Certains contes de fées remonteraient à la Préhistoire


Est-ce que certains contes ont pour leur origine l’Âge de bronze ? Possible, mais peut-être difficile à être totalement sûr. Cependant, certains des contes que l’on raconte à nos enfants sont transmit par des traditions orales dans divers pays et leur origine pourraient être plus anciens que l’on croit
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Certains contes de fées remonteraient à la Préhistoire

 

Illustration du conte de "La Belle et La Bête", par Walter Crane, en 1874. CREDIT: Walter Crane

Illustration du conte de « La Belle et La Bête », par Walter Crane, en 1874. CREDIT: Walter Crane

Par Bernadette Arnaud

L’étude phylogénétique de plusieurs contes populaires suggère que leur origine serait beaucoup plus ancienne que l’on imaginait.

ÉTUDE. Barbe bleue, Peau d’Ane… Les contes de fées ne s’adressent pas qu’aux enfants. Ils intéressent aussi les scientifiques. Et deux chercheurs ont eu l’idée de rechercher l’origine de ces récits merveilleux peuplés d’êtres surnaturels. Résultat : certaines fables remonteraient… à l’Age du Bronze ! La Belle et la Bête pourrait ainsi être née il y a 4000 ans, alors que le thème de Faust,présent dans Le forgeron et le diable, de Hans-Christian Andersen, serait vieux de 6000 ans. C’est du moins la conclusion d’une étude publiée dans The Royal Society Open Science par deux anthropologues, Sara Graça da Silva, de l’université de Lisbonne (Portugal), et Jamshid J.Tehrani, de l’université de Durham (Angleterre).

Les chercheurs ont fait appel aux méthodes statistiques et phylogénétiques comparatives habituellement utilisées en biologie de l’évolution pour analyser les relations existant entre des contes. Ils ont ainsi réunis 275 contes qu’ils ont réduit à 76 structures de base – certains contes n’étant que des variantes – dont ils ont étudié l’évolution au sein des langues indo-européennes. Les deux spécialistes sont ainsi parvenus, en construisant un arbre des contes, à établir que plusieurs d’entre eux, issus de lointaines traditions orales, étaient bien antérieurs aux époques supposées de leur apparition dans la littérature, à savoir généralement l’époque de la Renaissance au 16e siècle. Les chercheurs rappellent d’ailleurs que les frères Grimm, auteurs de nombreux contes au 19e siècle, étaient eux-mêmes convaincus des origines proto-indo-européennes de certaines fables traditionnelles allemandes qu’ils avaient compilées.

Une méthodologie qui pose problème

Un résultat qui laisse cependant l’historien Jean-Paul Demoule sceptique, non sur les datations mais sur la méthodologie.

« L’idée qu’il existe des thèmes narratifs anciens plongeant dans la préhistoire est tout à fait acceptable, tout comme le fait que ces contes se transmettent de génération en génération. Toutefois, la structure généalogique n’est pas la seule possible », explique le professeur de protohistoire européenne à l’université de Paris 1 et à l’Institut universitaire de France.

« Avoir imposé une structure arborescente pour classer des contes les uns par rapport aux autres, en estimant ensuite la durée de chaque branche, sans expliquer quel a été le moyen de mesure utilisé, pose problème. Même en génétique cela reste discuté », poursuit Jean-Paul Demoule.

PRÉCÉDENT. Faisant référence à une étude antérieure de 2013, le chercheur affirme que les résultats obtenus par une autre équipe nuancent fortement les propos de Sara Graça da Silva et Jamshid J.Tehrani.

En classant 700 variantes du conte Les Fées, de Charles Perrault, retrouvées dans la plupart des langues indo-européennes « et » non-indo-européennes (basque, turc, estonien, finnois, ou langues finno-ougriennes de Russie), cette autre recherche a abouti à la création d’un graphique d’où ont émergé cinq grands groupes correspondant à cinq grandes zones géographiques.

« Si les contes se sont transmis de génération en génération, on voit bien qu’ils circulaient aussi dans tous les sens dans l’étroite péninsule européenne », ajoute Jean-Paul Demoule.

« Le raisonnement des deux auteurs, qui a consisté à ne prendre que des contes dans des langues indo-européennes peut avoir constitué un biais », ajoute-t-il.

« Ces contes n’existent pas que dans les langues indo-européennes, ils existent aussi ailleurs. Analyser tous les contes connus, dans toutes les langues de l’Europe est un travail qui reste à faire », conclut le protohistorien.

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Le Saviez-Vous ► Il était une fois La véritable histoire des contes de fées


Les contes pour enfants que nous connaissons tous n’ont pas tous été magiques et ne finissaient pas très bien. Ces contes étaient sans doute une représentation de la vie difficile que vivaient les gens a cette lointaine époque
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Il était une fois La véritable histoire des contes de fées

 

« Il était une fois… » les contes. Récits merveilleux qui divertissent chaque génération d’enfants, les contes d’aujourd’hui n’ont pourtant rien à voir avec leurs ancêtres moyenâgeux.

« Les premières traces de contes datent du 12e siècle environ, explique Catherine Velay-Vallantin, maître de conférence à l’EHESS et auteur d’une Histoire des contes.

Les prédicateurs franciscains et dominicains les utilisaient notamment pour illustrer leurs prêches.

 » Mais ce sont surtout les conteurs qui font vivre la tradition. Ils vont de foyer en foyer pour raconter des histoires et rassembler près du feu les parents et les enfants, divertissant les premiers et effrayant les seconds.

Dès cette époque, trois exigences caractérisent le conte, qui demeure une tradition orale: concision narrative, inventivité esthétique, et logique. Il faudra attendre Charles Perrault au XVIIe siècle pour voir l’émergence d’un genre littéraire spécifique.

La vie est cruelle

Les versions originales sont bien plus violentes que leurs transpositions actuelles.

« Le soleil, la lune et Thalie, le récit à l’origine de la Belle au bois dormant, remonte au 14e siècle, raconte Catherine Velay-Vallantin. Pour résumer, c’est l’histoire d’un viol. Le prince est déjà marié et viole la princesse dans son sommeil. Elle donne naissance à des jumeaux qui, cherchant son sein, suce son doigt et retire l’écharde qui la maintenait endormie. Elle se réveille alors et constate l’ampleur du désastre. »

Les contes, à l’époque, se finissent souvent mal et sont empreints de violence, en écho à l’existence difficile des paysans. Ils confirment que la vie est cruelle.

« Il existe quand même des contes pour enfants », tempère la chercheuse. Le conteur s’adapte à son public et ne choisit pas toujours la version la plus tragique. Les contes de « randonnées » ont un but didactique : apprendre à compter aux enfants. « Ils enseignent la logique », résume Catherine Velay-Vallantin.

Un premier adoucissement des histoires se produit avec Charles Perrault, au public bourgeois, qui commence à s’inquiéter des répercussions sur les enfants. Exclu de la Petite Académie par Colbert, Perrault connaît de sérieuses difficultés financières. Il écrit pour revenir à Versailles et choisit délibérément les versions les plus édulcorées pour répondre aux exigences morales de l’Eglise.

« Charles Perrault est considéré aujourd’hui comme un bon père de famille, s’amuse Catherine Velay-Vallantin, alors que c’était un carriériste, et certainement pas un pédagogue. »

En leur temps, les ouvrages de Perrault et ceux des frères Grimm ont rencontré un succès phénoménal. Presque autant lu que la Bible, ils ont été traduits et diffusés dans toute l’Europe.

Le monde de la recherche s’est penché sur leur richesse et continue à le faire. Du psychanalyste Bruno Bettelheim au sociologue Jack Zypes, en passant par les revues d’universitaires telles que La Grande Oreille. On peut être chercheur et avoir su garder son âme d’enfant. 

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Enquête sur les origines du petit chaperon rouge


Qu’est-ce que la biologie, les mathématiques ont affaire avec le petit Chaperon rouge … Et bien, ils ont probablement trouvé l’origine de ce conte qui serait en fait une variante d’un autre conte connu
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Enquête sur les origines du petit chaperon rouge

 

Amanda Seyfried a incarné le petit chaperon rouge... (Warner Bros.)

Amanda Seyfried a incarné le petit chaperon rouge dans un film américain sorti en 2011.

WARNER BROS

Agence France-Presse
Washington

Des scientifiques sont remontés aux origines du petit chaperon rouge, l’un des contes populaires les plus anciens, en s’appuyant sur un modèle mathématique utilisé par les biologistes pour étudier l’évolution des espèces.

Ils ont ainsi pu ainsi clore un vieux débat en démontrant que Le petit chaperon rouge avait bien les mêmes racines qu’un célèbre conte allemand, Le loup et les sept chevreaux, mais était devenu une histoire différente.

Reconstruire l’évolution d’un conte, c’est «faire le travail d’un biologiste qui montre par exemple que les humains et les grands singes partagent un ancêtre commun mais ont évolué dans des espèces distinctes», explique l’anthropologue britannique Jamie Tehrani, de l’Université Durham au Royaume Uni.

Son étude, publiée mercredi dans la revue scientifique américaine PLOS ONE, retrace la genèse et le cheminement dans le temps et les lieux de contes et croyances populaires pour apporter un nouvel éclairage sur les mouvements de populations dans l’histoire humaine.

Cette étude révèle que Le loup et les sept chevreaux remonte probablement au 1er siècle de l’ère chrétienne donnant naissance mille ans après à une variante devenue Le petit chaperon rouge.

Le loup et les sept chevreaux, populaire en Europe et au Proche-Orient, est l’histoire d’un loup déguisé en «mère chèvre» pour dévorer ses petits. Dans le petit chaperon rouge, le loup mange une petite fille après avoir pris l’apparence de sa grand mère.

Le petit chaperon rouge figurait dans les ouvrages, célèbres en Allemagne, des frères Grimm publiés au 19e siècle. Cette version était basée sur celle écrite au 17e siècle par le français Charles Perrault.

Celui-ci s’était inspirée d’un conte plus ancien transmis par la tradition orale en France et en Autriche.

Il en existe de nombreuses variantes en Afrique et en Asie comme par exemple le tigre grand-mère au Japon, en Chine et en Corée.

Pour retrouver les origines du conte, Jamie Tehrani a soumis 58 variantes à une analyse phylogénétique, une méthode statistiques utilisée par les biologistes pour la classification des êtres vivants qui permet d’établir le degré de parenté entre les espèces et de comprendre leur évolution.

L’analyse s’est concentrée sur 72 scénarios en fonction de différents protagonistes comme le loup, l’ogre, le tigre ou d’autres créatures et les ruses utilisées pour berner les victimes ainsi que le sort de ces dernières.

Cette étude a aussi permis de démentir une théorie répandue selon laquelle la version la plus ancienne du petit chaperon rouge était née dans la tradition orale chinoise avant de se répandre en Occident par la route de la soie.

«Ma recherche montre l’opposé, à savoir que la version chinoise est dérivée des traditions orales européennes», affirme le chercheur.

«Les Chinois ont en fait mélangé le petit chaperon rouge, le loup et les sept chevreaux et des contes du folklore local pour créer une nouvelle version hybride», explique-t-il.

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