Au volant depuis des décennies Le métier de chauffeur de taxi a beaucoup changé en 50 ans


Je lève mon chapeau au chauffeur de taxi surtout ceux de nuit ou le danger est encore plus grand dans les grandes villes. Ce n’est pas un métier facile, ni assuré d’avoir un bon salaire au bout de la semaine … Sans compter qu’il y a des mauvais clients et qu’avec la compétition avec les années c’est du chacun pour soi
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Au volant depuis des décennies

Le métier de chauffeur de taxi a beaucoup changé en 50 ans

 

Le métier de chauffeur de taxi a beaucoup changé en 50 ans

Crédit photo : Agence QMI

Marcel April conduit tes taxis depuis 53 ans.

Par Laurent Dionne

Parfois plus qu’un simple taxi, le véhicule de Marcel April, qui sillonne les rues de Montréal depuis 53 ans, change de vocation au fil des soirs. Cabinet de psychologue pour certains, chambre d’hôtel pour d’autres, ou même toilettes publiques pour des clients «indésirables». Le chauffeur en a vu de toutes les couleurs durant sa carrière.

«J’ai commencé en 1959, j’avais 19 ans. Ça prenait 21 ans pour avoir le permis de taxi, alors mon ami m’a dit de dire que j’étais né en 1938 au lieu de 1940. Dans ce temps-là, ils ne vérifiaient pas vraiment», s’est remémoré M. April.

L’homme à la chevelure et à la barbichette blanches a reconnu qu’il n’avait conduit que quelques fois avant de passer l’examen.

Bien des choses ont changé depuis le début de sa carrière et de sa première Ford 1959.

«Avant, les compteurs étaient mécaniques. Ça partait à 35 cennes et il fallait sûrement un quart de mille avant qu’il tombe à 45 cennes», a-t-il expliqué.

Selon lui, une course qui coûtait 9,50 $ lorsqu’il a débuté dans le métier pourrait facilement grimper jusqu’à 80 $ aujourd’hui.

Au cours de toutes ces années de service, M. April en a passé 40 à travailler de nuit. Puisque la clientèle diffère selon la période de la journée, il a su développer quelques trucs pour s’assurer de ne pas embarquer des clients trop affectés par l’alcool.

«Quand ils me font signe, je m’arrête toujours quelques autos plus loin. Puis, je regarde dans mon miroir pour voir s’ils n’ont pas les culottes trempées», a-t-il confié en riant.

Les secteurs dangereux

Malgré tout, M. April a eu son lot d’expérience avec de mauvais clients. Certains ont déjà uriné dans son taxi, tandis que d’autres, fâchés, ont déjà frappé ses vitres et sa voiture. Certains ont même laissé libre cours à leurs ébats amoureux en plein trajet.

«Il y avait un gars avec une fille en arrière et je voyais bien ce qui se passait. J’ai demandé au gars de ne rien salir et il m’a dit de ne pas m’en faire», a raconté M. April, sourire en coin.

Malgré ces quelques incidents, personne ne s’en est jamais pris physiquement à lui. La prudence reste la meilleure solution, selon lui.
Certains secteurs de la métropole requièrent d’ailleurs plus de vigilances, que d’autres d’après-lui, le centre-ville par exemple, aux alentours de la rue Crescent et du boulevard Saint-Laurent, ainsi que le quartier Côte-des-Neiges.

Après toutes ces années, Marcel April ne compte pas délaisser la route de sitôt. Il aimerait même devenir chauffeur d’autobus interurbain afin de voir du pays.

Histoires de chauffeur

En hiver, durant une tempête de neige, il a embarqué un homme qui lui a demandé de le conduire à l’hôpital. Au beau milieu du trajet, l’homme, qui était assis en avant, est tombé sur l’épaule de M. April et ne répondait plus. En arrivant à l’hôpital, une infirmière lui confirme sa crainte : son client était décédé sur son épaule.

Lors d’une journée comme les autres, une femme d’affaires âgée dans la cinquantaine embarque dans le taxi de M. April.

 «Vous allez rouler vers l’ouest, je vais vous raconter tous mes problèmes, et vous allez me débarquer à la même place où vous m’avez pris après», lui a-t-elle dit.

M. April s’exécute. Pendant une heure, la dame lui raconte tous ses problèmes familiaux, notamment que personne ne l’écoute à la maison.

«Elle pleurait. Elle m’a conté toutes ses histoires de famille. À la fin, elle m’a donné 100 $, même si la course n’avait coûté que 50 $. On devient psychologue en quelque sorte des fois dans ce métier-là», a-t-il conclu.

Avant, lorsqu’un chauffeur était pris à partie par des clients, un seul appel radio suffisait pour que plusieurs autres chauffeurs débarquent sur place en quelques minutes, selon lui. Il paraît même que des chauffeurs en sont venus aux coups avec des clients qui essayaient de s’en prendre à un chauffeur. Malheureusement, a déploré Marcel April, l’industrie du taxi a bien changé au cours des dernières années.

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