradis sur terre des familles. «Petits cons», «mal élevés» et, surtout, «déçus de la vie», tels sont les qualificatifs que les médias britanniques, chinois, français ou américains attribuent du coup aux enfants nés au pays des garderies et des longs congés parentaux payés. Mais que s’est-il donc passé? Nous avons interrogé l’auteur, David Eberhard, père de six enfants de 1 à 17 ans, pour comprendre. Il voit trois grandes causes à cette bien malencontreuse dérive.

1- Le pays de la philisophie parentale unique

Promenez-vous dans les rues de Stockholm. Vous verrez des bambins partout, certes (la Suède a l’un des plus hauts taux de natalité d’Europe), mais surtout des bambins impolis, exigeants, insolents. C’est souvent eux qui décident du menu du souper, carrément des vacances d’été, dénonce le psychiatre David Eberhard. Ils choisissent l’heure de leur coucher et ne tolèrent pas qu’on les habille. En gros, ce sont eux qui décident. De tout. Comme de rien. Mais surtout de tout.

Pourquoi? Si la Suède est reconnue comme une pionnière en matière de défense des droits des enfants, ces droits vont aujourd’hui très loin, dénonce le psychiatre. Avec la popularité d’auteurs comme le Dr Spock, Penelope Leach et surtout Jesper Juul, le père de l’écoute active («Jesper Juul, l’auteur deCompetent Child, a une influence énorme sur les parents suédois»), les parents n’ont plus le droit de punir leurs enfants.

«Et je ne parle même pas de châtiments corporels, souligne le psychiatre. Un père a envoyé son enfant dans sa chambre 20 minutes, et il a été traîné en cour. Si un enfant a un mauvais comportement, il est interdit socialement, en Suède, de l’envoyer dans sa chambre! » Résultat? «Les parents n’ont aucun moyen de dire non à leurs enfants, dit-il. Et c’est là qu’on déraille.»

2- La culpabilité

Étrangement, ces mêmes parents, qui sont par ailleurs de grands adeptes de la théorie de l’attachement, ne passent pas énormément de temps avec leurs enfants. Ils sont en effet les premiers à les mettre en garderie dès 1 an (tous les bambins suédois ont une place attitrée en crèche, jusqu’à leur entrée à l’école).

«C’est assez contradictoire», souligne le psychiatre.

La Suède a également un taux élevé de divorces, avoisinant les 50%, et bien des familles optent pour la garde partagée une semaine sur deux, poursuit le psychiatre. Conséquence?

«Quand les parents sont enfin avec leurs enfants, ils se sentent coupables et s’assurent du coup que tout soit parfait. Ils leur offrent des bonbons, les trimballent partout, bref, se comportent en véritables parents hélicoptères.»

 Erreur, ajoute l’auteur: en élevant leurs enfants dans du coton, est-ce qu’ils les préparent pour la vie? Bonjour la désillusion, croit-il.

«D’après les sondages suédois, oui, les jeunes enfants sont heureux. Mais les plus vieux? De moins en moins. Nous assistons à une croissance en flèche des tentatives de suicide, de troubles de l’anxiété et de troubles de comportement, notamment chez les garçons.»

3- Le mythe de la culture rebelle

La Suède se targue d’être marginale, d’élever des libres penseurs, bref, d’être un peuple plus «rock n’ roll» que la moyenne.

«C’est comme si nous étions fiers d’élever des enfants libres, rebelles, qui n’obéissent pas à leurs parents. Ce mythe est très fort en Suède, poursuit l’auteur. Malheureusement, depuis plusieurs années, les études démontrent que non seulement nos jeunes réussissent moins bien que les autres à l’école, ils sont même moins créatifs!» 

«On se prend un peu pour d’autres, conclut-il. On se croit meilleurs que les autres et on aimerait que tout le monde suive notre modèle. Mais à bien des égards, en terme de discipline et de philosophie parentale, c’est nous qui devrions suivre le reste du monde.»

Solution: le pouvoir aux parents

Le psychiatre est catégorique. Le meilleur expert n’est pas tel auteur ou tel docteur, mais bien le parent. Encore faut-il qu’il ait confiance en lui. C’est ce qu’il souhaite, en fin de compte, avec son livre : redonner le véritable pouvoir parental à ceux à qui il revient.

«La famille n’est pas une démocratie et, quoi qu’on dise, l’enfant n’est pas un être compétent. Au contraire, il est par définition incompétent. La démocratie familiale ne fait finalement de bien à personne: ni aux enfants ni aux parents.»

Est-ce la faute à la social-démocratie?

«Une culture fière de sa conscience sociale peut facilement mélanger gentillesse et absence de règles. Mais selon moi, nous faisons fausse route. Ne pas avoir de règles, c’est tout sauf de la gentillesse. C’est une gentillesse perverse.»

 

En chiffre

 

1974 La Suède est le premier pays à instaurer un congé parental.

1979 La Suède est le premier pays au monde à interdire les châtiments corporels.

1990 La Suède est l’un des premiers pays à ratifier la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU.

5e Rang au classement général de l’UNICEF sur le bien-être des enfants dans les pays riches (le Canada est 17e).

2e Rang en ce qui a trait au bien-être matériel.

5e Rang pour la santé et la sécurité.

3e Rang au classement de l’ONG « Save the Children » des pays où il fait bon naître.

Un enfant de riche

 

L’enfant-roi suédois est-il bien différent de l’enfant-roi québécois? Probablement pas. «First world problems», comme on dit…C’est un peu ce qui résume la pensée du pédiatre Jean-François Chicoine.

«Le phénomène de l’enfant-roi, qu’on soit au Québec ou ailleurs, c’est un peu partout le même: dans les sociétés bien nanties où on a défini la parentalité, est né cet enfant-roi qui se nourrit d’indiscipline», explique le fameux pédiatre, avec sa verve habituelle.

À quel point est-ce différent en Suède?

«Je ne connais pas l’enfant-roi suédois, précise-t-il, mais dans une société bien nantie, où on a réglé certains problèmes, les parents ont tendance à être surinvestis.»

D’où la question, inévitable: l’enfant-roi est-il le produit de la social-démocratie?

«Non, répond Jean-François Chicoine. Ça n’est pas parce qu’on donne de la place aux enfants dans une société qu’on en fait des enfants-rois.»

Une dérive, alors?

«Oui, la social-démocratie ouvre la porte à l’enfant-roi, concède-t-il. Une fois qu’on a tout fait pour les enfants, insiste-t-il, et que souvent, on en fait qu’un, ou deux, plus tardivement, on a tendance à se projeter dans nos enfants et à s’investir beaucoup plus.»

Paradoxe?

Ces parents, eux aussi produits de la même social-démocratie, n’osent peut-être plus intervenir «parce qu’ils ne se sentent pas autorisés!», dénonce le pédiatre. «Ils ne se sentent pas autorisés à intervenir auprès d’enfants qu’ils ont trop peu vus au cours de la journée. Moins vous passez de temps avec quelqu’un, moins vous intervenez, dit-il. Que font-ils? Ils les gâtent.»

http://www.lapresse.ca/