La cyberdépendance : une dépendance encore méconnue


 

La cyberdépendance est devenue un problème que surtout les jeunes sont atteint, que ce soit sur les médias sociaux, les jeux en ligne. Cependant, ce n’est pas encore reconnu, et il manque des donnés pour bien cerner ce trouble du comportement.. Il  faut encore attendre pour des plans d’actions soient mit en place pour des meilleurs soins
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La cyberdépendance : une dépendance encore méconnue

 

IZUSEK VIA GETTY IMAGES

Agence Science-Presse

Encore aujourd’hui, la cyberdépendance fait l’objet de débats au sein de la communauté scientifique. Bien que de nombreux intervenants en santé mentale traitent des personnes qui ont un usage problématique d’internet et des nouvelles technologies, la cyberdépendance n’est pas reconnue officiellement, d’un point de vue médical. Le Détecteur de rumeurs dresse un portrait de la situation.

Une nouvelle forme de dépendance

Si la cyberdépendance n’a pas encore de statut médical officiel, c’est qu’elle implique l’usage abusif d’une ou de plusieurs technologies qui n’existaient pas il n’y a pas si longtemps : Internet en général, mais aussi jeux multijoueurs en ligne, médias sociaux, séries et films en flux continu sur internet, etc.

C’est aussi parce qu’on a du mal à la définir :

« depuis un certain nombre d’années, les cliniciens observent des cas de cyberdépendance sur le terrain, mais on manque encore de données scientifiques pour bien cerner le phénomène », explique la Dre Karine Igartua, présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec.

Toutefois, les choses évoluent vers une reconnaissance de ce problème, ou d’une partie du problème :

« dans la dernière version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM-V qui date d’il y a deux ans, le trouble du jeu sur internet (internet gaming disorder) est inclus dans une annexe des diagnostics dits à l’étude » indique la psychiatre.

En Europe, la Classification internationale des maladies (CIM-11), l’équivalent du DSM, inclura le vidéo gaming dans la famille des dépendances dans sa prochaine mouture qui sera publiée au printemps 2018.

« Les Européens ont une approche différente de la nôtre. Alors qu’ici, nous incluons toutes les formes de dépendances à internet et aux nouvelles technologies dans le terme cyberdépendance, ils les compartimentent en utilisant une appellation propre à l’application en cause. Le vidéo gaming deviendra donc un diagnostic officiel, mais pas les autres formes de cyberdépendance, par exemple l’addiction aux réseaux sociaux », explique Magali Dufour, directrice des programmes d’intervention en toxicomanie à l’Université de Sherbrooke et chercheure.

Une décision peu surprenante, puisque l’addiction aux jeux vidéo est la forme de cyberdépendance qui a fait l’objet du plus grand nombre d’études.

Une évaluation sur la base de critères spécifiques

Au Québec non plus, le diagnostic de cyberdépendance n’est pas médicalement reconnu. Toutefois, les personnes qui en souffrent et qui demandent de l’aide sont évaluées sur la base de critères d’addiction, comme c’est le cas pour les autres formes de dépendances. Les trois principaux critères sont l’obsession du jeu, la perte de contrôle et la présence de répercussions importantes sur leur vie.

« Nos recherches indiquent que les cyberdépendants perdent le contrôle de leur utilisation d’internet, qui tourne souvent à l’obsession. Ils dépassent les limites de temps qu’ils s’imposent ou qui leur sont imposées, ils y pensent sans arrêt. Leur dépendance entraîne aussi des troubles fonctionnels, comme des conflits familiaux, la perte de sommeil et d’appétit ou l’absentéisme à l’école ou au travail, ainsi qu’une souffrance qui est cliniquement observable », résume Magali Dufour.

Il existe aussi une grille d’évaluation, intitulée l’Internet Addiction Test. Toutefois, ce questionnaire n’est pas un outil parfait puisqu’il s’agit de mesurer un phénomène nouveau, en pleine évolution.

« Nous sommes tous des utilisateurs d’internet et cette technologie a pris beaucoup de place dans nos vies dans les 20 dernières années. On est parfois dans des zones grises pour distinguer un usage exagéré d’internet d’un usage pathologique ».

Un portrait-robot des cyberdépendants encore flou

Ces zones grises rendent difficile l’établissement de statistiques pour évaluer l’ampleur du problème. Les recherches menées par Magali Dufour auprès de 4000 adolescents indiquent qu’environ 1,3 % des jeunes Québécois pourraient souffrir de cyberdépendance.

« Ces jeunes peuvent passer entre 40 et 60 heures par semaine sur internet, alors que chez les adultes cyberdépendants, ça va jusqu’à 66 heures par semaine », explique-t-elle.

Les jeunes qui seraient le plus à risque de développer ce type de dépendance souffrent souvent d’autres vulnérabilités comme l’impulsivité, l’humeur dépressive, l’anxiété, le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Plusieurs ont des relations conflictuelles avec leurs parents. Les périodes de transitions, comme le passage du secondaire vers le cégep, peuvent aussi accentuer le risque.

« Fait étonnant, même si 88 % des jeunes qui sont traités pour une cyberdépendance sont des garçons, nos données indiquent que les filles sont tout aussi à risque d’être cyberdépendantes, mais à d’autres types d’applications. Alors que les garçons sont surtout dépendants aux jeux vidéo en réseau, les filles font plutôt un usage abusif des réseaux sociaux. Pour des raisons que nous nous expliquons mal, elles demandent moins d’aide que les garçons », souligne Mme Dufour.

C’est aussi ce qu’on observe dans les centres de réadaptation qui offrent des traitements à ceux qui ont développé un problème de dépendance. Dans les centres d’hébergement Le Grand Chemin qui accueillent des jeunes de 12 à 17 ans, c’est entre 5 à 7 % de la clientèle qui souffre de cyberdépendance et la grande majorité sont des garçons.

« Pour l’instant, nous traitons surtout des adolescents dépendants aux jeux vidéo multijoueurs en ligne. Mais nous savons que les filles qui ont une utilisation abusive des réseaux sociaux vivent elles aussi des difficultés. Il est donc possible qu’on en accueille davantage dans le futur », estime Miguel Therriault coordonnateur aux services professionnels du Grand Chemin.

En attente d’un plan d’action gouvernemental

Pour l’instant, les centres de traitement des dépendances, comme Le Grand Chemin ou le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal, établissent eux-mêmes les lignes directrices de leurs programmes d’aide aux cyberdépendants.

« On offre le traitement pour la cyberdépendance depuis 2012, les bonnes pratiques d’intervention en dépendance sont reconnues par le gouvernement comme étant efficaces auprès des cyberdépendants. Pourtant, ils ne se retrouvent pas dans l’offre de service officielle du Ministère de la Santé et des Services sociaux », explique Miguel Therriault.

Les intervenants, comme les chercheurs et les cliniciens, espèrent donc que le nouveau plan d’action pour la dépendance du ministère, attendu prochainement, inclura des directives claires sur la cyberdépendance qui permettront de mieux encadrer les soins offerts

http://quebec.huffingtonpost.ca

Le nouveau mal des ados


C’est compliqué l’adolescence, peut-être encore plus aujourd’hui, avec une société changeante, avec les réseaux sociaux. De plus en plus des ados souffrent de détresse psychologique que le personnel de l’école doivent se mettre à jour pour dépister et venir en aide ces jeunes qui ont un mal de vivre
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Le nouveau mal des ados

 

Plein écran(Illustration de Marie Lafrance)

En hausse constante depuis 15 ans, la détresse psychologique liée à l’anxiété chez les jeunes a pris les proportions d’une urgence médicale. Au banc des accusés : la réussite scolaire et les réseaux sociaux.

Par pudeur ou par crainte d’essuyer les moqueries de ses camarades, Alia, 12 ans, parle très rarement de son anxiété. Mais dans le parc où elle a accepté de rencontrer L’actualité, la jeune Montréalaise résume avec lucidité les crises de panique qui ponctuent son quotidien depuis un an. Sa première crise a duré 45 minutes. Pour mettre un terme aux suffocations qui la paralysaient, sa mère l’a conduite à l’hôpital. Diagnostic : anxiété pathologique.

Les médecins ont prescrit des anxiolytiques à Alia, mais ceux-ci ne font guère effet. Alors, elle attend de voir un pédopsychiatre au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, mais il faut plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous. Entre-temps, elle tâche de gérer son anxiété par d’autres moyens.

« Lorsque ma respiration s’accélère et que je commence à manquer d’air, je sais qu’une nouvelle crise s’annonce », explique-t-elle.

Pour calmer le tourbillon des pensées qui asphyxient sa fille, la mère a pris l’habitude de faire jouer dans l’appartement un enregistrement de bruits de la nature. Alors elles se blottissent toutes deux dans le canapé, le temps que le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles aient un effet apaisant. Jusqu’à la prochaine crise.

Alia est loin d’être un cas isolé. En hausse constante depuis 15 ans, la détresse psychologique liée à l’anxiété a pris en 2014 les proportions d’une urgence médicale. Elle toucherait désormais plus du tiers des jeunes, contre 24 % en 2013, selon une étude menée en 2016 par le Centre de toxicomanie et de santé mentale, affilié à l’Université de Toronto, auprès de 10 000 étudiants en Ontario. Et si tous ne se retrouvent pas aux urgences, un sur cinq ressentirait le besoin de recourir à une aide médicale.

Jean-François Bélair, psychiatre et chef du Programme d’intervention intensive de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal, côtoie des adolescents anxieux depuis des années. S’il constate bien la montée de ce phénomène depuis deux ans, il appelle cependant à manier les statistiques avec précaution.

« L’évolution de la pratique de la médecine nous incite à diagnostiquer de plus en plus les troubles mentaux des patients. Il ne faudrait pas basculer dans le surdiagnostic », souligne-t-il.

L’anxiété, explique-t-il, est avant tout un réflexe biologique qui incite à se protéger en cas de situation dangereuse. Elle est naturellement plus réactive dans le cerveau des adolescents, qui accumulent les nouvelles expériences et s’éloignent chaque jour un peu plus du rassurant cocon familial. Cette réaction devient toutefois problématique si elle fait entrave aux activités du quotidien. On parle alors d’anxiété pathologique. Celle-ci se manifeste le plus souvent par des douleurs physiques et par l’évitement de toute situation susceptible d’entraîner le jugement d’autrui. Dans le quotidien d’un jeune soucieux d’esquiver tout ce qui peut mettre à l’épreuve sa confiance en lui-même, des activités aussi banales que traverser la cour de l’école, parler devant la classe ou avec des camarades deviennent de véritables obstacles.

 

Aux premières loges du théâtre de la vie des jeunes, les enseignants doivent apprendre à composer avec l’anxiété d’un nombre croissant de leurs élèves et les accompagner dans la gestion de celle-ci.

« Nous vivons dans une société de performance où les parents ont des attentes élevées, observe Marie-Claude Ratté, de l’école secondaire des Sentiers, à Québec. Les jeunes somatisent régulièrement cette pression en maux de ventre ou de tête ; ils veulent aller aux toilettes ou s’absentent lors des évaluations. »

Johanne Grenier, de l’école primaire Cœur-Vaillant, à Sainte-Foy, note aussi un manque de confiance plus répandu chez ses élèves, qui cherchent à être rassurés, qui paniquent lorsqu’ils doivent exécuter une tâche seuls et essuient quelques larmes si la note obtenue n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Dans son école, où 52 % des élèves sont issus de l’immigration, la pression exercée par les parents est également une source d’anxiété. Certains enfants ont peur de les décevoir et d’être punis.

Plein écran(Illustration de Marie Lafrance)

L’effet Facebook

Au stress lié à la performance à l’école et aux relations sociales s’est ajouté progressivement l’anxiété provoquée chez les jeunes par l’utilisation démesurée des nouvelles technologies : 86 % d’entre eux fréquentent les médias sociaux quotidiennement, un sur cinq passe plus de cinq heures par jour en ligne et un sur huit présente des symptômes de dépendance aux jeux vidéos, selon l’étude menée en 2016 par le Centre de toxicomanie et de santé mentale, affilié à l’Université de Toronto. La même étude révèle qu’en plus d’en subir les conséquences sur leur santé et leur hygiène de vie en général, 22 % deviennent soit victimes de cyberintimidation, soit complexés à force de se comparer aux autres, les filtres du Web donnant l’illusion d’une vie parfaite.

« Les médias sociaux ont une très grande influence sur l’estime que les jeunes ont d’eux-mêmes, explique le Dr Bélair. L’image qu’ils projettent et qu’on leur renvoie a un effet énorme sur leurs sentiments. Si certains trouvent beaucoup de plaisir à échanger sur les médias sociaux et se sentir connectés, bon nombre s’y sentent peu confiants, isolés, à la limite moqués et rejetés. »

Lorsque le réconfort des proches ne suffit pas à raisonner un jeune, les ressources de l’école — groupes d’entraide ou psychologues scolaires — et les services professionnels des CLSC peuvent prendre le relais. Dans les cas plus extrêmes, le jeune doit consulter en clinique externe de psychiatrie ou dans un service d’urgence, où il apprendra à acquérir des mécanismes sains et efficaces pour gérer ses émotions et adopter une pratique modérée des nouvelles technologies.

« La crainte de ne pas réussir encourage même certains jeunes à saboter leur propre travail, comme s’il était plus rassurant de provoquer soi-même un échec plutôt que de le subir », observe le socio-anthropologue de l’adolescence Jocelyn Lachance, professeur à l’Université de Pau, en France, et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet.

 Il observe que dans notre société, où les notions de performance et d’adaptabilité sont de plus en plus présentes, les jeunes doivent se responsabiliser plus rapidement. Si certains savent redoubler d’inventivité, d’autres craignent de ne pas réussir à trouver leur place et s’en trouvent fragilisés.

« Les adolescents sont désormais sommés de grandir dans un monde en transformation permanente. C’est comme si nous leur disions : prépare-toi maintenant pour un monde qui ne sera plus le même demain », explique-t-il.

La popularité des émissions où les participants doivent rivaliser entre eux pour déterminer qui est le plus populaire ou le plus talentueux alimente la pression que certains jeunes se mettent pour « réussir ». 

elon la psychologue Geneviève Taylor, professeure au Département d’éducation et pédagogie de l’UQAM, ces émissions peuvent avoir une portée particulièrement lourde pour les adolescents, qui sont, par nature, psychologiquement plus vulnérables et dont l’estime d’eux-mêmes est plus fragile.

« C’est physiologique ! dit-elle. Notre cerveau se divise en deux parties : l’amygdale, impliquée dans nos émotions, et le cortex préfrontal, qui permet de les réguler. À l’adolescence, lorsque les émotions sont plus exacerbées, le cortex est moins capable de les maîtriser. »

Depuis sa thérapie à l’hôpital de jour de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, Anthony, 14 ans, a appris à reconnaître les moments où son anxiété le pousse à s’isoler pour mieux les affronter. Retranché derrière des jeux vidéos jusqu’à très tard le soir, cet adolescent discret a mis plusieurs mois avant de se rendre compte que sa vie sociale s’était peu à peu déconstruite. Durant sa thérapie, entouré d’une dizaine d’autres jeunes anxieux, il a appris à maîtriser son handicap et, surtout, à le dédramatiser.

Une heure par semaine, les patients de Douglas font le point sur leurs progrès avec leurs parents et un membre du personnel qui les encadre. Ces réunions débouchent toujours sur une série de nouveaux objectifs que le jeune doit atteindre avant la rencontre suivante. Avec son père et Martha, l’assistante sociale qui le suit, Anthony s’engage à mettre en pratique ses apprentissages pour aller jouer dehors avec un ami ou rendre visite à ses cousins de Boston, quels que soient les imprévus qui risquent de survenir et de stimuler son anxiété. Son père est satisfait des progrès que son fils a accomplis en six semaines à l’Institut Douglas. Lui-même anxieux depuis des années, il reconnaît avoir certainement alimenté les angoisses de l’ado en montrant une attitude vulnérable dans des situations peu justifiées. Père et fils repartent avec la résolution de vaincre l’anxiété en dédramatisant en famille les angoisses qu’ils ont souvent jugées honteuses ou stupides, comme traverser un lieu public bondé ou s’exprimer devant un groupe de personnes.

« Il n’est pas rare de voir l’anxiété se transmettre des parents aux enfants, car celle-ci a un caractère héréditaire, comme beaucoup de troubles mentaux », explique le Dr Bélair.

L’enfant reproduit inconsciemment le comportement de ses parents et s’imprègne de leurs angoisses, parfois dès la période in utero, pendant laquelle le fœtus est déjà capable de ressentir les émotions vécues par la mère. La théorie d’une assise génétique à l’anxiété est aussi une explication envisageable, mais elle n’a pas été démontrée scientifiquement. Hors des caractéristiques familiales, le tempérament et l’expérience de vie de chaque adolescent sont déterminants dans son rapport à l’anxiété. D’un jeune à l’autre, un souvenir traumatisant peut aussi bien être évacué illico que générer une anxiété pathologique qui nécessite des soins, parfois indispensables.

Sans thérapie, Marie, 29 ans, n’est pas sûre qu’elle aurait pu surmonter les crises d’angoisse qui gâchaient son adolescence.

« Je pleurais souvent, j’étais toujours anxieuse, se remémore-t-elle. J’avais peur d’être appelée au tableau en classe. Peur de payer à la caisse dans un magasin. Peur de parler devant les gens. Peur de faire rire de moi. Peur d’avoir peur. »

Jusqu’au jour où elle a perdu pied. Ses parents l’ont retrouvée terrée dans sa garde-robe, totalement déconnectée de la réalité, tétanisée par le monde extérieur qu’elle ne voulait plus affronter.

Grâce à une thérapie qu’elle a suivie au centre de jour pour adolescents du pavillon Albert-Prévost, à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, Marie a réussi à se reconstruire… même si elle a longtemps eu honte de cette période sombre de sa vie, de sa maladie impalpable et souvent incompréhensible aux yeux des autres.

« Nous y faisions des jeux, des dessins, de la relaxation, dit-elle. Il y avait même des professeurs sur place pour que l’on continue nos cours. J’ai appris à mieux gérer mon anxiété et je me suis fait des amis. Nous étions des ados différents des autres, mais personne ne se jugeait. »

Prévenir… pour mieux guérir

La lutte contre l’anxiété se répand dans les établissements scolaires, où le personnel est bien placé pour repérer les élèves aux prises avec ce problème de santé et les aider. Le collège public Saint-Louis, à Lachine, en a fait son cheval de bataille il y a déjà une dizaine d’années.

« C’est une priorité inscrite dans notre convention de gestion, explique la directrice, Marthe Blondin. On sensibilise les jeunes, les parents et les enseignants à ce mal, qui, s’il n’est pas traité au plus tôt, accompagnera l’élève tout au long de sa scolarité. »

Certains enseignants ont été formés pour déceler les cas d’anxiété dès le 1er cycle du secondaire. Ils sont régulièrement déchargés d’une partie de leurs tâches pour faire de la prévention dans les classes.

Les élèves de 2e cycle, moins enclins à montrer leurs émotions en public, sont plutôt soumis à un test de dépistage informatisé. Des ateliers de yoga ou des conférences sur l’anxiété leur sont aussi proposés. Les parents sont conviés à ces activités où, chaque mois, des experts viennent transmettre leurs connaissances et outils pour aider les jeunes.

« Si un élève s’avère anxieux, on fera tout pour qu’il reprenne la maîtrise de son quotidien sans que cela nuise à sa scolarité, explique le psychoéducateur Martin Tison, de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui travaille trois jours par semaine au collège Saint-Louis. On lui donne des conseils pour lutter contre ses angoisses, des réflexes à adopter en cas de crise, et on peut même organiser des accommodements avec son professeur. »

Grâce à ses efforts pour briser le tabou de l’anxiété, le collège Saint-Louis a vu le taux d’élèves qui en souffrent passer de 30 % à 20 % ces six dernières années.

« À l’école, nous constatons qu’on peut aborder le sujet plus librement depuis que nous faisons de la sensibilisation. Et les parents se concentrent davantage sur le bien-être de leur enfant plutôt que sur sa réussite scolaire à tout prix », conclut Marthe Blondin.

Au terme de ses mois de thérapie, reprendre la vie normale a été difficile pour Marie.

« On était protégés dans notre bunker, loin des jugements, alors ce n’était pas évident d’en sortir », conclut-elle.

Depuis, elle n’a jamais cessé de consulter chaque semaine son psychologue, consciente qu’il lui faudra toujours travailler fort pour maîtriser son anxiété.

La psychologue Geneviève Taylor, qui est chercheuse au Groupe de recherche et d’intervention sur la présence attentive (GRIPA), prône la présence attentive pour aider les jeunes à combattre l’anxiété. Cette méthode permet de prendre conscience de ses émotions pour mieux les raisonner au lieu de se noyer dans un flot de pensées anxiogènes, phénomène courant à l’adolescence, lorsque le cerveau est en pleine croissance et plus labile, c’est-à-dire susceptible de se transformer. Avec Catherine Malbœuf-Hurtubise, également du GRIPA, Geneviève Taylor a mis au point un programme « clé en main » de huit semaines pour aider les enseignants et les parents à prévenir l’anxiété et la déconcentration.

Ce programme, qui est détaillé dans l’ouvrage Mission méditation : Pour des élèves épanouis, calmes et concentrés (Midi trente, 2016), dont Geneviève Taylor signe la préface, propose des exercices à réaliser en groupe en plusieurs étapes. De la prise de conscience de son corps et de ses sensations à la maîtrise de sa respiration et à la gestion de ses pensées anxiogènes, elle accompagne l’élève vers un état de présence attentive et de maîtrise de ses éventuels accès de stress.

« L’idéal serait d’aller vers une formation automatique des futurs enseignants à la gestion des émotions, explique Geneviève Taylor. En optimisant leurs propres capacités d’autorégulation, ils pourraient, d’une part, prêcher par l’exemple devant leurs élèves et, d’autre part, leur enseigner comment gérer leur anxiété. »

Plus qu’un simple passage de l’enfance à l’âge adulte, l’adolescence est considérée, en anthropologie, comme un analyseur social dont le décryptage permet de prendre le pouls de la société.

« Elle annonce les changements à venir concernant l’identité des personnes », dit le socio-anthropologue Jocelyn Lachance.

Dans cette optique, faire tomber le tabou de l’anxiété adolescente et envisager des solutions pour la prévenir et la soigner constituent un véritable investissement pour la société de demain.

Petit guide de survie

N’hésitez pas à contacter le personnel de votre école : professeur, directeur, psychoéducateur ou psychologue. Votre médecin de famille peut aussi vous aider, tout comme les ressources suivantes :

  • Jeunesse, J’écoute : pour se confier, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Anonyme et bilingue. Numéro sans frais : 1 800 668-6868.

  • Revivre, l’association québécoise de soutien aux personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou bipolaires : 1 866 REVIVRE (738-4873), ou revivre@revivre.org, ou 5140, rue Saint-Hubert, à Montréal.

  • Phobies-Zéro, groupe de soutien et d’entraide pour les personnes souffrant d’anxiété, de troubles paniques, de phobies et d’agoraphobie : 514 276-3105 ou, sans frais, 1 866 922-0002.

    LECTURES UTILES

    Les troubles anxieux expliqués aux parents, par Chantal Baron, « Collection du CHU Sainte-Justine pour les parents », 2001.

    Alex : Surmonter l’anxiété à l’adolescence, par Nathalie Parent, Éditions Midi trente, 2014 (pour les 12 ans et plus).

    Calme et attentif comme une grenouille : La méditation pour les enfants… avec leurs parents (comprend un CD), par Eline Snel, Transcontinental, 2014 (pour les enfants de 5 à 12 ans).

    http://lactualite.com

  • De l’aide pour les accros aux jeux vidéo


    Quand on qualifie de la vie virtuelle est plus satisfaisante que la vie réelle, c’est qu’il y a vraiment un problème, une isolation de la famille, amis et entourage. C’est un signe très clair qu’il faut chercher de l’aide
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    De l’aide pour les accros aux jeux vidéo

     

    Francis, un jeune accro aux jeux vidéo

    Accro aux jeux vidéo Photo : Radio-Canada

    Francis n’avait que 13 ans quand il est devenu accro aux jeux vidéo. Mais grâce à un programme d’aide plutôt méconnu, il est aujourd’hui un jeune homme fier d’avoir repris contact avec le monde réel.

    Un texte de Katherine Tremblay de Remue-ménage

    Lorsque Francis découvre League of legends, un jeu de bataille en ligne multijoueurs, sa vie bascule. Malgré les limites imposées par ses parents, Francis devient littéralement accro.

    Portrait de Francis, devenu accro aux jeux vidéo

    Francis, devenu accro aux jeux vidéo Photo : Radio-Canada

    C’était vraiment au même titre qu’une drogue. C’était une nécessité. Francis

    Prêt à tout pour combattre dans la peau de son personnage, Francis se cache la nuit, fait semblant d’aller à l’école et ment constamment à ses parents. Il va même jusqu’à leur voler de l’argent pour acheter des armes et des pouvoirs à son avatar.

    Portrait de Hélène Bastien, mère de Francis

    Hélène Bastien, mère de Francis Photo : Radio-Canada

    On avait perdu le contrôle. C’était clair qu’on avait un problème. Hélène Bastien, mère de Francis

    Forcer le coffre-fort

    Il est si difficile de contrôler Francis, surtout la nuit, que l’achat d’un coffre-fort pour ranger son iPod, les manettes et les fils semble être la meilleure solution. Mais à l’époque, la volonté de jouer de Francis n’a pas de limites. Il parvient même à forcer le coffre-fort.

    Quand le jeu n’est plus un jeu

    Graduellement, ce sont toutes les sphères de la vie de Francis qui sont affectées. Les relations familiales sont très tendues, il s’isole de plus en plus et ses résultats scolaires sont en chute libre.

    Il faut que tu manges, que tu ailles te laver, que tu t’habilles. Il faut que tu dormes la nuit. Quand le jeu vidéo vient nuire à ça, on a un sérieux problème. Sébastien Labbé, père de Francis

    La cyberdépendance n’est pas reconnue

    Au fil des ans, bien des chercheurs ont souligné les risques de dépendance associés aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux et à l’utilisation générale d’Internet.

    Or, la cyberdépendance n’est toujours pas un diagnostic reconnu dans le DSM-5, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, la bible de la psychiatrie.

    Ce que les spécialistes appellent « trouble du jeu vidéo sur Internet » requiert donc plus de recherches. Le terme cyberdépendant doit être utilisé avec prudence.

    De nombreuses études démontrent que les personnes ayant des troubles mentaux tels que la dépression, l’anxiété ou même le TDA avec ou sans hyperactivité sont plus à risque de développer une dépendance.

    Interventions familiales

    Malgré tout, de plus en plus de personnes se disent cyberdépendantes. Pour répondre à leurs appels à l’aide, 16 centres de réadaptation en dépendance (un par région du Québec) ont décidé d’offrir leurs services.

    On y propose gratuitement des séances d’interventions familiales : des rencontres en présence d’intervenants spécialisés en dépendance. On y préconise une approche qui permet aux parents et au jeune de reprendre le dialogue, souvent rompu par des mois de tension.

    Pour certaines familles, on va établir avec eux à quel moment il va y avoir des espaces de jeu. On va être moins dans l’interdit, plutôt dans créer un espace, mais dans un cadre. Que le jeu prenne sa juste place finalement. Doris Gravel, psychoéducatrice, CISSS de la Montérégie-Ouest

    Un parcours difficile

    Francis a réussi à s’en sortir grâce à une quinzaine d’heures d’interventions familiales échelonnées sur deux ans et demi. Un long cheminement entrecoupé de rechutes, qui témoignent de l’emprise du jeu vidéo.

    Une étude publiée en 2014 dans la revue Santé mentale au Québec nous apprend que ce sont majoritairement des hommes, dans une proportion de 88 %, qui ont recours aux services d’un Centre de réadaptation en dépendance. Selon l’étude, 54 % des participants indiquent que leur vie virtuelle est plus satisfaisante que leur vie réelle.

    Je ne voulais rien savoir du monde réel. Tout ce que je faisais était devenu pénible. C’était devenu un fardeau. Je me disais : « j’ai juste hâte de retourner chez nous et pouvoir aller prendre ma manette ». Francis

    Portrait de Francis qui chante

    Francis a trouvé dans la musique une nouvelle passion. Photo : Radio-Canada

    La réadaptation vise à amener le jeune à diversifier ses jeux vidéo et à varier ses activités. Pour Francis, c’est la musique qui a été sa porte de sortie. Il chante maintenant dans un groupe avec des copains et s’est désintéressé des jeux vidéo. Pas complètement, mais comme il le dit si bien :

    « un jeu devrait rester un jeu. »

    http://ici.radio-canada.ca/

    Quand la technologie conduit à la catastrophe scolaire


    Internet est bien sur récréatif mais aussi éducatif, cependant, il y a des priorités qu’il ne faut pas soustraire que ce soit le travail, l’entourage, l’exercice,  mais aussi quand on construit son avenir
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    Quand la technologie conduit à la catastrophe scolaire

     

    Christian Aubry

    Photo Le Journal de Montréal, Isabelle Maher

    Après avoir été expulsé du cégep qu’il fréquentait alors qu’il vivait un épisode de cyberdépendance, Christian Aubry est fier de constater qu’il arrive maintenant à contrôler son utilisation d’internet.

    Formidable outil de connaissance et d’apprentissage, internet a parfois un côté sombre. Mal utilisé, il peut conduire à l’échec scolaire comme ce fut le cas pour Christian Aubry, chassé de son cégep pour cause de cyberdépendance.

    D’aussi loin qu’il se souvienne, l’ordinateur a toujours fait partie de la vie de Christian Aubry. «Tombé dedans» lorsqu’il était petit, l’étudiant de 24 ans a découvert il y a six ans que l’extraordinaire outil peut aussi devenir une véritable prison.

    «L’ordinateur était dans ma chambre. Peu importe où j’étais, je ne pensais qu’à rentrer chez moi pour naviguer et jouer en ligne. Je ne faisais pas mes devoirs, je séchais les cours. La nuit, je laissais l’ordi allumé, entendre son bruit me rassurait. Lorsqu’il plantait, c’était la panique totale, la fin du monde», se souvient-il.

    Christian avait 18 ans lorsqu’il a reçu une lettre de la direction du Collège Lionel-Groulx où il était inscrit en sciences humaines l’informant qu’il était renvoyé en raison de ses multiples échecs scolaires.

    «Je me doutais bien que ça arriverait. Je coulais dans presque tous mes cours sauf ceux qui ne nécessitaient aucun effort. J’étais moralement détruit», confie-t-il.

    Ses parents ont bien tenté de lui faire entendre raison. Christian leur répliquait que l’ordinateur est «un choix de vie».

    Sur un post-it, sa mère avait écrit le nom et le numéro de téléphone du Centre Dollard-Cormier, l’institut universitaire sur les dépendances. Le bout de papier jaune est longtemps resté collé sur le coin de l’ordinateur du jeune homme.

    «Un jour, j’ai eu le courage d’appeler. Lorsqu’après une première consultation on m’a confirmé que je souffrais de cyberdépendance, ce fut un soulagement. Dehors, j’ai pleuré de joie», raconte Christian qui a alors entrepris ce qu’il qualifie de long travail de reconstruction.

    Confiance en soi

    «Avec l’aide des travailleurs sociaux du centre, j’ai repris confiance en moi, en mes valeurs. J’ai revu mes priorités et comment fonctionnait mon cerveau», relate-t-il.

    Après deux ans de thérapie, Christian fait une meilleure utilisation de l’ordinateur.

    «La grande différence c’est que j’ai d’autres priorités et d’autres plaisirs!»

    En janvier dernier, Christian s’est inscrit en sciences humaines au cégep du Vieux-Montréal où il s’est fixé l’objectif d’obtenir les meilleures notes. Il s’oriente vers le travail social et souhaite intervenir auprès des cyberdépendants.

    «Je sais qu’ils seront nombreux. Je pense qu’ils peuvent profiter de mon expérience», conclut-il.

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    La dépendance aux réseaux sociaux, ça se soigne


    Sommes nous dépendant de la technologie. Avons-nous des moments où nous faisons autre chose que se connecter sur les réseaux sociaux. Il y a un marché qui se commence a offrir des solutions pour se déconnecté que certaines entreprises ou même des écoles seront surement intéressé
    Nuage

    La dépendance aux réseaux sociaux, ça se soigne

     

    Marianne BARRIAUX

    Vous n’en pouvez plus de vérifier votre téléphone intelligent toutes les trois minutes dans l’attente fébrile d’un courrier électronique ou d’un SMS? Le surmenage numérique vous menace?

    Les thérapies contre la dépendance aux nouvelles technologies se développent, du papier peint anti-wifi aux vacances 100% hors ligne.

    «Les gens se connectent sans arrêt, partout, dans toutes les positions – au lit, au restaurant, dans les salles d’attente», constate Remy Oudghiri, directeur de l’institut de sondage français Ipsos et auteur d’un livre sur la cyberdépendance.

    Les écrans ont colonisé les années 2010. Aux États-Unis, près de la moitié des adultes disposent d’un téléphone intelligent, et plus d’un tiers arborent une tablette numérique.

    «Ce surgissement soudain des possibilités infinies de connexion, après une période initiale d’enthousiasme, conduit chaque utilisateur à réfléchir sur la façon de savourer l’existence tout en profitant de leur connexion. La question se pose de savoir comment éviter la dépendance», ajoute M. Oudghiri.

    Des chercheurs français ont créé un papier peint spécial qui bloque la transmission des ondes wi-fi. Un fabricant, Ahlstrom, envisage de lancer ce produit sur le marché l’année prochaine.

    L’intérêt est grand, en particulier dans les écoles pour empêcher les élèves et les étudiants de passer trop de temps pendus à leur téléphone pendant les cours, d’après un porte-parole de cette société.

    D’après une enquête d’Ipsos, près d’un tiers des Français éprouvent le besoin de déconnecter, et des tendances comparables se dégagent dans d’autres pays.

    En 2006 déjà, Ipsos avait mis en avant que 54% des Français avaient le sentiment de passer moins de temps ensemble en raison des avancées des nouvelles technologies. Et le chiffre est passé à 71% l’année dernière.

    «Désintoxication numérique»

    Dans le secteur du tourisme, des hôtels se sont engouffrés dans le créneau de la «désintoxication numérique».

    La chaîne hôtelière Westin à Dublin par exemple propose à ses clients de remettre leurs téléphones intelligents et leurs tablettes à la réception. L’hôtel leur offre aussi un kit pour planter un arbre et un jeu de société. Le prix: 175 euros la nuit.

    D’autres sociétés ont élaboré d’autres formules. L’Américain Digital Detox organise ainsi des retraites sans internet dans des coins isolés des États-Unis ou des pays comme le Cambodge.

    «Cela fleure bon le marketing» pour Thierry Crouzet, un blogueur qui a volontairement déconnecté pendant six mois. «Il y a des tas d’endroits qui sont tranquilles. Vous n’avez pas besoin de réserver un voyagiste pour le Pôle Nord».

    Ce journaliste de 49 ans a écrit un livre sur son expérience intitulé «J’ai débranché», après avoir subi ce qu’il appelle un «surmenage numérique» à force de vérifier la nuit ses courriers électroniques, blogues et comptes Twitter.

    «Je vois beaucoup d’amis blogueurs qui lèvent le pied. Presque tout le monde s’arrête un peu. Nous prenons conscience que la technologie ne nous nourrit pas», ajoute-t-il.

    Dans le monde du travail, des entreprises prennent aussi les devants pour que leurs salariés ne soient pas reliés à la toile 24 heures sur 24.

    Le fabricant automobile allemand Volkswagen, par exemple, a décidé de ne plus envoyer de courriers électroniques à ses salariés de 18h15 à 07h00.

    Et pour ceux qui ne peuvent décidément pas résister à l’appel des réseaux sociaux, le site anti-social.cc propose un logiciel qui bloque l’accès aux sites qui vous déconcentrent et vous empêchent d’être efficace au travail, moyennant 15 dollars.

    Les cures de désintoxication d’internet commencent à fleurir aux États-Unis, par exemple avec reSTART, qui se présente comme la première offre d’un programme de retraite anti-internet aux États-Unis.

    D’après son site, la plupart des cas traités ont entre 18 et 28 ans, et éprouvent des difficultés pour finir leurs études en raison d’une utilisation intensive d’internet. D’autres ont du mal à établir ou maintenir des relations sociales normales dans la vie réelle.

    «Je n’utiliserais pas le mot dépendance», conclut M. Oudghiri, le spécialiste d’Ipsos. «Ce n’est pas la même dépendance qu’à la drogue: vous pouvez vous en libérer plus facilement»

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    Plus de pédophiles, mais une traque plus intensive


    On dirait qu’il y a des pédophiles partout. Est-ce qu’ils sont plus qu’avant ? L’être d’Internet donne t’il un outil pour les cyberprédateurs pour échanger avec d,autres semblables des photos de victimes mineurs ? Peut-On en venir a bout ?
    Nuage

     

    Plus de pédophiles, mais une traque plus intensive

     

    ILLUSTRATION: LA PRESSE

     

    Anabelle Nicoud
    La Presse

    Plus de signalements, plus d’accusations. Au cours des dernières années, le phénomène des cyberprédateurs sexuels et des consommateurs de pornographie juvénile, loin de s’essouffler, a pris de l’ampleur, démontrent des chiffres compilés entre 2009 et 2011 par le Centre national de coordination contre l’exploitation des enfants de la GRC (CNCEE), que La Presse a obtenus.

    > En graphique: La chasse aux pédophiles, cliquer sur l’image pour agrandir

    Des pédophiles cachés derrière les écrans d’ordinateurs et de téléphones intelligents? L’image est toujours d’actualité. Pire: au cours des dernières années, la pornographie juvénile se fait de plus en plus violente.

    «Les choses qu’on voit ici sont épouvantables, dit Bob Resch, officier responsable des opérations du CNCEE. Les sévices sur les enfants sont beaucoup plus violents, explicites, visuels et audio.»

    Créé en 2004 par le gouvernement fédéral pour contrer l’exploitation sexuelle des enfants au Canada, le CNCEE travaille en collaboration avec les corps de police canadiens, mais aussi internationaux, comme Interpol ou Europol.

    Au cours des trois dernières années, le CNCEE a reçu un nombre grandissant de plaintes, de signalements et de demandes d’aide, en grande majorité pour des sites web comportant de la pornographie juvénile et des infractions liées à la pornographie juvénile.

    En 2009, le CNCEE en recensait plus de 3000. Un an plus tard, ce sont plus de 4974 plaintes et signalements qui ont été déposés au CNCEE et 3491 pour les trois premiers trimestres de l’année 2011.

    Ces signalements peuvent provenir de différents corps de police internationaux et nationaux, mais aussi du site cyberaide.ca

    Les corps de police prennent en effet les menaces et l’exploitation dont les enfants sont victimes très au sérieux. Au Québec, province où le CNCEE confie le plus d’enquêtes au Canada après l’Ontario, la Sûreté du Québec a ainsi annoncé au printemps l’ajout d’une vingtaine de policiers à son escouade spécialisée dans la recherche de cyberpédophiles et le démantèlement de réseaux pédophiles.

    De plus en plus d’accusations

    Au cours de la dernière décennie, une nette tendance à la hausse du nombre de personnes accusées de pornographie juvénile et de leurre s’est dessinée au Canada.

    En 2003, moins de 200 personnes ont été accusées d’infractions de pornographie juvénile dans tout le pays. Sept ans plus tard, elles ont été un peu plus de 500 à répondre à des accusations de ce type.

    Les accusations de leurre ont elles aussi grimpé au cours des dernières années. Moins de 10 personnes ont été visées, en 2003, par ce type d’accusation. En 2010, ils étaient près d’une centaine.

    «On sait que la pédophilie n’est pas un phénomène nouveau. Le problème, avec l’internet, c’est que le criminel a un certain sentiment d’anonymat et de distance. Ils ont l’impression qu’ils ne se feront pas attraper», observe Marc-André Léger, chargé de cours à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la sécurité informatique.

    «La cyberdépendance et les problèmes liés au cybersexe sont de plus en plus importants: ça ne va pas en diminuant. Mais d’un autre côté, on attrape de plus en plus de [prédateurs] grâce aux outils de sensibilisation et de dénonciation. Les enquêtes débouchent sur des arrestations», poursuit M. Léger.

    Le nombre grandissant de signalements comme de mises en accusation témoigne aussi d’une sensibilité accrue du public et des policiers à l’égard de la production et de la consommation de pornographie juvénile virtuelle.

    On peut penser notamment au succès, aux États-Unis, de l’émission de télé To Catch a Predatoret, au Québec, aux récents reportages de l’émission J.E., de TVA.

    «Ce qui change, c’est qu’on peut identifier ce qui se partage aujourd’hui sur les ordinateurs. Avant, il n’y avait pas de façon de partager des photos pornographiques. Aujourd’hui, on a des méthodes de communication plus efficaces que par le passé», souligne M. Resch.

    La supervision parentale, meilleur outil de lutte

    Depuis la fin des années 90, l’organisation à but non lucratif Enfant-Retour a donné des ateliers de prévention à plus de 150 000 enfants du Grand Montréal. Mais selon Pina Arcamone, directrice générale, aucun outil ne remplace la supervision parentale.

    «Il faut prendre le temps de connaître nos jeunes, de voir quels sites ils fréquentent», explique-t-elle.

    C’est aussi aux parents qu’Enfant-Retour offre des ateliers de formation pour les tenir à jour sur les dernières évolutions technologiques. «Avant, on pouvait mettre l’ordinateur de famille dans une salle accessible. Mais maintenant, les jeunes peuvent se brancher partout, grâce à leur téléphone. Il faut alors s’assurer que l’enfant va appliquer les mêmes règles de sécurité.»

    – Avec la collaboration de William Leclerc

    http://www.lapresse.ca