L’étude santé du jour : des gélules de matière fécale contre la diarrhée


L’étude d’employer les matières fécales comme médicaments contre certaines diarrhées est de plus une solution de l’avenir dans les traitements du Clostridium difficile. Pas très ragoûtant, mais, il semble que ce soit un traitement qui a fait ses preuves. D’autres études sont faites pour d’autres traitements tels que la maladie de Crohn.
Nuage

 

L’étude santé du jour : des gélules de matière fécale contre la diarrhée

La transplantation fécale permet d’introduire une flore bactérienne saine dans l’intestin d’un malade. Photo : STEVEN SENNE / SIPA

Daphnée Leportois

EXCRÉMENTS – Des déjections pour soigner la diarrhée. Ce traitement n’a rien d’un hoax. Une étude révèle en effet que des gélules faites à partir de matières fécales permettraient de traiter la diarrhée nosocomiale. Explications.

Faire des excréments un médicament. L’idée est singulière. Qui plus est pour des patients souffrant de diarrhée. Une étude publiée le 11 octobre 2014 dans le Journal of the American Medical Association en a pourtant souligné l’efficacité. Et avec un mode d’administration qui peut rebuter au premier abord, puisqu’il est question de gélules de matière fécale congelée à consommer par voie orale.

Ces recherches sont moins triviales qu’il n’y paraît. Depuis 2013, une étude du New England Journal of Medicine a révélé que les selles de donneurs sains permettent de traiter les diarrhées nosocomiales dues à la bactérie Clostridium difficile. La différence était tellement flagrante entre les patients qui bénéficiaient de « transplantation fécale » (et guérissaient) et ceux qui ne recevaient que de banals antibiotiques (auxquels la bactérie était résistante) qu’il a été jugé « non éthique de poursuivre l’étude », souligne à metronews le gastroentérologue Harry Sokol.

Transplantation fécale

« C’est une question d’écologie intestinale », explique-t-il.

Les antibiotiques détruisent en effet la flore intestinale et, dès que le traitement s’interrompt, la bactérie Clostridium difficile, qui engendre une diarrhée, vient occuper le terrain. C’est là qu’intervient la transplantation fécale. Par le biais d’une sonde nasoduodénale, aussi appelée sonde nasogastrique, d’un lavement ou d’une coloscopie, on introduit une flore bactérienne saine dans l’intestin du malade avec un liquide élaboré à partir de selles fraîches. Plus de place pour que la bactérie s’installe.

La préparation est simple et peu coûteuse :

« On suspend les selles dans du sérum physiologique, puis on les filtre pour enlever les résidus solides afin d’obtenir un liquide. »

Avec une selle (50 à 100 grammes), on obtient 250 à 500 millilitres de liquide. Une batterie de tests est également menée pour s’assurer que les selles du donneur et la flore bactérienne soient saines.

« La sélection et le dépistage des donneurs est ce qui est le plus compliqué. »

Selles fraîches ou congelées

Quid alors des selles congelées ? Si on fait abstraction du dégoût premier, l’administration de ce médicament sous forme de gélule semble moins contraignante qu’un lavement ou une coloscopie. Le spécialiste des transplantations fécales signale toutefois que les personnes âgées, cœur de cible de ces traitements, puisqu’elles sont les premières à être victimes d’infections nosocomiales, risquent d’avoir du mal à déglutir pour les avaler. La voie orale ne doit pas non plus être privilégiée en cas d’infections sévères, surtout si des vomissements y sont attachés.

Il ne faudrait pas non plus oublier que cette bactériothérapie fécale a un champ d’application plus vaste que les diarrhées dues à la bactérie Clostridium difficile. Les personnes atteintes de la maladie de Crohn, d’inflammations de l’intestin ou du syndrome de l’intestin irritable pourraient en bénéficier – le Dr Sokol mène actuellement une étude sur la transplantation de flore chez les malades de Crohn. Mais la congélation induit une altération de la flore bactérienne. Reste d’abord à démontrer l’efficacité de ce traitement dans les meilleures conditions, c’est-à-dire avec des selles fraîches.

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