Où vont les « continents » de déchets plastiques des océans ?


Le plastique qui fut une révolution est devenu un vrai cauchemar pour l’océan. Il suffit d’une tempête avec de grands vents pour que des déchets se retrouvent dans les mers, sans compter ceux qui jettent leurs ordures sans égard à l’environnement
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Où vont les « continents » de déchets plastiques des océans ?

 

Ces sacs sont des méduses pour de nombreux animaux, en particulier les tortues, comme nous le rappelait l’association Surf Rider avec cette image. La vitesse de fragmentation et le destin océanique de cette matière plastique restent encore mal connus. © Surfrider

Ces sacs sont des méduses pour de nombreux animaux, en particulier les tortues, comme nous le rappelait l’association Surf Rider avec cette image. La vitesse de fragmentation et le destin océanique de cette matière plastique restent encore mal connus. © Surfrider

Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

Flottant en surface sur les océans du globe et se désagrégeant, les déchets de matière plastique s’accumulent dans cinq zones. C’est ce que montre une vidéo de la Nasa, réalisée en images de synthèse grâce à 35 ans d’observations de bouées et à un modèle reproduisant les courants océaniques. Les résultats des deux sont semblables et permettent de mieux appréhender cette pollution.

Où vont les déchets de matière plastique qui flottent dans l’océan ? Ils se concentrent en «continents de plastique », explique-t-on depuis des années pour désigner d’immenses zones où, poussés par les courants océaniques, ils s’accumulent inexorablement au milieu de gyres, ces grandsmouvements tournants de l’eau de surface. L’expression mérite les guillemets car personne ne pourrait marcher sur ces continents et ils sont même invisibles. Au fil de leur périple en surface ou à faible profondeur, les morceaux de plastiques, en effet, se désagrègent et leur taille moyenne diminue considérablement, jusqu’à devenir microscopique. Quelle qu’en soit la dimension, cependant, ils constituent des polluants quand des sacs sont ingurgités par des tortues de mer ou quand des larves planctoniques ingèrent des petites particules.

De multiples observations, comme, par exemple, les missions Tara ou l’expédition Septième continent, ont étudié, voire médiatisé, ce phénomène. Une équipe de la Nasa a réalisé un travail théorique pour déterminer quels chemins peuvent prendre ces déchets flottants au fil des années. Leur travail vidéo vient d’être exposé lors du salon Siggraph 2015, dédié depuis 42 ans à image numérique, qui s’est tenu ce mois d’août à Los Angeles, aux États-Unis. L’équipe a utilisé les données de la NOAA, et notamment ce suivi de bouées équipées de moyens radio et suivies par satellites, pour étudier les courants océaniques. Depuis 35 ans, des salves de largages ont permis d’affiner les données que les chercheurs de la Nasa ont corrigées pour faire de ces bouées, en quelque sorte, des simulateurs de déchets.

Les trajectoires observées de bouées (en blanc) et celles, simulées sur ordinateur, de petits déchets se déplaçant à 0,25 m/s (en bleu) sur une période de 2.188 jours, soit 6 ans. Les deux sources fournissent le même résultat : une accumulation dans les régions centrales du Pacifique nord et sud, de l’Atlantique nord et sud et de l’océan Indien. © Nasa, NOAA

Les déchets s’accumulent dans cinq régions océaniques

Comme expliqué dans le communiqué présentant les vidéos, les bouées ne sont pas toutes lancées en même temps et beaucoup sont larguées les unes après les autres, à quelques heures d’intervalles, par des bateaux suivant des routes à peu près rectilignes, ce qui fait apparaître des alignements artificiels. De plus, les bouées ont des durées de vie en mer très variables. Ce travail fait, les chercheurs obtiennent des trajectoires de bouées qui seraient lâchées en même temps en de multiples endroits du globe. Le résultat est visible sur la vidéo incluse dans cet article, où les points blancs représentent ces bouées.

L’équipe de la Nasa a également réalisé une simulation informatique à l’aide du modèle ECCO-2(Estimating the Circulation and Climate of the Ocean, Phase II) qui reproduit les courants océaniques mondiaux, du moins ce que l’on connaît. Dans cet océan mondial virtuel, ils ont ajouté des déchets de matière plastique (les points bleus) et laissé passer le temps, sur six années. Le résultat reproduit assez exactement les trajectoires des bouées avec une accumulation dans cinq régions centrales de l’océan Pacifique, de l’Atlantique et de l’océan Indien.

C’est dans ces régions qu’il faudra procéder à l’essai du système original imaginé par le jeune Hollandais Boyan Slat, baptisé Ocean Clean Up, pour récupérer ces polluants. En mai dernier, cet inventeur obstiné l’avait annoncé pour 2016. Sans nommer le projet, les auteurs de l’étude estiment illusoire la récupération de telles quantités de particules minuscules disséminées sur de telles surfaces. La solution, bien sûr, est d’éviter de considérer l’océan mondial comme une grande poubelle.

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À la conquête du «continent de plastique»


Un 7 ème continent fait de débris de plastique qui pour le moment n’intéresse que les scientifiques et écologiste, car cela n’entraine pas encore de problème pour le tourisme ou le commerce navale. Pourtant, ce problème risque d’empirer si rien n’est fait sans compter que pour les poissons, baleines et tout ce qui vit dans la mer peut subir de graves conséquences d’une pollution créer par l’homme
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À la conquête du «continent de plastique»

 

Au total, des millions de tonnes de déchets... (Photo archives Reuters)

Au total, des millions de tonnes de déchets venus des côtes et des fleuves flottent dans les cinq principaux gyres répartis dans tous les océans, la force centripète aspirant lentement les détritus vers le centre.

PHOTO ARCHIVES REUTERS

LAURENT BANGUET
Agence France-Presse
Paris, France

Un an après une tentative avortée, une expédition va repartir fin mai à l’assaut du «7e continent», une gigantesque plaque de déchets plastiques flottant sur l’océan Pacifique, plus grande que l’Inde mais encore largement méconnue.

À l’origine de l’expédition «7e continent», l’explorateur français Patrick Deixonne, 48 ans, avait découvert en 2009 le phénomène lors de sa participation à une course en solitaire à l’aviron.

«Je voyais tous ces déchets plastiques qui dérivaient autour de moi. Ca m’étonnait et je me suis demandé:  »mais ça va où tout ça? »», explique à l’AFP M. Deixonne à l’occasion d’un passage à Paris pour préparer son aventure.

Revenu à terre, l’ancien sapeur-pompier de Guyane (territoire français en Amérique du Sud) se documente et trouve la réponse: ces déchets plastiques s’amalgament au point de rencontre de courants marins qui s’enroulent sous l’effet de la rotation de la Terre et forment un immense vortex appelé «gyre».

Au total, des millions de tonnes de déchets venus des côtes et des fleuves flottent dans les cinq principaux gyres répartis dans tous les océans, la force centripète aspirant lentement les détritus vers le centre.

Problème pour les scientifiques, cette «soupe» est essentiellement composée de microdéchets de plastique décomposé en suspension sous la surface de l’eau, parfois sur 30 mètres de profondeur. Très difficilement détectable par les observations satellites, elle est seulement visible depuis des bateaux.

Selon le CNES, l’agence spatiale française qui parraine la mission «7e continent», le vortex du Pacifique nord, entre la Californie et Hawaï, est l’un des plus importants de la planète, avec une surface d’environ 3,4 millions de km2.

Mais la plaque de déchets qui y flotte est «située dans des eaux peu concernées par la navigation marchande et le tourisme, le problème n’intéresse que les écologistes et les scientifiques», déplore Patrick Deixonne.

Cartographier les zones polluées

Depuis sa découverte fortuite par l’océanographe américain Charles Moore en 1997, cette nappe de débris plastiques n’a fait l’objet que de quelques études visant à étudier l’impact de la pollution sur les océans et leur faune.

Membre de la Société des explorateurs français, Patrick Deixonne souhaite donc médiatiser cette «catastrophe écologique» en se rendant sur place pour en rapporter observations scientifiques et images.

L’expédition doit partir le 20 mai d’Oceanside (sud de la Californie) pour mettre le cap sur le gyre «en effectuant tout le long du parcours des mesures pour comparer la concentration et la nature des déchets», explique-t-il.

Grâce au guidage satellitaire fourni par ses partenaires, il compte rallier en six à sept jours la zone ayant la plus forte concentration de déchets, à environ un millier de milles nautiques des côtes.

Un capteur réalisé par des élèves ingénieurs de Toulouse avec le CNES sera également testé dans une bouée dérivante. Il doit permettre de distinguer dans l’eau les plastiques des planctons et autres particules vivantes, puis à terme de cartographier les zones polluées grâce à l’imagerie satellite, ce qui serait une première mondiale.

Ironie du sort, l’expédition programmée en mai 2012 avait capoté en raison d’incidents en série impliquant notamment des déchets plastiques.

Avant même le départ de Californie, un sac plastique avait bloqué la pompe à eau de la goélette de 1938 affrétée par Patrick Deixonne. Puis des débris d’un filet de pêche en nylon avaient brisé son gouvernail dans le Golfe du Mexique.

«Des problèmes de plus en plus courants dans cette partie du monde, et qui touchent de façon récurrente les plaisanciers californiens», assure le Guyanais.

Sensibles à cette pollution plastique et aux déboires de Patrick Deixonne en 2012, le Yacht Club d’Oceanside a décidé cette année de s’associer à l’expédition en mettant gracieusement à sa disposition un puissant bateau à moteur et trois membres d’équipage.

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